
Va-t-il céder à Trump, M. Powell ? Un article qui retrace 70 ans de lutte secrète pour le pouvoir entre le président et la Réserve fédérale
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Va-t-il céder à Trump, M. Powell ? Un article qui retrace 70 ans de lutte secrète pour le pouvoir entre le président et la Réserve fédérale
Worth a hérité d’une banque centrale dont les fissures internes étaient déjà apparentes, et les seules attentes de Trump à son égard se résument à deux mots : baisse des taux.
Rédaction : Zhao Ying
Source : WallStreetCN
Donald Trump présidera personnellement la cérémonie de prestation de serment du nouveau président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Christopher Waller, une décision rompant avec la pratique récente et replaçant sous les feux des projecteurs la lutte pour le pouvoir entre la Maison-Blanche et la Fed, une confrontation qui dure depuis près de 70 ans. L’histoire montre que chaque président de la Fed doit constamment trouver un équilibre entre les pressions politiques et l’indépendance de sa politique monétaire ; Waller ne fait pas exception — mais sa situation est bien plus complexe que ce que le public imagine.
Selon le Wall Street Journal, citant des responsables de la Maison-Blanche, Trump présidera personnellement, ce vendredi, la cérémonie de prestation de serment de Waller à la Maison-Blanche. Ce choix rompt avec la pratique récente selon laquelle les cérémonies d’investiture se tiennent généralement au sein même de la Fed, le président des États-Unis y assistant rarement. La dernière fois qu’une telle cérémonie s’est tenue à la Maison-Blanche remonte à 1987, lors de l’investiture d’Alan Greenspan — il y a donc près de quarante ans.
L’équipe de recherche sur les titres à revenu fixe de Caitong Securities (Sun Binbin, Sui Xiuping, Lu Xingchen) souligne, dans son dernier rapport, que bien que Waller ne soit pas un « président faucon », cela ne signifie pas nécessairement qu’aucune baisse des taux n’interviendra cette année — la relation entre le président de la Fed et le président américain n’est pas statique, mais évolue en fonction du contexte.
Toutefois, Waller ne reprend pas la direction d’une Fed parfaitement opérationnelle. Lors de la réunion du Comité fédéral de marché ouvert (FOMC) fin avril, trois membres du Conseil des gouverneurs — Loretta Mester (Cleveland), Neel Kashkari (Minneapolis) et Lorie Logan (Dallas) — ont émis des votes dissidents d’une rareté inédite depuis octobre 1992 : ils ne s’opposaient pas seulement à une baisse des taux, mais jugeaient qu’il ne fallait même pas laisser entendre qu’une telle mesure était envisageable. Cela signifie que Waller hérite d’une banque centrale déjà fracturée en son sein, tandis que Trump attend précisément de lui qu’il procède à une baisse des taux.
Une cérémonie à la Maison-Blanche : un arrangement chargé de signaux politiques
Le simple fait d’organiser cette cérémonie à la Maison-Blanche constitue en soi un signal fort. Lors de l’investiture de Jerome Powell en 2018, la cérémonie avait eu lieu au siège de la Fed, sans la présence de Trump ; le dernier président en exercice à avoir assisté personnellement à une cérémonie d’investiture fut George W. Bush, en 2006, pour celle de Ben Bernanke. Le fait que Trump préside cette fois-ci en personne illustre clairement l’attention particulière qu’il accorde à la nomination de ce nouveau président de la Fed.
Sur le plan procédural, ce transfert de pouvoir s’est également déroulé de façon inhabituellement longue. Waller a été confirmé par le Sénat la semaine dernière, pour un mandat de quatre ans ; le mandat de président de Powell ayant expiré le week-end dernier, ce dernier a toutefois annoncé qu’il resterait membre du Conseil des gouverneurs jusqu’en janvier 2028. Par ailleurs, Waller avait accepté, avant sa prise de fonctions officielle, de se désengager de certains de ses investissements personnels — ce qui a contribué à ralentir le processus de transition. Pendant cette période transitoire, le vice-président de la Fed, Philip Jefferson, a représenté la banque centrale à la réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du G7, tenue lundi à Paris.
70 ans de rivalité : de Martin à Powell
Le rapport de Caitong Securities retrace systématiquement, depuis 1960, les relations entre les présidents successifs de la Fed et les présidents américains, dessinant ainsi une évolution claire.
William McChesney Martin, premier président de la Fed à bénéficier d’un mandat fixe, dut défendre l’indépendance de la banque centrale uniquement sur la base de sa crédibilité personnelle, alors que les garde-fous institutionnels étaient encore absents. Dès sa prise de fonctions, il refusa de servir de simple agent du Trésor américain, fit basculer le centre décisionnel de la Fed de New York vers Washington, et étendit le pouvoir décisionnel à l’ensemble du FOMC. Lorsqu’il rencontra Truman dans la rue à New York, celui-ci ne lui adressa qu’un seul mot : « Traitor » (« traître »), avant de s’éloigner.
La faillite d’Arthur Burns résida dans son propre scepticisme quant à la capacité de la politique monétaire à juguler l’inflation, ouvrant ainsi la voie aux pressions politiques exercées par Nixon. Ce dernier usa de courriers privés, intervint directement dans la composition du Conseil des gouverneurs, et envoya même des conseillers supérieurs « sermonner » les employés de la Fed. Burns conserva certes formellement l’indépendance institutionnelle de la banque centrale, mais consentit de profondes concessions sur le fond de la politique monétaire, sapant durablement la crédibilité de la Fed.
William Miller incarna le modèle le plus direct de coordination politique : choisi délibérément pour être aligné sur les objectifs politiques de Jimmy Carter, il fut finalement discrédité face aux crises extérieures. En été 1979, l’inflation constituait la principale crise politique pour Carter ; Miller fut alors nommé secrétaire au Trésor afin de libérer le poste de président de la Fed pour un véritable « faucon » anti-inflationniste.
Paul Volcker éleva l’indépendance de la Fed d’un niveau fondé sur la seule crédibilité personnelle à un système triplement renforcé : crédibilité personnelle + cadre institutionnel + crédibilité sur les marchés. Carter savait pertinemment que nommer Volcker aurait un coût politique élevé, mais il opta néanmoins pour ce choix — comme l’a rappelé son conseiller économique, Michael Eizenstat : « Cette décision permit certes de réduire l’inflation au prix d’un taux de chômage élevé, mais elle coûta aussi à Carter sa réélection pour un second mandat. » Reagan, bien qu’ayant lancé un « ordre » à Volcker en 1984, peu avant les élections présidentielles, pour l’empêcher d’augmenter les taux, puis tenté en 1986 de contourner sa position via des membres du FOMC qu’il avait nommés, ne parvint jamais à modifier concrètement le cap de la politique monétaire.
Alan Greenspan, quant à lui, utilisa le langage technique propre aux hauts fonctionnaires pour maintenir la confrontation sous la surface : il entra en conflit ouvert avec George H. W. Bush, conclut une « paix de Washington » avec Bill Clinton, mais franchit une limite inédite sous George W. Bush en soutenant publiquement les baisses d’impôts — devenant ainsi le premier président de la Fed à « empiéter » activement sur le domaine fiscal.
Ben Bernanke incarne le modèle de convergence naturelle entre la Maison-Blanche et la Fed en période de crise, où les principales pressions venaient davantage du Congrès et de l’intérieur de la Fed que de la présidence. Janet Yellen, pour sa part, répondit aux attaques de Trump en usant d’un langage « dépolitisé » et d’une maîtrise de soi rigoureuse, devenant ainsi la première présidente de la Fed à être remplacée par un nouveau président depuis que Carter avait refusé de reconduire Burns.
Jerome Powell a fait face, depuis Burns, aux pressions présidentielles les plus sévères. Durant le premier mandat de Trump, Powell, soumis à la fois à des pressions politiques externes et à des jugements économiques internes, abaissa trois fois consécutivement les taux en 2019 et mit fin à la réduction du bilan. Durant le second mandat, confronté à des enquêtes lancées par Trump sur les dépassements budgétaires liés à la rénovation du siège de la Fed à Washington, ainsi qu’à des menaces implicites de destitution, Powell adopta une posture nettement plus ferme, portant la défense de l’indépendance de la Fed à un niveau historique inédit — juridique, formalisé par écrit et rendu public. Lors de sa dernière réunion en tant que président, le FOMC maintint les taux inchangés dans un vote exceptionnellement divisé de 8 contre 4.
Le dilemme de Waller : coincé entre pressions intérieures et extérieures
La situation à laquelle Waller fait face est historiquement rare : il doit simultanément répondre aux pressions de la Maison-Blanche pour une baisse des taux, tout en affrontant une résistance interne marquée au sein du FOMC.
Waller n’est pas, au sens traditionnel du terme, un « faucon ». Nommé membre du Conseil des gouverneurs par George W. Bush en 2006 à l’âge de 35 ans, il fut l’un des plus jeunes gouverneurs de l’histoire de la Fed. Lors du lancement officiel du deuxième programme de relance quantitative (QE2) en 2010, il fut le seul membre du FOMC à exprimer publiquement des réserves sur cette orientation expansionniste, et démissionna prématurément en 2011 — une décision largement interprétée par les marchés comme une protestation silencieuse contre l’excès de souplesse monétaire de la Fed. Son parcours en tant que banquier d’affaires chez Morgan Stanley, puis secrétaire exécutif du Conseil économique national (NEC) à la Maison-Blanche, ainsi que ses liens étroits avec les cercles républicains, font qu’on ne s’attend pas à ce que son indépendance politique soit moindre que celle de ses prédécesseurs issus de milieux similaires.
Le rapport de Caitong Securities identifie quatre points essentiels dans les discours récents de Waller et ses réponses aux journalistes :
- Premièrement, sa définition de l’indépendance de la Fed est plus nuancée que celle de ses prédécesseurs : il considère que les interventions des hommes politiques sur la politique monétaire n’entament pas nécessairement ladite indépendance — ce qui constitue à la fois une forme de « désensibilisation » face aux pressions exercées par Trump, et laisse une marge de manœuvre pour défendre l’indépendance de la politique sans entrer en conflit ouvert ;
- Deuxièmement, il nourrit une vision critique des orientations prospectives (« forward guidance »), obligeant les marchés à s’adapter à une Fed désormais plus « silencieuse » ;
- Troisièmement, il accorde une importance majeure à la question de l’inflation, rejetant catégoriquement la thèse de Trump selon laquelle la hausse des prix du pétrole constituerait une « inflation factice » ;
- Quatrièmement, il estime que les gains de productivité découlant de l’intelligence artificielle pourraient rendre une baisse des taux possible — une logique similaire à celle qu’avait mise en avant Greenspan à la fin des années 1990 concernant la « bulle de productivité ».
Baisse des taux et réduction du bilan : orientation claire, rythme prudent
Caitong Securities estime que la politique monétaire sous Waller sera vraisemblablement caractérisée par une « orientation claire, mais un rythme prudent ».
En matière de baisse des taux, l’inflation demeure depuis cinq ans supérieure à l’objectif fixé, ce qui place la stabilisation des anticipations inflationnistes au premier rang des priorités. L’importance que Waller accorde à la lutte contre l’inflation — notamment son rejet explicite de la notion d’« inflation factice » — indique qu’il ne procédera pas à une baisse des taux tant que l’inflation ne sera pas clairement revenue dans la fourchette cible. À court terme, la croissance de la demande liée aux investissements dans les centres de données pourrait encore limiter l’espace disponible pour une baisse des taux, ralentissant ainsi le rythme prévu sous la contrainte des données économiques. Le rapport précise que si Trump accorde davantage de respect à Waller, une baisse des taux pourrait intervenir plus tôt ; en revanche, si Trump persiste dans des pressions intensives, Waller pourrait, afin de préserver l’indépendance de la Fed, choisir sciemment de retarder cette mesure.
En ce qui concerne la réduction du bilan, Waller considère que l’expansion excessive du bilan a en réalité étendu la frontière de la politique monétaire de la Fed jusqu’au domaine fiscal, rendant logiquement indispensable une réduction progressive. Il reconnaît toutefois que la constitution d’un tel bilan a pris 18 ans, et que sa réduction ne saurait être immédiate ni brutale : elle devra s’effectuer lentement et de manière ordonnée. Par ailleurs, entamer la réduction du bilan sans avoir au préalable baissé les taux serait presque synonyme de provocation ouverte à l’égard de la Maison-Blanche — ce qui détermine que ce processus se déroulera à un rythme permettant d’éviter tout affrontement frontal avant le début du cycle de baisse des taux.
La conclusion centrale de Caitong Securities est la suivante : pour rétablir un mode de gestion à la Greenspan et revenir au régime des réserves « rares », Waller devra d’abord obtenir le soutien interne de la Fed ; toute précipitation serait contre-productive. Pour anticiper la trajectoire future de sa politique, il ne suffit pas de considérer sa position personnelle ou ses rapports actuels avec la Maison-Blanche : il faut revenir aux grandes tendances macroéconomiques — le niveau de l’inflation, la flexibilité de la croissance, l’évolution des cours du pétrole, et la contraction ou la détente des conditions financières — afin d’évaluer ses choix les plus probables dans divers scénarios.
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