
La technologie ne constitue pas une barrière ; ce qui fait la différence pour Hyperliquid, c’est la possibilité d’effectuer des transactions 24 heures sur 24.
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La technologie ne constitue pas une barrière ; ce qui fait la différence pour Hyperliquid, c’est la possibilité d’effectuer des transactions 24 heures sur 24.
Le capital ne dort jamais.
Rédaction : Thejaswini M A
Traduction : Chopper, Foresight News
Je me trouve à Bangalore, dans le fuseau horaire GMT+5:30. L’ouverture des marchés boursiers américains correspond donc à 19 heures locales. Journaliste spécialisé dans les marchés cryptographiques depuis cinq ans, j’ai passé ces cinq dernières années à surveiller en continu des tableaux de cotation qui ne ferment jamais. Ici, aucune pause n’est prévue, ni de séance pré-ouverture ni de séance post-clôture : les cours fluctuent sans interruption, jour et nuit, week-ends et jours fériés compris.
Le fonctionnement des marchés financiers traditionnels est radicalement différent. La Bourse de New York (NYSE) opère du lundi au vendredi, de 9 h 30 à 16 h, heure de l’Est des États-Unis ; la Bourse de Londres (LSE), de 8 h à 16 h 30 ; celle de Tokyo (TSE), de 9 h à 15 h 30, avec une pause intermédiaire.
Ces grandes bourses s’ouvrent successivement. En théorie, la rotation continue de la Terre devrait permettre un flux de capitaux ininterrompu à l’échelle mondiale. En pratique toutefois, les principales bourses imposent des plages horaires fixes, laissant les marchés réglementés dans un état quasi permanent d’inactivité.
Ce système horaire remonte aux limites physiques des salles de marché traditionnelles, où les transactions se faisaient encore à voix. Bien que les technologies informatiques aient permis d’accélérer considérablement les mécanismes de cotation, elles n’ont pas remis en cause les règles immuables d’ouverture et de clôture fixées par avance.
Selon les lois de la physique, un objet soumis à aucune force extérieure demeure au repos. De même, les plages horaires des marchés financiers restent figées faute d’une impulsion suffisante pour les faire évoluer. Ce statu quo a été rompu le dimanche 5 mai, lorsque le marché a, avant même les grandes banques d’investissement traditionnelles, attribué une valorisation à la société spatiale SpaceX.
La plateforme Hyperliquid fonctionne en continu, sans interruption. Un contrat dérivé lié à SpaceX y a été lancé à 5 h 16, heure universelle coordonnée (UTC), générant un volume de transactions de 33 millions de dollars américains en 24 heures — alors que Morgan Stanley et autres institutions n’avaient pas encore ouvert leurs bureaux.
Le fuseau horaire indien a ainsi été témoin de ce processus inédit de valorisation. Les médias financiers américains n’ont commencé à relayer l’information qu’à 9 h 30, heure de l’Est — moment où, moi-même, j’observais déjà les mouvements du marché depuis plusieurs heures.
Le Chicago Mercantile Exchange (CME Group) est la plus grande plateforme mondiale de produits dérivés. Les investisseurs institutionnels y négocient des contrats sur le pétrole brut, l’or, les taux d’intérêt, les indices boursiers et les futures Bitcoin, pour un volume quotidien atteignant plusieurs milliers de milliards de dollars. Sa marque remonte à 1898.
Intercontinental Exchange (ICE), dont font partie la NYSE et plusieurs autres plateformes mondiales de dérivés, constitue également un acteur majeur du secteur.
Ces deux entités contrôlent les infrastructures financières les plus avancées au monde. Leurs mises en garde relatives aux risques sont donc particulièrement attentivement suivies par les autorités de régulation. Elles exercent aujourd’hui des pressions sur la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) américaine et le Congrès afin d’obtenir une régulation stricte de la plateforme Hyperliquid, qu’elles accusent de ne pas exiger de vérification d’identité des utilisateurs, ce qui favoriserait la manipulation de marché et pourrait servir de canal pour contourner les sanctions internationales.
Hyperliquid ne procède à aucune vérification d’identité des utilisateurs. Bien que son interface web bloque les adresses figurant sur les listes de sanctions, son protocole sous-jacent est entièrement ouvert et accessible sans restriction. Les utilisateurs peuvent interagir directement avec les contrats intelligents, sans passer par l’interface web ni subir aucune vérification d’identité.
La plateforme n’impose aucun plafond de position. À l’inverse, le CME limite expressément la taille maximale des positions individuelles sur chaque contrat, afin de prévenir toute tentative de manipulation de marché et d’atténuer les risques systémiques. Le CME surveille activement les comportements transactionnels afin de détecter notamment les ordres fantômes ou les manipulations concertées — une surveillance totalement absente chez Hyperliquid.
Ces critiques sont fondées. Sous l’effet négatif de ces signaux réglementaires, le prix du jeton HYPE a chuté de 9 % le 15 mai ; le 18 mai, deux market makers ont retiré 100 millions de dollars de liquidités de la plateforme.
Pourtant, les autorités de régulation ne visent pas les contrats perpétuels cryptographiques, opérés depuis des années sans jamais avoir suscité d’intervention réglementaire. Leur attention se concentre plutôt sur le contrat dérivé sur le pétrole brut, dont le volume hebdomadaire a atteint 720 millions de dollars durant le week-end — période où le CME était fermé —, ce qui porte atteinte aux intérêts des acteurs traditionnels.
Les inquiétudes exprimées par le CME et ICE sont légitimes, mais ces deux acteurs ne sont pas non plus des observateurs neutres. Leur modèle économique repose précisément sur un monopole réglementé des plages horaires d’ouverture. Une concurrence technologique leur est tolérable ; une concurrence transfrontalière dans le temps, elle, est inacceptable.
En lançant ses transactions sur le pétrole brut pendant les périodes de fermeture des marchés traditionnels, Hyperliquid a profondément bouleversé le calendrier temporel des marchés financiers classiques. Les anciens acteurs cherchent à exercer une pression réglementaire afin d’imposer un horaire unique, tandis que les nouvelles plateformes revendiquent le droit légal d’opérer également les week-ends.
L’équipe d’Hyperliquid compte seulement 11 personnes et son siège est situé à Singapour. Sur les trente derniers jours, soit jusqu’au 21 mai 2026, la plateforme a généré des revenus de 51 millions de dollars américains ; en mars 2026, le volume nominal des transactions dérivées a atteint 2 600 milliards de dollars américains.
La plateforme reverse 97 % des frais de transaction à un pool de liquidités sur la blockchain, utilisé pour racheter des jetons HYPE. Une petite équipe générant de tels revenus représente une performance exceptionnelle, tant dans le domaine financier que dans celui de la cryptographie. À la fin du mois de mai, le jeton HYPE affichait une hausse annuelle de 101 %.
Cette compétitivité ne repose pas uniquement sur des avantages techniques liés aux produits dérivés : l’avantage décisif réside dans la capacité d’opérer en continu, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. De nouveaux types de contrats viennent renforcer encore davantage cet avantage différenciateur.
Le 1er mai, la plateforme Trade.xyz — construite sur la base d’Hyperliquid — a lancé un contrat perpétuel « avant introduction en bourse » (IPO) sur l’entreprise spécialisée dans les puces d’intelligence artificielle Cerebras, couvrant les deux semaines précédant l’introduction officielle.
Initialement, le marché anticipait une prime de 50 % par rapport au prix d’émission de 185 dollars, soit un cours d’ouverture estimé à environ 277 dollars. À mesure que les informations se sont précisées, le cours du contrat sur Trade.xyz s’est élevé à 340 dollars une heure avant l’ouverture officielle du Nasdaq, soit une erreur de seulement 3 % par rapport au cours d’ouverture réel de 350 dollars. Après son entrée en bourse, l’action a grimpé de 89 % par rapport à son prix d’émission.
À titre de comparaison, les prévisions des plateformes traditionnelles du marché secondaire Forge et EquityZen ont présenté un écart de 35 % avec le cours d’ouverture effectif, illustrant nettement la supériorité d’Hyperliquid en matière de découverte efficace des prix. Ce mécanisme consiste à ajuster progressivement les cotations à mesure que les informations se précisent — ce qui constitue précisément la manière la plus rationnelle de découvrir les prix.
Le dimanche 17 mai, Trade.xyz a de nouveau lancé un contrat perpétuel « avant IPO » sur SpaceX. Le prix de référence initial était fixé à 150 dollars ; il a atteint 216 dollars en quelques heures, puis s’est stabilisé à 203 dollars, correspondant à une valorisation globale de l’entreprise de 2 400 milliards de dollars américains.
À ce moment-là, SpaceX n’avait pas encore publié son document d’offre publique, aucun analyste de Wall Street n’avait rendu d’avis de valorisation, et la tournée de présentation auprès des investisseurs n’avait pas encore débuté. Les intervenants du marché ignoraient totalement qu’en avril déjà, SpaceX avait déposé discrètement un dossier confidentiel auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine, avec une fourchette de valorisation comprise entre 1 750 et 2 000 milliards de dollars américains.
Ainsi, la valorisation calculée spontanément par le marché a atteint directement le haut de la fourchette interne de l’entreprise, sans recourir à aucune information officiellement publiée. Ce n’est que le 20 mai, soit plusieurs jours plus tard, que SpaceX a officiellement publié son prospectus public de 277 pages.
Trois produits distincts offrent actuellement aux investisseurs une exposition liée à SpaceX, chacun reposant sur une logique de conformité juridique différente.
La plateforme PreStocks utilise une structure de fonds d’investissement spécifique : après avoir acquis des actions réelles de l’entreprise, elle les fractionne en jetons sur la blockchain, permettant ainsi aux investisseurs particuliers de détenir indirectement des parts. Ce dispositif s’était rapidement imposé comme un canal pratique pour investir dans des entreprises technologiques non cotées.
Or, peu avant le lancement des contrats associés sur Hyperliquid, les entreprises spécialisées en intelligence artificielle Anthropic et OpenAI ont publiquement dénié avoir autorisé toute forme de fractionnement d’actions sous forme de jetons. Des plateformes basées à Hong Kong et aux Émirats arabes unis avaient pourtant émis de tels actifs sans l’accord explicite des entreprises concernées. Ces dernières ont clairement affirmé que ces transferts d’actions n’avaient aucune valeur juridique. À la suite de cette annonce, le prix du jeton PreStocks s’est effondré de moitié. Dès lors qu’une entreprise cible émet une objection formelle, les produits dérivés fondés sur ces actions perdent toute assise légale.
Ondo Global Markets émet des jetons représentatifs d’actions via un courtier américain agréé. Chaque jeton est adossé à un titre sous-jacent réel, garantissant un cadre réglementaire solide. La Depository Trust & Clearing Corporation (DTCC), organisme américain chargé du règlement-livraison, développe par ailleurs une infrastructure dédiée à la compensation de ces titres.
Mais le principal atout d’Ondo constitue aussi sa principale vulnérabilité : son entité opérationnelle est parfaitement identifiée et traçable. En cas d’interdiction réglementaire ou de poursuites pour atteinte aux droits de propriété, les institutions impliquées ainsi que les dépositaires seraient directement exposés à des responsabilités juridiques. Paradoxalement, une conformité stricte peut justement en faire une cible privilégiée pour les autorités de régulation.
Le contrat synthétique perpétuel sur SpaceX lancé par Hyperliquid, quant à lui, est totalement déconnecté de tout actif réel. Il ne repose sur aucune action sous-jacente, aucun intermédiaire agréé ni aucun actif physique. Il s’agit d’un produit dérivé purement synthétique, réglé exclusivement en USDC sur un réseau décentralisé, dont la seule finalité est la spéculation sur les variations de prix.
Même si SpaceX souhaitait officiellement mettre fin à ces opérations de valorisation, elle n’aurait aucun moyen d’y parvenir. Aucune entité juridique n’est associée à ce produit, et aucune émetteur centralisé ne peut être contraint ou influencé.
Ce modèle permet ainsi d’éviter habilement toute responsabilité légale : en l’absence d’assise matérielle, aucune action punitive directe n’est possible.
Toutefois, les avantages et inconvénients de ce modèle restent difficiles à évaluer. L’absence de vérification d’identité des participants permet à des fonds colossaux de circuler hors du système bancaire mondial, ce qui soulève effectivement des préoccupations sérieuses en matière de sécurité nationale. Le 17 mai, Jeff Yan, cofondateur d’Hyperliquid, s’est rendu à Washington pour rencontrer des décideurs politiques — un signe indirect de la pression réglementaire croissante exercée sur la plateforme.
Les fondateurs disposent d’une identité publique et d’un parcours vérifiable. Si SpaceX décidait d’intenter une action en justice contre eux pour contrefaçon de marque ou violation de propriété intellectuelle, elle pourrait légalement leur notifier des actes de procédure.
Néanmoins, une action dirigée contre des personnes physiques ne saurait suspendre le fonctionnement des contrats intelligents. Pour PreStocks, la nullité juridique des actions sous-jacentes entraîne automatiquement la disparition du produit ; pour Ondo, le gel d’un compte compromettrait immédiatement son activité normale.
Les contrats d’Hyperliquid, en revanche, reposent sur un code autonome déployé sur la blockchain. Même si ses fondateurs étaient engagés dans des procédures judiciaires, le contrat intelligent, une fois déployé, ne peut être modifié, et les ordres passés continuent de s’exécuter de manière autonome sur la chaîne.
Il s’agit là de la forme idéalisée du principe de décentralisation, bien que son application concrète présente encore des lacunes. Le réseau Ondo ne compte que 20 nœuds de validation à l’échelle mondiale, loin d’une distribution large et véritablement décentralisée, et ces nœuds restent traçables. Par ailleurs, l’incident précédent lié aux jetons a prouvé que l’équipe projet peut, selon son propre jugement, intervenir dans le fonctionnement de la plateforme — les nœuds ne sont donc pas absolument inviolables.
En définitive, l’avantage décisif d’Hyperliquid réside dans sa capacité à opérer en continu, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 — une barrière infranchissable pour la finance traditionnelle.
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