
Qui a touché au fromage des banques ?
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Qui a touché au fromage des banques ?
Un jeu de régulation financière impliquant 6,6 billions de dollars.
Rédaction : Max.S
En août 2025, une alliance bancaire américaine (comprenant plusieurs institutions majeures, dont l'Institut de recherche sur les politiques bancaires, BPI) a envoyé une lettre d'urgence au Congrès. Cette lettre mettait en garde contre un « défaut réglementaire » potentiel dans le GENIUS Act, qui pourrait permettre à jusqu'à 6,6 billions de dollars de dépôts bancaires de migrer vers le marché des stablecoins, un montant équivalant à près d'un tiers du PIB américain. Cet avertissement révèle et souligne la tension entre le système financier traditionnel et les actifs numériques émergents, ainsi que l'impact potentiel des stablecoins, en tant qu'instruments financiers nouveaux, sur l'ordre financier existant. Les inquiétudes de l'alliance bancaire sont fondées : des stablecoins comme USDT et USDC sont largement utilisés sur des plateformes majeures telles que Coinbase et Kraken, qui attirent les utilisateurs avec divers « plans de rendement », menaçant ainsi de manière inédite le socle des dépôts bancaires traditionnels.
Défaut du GENIUS Act : Le « terrain grisé » du rendement des stablecoins
Le 18 juillet 2025, « l’homme qui sait » Trump a signé la loi sur les innovations nationales des stablecoins américains (GENIUS Act). Ce texte établit un cadre fédéral de régulation pour les stablecoins de paiement, exigeant que leurs réserves soient maintenues à un ratio 1:1, interdisant les stablecoins algorithmiques, et précisant clairement que les stablecoins ne sont ni des titres ni des marchandises. Toutefois, cette loi comporte une faille cruciale : bien qu'elle interdise explicitement aux émetteurs de stablecoins de verser directement des intérêts ou des rendements aux détenteurs, elle n'étend pas cette interdiction aux bourses cryptos ou à leurs entreprises associées, ouvrant ainsi une « porte dérobée » permettant aux stablecoins d'obtenir des rendements via des canaux tiers.
JDSupra analyse que le GENIUS Act définit les « stablecoins de paiement » comme des actifs numériques destinés au paiement ou au règlement, dont l'émetteur doit être une filiale d'une institution de dépôt assurée, une entité non bancaire qualifiée au niveau fédéral ou un émetteur agréé par l'État, et qui doit publier mensuellement un rapport de réserves audité. Sur la question centrale de la « fourniture de rendement », le GENIUS Act reste flou, créant ainsi une opportunité d'arbitrage réglementaire. Le BPI souligne que bien que Circle n'offre pas de rendement directement sur son USDC, sur des bourses partenaires comme Coinbase, les utilisateurs peuvent percevoir une récompense annuelle de 2 à 5 %. En réalité, l'émetteur fournit indirectement un rendement via ses entités liées, contournant complètement les restrictions du GENIUS Act.
Risque de transfert de 6,6 billions de dollars : Le « scénario apocalyptique » pour les banques
Dans sa lettre adressée au Congrès, l'Institut de recherche sur les politiques bancaires (BPI) cite des données d'un rapport du Trésor américain daté d'avril, avertissant que si cette faille n'est pas colmatée, elle pourrait entraîner une fuite de 6,6 billions de dollars de dépôts bancaires (soit environ un tiers du total des dépôts des banques commerciales américaines). Une telle situation affaiblirait gravement la capacité des banques à créer du crédit, pousserait à la hausse les taux d'intérêt sur les prêts, et finalement nuirait aux coûts de financement des ménages et des entreprises ordinaires. Le BPI insiste sur le fait que les banques accordent des prêts à partir des dépôts ; la caractéristique des stablecoins offrant des rendements élevés pourrait inciter les épargnants à transférer leurs fonds des comptes bancaires traditionnels vers les bourses cryptos, un risque particulièrement marqué en période d'instabilité économique.
Cette préoccupation face au marché actuel des stablecoins n'est pas infondée. Selon les données de CoinStats au 20 août 2025, leur capitalisation totale s'élève à 288,7 milliards de dollars seulement, mais leur rythme de croissance est impressionnant. Le Trésor américain estime que la taille du marché des stablecoins pourrait atteindre 2 000 milliards de dollars d'ici 2028. Si l'on autorise les entités liées à offrir des rendements, cette croissance pourrait encore s'accélérer. Les deux principaux stablecoins du marché, Tether et USDC, détiennent plus de 80 % des parts. USDT affiche une capitalisation de 167,1 milliards de dollars et USDC de 68,3 milliards. Sur des plateformes comme Coinbase et Kraken, leurs « plans de rendement » sont devenus des leviers importants d'attraction des utilisateurs. Coinbase propose un rendement annuel de 3,5 % aux détenteurs d'USDC, alors que le taux des comptes courants bancaires est de seulement 0,5 %, ce qui constitue une différence très attractive pour les épargnants.
Situation du marché : Le « contraste glacial et brûlant » des stablecoins
Les banques lancent des avertissements sévères, mais comparé aux 22 118 milliards de dollars de masse monétaire M2 aux États-Unis, la taille actuelle du marché des stablecoins reste négligeable. Ce contraste alimente le débat sur l'urgence de la menace. Les partisans affirment que les risques actuels sont parfaitement maîtrisables et que les banques réagissent de manière excessive. Les opposants insistent quant à eux sur le potentiel de croissance des stablecoins et leurs effets de réseau, susceptibles de provoquer un risque systémique progressif, comparable à la métaphore du « grenouille bouillie à feu doux ».
Dans les applications pratiques, les stablecoins occupent déjà une place importante dans les paiements. Selon NOWPayments, au premier semestre 2025, les paiements cryptos par stablecoins représentaient 57,08 % des transactions marchandes, et combinés, USDT et USDC représentaient plus de 95 % de ce chiffre. Dans les paiements transfrontaliers, le règlement e-commerce ou les virements vers les marchés émergents, les stablecoins offrent des avantages de faible coût et de rapidité de traitement, remplaçant progressivement les services traditionnels de virement et de transfert bancaire. Par exemple, au Kenya en Afrique, le volume des transactions en stablecoins a augmenté de 43 % en 2025, principalement utilisé pour le commerce transfrontalier et le versement des salaires, illustrant ainsi la valeur unique des stablecoins dans la satisfaction des besoins financiers concrets.
Confrontation réglementaire : La « corde raide » entre innovation et stabilité
Dans cette confrontation financière et réglementaire, les positions sont clairement tranchées. L'alliance bancaire plaide pour une interdiction totale de toute forme de rendement sur les stablecoins, considérant cela comme une mesure nécessaire pour protéger la stabilité du système financier. Le secteur cryptographique, lui, prône une « régulation ciblée », visant uniquement à interdire les abus sans freiner l'innovation. Le 19 août, le Département du Trésor américain a déclaré qu'il recueillait les avis du public sur la mise en œuvre du GENIUS Act, en portant une attention particulière à l'utilisation de technologies telles que la vérification d'identité numérique et la surveillance blockchain pour prévenir les activités financières illégales.
Certains experts proposent des solutions intermédiaires, comme obliger les émetteurs de stablecoins à assumer une responsabilité solidaire sur les activités de rendement de leurs entités liées, ou fixer un plafond de rendement afin d'éviter une concurrence excessive. En février 2025, Christopher Waller, gouverneur de la Réserve fédérale, a déclaré lors d'un discours que les stablecoins n'étaient pas des « ennemis mortels », mais que l'arbitrage réglementaire l'était. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un cadre réglementaire capable de protéger les consommateurs et la stabilité financière tout en favorisant l’innovation. Beaucoup d’acteurs du secteur partagent cet avis. Ils pensent que le GENIUS Act part d’une bonne intention, mais qu’il doit être complété par des moyens techniques et des règles plus précises pour combler les failles, plutôt que d’interdire purement et simplement toute activité de rendement.
Le GENIUS Act entrera en vigueur en 2027 ou plus tôt, laissant peu de temps aux régulateurs et aux acteurs du marché. Si les demandes de l’alliance bancaire sont satisfaites et que les entités liées se voient interdire d’offrir des rendements sur les stablecoins, le risque de fuite des dépôts pourrait être temporairement contenu, mais le potentiel d’innovation des stablecoins serait peut-être étouffé, poussant le marché vers des plateformes offshore non régulées. Si l’on conserve la situation actuelle, les activités bancaires traditionnelles pourraient être davantage érodées par les stablecoins, mais cela pourrait aussi inciter les banques à accélérer leur transformation numérique et à proposer des produits plus compétitifs.
Les choix financiers des utilisateurs ordinaires seront directement influencés par l’issue de cette confrontation réglementaire. La pérennité du rendement élevé des stablecoins, la possibilité pour les banques traditionnelles d’augmenter leurs taux d’intérêt pour faire concurrence, ou encore la suppression complète des possibilités d’arbitrage réglementaire : les réponses à ces questions émergeront progressivement dans les années à venir. Quoi qu’il en soit, les stablecoins constituent un pont reliant la finance traditionnelle et l’économie cryptographique, et leur trajectoire de développement est désormais irréversible. Trouver un équilibre entre innovation et stabilité restera un défi permanent pour les régulateurs, les professionnels et les utilisateurs.
Conclusion : La « nouvelle frontière » financière de l’ère numérique
L’initiative de l’alliance bancaire américaine pour fermer la faille du GENIUS Act représente essentiellement une « contre-attaque défensive » du système financier traditionnel face à la vague numérique. Bien que le risque de fuite de 6,6 billions de dollars de dépôts puisse être exagéré, il reflète la nécessité inhérente de la transformation du paysage financier. Les stablecoins ne sont pas seulement un nouvel outil de paiement, mais aussi un catalyseur de la modernisation des infrastructures financières, forçant les banques traditionnelles à repenser leur modèle économique et poussant les régulateurs à actualiser des cadres réglementaires obsolètes.
Dans cette « nouvelle frontière » de la finance numérique, il n’existe pas de vainqueur ou de perdant absolu, seulement des adaptateurs et des exclus. Chacun doit comprendre l’essence de cette transformation et acquérir des connaissances sur les nouveaux instruments financiers comme les stablecoins, une compétence cruciale pour les décisions financières futures. Et quelle que soit la forme finale prise par la révision du GENIUS Act, la convergence entre les actifs numériques et la finance traditionnelle est une tendance inévitable. Ceux qui sauront maîtriser cette évolution occuperont une position avantageuse dans le paysage financier de demain.
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