
Pourquoi les transactions de cryptomonnaies sont-elles si souvent suspectées d'infractions transfrontalières liées au change ?
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Pourquoi les transactions de cryptomonnaies sont-elles si souvent suspectées d'infractions transfrontalières liées au change ?
Pourquoi les transactions cryptographiques enfreignent-elles si souvent la ligne rouge du « change transfrontalier » ? À quoi devez-vous faire attention ?
Rédaction : Xu Qian, avocate associée au cabinet d'avocats Shanghai Manqin ;
Xu Xiaohui, avocate au cabinet d'avocats Shanghai Manqin
Introduction
Depuis la création du bitcoin, ses multiples envolées de prix ont déclenché un engouement mondial pour les cryptomonnaies. À son apogée, le bitcoin a franchi la barre des 100 000 dollars américains, et la capitalisation boursière totale des cryptomonnaies a même dépassé temporairement celle du dollar américain en circulation dans le monde. Ce phénomène a entraîné l’apparition massive de plateformes d’échange de cryptomonnaies, ainsi qu’une activité soutenue des échanges hors ligne (OTC) utilisant l’USDT comme intermédiaire.
Dans le cadre actuel des politiques chinoises, certaines personnes utilisent les actifs numériques pour effectuer des conversions privées entre devises étrangères et yuans, tirant profit des écarts de change et des frais de service. Cette pratique semble techniquement neutre, mais elle se heurte à une forte pression juridique. De telles opérations peuvent en effet constituer une infraction prévue par l'article 225 du Code pénal (activité commerciale illégale), ou encore l'article 191 (blanchiment d'argent).
Dans cet article, l'équipe d'avocats Manqin analyse, sur la base de son expérience pratique, pourquoi les transactions de cryptomonnaies franchissent si souvent la ligne rouge des « transferts transfrontaliers de change » ? Et que devez-vous savoir pour vous protéger ?
Les cryptomonnaies sont-elles des « biens » ou des « données » ? Quelle est la qualification juridique ?
1. Terminologie
La littérature nationale et internationale utilise de manière confuse divers termes tels que cryptomonnaie, actif numérique, monnaie numérique, actif numérique ou monnaie virtuelle pour désigner des actifs comme le bitcoin. L'impossibilité d'aboutir à un consensus sur la nature des cryptomonnaies — s'agit-il de monnaie, de biens incorporels, de droits de créance ou simplement de données symbolisant un droit ? — explique les positions divergentes des autorités judiciaires et l'absence de réponse définitive dans les milieux académiques.
2. Position du droit chinois concernant les cryptomonnaies
1. Du point de vue du droit civil, les cryptomonnaies ne sont ni de la monnaie ni des titres financiers. Toutefois, la législation civile et la jurisprudence reconnaissent leur caractère de propriété virtuelle (article 127 du Code civil), qui doit donc être protégé par la loi.
2. Du point de vue du droit pénal, les cryptomonnaies entrent dans la définition du terme « bien » donnée par l'article 92 du Code pénal. Elles peuvent être transférées contre rémunération monétaire, générer des revenus économiques, possèdent une valeur, une rareté et peuvent être contrôlées — autant de caractéristiques qui satisfont aux critères de biens virtuels en ligne. Elles constituent donc une forme de patrimoine protégée par la loi.
Même si les cryptomonnaies apparaissent sous forme de données numériques ou d'informations informatiques, il convient de voir au-delà de cette forme technique pour en saisir la nature patrimoniale. Le bitcoin, l’Ethereum et autres sont des formes numérisées d’actifs dont l’essence est patrimoniale, non pas purement informationnelle. Comme un registre comptable dont la valeur n’est pas dans le papier mais dans ce qu’il contient, les cryptomonnaies représentent une valeur économique. Du point de vue du droit pénal, de nombreux objets protégés — tels que les secrets commerciaux ou les secrets d’État — prennent aussi la forme de données. Un individu qui vole via Internet des informations techniques confidentielles ou des secrets d’État stockés numériquement peut être poursuivi pour violation de secret commercial ou obtention illégale de secrets d’État, car les données volées incarnent précisément ces secrets.
En résumé, bien que les actifs numériques se présentent sous forme de données, ils représentent des intérêts économiques négociables et monétisables. Sur le plan juridique, ils doivent être considérés comme des actifs numériques dotés d'une « qualité patrimoniale ».
Pourquoi les transactions de cryptomonnaies sont-elles si souvent qualifiées de « transfert transfrontalier de change » ?
Ces dernières années, un nombre croissant d'affaires liées aux cryptomonnaies ont été assimilées à des opérations de change transfrontalier déguisées, entraînant parfois des poursuites pénales. La raison n'est pas que les cryptomonnaies elles-mêmes soient illégales, mais plutôt que leurs modes de transaction, leurs caractéristiques techniques et leurs fonctions financières recoupent fortement ceux des opérations de change illégales traditionnelles. Cela se manifeste principalement à travers plusieurs aspects :
1. Un mode opératoire qui reproduit une opération de change, relevant du délit d’activité commerciale illégale
Le change illégal traditionnel s’effectue généralement via des banques clandestines, des achats fictifs de devises ou des opérations commerciales simulées. Dans le contexte des cryptomonnaies, les utilisateurs réalisent une conversion de valeur selon un schéma « yuan → cryptomonnaie → devise étrangère », ou inversement, afin de contourner la réglementation officielle sur les opérations de change et de dépasser les plafonds d’achat autorisés.
Bien que ces transactions n’impliquent pas directement les systèmes bancaires, elles aboutissent à un échange illégal entre yuans et devises étrangères, constituant ainsi une « autre activité commerciale illégale gravement perturbatrice de l’ordre du marché », au sens de l’article 225 du Code pénal. Dans de nombreux cas, les plateformes de cryptomonnaies, les market makers ou les intermédiaires ont été tenus pour responsables en tant que maillons clés de chaînes de change, voire condamnés pénalement.
Dans la pratique judiciaire, les opérations de change via cryptomonnaies présentent souvent les caractéristiques suivantes :
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Transactions pair-à-pair sans agrément financier : mise en relation via des groupes ou plateformes, sans licence relative aux services de change ou de paiement.
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Déconnexion entre flux monétaires et flux de cryptomonnaies : réception des fonds en RMB sur le territoire chinois et envoi de cryptomonnaies à l’étranger, ou inversement, séparant transfert d’argent et livraison d’actifs numériques.
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Caractère manifestement commercial : perception de commissions ou de marges sur taux de change, ce qui dépasse largement le cadre d’un simple investissement personnel pour entrer dans celui d’un « service de change ».
Ce mécanisme de « change déguisé par l’intermédiaire de cryptomonnaies » revient essentiellement à utiliser des moyens techniques pour franchir les limites fixées par l’État sur la régulation des mouvements de capitaux.
2. Des caractéristiques techniques favorisant l’opacité et la haute liquidité, rendant la surveillance difficile
L’anonymat et les services de mixage affaiblissent les capacités KYC
Le fonctionnement décentralisé des actifs numériques permet à la majorité des transactions de s’effectuer sans identification, ni déclaration, et peut aller jusqu’à rompre le lien entre adresses blockchain et identité grâce à des services de mixage. Ce mécanisme de « rupture de chaîne + mélange » réduit considérablement la capacité des autorités à tracer les flux financiers et à identifier les participants.
Aucune frontière physique pour les transactions transnationales
Un transfert d’actif numérique ne nécessite que l’internet, sans dépendre de compte bancaire ni de canal physique. Une adresse USDT peut recevoir ou envoyer des fonds depuis n’importe quel point du globe, sans passer par les douanes, les banques ou les systèmes de contrôle des changes. Cette capacité technique de transfert mondial quasi illimitée rend leur supervision bien plus complexe que celle des systèmes monétaires traditionnels.
Des « passages gris » contournant le plafond de 50 000 dollars
Certains investisseurs convertissent leurs yuans en USDT, puis en dollars américains ou en dollars hongkongais, avant de transférer ces fonds à l’étranger pour investir, acheter une maison ou une voiture. Bien que cela ressemble à un simple investissement, cette méthode permet de dépasser le plafond annuel légal de 50 000 dollars par personne pour l’achat de devises, constituant ainsi un « achat caché de devises ».
Difficulté à définir le rôle des intermédiaires, risque accru pour les plateformes
Certaines plateformes, lorsqu’elles facilitent des échanges OTC, offrent aux acheteurs et vendeurs des services tels que fourniture d’adresses, conservation des fonds, intermédiation sur les taux de change ou médiation en cas de litige. Ces activités dépassent largement le simple rôle d’intermédiaire d’information, participant en réalité à des « opérations de change ». Si des montants importants sont traités ou des profits réalisés sur les écarts de change, les autorités judiciaires peuvent les considérer comme des organisateurs de change plutôt que comme de simples utilisateurs.
3. Impact macroéconomique sur la sécurité financière nationale et l’ordre de régulation
Les fonctions de paiement et de valorisation des cryptomonnaies remplacent partiellement le yuan dans les opérations transfrontalières. Avec l’augmentation des flux de capitaux chinois sortant via des mécanismes « libellés en cryptomonnaies », la position du yuan dans les règlements internationaux est menacée, ce qui pourrait à long terme nuire au pilotage économique national.
Création d’un « système financier parallèle » alternatif au système bancaire
La circulation de stablecoins comme l’USDT permet à certains acteurs de contourner le système bancaire pour construire un réseau financier gris basé sur des actifs blockchain. Si ce réseau entre en contact avec des activités à haut risque telles que le jeu illégal, la fraude ou l’évasion fiscale à l’étranger, il peut rapidement devenir une source de risque systémique.
Origine des fonds difficile à contrôler, favorisant les activités illégales
L’anonymat, combiné aux services de mixage et aux canaux non vérifiés, facilite le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Il ne s’agit plus seulement d’un problème de conformité, mais bien d’un enjeu de sécurité financière et de sécurité nationale.
Que doivent surveiller les investisseurs particuliers lors des transactions de cryptomonnaies ?
1. Éviter toute participation aux activités OTC telles que « l’achat de devises pour autrui » ou « couverture de change »
Utiliser les cryptomonnaies comme intermédiaire pour proposer des services de change transfrontalier et de paiement, et en tirer profit via des écarts de change, revient à exploiter les propriétés spécifiques des cryptomonnaies pour contourner la réglementation chinoise sur les changes. Ce type d’opération, fondé sur un schéma « devise étrangère → cryptomonnaie → yuans », constitue un change déguisé. Les investisseurs particuliers doivent rester prudents afin d’éviter d’être poursuivis pénalement pour « activité commerciale illégale ».
2. Respecter strictement les plafonds annuels de change pour les particuliers
L’achat ou la vente de cryptomonnaies peut sembler n’être qu’une opération d’investissement, mais en réalité, elle implique une conversion de valeur entre devises étrangères et yuans, ce qui relève des opérations de change. Selon les « Règles d’application du règlement sur les devises pour particuliers », les opérations de change des résidents sont soumises à un plafond annuel. Ce plafond est fixé à 50 000 dollars équivalents par personne et par an.
3. Éviter d’utiliser des canaux de rechargement anonymes
Lors de transactions de cryptomonnaies, il convient de choisir des plateformes disposant d’un processus KYC rigoureux et de garantir la transparence des historiques de transaction. Utiliser des canaux anonymes tels que les échanges P2P hors ligne, les services de mixage ou les monnaies dites « privées » rend très difficile la traçabilité de l’origine des fonds. En cas de soupçon de blanchiment ou de financement d’activités illégales, la plateforme peut bloquer le compte, entraînant une perte de fonds. Par ailleurs, ces canaux anonymes sont facilement exploités par des hackers, mettant en danger la sécurité des fonds des utilisateurs.
4. Conserver des justificatifs légaux
Si vous étudiez à l’étranger, conservez des documents tels que votre lettre d’admission ou les notifications de paiement des frais de scolarité pour justifier l’usage licite de vos transactions en cryptomonnaies. Si vous travaillez en Chine, conservez votre contrat de travail, vos bulletins de salaire et vos attestations fiscales afin de prouver que vous ne vivez pas de l’achat ou de la vente de cryptomonnaies.
Conclusion
Les cryptomonnaies en elles-mêmes ne sont pas une « faute originelle ». Le problème réside dans la manière dont elles sont utilisées : franchissement des frontières, contournement des règles de change, anonymat, évasion de la surveillance. Dès lors que ces pratiques sont liées à des activités illégales telles que l’exercice illégal d’une activité commerciale, le blanchiment d’argent ou la violation du contrôle des changes, elles franchissent une ligne rouge.
Ignorer la loi n’est pas dramatique en soi, mais agir dans l’ignorance totale en pénétrant dans des zones grises peut être dangereux. Que vous soyez un investisseur particulier ou un professionnel, avant toute participation aux marchés des actifs numériques, il est essentiel de connaître les limites légales afin d’éviter des risques pénaux inutiles.
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