
Au-delà du franchissement des 20 000 dollars pour le bitcoin : l'entrée des institutions, le dollar à l'heure du cyberpunk
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Au-delà du franchissement des 20 000 dollars pour le bitcoin : l'entrée des institutions, le dollar à l'heure du cyberpunk
Le bitcoin est devenu un ange aux yeux de certains, tout en restant un démon méprisé aux yeux d'autres.
Le 16 décembre, un moment historique a eu lieu : le prix du bitcoin a franchi la barre des 20 000 dollars américains, établissant un nouveau record absolu.
Depuis les creux de mars, le bitcoin a accumulé une hausse supérieure à 450 %, avec une capitalisation boursière proche de 400 milliards de dollars, dépassant celle du géant américain Johnson & Johnson. Sur le classement mondial des entreprises cotées, il se hisse à la 14e place.
Euphorie, incompréhension, doute, curiosité, mépris… Le bitcoin est devenu pour certains un ange salvateur, et pour d'autres un diable méprisable.
Qu'est-ce qui explique cette percée vers des sommets inédits ? Quelles sont les forces motrices derrière cette envolée ?
L’ère cyberpunk du dollar
« Le principal moteur de la hausse du bitcoin provient de l’environnement macroéconomique, qui a créé les conditions parfaites pour son envol », affirme Meltem Demirors, directrice stratégique chez CoinShares.
Cet environnement macroéconomique fait référence aux banques centrales du monde entier imprimant massivement de la monnaie afin de sauver des économies paralysées par la pandémie de Covid-19, une expansion monétaire sans précédent, bien supérieure à tout ce qui s’était produit au cours des cent dernières années.
Selon une estimation de Morgan Stanley, le bilan combiné des quatre grandes banques centrales (Fed américaine, BCE, Banque du Japon, Banque d'Angleterre) atteindrait près de 30 000 milliards de dollars d’ici la fin de l’année prochaine.
Parmi ces banques centrales, la Réserve fédérale américaine a vu son bilan s’accroître le plus rapidement, représentant deux tiers de l’expansion totale mondiale. Selon les statistiques, 21 % de l’ensemble des dollars existants ont été créés en 2020 seulement.
L’effet le plus direct de cette politique monétaire expansive est la dépréciation du dollar.
L’indice du dollar a chuté de 12,46 % depuis son pic en mars, et de 8 % depuis le début de l’année.
Sous l’effet conjugué de la pandémie et de l’inondation monétaire, le monde entre dans une ère cyberpunk, semblable aux scènes du jeu *Cyberpunk 2077* : d’un côté, gratte-ciels et néons ; de l’autre, bidonvilles et caniveaux insalubres.
Maladies, chômage, arrêts d’activité, endettement à taux élevé, faillites… La pandémie a réduit à néant, en un instant, des années de travail et de revenus pour de nombreuses personnes défavorisées aux États-Unis.
Pendant ce temps, les marchés boursiers flambent, le nombre d’actions doublant le jour de leur introduction en bourse atteint un niveau record, et la richesse des millionnaires propriétaires d’immobilier ou d’actifs financiers ne cesse de croître.
Un rapport conjoint d’UBS et de PwC révèle que durant les quatre mois les plus intenses de la crise (avril à juillet), les milliardaires ont amassé des bénéfices considérables.
La richesse totale des milliardaires mondiaux a bondi de 30 %, franchissant pour la première fois la barre des 10 000 milliards de dollars, dépassant largement le précédent sommet de 8 900 milliards atteint en 2017.
Le nombre de milliardaires atteint un niveau record. Les États-Unis restent le pays avec le plus grand nombre de milliardaires. En Chine continentale, leur nombre grimpe à 415, un nouveau record, tandis que leur richesse totale augmente de 41 %.
À l’ère de la surabondance monétaire, pour éviter la dépréciation continue du dollar dans leurs portefeuilles, toutes les liquidités cherchent désespérément une issue, entraînant une flambée généralisée des actifs.
Sur le marché boursier américain, une véritable fête monétaire se déroule. La Bourse n’est jamais un indicateur de l’économie réelle, mais toujours un reflet de la masse monétaire.
L’indice Nasdaq bat continuellement des records. Tesla a grimpé de plus de 644 % depuis le début de l’année, avec une capitalisation dépassant 600 milliards de dollars. NIO a quant à lui progressé de plus de 1011 % depuis janvier, atteignant près de 50 fois son creux de mars, dépassant même BMW en termes de valorisation.
Outre les valeurs technologiques, le bitcoin, en tant qu’actif souverain émergent, attire aussi l’intérêt des riches et des institutions financières.
En tant qu’actif non souverain, à offre fixe, anonyme, le bitcoin s’oppose au système monétaire fiduciaire et de crédit existant. Il ne repose sur aucune confiance envers une institution, est difficile à contrôler et résiste aux interventions étatiques ou institutionnelles.
L’effondrement de la confiance dans le système existant constitue une raison majeure du renforcement de la confiance dans le bitcoin. Spécialement dans un contexte de dévaluation continue du dollar, le bitcoin devient une alternative de stockage de valeur, surnommé « or numérique ».
Le 15 décembre, selon l’enquête mensuelle menée par Bank of America/Merrill Lynch auprès des gestionnaires de fonds, les trois opérations les plus populaires étaient : acheter des actions technologiques, vendre à découvert le dollar, et acheter du bitcoin.
L’entrée des institutions
D’où vient la principale force d’achat derrière la hausse du bitcoin cette année ?
En regardant en arrière, les capitaux institutionnels américains se sont révélés être les principaux moteurs de cette hausse.
Le 11 décembre, le Wall Street Journal a rapporté que MassMutual, l’une des cinq plus grandes compagnies d’assurance-vie aux États-Unis, avait acheté pour 100 millions de dollars de bitcoins via NYDIG (New York Digital Investment Group) pour son compte d’assurance ordinaire.
Une autre société cotée particulièrement audacieuse est MicroStrategy.
Auparavant, l’activité principale de MicroStrategy était de fournir des logiciels de business intelligence (BI) aux entreprises, avec des résultats médiocres : elle avait perdu 1 million de dollars en 2019.
Depuis juillet, MicroStrategy a commencé à acheter massivement du bitcoin. Après plusieurs achats successifs, elle a presque entièrement utilisé ses liquidités disponibles, échangeant 475 millions de dollars contre 40 824 bitcoins, dont la valeur atteint aujourd’hui 869 millions de dollars, réalisant ainsi un gain non réalisé d’environ 400 millions, dépassant la somme de ses profits cumulés des cinq dernières années.
Le PDG de MicroStrategy n’en reste pas là : le 10 décembre, l’entreprise a annoncé son intention d’émettre des obligations convertibles d’une valeur de 550 millions de dollars, dont le produit net servira à acheter davantage de bitcoins. Autrement dit, ayant épuisé ses munitions, MicroStrategy emprunte désormais pour continuer à acheter du bitcoin.
Concernant les raisons de cet engagement massif, Michael Saylor, PDG de MicroStrategy, déclare : « Les taux d’intérêt nuls, l’impression massive de monnaie et l’inflation à venir rongeront la valeur du dollar. Dans ce contexte, conserver de grandes quantités de dollars serait imprudent. »
Selon lui, le bitcoin est le meilleur support de stockage de valeur, surpassant largement l’or ou les actions.
Portée par ses performances d’investissement, l’action MicroStrategy a grimpé en flèche, passant d’un minimum de 90 dollars en mars à un sommet de 358 dollars, soit une hausse proche de 300 %, malgré une perte de 10,18 millions de dollars au troisième trimestre 2020.
Toutefois, Citigroup a abaissé la recommandation sur l’action MicroStrategy à « vendre », conseillant à ses clients de liquider leurs positions. La raison invoquée : l’« obsession excessive » pour le bitcoin expose les investisseurs à des risques considérables, tandis que la direction procède à de larges ventes personnelles.
Des informations de JP Morgan indiquent que son président, Phong Lee, a presque vendu la totalité de ses actions.
Quoi qu’il en soit, les sociétés cotées sont désormais une force incontournable parmi les grands détenteurs de bitcoin.
Selon les données de Bitcoin Treasuries, plus de 16 sociétés cotées détiennent actuellement du bitcoin.
Outre MicroStrategy, on trouve notamment Square, la société de paiement appartenant à Jack Dorsey, PDG de Twitter, qui détient 4 709 BTC. Jack Dorsey lui-même est un fervent partisan du bitcoin, allant jusqu’à ajouter #Bitcoin à sa biographie Twitter.
Grayscale, le joueur visible
Outre les sociétés cotées, d’autres milliardaires et institutions mystérieuses agissent en coulisses, beaucoup choisissant d’acheter du bitcoin via Grayscale Investments, qui est devenu le principal acteur visible du marché en 2020.
Grayscale est une société de fiducie qui génère des frais de gestion en émettant des produits fiduciaires comme le GBTC (Bitcoin Trust).
Au 17 décembre, le fonds fiduciaire bitcoin de Grayscale détenait 569 261 bitcoins, soit une augmentation de plus de 61 % par rapport à il y a six mois (351 754 unités le 21 mai).
Sur le plan technique, les investisseurs peuvent souscrire en espèces ou en bitcoin physique. En remettant leurs bitcoins à Grayscale, ceux-ci sont placés sous custody chez Coinbase Custody, et en échange, les investisseurs reçoivent des parts du trust GBTC.
Le point astucieux réside ici : pour des raisons réglementaires, le GBTC n’est pas rachetable. Pour réaliser leurs gains, les investisseurs doivent revendre leurs parts sur le marché secondaire (OTCQX). Comme le GBTC est l’un des rares canaux légaux et conformes permettant d’investir dans le bitcoin, la demande est énorme, ce qui fait que le prix du GBTC sur le marché secondaire dépasse souvent sa valeur liquidative d’environ 20 %.
L’augmentation des holdings de bitcoins par le trust Grayscale équivaut donc à une forte pression d’achat, tout en réduisant les ventes sur le marché spot, transférant ainsi la pression vendeuse vers le marché boursier, alimentant la dynamique haussière.
Selon les données publiées par Grayscale pour le troisième trimestre 2020, 81 % des acheteurs de ses produits sont des investisseurs institutionnels, suivis par des investisseurs accrédités et des family offices (8 % chacun). De plus, 57 % des acheteurs proviennent de régions hors des États-Unis.
Parmi les actionnaires de GBTC figurent de grands noms comme Rothschild Investment Corp et Ark Invest, le fonds dirigé par Catherine Wood, surnommée la « Warren Buffett féminine », spécialisée dans les actions technologiques.
Grayscale offre aux institutions un canal conforme pour acheter du bitcoin, tandis que PayPal ouvre le marché aux petits investisseurs.
Le 21 octobre, PayPal a annoncé que, face à l’intérêt croissant des banques centrales et des consommateurs pour les monnaies numériques pendant la pandémie, il allait lancer un service de paiement en cryptomonnaies : les utilisateurs pourront acheter, détenir et vendre des cryptomonnaies via leur compte PayPal, et payer dans environ 26 millions de commerçants.
Selon Pantera Capital, un hedge fund blockchain, la majeure partie de la nouvelle offre quotidienne de bitcoins est absorbée par les clients de géants du paiement en ligne comme PayPal et Square.
Ainsi, dans un contexte de planche à billets massive, soutenue par des achats institutionnels importants et l’arrivée progressive des petits investisseurs, le bitcoin a franchi la barre des 20 000 dollars, atteignant un nouveau sommet historique.
*TechFlow rappelle à tous les investisseurs de faire preuve de prudence face au risque de surcotation. Les opinions exprimées ici ne constituent en aucun cas une recommandation d’investissement.
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