
稳定币如何重塑我们的金融世界?
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稳定币如何重塑我们的金融世界?
Les monnaies stables représentent l'avant-garde du développement de la finance numérique, apportant à la fois des défis sans précédent et des opportunités importantes.
Rédaction : Deng Jianpeng, professeur à la faculté de droit de l'Université des finances et de l'économie de Chine centrale, expert en droit blockchain
1. La révolution silencieuse des monnaies numériques
Imaginez une « dollar numérique » dont la valeur dans le monde numérique équivaut presque à 1 dollar américain, pouvant être transféré rapidement à l’échelle mondiale avec des frais n’excédant qu’un dixième des paiements transfrontaliers traditionnels. C’est ce que sont les stablecoins – l’une des innovations financières les plus révolutionnaires de notre époque, mais aussi l’une des formes de monnaie numérique les plus controversées.
Depuis leur création en 2014, les stablecoins ont vu leur capitalisation passer de zéro à près de 320 milliards de dollars américains, soit l’équivalent du PIB annuel d’un pays développé comme la Suisse. Plus impressionnant encore, Tether, l’entreprise émettrice de l’USDT, a généré un bénéfice net annuel de 13,7 milliards de dollars avec moins de 200 employés, soit environ 100 millions de dollars de profit par employé, une efficacité supérieure de plusieurs dizaines de fois à celle des géants financiers traditionnels.
Cette révolution financière numérique transforme à une vitesse inédite nos modes de paiement, nos habitudes d’investissement, et remet même en cause les fondements du système financier traditionnel. Examinons ensemble tous les aspects des stablecoins pour comprendre comment ils affectent notre portefeuille et vers où ils pourraient emmener le monde.
2. Les stablecoins : la « monnaie forte » du monde numérique
Qu’est-ce qu’un stablecoin ?
En termes simples, un stablecoin est une cryptomonnaie conçue pour maintenir un taux d’échange fixe de 1:1 avec une monnaie fiduciaire (principalement le dollar américain). Cette « stabilité » est toutefois relative. Prenons par exemple les stablecoins les plus courants comme l’USDT ou l’USDC : dans la plupart des cas, on peut les considérer comme équivalents à 1 dollar lors d’échanges sur les marchés secondaires ou pour des achats hors ligne, bien que leur prix puisse légèrement dépasser 1 dollar ou, dans des cas extrêmes, tomber en dessous de 1 dollar voire perdre toute valeur.
Fondements technologiques : un grand livre mondial sur blockchain
Les jetons de stablecoins fonctionnent sur des blockchains publiques, où les transactions sont enregistrées sur un même grand livre décentralisé. Ce grand livre peut être Ethereum, le réseau Bitcoin, Solana, etc. La blockchain constitue essentiellement un registre mondialisé permettant des transactions pair-à-pair sans intermédiaire, avec une rapidité comparable à l’envoi d’un e-mail.
Mais cette commodité comporte un coût : en cas d’erreur de montant ou d’adresse erronée, il est pratiquement impossible de récupérer les fonds faute d’intermédiaire tiers. C’est comme si vous aviez glissé de l’argent liquide dans la mauvaise poche ; une fois parti, difficile de le retrouver.
Situation actuelle du marché : la domination des stablecoins adossés au dollar
Lorsque nous parlons de stablecoins, nous parlons principalement de stablecoins liés au dollar américain. Depuis l’apparition de l’USDT en 2014, les stablecoins soutenus par des monnaies fiduciaires sont devenus dominants, représentant à eux seuls 95 % de la capitalisation totale. Le 23 août 2025, la capitalisation totale des stablecoins atteignait déjà plus de 2600 milliards de dollars, et début novembre elle dépassait 3100 milliards, affichant une croissance fulgurante.
Dans cette répartition, l’USDT et l’USDC représentent à eux deux plus de 80 % du marché, devenant ainsi des sujets clés d’étude pour les milieux académiques et réglementaires. Bien que leur capitalisation ait été relativement modeste il y a six ou sept ans, leur rotation est extrêmement élevée – en 2019, leur taux de rotation journalier a atteint jusqu’à 500 %, avec un volume mensuel de transactions supérieur à 3000 milliards de dollars, un impact largement supérieur à leur taille apparente.
Une rentabilité stupéfiante
Circle, l’émetteur de l’USDC, incarne le modèle d’un émetteur conforme aux régulations. Avec une capitalisation d’environ 70 milliards de dollars, son action a décuplé en un mois après son introduction en bourse en juin dernier, provoquant une onde de choc dans le monde de l’investissement.
Encore plus frappante est la rentabilité de Tether. Cette entreprise, avec moins de 200 employés, a dégagé un bénéfice net de 13,7 milliards de dollars l’an dernier, soit près de 100 millions de dollars de profit par employé. Comparativement, VISA, géant international des cartes bancaires, emploie 30 000 personnes et a réalisé un bénéfice net de 19,7 milliards de dollars l’année dernière. L’avantage concurrentiel et l’attractivité des stablecoins sont donc manifestes.
Les trois caractéristiques fondamentales des stablecoins
1. Émission centralisée et circulation décentralisée
À la différence des monnaies numériques des banques centrales, les stablecoins sont émis par des entités privées, sans appui direct de l’État. Par exemple, Tether utilise le grand livre public de la blockchain pour assurer une circulation décentralisée de ses actifs, qui circulent librement sur des réseaux mondiaux tels que Bitcoin, Ethereum, Polkadot ou Solana. Ce mode de circulation sans frontières ni juridictions clairement définies franchit les limites géographiques et réglementaires traditionnelles, posant un nouveau défi aux systèmes de supervision financière classiques.
2. Un système de paiement et de règlement hautement efficace
Contrairement aux systèmes traditionnels, les stablecoins ne nécessitent aucun intermédiaire, offrant un trajet de paiement minimal, un traitement instantané, et combinant paiement, compensation et règlement en une seule étape. Les frais de transfert transfrontalier sont environ dix fois inférieurs, voire moins, ce qui représente un avantage majeur dans les paiements internationaux. Pour les quelque 900 millions à 1 milliard de personnes non bancarisées dans le monde, les stablecoins offrent une inclusion financière exceptionnelle : il suffit d’un téléphone et d’un accès internet pour télécharger un portefeuille cryptographique et participer aux paiements mondiaux.
3. Un mécanisme novateur d’émission et de rachat
Le processus d’émission fonctionne ainsi : un participant autorisé (comme une grande institution) demande à Tether l’émission de 100 millions de stablecoins ; après validation, il verse 100 millions de dollars sur le compte bancaire de Tether. Dès réception, Tether émet 100 millions d’USDT vers le portefeuille cryptographique de l’institution, tout en conservant 10 à 20 % de ces fonds en réserve en dollars pour faire face aux demandes de rachat. Les 70 à 80 % restants sont principalement investis dans des obligations d’État américaines à court terme (moins de 93 jours), très liquides et peu risquées, générant un rendement annuel de 4,25 %. Grâce à ce modèle économique, Tether réalise des profits quasi sans risque.
Le rachat suit le chemin inverse : le participant autorisé envoie les stablecoins vers un portefeuille désigné, Tether vend alors des obligations d’État pour obtenir des liquidités, paie le participant, et détruit les USDT correspondants. Ce mécanisme assure un équilibre dynamique entre la masse de stablecoins en circulation et les actifs de réserve.
Perspectives futures : convergence entre stablecoins et intelligence artificielle
La combinaison entre stablecoins et intelligence artificielle présente un potentiel énorme, offrant un champ d’étude prometteur. Actuellement, l’IA appliquée à la finance est limitée par l’impossibilité d’ouvrir des comptes autonomes : les agents intelligents ne peuvent pas détenir d’argent ni effectuer de paiements, ce qui confine leurs fonctions à des services basiques comme le service client intelligent ou la gestion automatisée d’actifs.
Or, les caractéristiques de pseudo-anonymat (sans identification) et de décentralisation de la blockchain pallient justement ce défaut, permettant aux agents d’IA d’effectuer des paiements autonomes via des portefeuilles cryptographiques. Cette fusion pourrait transformer radicalement l’économie réelle : par exemple, un agent IA pourrait planifier seul un voyage, réserver billets d’avion et hôtels, ou inciter les utilisateurs à créer du contenu grâce à des récompenses en stablecoins, réalisant ainsi des transactions continues 24h/24 et 7j/7.
Par rapport aux contraintes légales du système financier traditionnel, la blockchain a déjà vu émerger de nombreux cas pratiques d’émission autonome de jetons et de récompenses intelligentes. Cette synergie pourrait non seulement redéfinir les structures de droits et obligations dans la finance, mais aussi donner naissance à de nouveaux modèles transactionnels, ouvrant une brèche académique d’une grande valeur pour la recherche financière future.
3. Les quatre risques et défis des stablecoins
Sur la base des rapports d’organisations financières internationales telles que la Banque des règlements internationaux (BRI) et le Conseil de stabilité financière (CSF), ainsi que des observations du secteur, nous pouvons identifier quatre principaux risques et défis liés aux stablecoins :
(1) Risque d’activités illégales et d’évasion réglementaire
Les criminels impliqués dans les fraudes téléphoniques, le trafic de drogue ou d’organes humains utilisent souvent les stablecoins pour blanchir leurs gains importants. Ces derniers offrent un certain degré d’anonymat et de pseudonymat, sans exigence d’identification, et fonctionnent indépendamment des règles financières traditionnelles.
Pour renforcer cet anonymat, les malfrats utilisent des outils comme les mixeurs (« mixers »), par exemple Tornado Cash, sanctionné par les États-Unis, capable de dissimuler complètement l’identité, utilisé même par des hackers nord-coréens pour échapper au suivi. Plus grave encore, la nature pair-à-pair des transactions via portefeuilles non gardés contournent les entités tierces réglementées, rendant inefficaces les systèmes traditionnels de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, affaiblissant ainsi fortement l’efficacité de la surveillance financière et créant un « couloir gris » pour les flux transfrontaliers de capitaux illicites.
(2) Défi à la souveraineté monétaire et à la politique monétaire
L’utilisation transfrontalière massive des stablecoins adossés au dollar porte atteinte à la souveraineté monétaire d’autres pays. Dans des nations souffrant d’inflation galopante, comme le Zimbabwe ou la Turquie, où certains taux annuels atteignent 70 % voire 200 %, les individus rationnels optent naturellement pour convertir leur monnaie locale en stablecoins en dollars. Ce choix rationnel réduit directement la demande de monnaie nationale, provoquant un effet de substitution préjudiciable à la monnaie fiduciaire et sapant des mesures comme le contrôle des changes. Sauf mesures extrêmes comme la coupure d’internet, les moyens réglementaires traditionnels s’avèrent impuissants à enrayer les fuites de capitaux via les stablecoins. Cela pose un défi fondamental à la capacité des États à maintenir la stabilité monétaire et à mener une politique monétaire indépendante.
(3) Risques financiers et systémiques pour la stabilité
Les émetteurs de stablecoins, cherchant à maximiser leurs profits, pourraient investir dans des actifs à haut risque, entraînant de graves dangers. Ainsi, certains ont initialement utilisé les réserves en dollars pour acheter du Bitcoin, actif dont la volatilité était extrême entre 2015 et 2021, avec des variations quotidiennes de 30 à 70 %.
Selon la réglementation américaine, les dépôts bancaires des réserves de stablecoins ne bénéficient pas d’assurance fédérale, ce qui constitue un risque latent. De plus, plusieurs épisodes de décrochage ont eu lieu, comme celui du stablecoin algorithmique LUNA, passant d’un ratio 1:1 avec le dollar à 0,14, puis s’effondrant totalement, effaçant une capitalisation de 500 milliards de dollars, ruinant de nombreuses personnes. L’expérience historique montre que les stablecoins manquant de régulation efficace et non ancrés à des actifs réels présentent des risques considérables.
(4) Difficultés de coordination réglementaire transfrontalière et conformité
La capacité des stablecoins à circuler sans friction sur les blockchains publiques pose un dilemme fondamental en matière de régulation transfrontalière et de conformité. Les pays adoptent des positions très divergentes : la Chine les interdit totalement, les États-Unis les autorisent partiellement, Hong Kong exige une licence, tandis que d’autres territoires choisissent la liberté totale (laissez-faire).
L’architecture décentralisée des blockchains fait que les émetteurs échappent naturellement à toute juridiction unique, entrant en conflit direct avec les cadres réglementaires nationaux. Bien que des puissances comme les États-Unis puissent imposer la conformité via une juridiction étendue (par exemple FinCEN au Trésor américain), les pays à faible pouvoir de surveillance permettent aux émetteurs d’éluder allègrement les régulations.
Cela rend difficile l’application uniforme de principes réglementaires identiques à des activités et risques similaires, favorisant les arbitrages réglementaires. Lorsque des juridictions du monde entier demandent fréquemment le gel d’actifs liés à des crimes comme la fraude ou le trafic de drogue, les émetteurs (comme Tether) doivent nécessairement faire un tri parmi des dizaines de milliards de demandes d’entraide judiciaire, privilégiant les États-Unis et ignorant les pays plus faibles, aboutissant à une impasse réglementaire où « le fort domine, le faible est abandonné ».
4. Cadre réglementaire américain sur les stablecoins et son influence mondiale
Le projet de loi américain GENIUS adopté en juillet dernier propose un cadre réglementaire intéressant sur les stablecoins, particulièrement significatif quant à l’impact des stablecoins en dollars et à leurs conséquences mondiales.
Contenu principal du cadre réglementaire
En matière de réserves, la loi exige que les émetteurs soient couverts à 100 % en dollars, ou détiennent uniquement des obligations d’État américaines à moins de 93 jours, actifs liquides, peu risqués et offrant un bon rendement. Seules ces deux options sont autorisées, excluant tout autre type de réserve.
Concernant la hiérarchisation de la supervision, les émetteurs dont la capitalisation dépasse 10 milliards de dollars relèvent de la Réserve fédérale, du Trésor et de l’Office du contrôleur de la monnaie ; ceux en dessous sont supervisés au niveau des États. Ainsi, Circle, émetteur de l’USDC, est placé sous surveillance fédérale. Ce modèle « contrôler les grands, laisser une marge aux petits » offre une référence utile pour la future réglementation chinoise.
Exigences de transparence et de conformité
La loi interdit le marketing trompeur, impose aux émetteurs de respecter les règles de lutte contre le blanchiment et de connaissance du client (KYC), ainsi que de publier des audits annuels, garantissant la transparence. Jusqu’ici, Tether opérait comme un « porte-avions » dans ce domaine, avec une capitalisation de 170 milliards de dollars depuis 2014, mais sans surveillance effective pendant près de dix ans.
Bien qu’il affirme que chaque USDT est soutenu par un dollar, cela a longtemps fait l’objet de soupçons. Même si un audit indépendant avait confirmé la solidité des réserves initialement, aucun organisme n’a osé auditer Tether pendant sept ou huit ans. Ses réserves en dollars étaient déposées dans des banques méconnues d’Amérique centrale, suscitant l’inquiétude des détenteurs craignant un effondrement de Tether entraînant une chute du Bitcoin. Ainsi, l’exigence de transparence est cruciale, et cette règle américaine redéfinit les normes du secteur.
Responsabilité en matière de lutte contre le blanchiment et technologie de surveillance
La loi GENIUS fait des émetteurs les « premiers responsables » de la lutte contre le blanchiment et les activités financières illégales, exigeant d’eux une capacité technique pour répondre immédiatement aux demandes du FBI visant à geler des USDT suspects. En outre, FinCEN (Service de renseignement financier du Trésor américain) doit élaborer des directives, développer de nouveaux outils pour surveiller les activités cryptographiques et examiner les plans de conformité.
Objectifs stratégiques et influence mondiale
Ce texte a une importance majeure et favorable pour tout le secteur des cryptomonnaies, mais ses intentions stratégiques doivent alerter les autorités de régulation mondiales. D’un côté, il établit des règles pour le secteur, redéfinissant les standards mondiaux ; de l’autre, il fige le lien entre stablecoins, dollar et dette américaine, créant une boucle parfaite entre dollar, stablecoins et obligations d’État, encourageant, poussant voire obligeant les émetteurs à devenir de grands acheteurs de dette américaine, renforçant ainsi la position du dollar dans le système monétaire international, augmentant sa pénétration numérique mondiale et consolidant davantage son hégémonie financière.
Problèmes potentiels et lacunes réglementaires
Le cadre américain comporte également des failles. Premièrement, aucune assurance fédérale ne couvre les réserves, ce qui pourrait poser problème en cas de risque extrême : en 2023, Circle a perdu environ 3 milliards de dollars placés dans Silicon Valley Bank, faisant chuter la parité de l’USDC de 1:1 à 0,8.
Deuxièmement, les fondations de sécurité des stablecoins ne sont pas abordées dans la législation actuelle : transparence vérifiable des réserves, engagement de remboursement, procédures ordonnées de gestion des crises et mécanismes de sortie en cas de difficultés restent ignorés.
Troisièmement, des exigences précises comme la publication quotidienne de la valeur liquidative, les rapports en temps réel sur le rachat et la liquidité, ou les audits transparents par des tiers, ne sont pas pleinement intégrées dans les textes américains, hongkongais ou dans la loi MiCA de l’UE. Ces points doivent devenir des axes clés de recherche réglementaire future.
En outre, les stablecoins sur blockchain publique comportent de forts risques de confidentialité : les transactions sont enregistrées de façon permanente et consultables par tous, pouvant exposer la vie privée des utilisateurs et leurs secrets commerciaux. Comment les futures règles réglementaires protégeront-elles ces données reste une question urgente à explorer.
5. Concurrence sur la souveraineté monétaire numérique et impact des stablecoins
Contexte de la rivalité sino-américaine
Depuis quelques années, la compétition financière entre la Chine et les États-Unis s’intensifie, influençant profondément les stablecoins. Depuis 2017, les tensions autour de la sécurité financière entre les deux pays se sont aggravées. Après la guerre en Ukraine en 2022, les États-Unis et l’UE ont imposé plus de 6000 sanctions à la Russie, notamment en l’excluant de SWIFT, suscitant une inquiétude généralisée chez d’autres nations face aux sanctions financières.
En tant que puissance économique et financière, la Chine doit envisager des solutions : désollarisation, émission d’une monnaie numérique de banque centrale, coopération avec les pays du « Belt and Road » via des ponts monétaires numériques, etc. Mais ces solutions ont toutes des limites. Dans ce contexte, les stablecoins pourraient représenter une nouvelle fenêtre d’opportunité pour la Chine.
Un nouveau pilier de l’hégémonie du dollar
Au cours des deux dernières années, le dollar a perdu de sa force, et la dette américaine est moins attractive. Certains économistes pensent que l’hégémonie financière américaine décline, et que le pouvoir financier international se déplace. Toutefois, le développement des stablecoins en dollars encouragé par la loi GENIUS pourrait inverser cette tendance.
La croissance des stablecoins en dollars est rapide : leurs émetteurs sont devenus de grands acheteurs de dette américaine, détenant 128 milliards de dollars en obligations américaines au cours des 12 derniers mois, figurant désormais parmi les 20 premiers détenteurs, dépassant des États souverains comme l’Allemagne ou l’Arabie saoudite. Selon Citigroup, d’ici 2030, les stablecoins pourraient détenir jusqu’à 3700 milliards de dollars de dette américaine, devenant ainsi le premier détenteur mondial, ce qui pourrait inverser le déclin perçu de l’hégémonie du dollar.
Parmi tous les types de stablecoins, ceux adossés au dollar devraient rester les plus populaires pendant les dix prochaines années. Les populations des pays à monnaie faible opteront naturellement pour des devises plus stables, accélérant la marginalisation des autres monnaies fiduciaires instables, y compris potentiellement le yuan dans son processus d’internationalisation.
Un nouveau mécanisme de création monétaire
Les émetteurs de stablecoins soulèvent aussi une question de création monétaire. Bien que le rapport de la BRI 2025 affirme que les stablecoins manquent d’élasticité, en réalité, les émetteurs pratiquent une forme de création monétaire et d’expansion du crédit. Prenons Tether : lorsqu’un participant autorisé verse 1 million de dollars (similaire à M1), une petite partie est déposée en banque, la majorité est investie (obligations d’État, or, etc.), tandis que 1 million d’USDT sont émis à l’institution. Ces USDT, proches de M2, agissent comme une dette envers les détenteurs.
Mais une fois reçus, les détenteurs utilisent les USDT pour payer ou échanger, jouant ainsi un rôle monétaire (proche de M1), créant virtuellement de la monnaie ex nihilo. Cet effet multiplicateur peut gonfler les prix d’actifs dans certains domaines, provoquant une inflation sectorielle (ex. actifs cryptos), contestant le monopole des banques centrales sur la création monétaire. Peu de réglementations abordent actuellement ce point, qui mérite une étude approfondie en finance. À ses débuts, certains soupçonnaient même Tether d’être à l’origine des fluctuations du prix du Bitcoin.
Relier deux mondes financiers
Sous l’impulsion de la conformité, la loi GENIUS qualifie les stablecoins d’« instruments de paiement » et non de titres, interdit le versement d’intérêts aux émetteurs, et leur attribue un statut proche de M1. Les stablecoins en dollars font office de pont entre le monde fiduciaire et celui des actifs numériques, fournissant un support de paiement et de règlement aux plateformes d’échange, à la finance décentralisée (DeFi) et aux écosystèmes NFT, reliant ainsi la finance cryptographique et la finance traditionnelle, redéfinissant ces deux sphères.
Dans les paiements transfrontaliers, les stablecoins offrent efficacité et faibles coûts. En outre, dans les paiements hors ligne, ils s’associent progressivement à Mastercard et Visa : en rechargeant une carte Visa avec de l’USDT, liée à WeChat Pay ou Apple Pay, on peut payer même dans un stand de barbecue, bien que les frais restent élevés. Cette tendance associe finance blockchain et finance traditionnelle, remettant en cause les règles réglementaires classiques.
6. Défis des stablecoins pour la sécurité financière chinoise et réexamen des politiques
Les défis spécifiques pour la Chine
Les stablecoins posent de nombreux défis à la sécurité financière chinoise. D’une part, ils menacent de marginaliser le système de paiement dominant et de remplacer la monnaie fiduciaire. Bien que la Chine ne connaisse pas une inflation comme l’Argentine, les stablecoins en dollars, grâce à la blockchain, construisent un réseau de paiement transfrontalier efficace, permettant aux commerçants internationaux d’accepter directement des stablecoins en dollars, contournant ainsi le contrôle des changes chinois. Cela empêche l’administration des changes chinoise de suivre les flux de capitaux, mettant en danger la souveraineté monétaire et la sécurité financière.
En outre, les partenariats entre stablecoins et institutions bancaires conformes créent des canaux mondiaux de paiement, perturbant la régulation des prestataires de paiement tiers existants en Chine. De plus, dans les paiements transfrontaliers, les stablecoins pourraient court-circuiter des infrastructures comme les ponts monétaires multilatéraux ou le CIPS, développés à grands frais par la Chine.
Enfin, les paiements transfrontaliers pair-à-pair via blockchain pourraient contester le « triptyque impossible » de la régulation financière chinoise, compromettant simultanément la libre circulation des capitaux, l’indépendance de la politique monétaire et la gestion du taux de change.
Les investisseurs peuvent affaiblir la demande de la monnaie locale en la vendant pour accumuler des stablecoins en dollars, surtout lorsque le rendement des placements en dollars atteint 4 à 5 % et que l’on anticipe une dépréciation du yuan. La volatilité du marché des cryptomonnaies amplifie encore le risque : lorsque le prix du Bitcoin augmente fortement, les investisseurs échangent massivement des yuans contre des stablecoins pour l’acheter. Cette combinaison de rendement élevé et de règlement automatisé remet non seulement en cause le modèle bancaire traditionnel, mais menace aussi la stabilité du taux de change via des sorties de capitaux, rendant inefficaces les mesures classiques de contrôle des changes.
Réflexion sur la politique réglementaire chinoise
En 2021, la Banque populaire de Chine et d'autres organismes ont publié l’« Avis sur la prévention et la gestion supplémentaires des risques spéculatifs liés aux transactions de monnaies virtuelles », dont l’objectif était d’interdire strictement les échanges de monnaies virtuelles. À l’époque, contenir la spéculation avait un sens positif, mais à long terme, cela a créé un vide réglementaire.
Au plan civil, cela ne protège pas efficacement les droits légitimes des détenteurs de stablecoins. Au plan public, cela ne permet pas de lutter contre le blanchiment, le financement du terrorisme ou la fuite de capitaux causés par les stablecoins en dollars. De plus, la politique de régulation a produit des effets collatéraux inattendus : après l’annonce du 4 septembre 2017, les plateformes ont dû cesser les échanges directs entre Bitcoin et monnaies fiduciaires, poussant les investisseurs à privilégier les échanges Bitcoin-stablecoin, ce qui a fait exploser l’usage des stablecoins et fait passer le Bitcoin d’une cotation en yuans à une cotation en dollars, résultat non souhaité par les autorités.
Comme disait l’adage ancien : « Les institutions doivent être scrupuleusement examinées, les lois soigneusement formulées, les affaires d’État traitées avec prudence. » La mise en œuvre de politiques financières exige une réflexion rigoureuse, afin d’éviter les conséquences imprévues d’une « répression ponctuelle ».
Stratégies de réponse pour la Chine
Premièrement, il faut réviser la philosophie réglementaire, en passant d’une régulation répressive à une gouvernance collaborative. Celle-ci ne doit pas être décidée uniquement par les régulateurs : des politiques comme « blockchain sans jeton » sont discutables. Il convient plutôt de rassembler les parties prenantes essentielles – émetteurs, participants autorisés, développeurs de portefeuilles, plateformes cryptos – pour élaborer ensemble des règles, trouvant un équilibre entre innovation et prévention des risques. Actuellement, le cadre hongkongais semble excessivement strict, menaçant les perspectives des futurs stablecoins locaux. Une approche initiale plus souple et progressive serait préférable.
Deuxièmement, construire un pare-feu monétaire et renforcer la capacité de riposte aux sanctions financières. La Chine pourrait progressivement ouvrir l’accès aux stablecoins par étapes, par niveaux et par zones, en utilisant Hong Kong comme laboratoire pour tester des modèles, avant d’élaborer un cadre réglementaire national. Elle pourrait aussi développer une coopération multilatérale sur les stablecoins, en priorité ancrés au yuan offshore, puis progressivement au yuan onshore, en synchronisation avec l’internationalisation du yuan.
Au niveau international, collaborer avec la BRI, le FMI et autres pour façonner les règles globales et renforcer la voix chinoise. Nationalement, améliorer la régulation technologique, utilisant l’IA pour détecter les transactions anormales. Enfin, étendre les cas d’usage des stablecoins ancrés au yuan, par exemple via les RWA (actifs du monde réel) : Ant Digital Technologies a déjà réussi plusieurs émissions à Hong Kong, ouvrant la voie à des paiements en stablecoins en yuan sur chaîne, élargissant ainsi les perspectives du yuan numérique.
Conclusion : saisir les opportunités au cœur des défis
Les stablecoins incarnent l’avant-garde du développement de la finance numérique, apportant à la fois des défis inédits et des opportunités majeures. Pour la Chine, l’enjeu est de savoir maîtriser les risques sans manquer la vague de l’innovation financière numérique.
Dans un contexte où les stablecoins en dollars accélèrent leur expansion mondiale grâce à la loi GENIUS, la stratégie chinoise doit être plus subtile et souple. D’un côté, protéger la sécurité financière et la souveraineté monétaire ; de l’autre, participer activement à cette révolution, cherchant pour le yuan une percée dans l’ère des monnaies numériques.
La compétition financière future ne sera pas seulement entre monnaies, mais aussi entre normes et standards des monnaies numériques. La Chine doit faire entendre sa voix, concevoir un cadre réglementaire conforme à ses intérêts et aux tendances mondiales, afin de prendre une place favorable dans la nouvelle ère de la finance numérique.
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