
La Fed adopte une position plus restrictive, Wall Street capitule massivement, et Citigroup reste le « dernier bastion résistant » : elle maintient sa prévision de reprise des baisses de taux en octobre.
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La Fed adopte une position plus restrictive, Wall Street capitule massivement, et Citigroup reste le « dernier bastion résistant » : elle maintient sa prévision de reprise des baisses de taux en octobre.
Citigroup estime que la prochaine mesure de la Réserve fédérale sera une baisse des taux d’intérêt plutôt qu’une hausse. Le scénario de base prévoit une réduction de 25 points de base en octobre, suivie d’une autre réduction de 25 points de base en décembre et en janvier 2027.
Alors que la Réserve fédérale américaine (Fed) a surpris les marchés en adoptant une posture nettement plus hawkish et que les principales institutions de Wall Street ont successivement retiré leurs anticipations de relâchement monétaire, Citigroup maintient une analyse contre-courant : selon elle, une baisse des taux reste l’issue la plus probable cette année, avec comme scénario de base un redémarrage du cycle accommodant en octobre.
Lors de la réunion du Comité fédéral de fixation des taux (FOMC) de juin, 9 des 18 responsables de la Fed figurant dans le « dot plot » ont indiqué qu’une hausse des taux était envisageable cette année — un chiffre bien supérieur aux attentes du marché et des analystes. Le président Christopher Waller a officiellement supprimé la formulation « biais accommodant » de sa déclaration post-réunion et a refusé de fournir toute orientation prospective. Sous l’effet de ce virage hawkish, le marché des swaps a immédiatement avancé l’anticipation de la première hausse des taux, passant de mars 2027 à octobre de cette année ; le marché intègre désormais environ 37 points de base de hausses supplémentaires pour le reste de l’année, tandis que le rendement des obligations d’État américaines à deux ans a enregistré sa plus forte hausse quotidienne depuis mars.
Face à ce choc hawkish, les institutions de Wall Street ont largement revu leur position. Dans son dernier rapport de recherche, Deutsche Bank a officiellement retiré sa prévision de relâchement monétaire, anticipant désormais deux hausses de taux — en septembre et en décembre — pour un total de 50 points de base, portant le taux directeur à 4,1 %, tout en mettant en garde contre une possible action anticipée dès juillet. Rob Kaplan, vice-président exécutif de Goldman Sachs et ancien président de la Banque centrale de Dallas, a quant à lui averti que, si les données sur l’inflation restaient persistantes, la Fed pourrait relancer ses hausses dès cet automne, très probablement sous la forme d’une série de deux à trois hausses consécutives.
L’équipe d’Andrew Hollenhorst chez Citigroup maintient, quant à elle, une prévision de base radicalement opposée à celle du marché : la prochaine décision sera une baisse des taux, non une hausse. Le scénario central prévoit une baisse de 25 points de base en octobre, suivie de deux autres baisses de 25 points de base respectivement en décembre et en janvier 2027. Le raisonnement central de Citigroup repose sur trois arguments : premièrement, la chute brutale des cours du pétrole élimine le principal risque haussier de l’inflation ; deuxièmement, la hausse tendancielle des demandes hebdomadaires d’indemnités chômage reproduit les modèles saisonniers de ralentissement observés en 2024 et 2025 ; troisièmement, l’indice PCE sous-jacent apparaît de plus en plus comme une « valeur aberrante » parmi les indicateurs d’inflation, sa robustesse reflétant davantage la hausse des cours boursiers que des pressions généralisées sur les prix à la consommation.
Premier argument de Citigroup : la baisse des prix du pétrole élimine les risques haussiers de l’inflation
Le premier argument fondamental de Citigroup en faveur d’une baisse des taux provient de la chute rapide des cours du pétrole. La banque estime que cette baisse entraînera une diminution des prix de l’essence, éliminant ainsi la principale source antérieure de pression inflationniste. Les indicateurs du marché sur les anticipations d’inflation ont déjà reculé en phase avec les cours du pétrole : le taux d’inflation implicite sur 10 ans (« breakeven inflation rate ») s’est replié jusqu’à son niveau le plus bas avant le déclenchement du conflit.
Citigroup souligne que, si les responsables de la Fed avaient disposé de davantage de temps pour intégrer cette évolution récente des prix de l’énergie, la tournure hawkish de la réunion du FOMC aurait été nettement moins marquée. Selon la banque, les effets de la baisse des cours du pétrole se traduiront progressivement dans les statistiques au cours des prochains mois, conduisant à une modération des données d’inflation. Cela devrait inciter un nombre croissant de membres de la Fed à adopter une position plus dovish d’ici septembre, créant ainsi les conditions propices à une baisse des taux d’ici la fin de l’année.

Deuxième argument de Citigroup : les signaux de ralentissement du marché du travail reproduisent des schémas saisonniers historiques
Le deuxième argument central de Citigroup porte sur les premiers signaux de ralentissement émergents sur le marché du travail.
Les demandes hebdomadaires d’indemnités chômage ainsi que le nombre de bénéficiaires de ces indemnités sont en hausse continue depuis plusieurs semaines. Citigroup note que ce schéma s’était déjà produit en 2024 et 2025, précédant systématiquement une série de rapports mensuels sur l’emploi plus faibles et une hausse du taux de chômage — or cette dernière constitue précisément le principal moteur de la prévision de Citigroup concernant une baisse des taux cette année. La banque anticipe que les demandes hebdomadaires d’indemnités chômage (pour la semaine du 20 juin) resteront stables autour de 224 000 unités, tandis que le nombre de bénéficiaires continuera à augmenter légèrement, atteignant 1,813 million, et que la moyenne mobile sur quatre semaines poursuivra sa hausse. Bien que le niveau absolu demeure encore modéré, une persistance de cette tendance à la hausse serait cohérente avec une détérioration progressive du marché du travail.
Sur le plan macroéconomique global, Citigroup prévoit une croissance du PIB au deuxième trimestre de 2,5 %. En matière de consommation, les ventes au détail corrigées des variations saisonnières ont augmenté de 0,7 % en mai, confirmant une certaine résilience ; toutefois, la croissance du revenu disponible réel s’est ralentie jusqu’à frôler zéro, tandis que le taux d’épargne reste faible — autant d’éléments qui suggèrent une accumulation croissante des risques de ralentissement de la croissance des dépenses.

Troisième argument de Citigroup : le PCE sous-jacent est une « valeur aberrante », le tableau inflationniste n’est pas homogène
Le troisième pilier du raisonnement de Citigroup, qui justifie sa position contre-courant, réside dans une remise en question du chiffre lui-même du PCE sous-jacent.
Le taux mensuel du CPI sous-jacent en mai n’a été que de 0,21 %, affichant une évolution modérée ; Citigroup anticipe toutefois que le taux mensuel du PCE sous-jacent pour le même mois atteindra 0,37 %, soit un écart significatif entre les deux indicateurs. Selon la banque, la vigueur actuelle du PCE sous-jacent présente une explication spécifique : cet indicateur est fortement influencé par les prix liés à l’intelligence artificielle (IA), et il est directement tiré à la hausse par la progression des cours boursiers — les données de mai sur l’indice des prix à la production (PPI) montrent ainsi une hausse de 4,8 % des frais de gestion de portefeuille, reflétant essentiellement la remontée des cours boursiers entre début avril et début mai, et non une pression réelle sur les prix à la consommation.

D’un point de vue comparatif, l’indice PCE « moyenne rognée » de la Fed de Dallas, l’indice PCE « cyclique » de la Fed de San Francisco, l’indice PCE « médian » de la Fed de Cleveland, ainsi que le CPI sous-jacent, présentent tous des trajectoires inflationnistes plus modérées que le PCE sous-jacent. Citigroup considère que ce dernier devient de plus en plus une « valeur aberrante » parmi les indicateurs d’inflation, et non un signal fiable de la pression générale sur les prix à la consommation.
Citigroup anticipe que, avec le ralentissement attendu des prix liés à l’IA au second semestre, l’écart entre le PCE sous-jacent et le CPI sous-jacent se réduira progressivement, et que l’évolution globale de l’inflation orientera davantage les décideurs vers une politique monétaire accommodante. Dans son scénario, le taux annuel de croissance du PCE sous-jacent devrait passer progressivement de son niveau actuel d’environ 3,3 % pour atteindre une fourchette de 2,1 à 2,2 % d’ici le milieu de l’année 2027.
« Capitulation » de Wall Street : Deutsche Bank anticipe deux hausses, Goldman Sachs alerte sur un resserrement en chaîne
Toutefois, face au choc hawkish de Christopher Waller, les institutions de Wall Street ont massivement revu leur position. L’équipe de Matthew Luzzetti, économiste en chef américain de Deutsche Bank, explique clairement dans son rapport que le retard pris jusqu’alors dans la révision de ses prévisions résultait principalement de deux incertitudes : d’une part, l’incertitude extrême pesant sur les perspectives économiques en raison de la situation en Iran, d’autre part, le manque de clarté quant à la fonction de réaction monétaire de Christopher Waller, nouveau président de la Fed. Les résultats de la réunion du FOMC de juin ont dissipé ces deux incertitudes d’un seul coup.
Deutsche Bank a fortement relevé ses prévisions d’inflation, portant ses estimations du PCE sous-jacent à la fin 2026 et en 2027 à 3,2 % et 2,5 % respectivement, et actualisant son scénario de base : la Fed procéderait à deux hausses de taux, en septembre et en décembre, pour un total de 50 points de base, portant le taux directeur à 4,1 % ; elle maintiendrait ensuite ses taux inchangés durant toute l’année 2027, ne commençant à les baisser qu’au premier semestre 2028. Deutsche Bank met toutefois en garde contre un risque hawkish accru : si Christopher Waller a publiquement promis de « rétablir » la stabilité des prix sans que le Comité n’agisse rapidement, sa crédibilité serait mise à rude épreuve — ce qui pourrait conduire à une hausse anticipée dès juillet, voire à une intensification du resserrement monétaire, nécessitant une hausse totale de 75 points de base sur l’ensemble de l’année afin de totalement annuler les effets accommodants des baisses successives de l’an dernier.
Rob Kaplan, vice-président exécutif de Goldman Sachs, a quant à lui affirmé clairement que, si les données sur l’inflation ne montrent aucun signe de ralentissement d’ici septembre, une hausse des taux à l’automne serait « une décision judicieuse ». Il insiste particulièrement sur le fait que les ajustements de politique monétaire de la Fed sont rarement isolés : les modifications des taux interviennent généralement sous la forme d’une série de deux à trois décisions successives. « Si une décision est prise en septembre, il faut être prêt à une ou deux hausses supplémentaires », précise-t-il. Ce rappel fondé sur l’expérience historique d’un observateur chevronné des cycles monétaires sonne comme une alarme pour les marchés.
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