
Les cryptomonnaies impliquées dans l'affaire doivent-elles être converties en espèces ?
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Les cryptomonnaies impliquées dans l'affaire doivent-elles être converties en espèces ?
Des controverses juridiques entourent la gestion et la conversion en espèces dans les affaires pénales liées aux monnaies virtuelles, ce qui appelle à une réglementation urgente des pratiques.
Rédaction : Maître Liu Zhengyao
Dans les affaires pénales, les infractions liées au cyberespace occupent aujourd'hui presque la moitié des dossiers ; parmi celles-ci, le nombre croissant d'affaires impliquant des monnaies virtuelles tend à devenir prédominant.
Pour les affaires liées aux cryptomonnaies, une question fait débat tant sur le plan pratique que théorique : les cryptomonnaies saisies doivent-elles être converties en espèces ? Cette question repose déjà sur un présupposé, à savoir que les cryptomonnaies ont une valeur patrimoniale, bien entendu limitée aux cryptomonnaies majeures. Certains acteurs judiciaires persistent encore à considérer toutes les cryptomonnaies comme de simples données informatiques relevant du système de traitement de l'information, une vision manifestement incompatible avec la réalité et les principes juridiques. Ainsi, notre discussion suivante s'appuie entièrement sur le postulat que les principales cryptomonnaies saisies possèdent une valeur patrimoniale.
Concernant cette question, la réponse varie selon les besoins procéduraux.
1. La cryptomonnaie comme élément de preuve
Lorsqu'un élément de preuve dans une affaire pénale a une valeur patrimoniale mais n'est pas matérialisé sous forme monétaire (physique ou numérique), il n’est généralement pas transformé en espèces.
Par exemple, dans une affaire de vol : si A vole un bitcoin à B, la qualification pénale de vol ne pose aucun obstacle juridique. Si ce bitcoin est saisi, les autorités judiciaires doivent simplement le restituer à B. Même pour évaluer le montant du préjudice attribué à A, aucune conversion réelle n’est nécessaire. En pratique, on retient habituellement le prix d’achat initial par B comme base du montant du vol (selon le principe « la victime ne doit pas tirer profit » — voir l'article « Que faire lorsque la cryptomonnaie saisie a pris ou perdu de la valeur pendant la détention ? »). Si le bitcoin de B provenait d’un don ou d’un minage personnel, on peut alors se baser sur le cours du bitcoin au moment du vol pour fixer le montant incriminé.
Toutes ces démarches n’exigent pas la conversion effective du bitcoin, puisque celui-ci doit ultimement être restitué à la victime (B).

2. La cryptomonnaie comme produit d'illégalité
Dans certains cas, la cryptomonnaie saisie n’a pas à être restituée à une victime (par exemple, elle a déjà été vendue par le suspect, ou l'affaire ne comporte aucune victime). On envisage alors généralement sa conversion en espèces.
Dans le cadre judiciaire pénal chinois, les affaires liées aux cryptomonnaies relèvent presque exclusivement de délits économiques ou financiers, qui comportent souvent une peine d’amende. Le montant de cette amende étant étroitement lié au bénéfice illégal du suspect ou de l’accusé, il devient nécessaire de convertir la cryptomonnaie afin de déterminer précisément ce gain illicite.
Un autre motif plus crucial concerne les critères d’ouverture d’enquête : la valeur fluctuante des cryptomonnaies peut influencer directement la recevabilité de l’affaire. À l’instant du dépôt de plainte, le cours élevé d’une cryptomonnaie peut justifier l’ouverture d’une enquête. Mais après les phases policière, ministérielle publique et judiciaire, la valeur de ladite cryptomonnaie pourrait s’effondrer à zéro. Dans ce cas, même si la peine prononcée est minime, le suspect ou accusé ressentira probablement une injustice : comment être reconnu coupable sur la base d’un actif ayant une valeur réelle nulle ? C’est pourquoi, lorsque la cryptomonnaie constitue un produit d’illégalité, sa conversion s’impose — et mieux vaut qu’elle soit effectuée rapidement.
Bien sûr, la réalité est complexe : dans certaines affaires, la cryptomonnaie peut à la fois servir de preuve et représenter un produit d’illégalité. Dans ce cas, nous recommandons aux autorités judiciaires de prioriser sa conversion dès que les éléments de preuve sont solidement établis. (Toutefois, si la cryptomonnaie saisie est une monnaie stable comme USDT ou USDC, une conversion immédiate peut être temporairement évitée.)
Un autre facteur important à prendre en compte est de savoir si une décision judiciaire a déjà été rendue.
3. Gestion de la cryptomonnaie avant le jugement
En principe, en Chine, c’est le tribunal qui dispose des biens saisis après le prononcé du jugement. Sauf circonstances particulières, la gestion des cryptomonnaies saisies devrait donc intervenir après la décision judiciaire. Toutefois, comme toute règle, des exceptions existent.
Selon les « Règles relatives à la procédure d’enquête criminelle par les organes de sécurité publique » (ci-après « les Règles »), pour les actifs dont la valeur fluctue fortement — tels que les actions, obligations ou parts de fonds — une vente ou enchère anticipée peut être effectuée avant le jugement, à condition que cela soit demandé ou accepté par l’intéressé et approuvé par le responsable principal de l’organe de sécurité publique au niveau du district. Deux points font toutefois débat :
Premièrement, les cryptomonnaies ne sont pas expressément mentionnées dans la liste des « actions, obligations, parts de fonds, etc. ». Peut-on interpréter le mot « etc. » de façon extensive pour y inclure les cryptomonnaies ? La réponse reste incertaine.
Deuxièmement, les « Règles » ne sont qu’un règlement sectoriel émanant des seuls organes de police. Or, une affaire pénale engage trois institutions : police, parquet et tribunal, qui coopèrent tout en se contrôlant mutuellement. Un tel règlement administratif n’a donc pas force obligatoire vis-à-vis du parquet ou du tribunal. Peut-il alors servir de base légale commune pour une intervention précoce coordonnée entre ces trois entités ?
Concernant le premier point, le principe général « nul ne peut agir sans autorisation » s’applique aux pouvoirs publics. Si les « Règles » ne mentionnent pas explicitement les cryptomonnaies, la police ne peut légalement intervenir sans risquer de dépasser ses compétences. Pourtant, l’interprétation du terme « etc. » reste sujette à controverse : selon les points de vue, on peut ou non y inclure les cryptomonnaies. Il n’existe à ce jour aucune position uniforme.
Quant au second point, bien que les lois et interprétations judiciaires priment sur les règlements administratifs, force est de constater qu’aucune loi ni interprétation judiciaire n’a encore clarifié la gestion des biens saisis. L’interprétation de la Cour populaire suprême relative au Code de procédure pénale stipule que les biens transférés avec le dossier ou saisis par le tribunal doivent être traités après l’entrée en vigueur du jugement de première instance. Mais que faire si la police n’a pas transféré la cryptomonnaie avec le dossier ? Dans ce cas, la disposition susmentionnée ne s’applique plus. (Pour une analyse approfondie, voir l’article « À quel stade faut-il gérer les cryptomonnaies saisies ? Police ou Tribunal ? »)
Ces analyses permettent de comprendre l’actuelle absence d’uniformité dans la gestion des cryptomonnaies saisies. La solution passe nécessairement par une clarification et précision accrues via de futurs règlements ou interprétations judiciaires, notamment par l’intégration explicite des cryptomonnaies dans les textes législatifs et procéduraux à venir.

4. Gestion de la cryptomonnaie après le jugement
La gestion post-jugement des cryptomonnaies saisies demeure la méthode la plus « orthodoxe », avec deux situations fréquentes :
Premièrement, lorsque la cryptomonnaie saisie par les autorités judiciaires est une monnaie stable majeure. Étant donné que la valeur des monnaies stables est quasi constante, leur traitement après jugement est pleinement justifié, car il n’y a pratiquement aucune fluctuation de valeur entre l’ouverture de l’enquête et le jugement (sauf si restitution à la victime est requise).
Deuxièmement, lorsque la valeur de la cryptomonnaie saisie n’a pas baissé, les autorités peuvent avoir procédé à une expertise ou évaluation tarifaire. Bien que la cryptomonnaie n’ait pas été convertie matériellement, des documents officiels semblent attester de sa valeur, et les tribunaux adoptent souvent sans réserve les conclusions des experts, évaluateurs ou auditeurs judiciaires. Toutefois, en tant qu’avocat spécialisé dans les affaires pénales web3.0, Maître Liu souligne que, selon la réglementation actuelle et la politique chinoise en matière de cryptomonnaies, aucune organisation ou institution n’est autorisée à fournir un service de cotation pour les transactions de cryptomonnaies. Par conséquent, aucune base légale ne soutient les évaluations de prix réalisées par ces tiers.
En somme, la décision de convertir ou non les cryptomonnaies saisies, ainsi que le moment opportun pour cette opération, varie selon les pratiques judiciaires actuelles. La cause fondamentale réside dans l’ambiguïté persistante des lois et politiques réglementaires chinoises face aux cryptomonnaies : refus d’admettre leur nature financière, tout en ne pouvant ignorer leur valeur réelle. En un sens, les cryptomonnaies constituent peut-être la contestation silencieuse du peuple ordinaire contre ceux qui détiennent le pouvoir.
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