
SBF demande la grâce présidentielle, le FTT déclenche une spéculation politique
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SBF demande la grâce présidentielle, le FTT déclenche une spéculation politique
Trump a refusé à plusieurs reprises de gracier SBF, et Polymarket estime à seulement 8 % la probabilité qu’il soit gracié avant la fin de l’année.
Auteur : Oluwapelumi Adejumo
Traduction : Chopper, Foresight News
Résumé
- Sam Bankman-Fried (SBF) a officiellement déposé une demande de grâce présidentielle ; le jeton FTT a grimpé de plus de 50 % en 24 heures.
- Cette hausse spectaculaire n’a aucun lien avec la valeur intrinsèque du jeton : il s’agit purement d’une spéculation sur la probabilité d’obtention de la grâce.
- Donald Trump a plusieurs fois rejeté toute possibilité de grâce. Selon les marchés prédictifs, la probabilité que la demande soit approuvée d’ici la fin de l’année est estimée à seulement 8 %, ce qui rend le risque de transaction extrêmement élevé.
Sam Bankman-Fried (SBF), fondateur de l’exchange de cryptomonnaies FTX, aujourd’hui discrédité, purge actuellement une peine de 25 ans dans une prison fédérale pour avoir orchestré l’une des plus importantes escroqueries financières de l’histoire américaine. Pourtant, certains spéculateurs du secteur des cryptomonnaies misent sur une nouvelle demande de grâce présidentielle susceptible de renverser le cours de son destin.
SBF sollicite la grâce de Donald Trump
Cette semaine, SBF a officiellement déposé sa demande de grâce administrative via le site officiel du Bureau des avocats chargés des grâces au sein du Département américain de la Justice. Cette démarche marque une escalade publique d’une campagne de lobbying secrète menée depuis plusieurs mois par sa famille et son équipe juridique — une procédure qui va à l’encontre des usages juridiques conventionnels et contourne la règle habituelle exigeant d’attendre cinq ans après la condamnation avant de pouvoir formuler une telle demande.
Toutefois, les chances d’obtenir cette grâce sont quasi nulles, car le président Donald Trump a répété à plusieurs reprises qu’il refusait catégoriquement d’accorder la moindre grâce à SBF. À noter que, selon le marché prédictif basé sur la blockchain Polymarket, les traders y estiment actuellement à seulement 8 % la probabilité que Bankman-Fried obtienne une grâce présidentielle avant la fin de l’année.
Probabilité, selon Polymarket, que SBF obtienne la grâce avant la fin de l’année
Une hausse spéculative sur un jeton fantôme
Bien que les analystes politiques et les marchés prédictifs jugent extrêmement faible la probabilité d’obtention de la grâce, la simple annonce du dépôt de la demande suffit à déclencher une vague spéculative sur les plateformes d’actifs numériques.
Selon les données de CryptoSlate, l’initiative juridique de SBF profite directement au jeton natif de l’exchange FTX, le FTT. Ce jeton est aujourd’hui un actif fantôme : depuis l’effondrement et la faillite de FTX en novembre 2022, il ne dispose plus d’aucune utilisation concrète, n’est plus maintenu par aucune équipe de développement, et ne repose sur aucune activité sous-jacente.
Mais les marchés de cryptomonnaies sont traditionnellement influencés par les émotions, les récits liés aux crises et les algorithmes. Dès la diffusion de la nouvelle concernant la demande de grâce, le FTT a bondi de plus de 50 % en 24 heures, atteignant un sommet à 0,35 dollar, soit un fort rebond par rapport à son précédent plus bas historique de 0,2141 dollar. Par ailleurs, selon CoinMarketCap, le volume de transactions sur ce jeton issu d’une faillite a explosé de plus de 600 %, dépassant les 16 millions de dollars.
Les données montrent qu’environ 30 % de ces transactions spéculatives ont eu lieu sur Binance, cet exchange concurrent qui, à la fin de l’année 2022, avait déclenché la crise de liquidité chez FTX en vendant massivement ses positions en FTT.
Cette récente flambée illustre comment certains acteurs du marché considèrent désormais le FTT comme une « option politique » permettant de parier sur le destin de SBF. Les traders estiment que, si la grâce était accordée, cela raviverait brièvement l’intérêt pour les actifs liés à FTX, faisant du FTT un outil direct de spéculation.
Il convient de préciser clairement que ces opérations n’ont aucun lien avec la procédure judiciaire ni avec les poursuites visant à récupérer les fonds dans le cadre de la faillite. Une grâce présidentielle ne permettrait ni de relancer les activités de FTX, ni de rétablir les fonctionnalités originelles du FTT, ni de modifier la structure des réclamations des créanciers : elle n’aurait d’effet que sur la liberté personnelle de SBF et sur la narration politique autour de son cas.
Les arguments de défense de SBF
En mars 2024, un jury l’a reconnu coupable de deux chefs de fraude par transfert électronique, de deux chefs de complicité de fraude par transfert électronique, ainsi que de complicité de fraude boursière, de fraude sur marchandises et de blanchiment d’argent.
Le procureur fédéral l’a accusé d’avoir détourné des milliards de dollars appartenant aux clients de FTX, d’avoir fraudé les investisseurs de l’exchange et d’avoir trompé les prêteurs d’Alameda Research.
En définitive, le juge fédéral Lewis Kaplan l’a condamné à 25 ans d’emprisonnement, à trois ans de libération conditionnelle surveillée, et ordonné la confiscation d’actifs dépassant 11 milliards de dollars.
Pourtant, SBF continue de rejeter la caractérisation centrale de l’effondrement de FTX fournie par les observateurs extérieurs. Dans des entretiens et des déclarations publiques en ligne, il affirme que l’exchange a connu une crise de liquidité, non une insolvabilité réelle, et que la restitution d’actifs post-faillite prouverait que les fonds des clients auraient pu être intégralement remboursés.
Son argument central met l’accent sur la valeur résiduelle des actifs de FTX et sur celle de ses participations dans des sociétés de capital-risque, affirmant que, lors de la faillite, les actifs dépassaient les passifs, et que le contrôle de l’entreprise n’aurait donc pas dû être confié à des conseillers externes chargés de la restructuration. Cette affirmation contredit totalement les éléments de preuve présentés par l’accusation durant le procès.
L’accusation a démontré que les dépôts des clients de FTX avaient été transférés secrètement vers Alameda afin de combler des pertes commerciales, effectuer des investissements, acheter des biens immobiliers, verser des dons politiques ou encore rembourser des dettes. Plusieurs anciens cadres supérieurs de FTX ont témoigné contre SBF. Ryne Miller, ancien conseiller juridique général de FTX, a également publiquement réfuté sa thèse d’une « solvabilité effective », soulignant que, lors de l’effondrement de novembre 2022, les actifs de l’entreprise étaient largement inférieurs à ses dettes, et que le personnel interne tentait alors désespérément d’établir un inventaire complet des actifs restants et de mobiliser des fonds d’urgence.
Trump accorde des grâces à des pairs du secteur crypto — mais fait exception pour SBF
Malgré une intensité sans précédent de ses efforts de lobbying, SBF fait face à une réalité politique extrêmement défavorable. En janvier 2026, Donald Trump avait clairement rejeté, dans un entretien accordé au New York Times, toute possibilité de grâce pour SBF ; la Maison Blanche a ensuite confirmé cette position.
Bien que Trump ait fréquemment recouru à son pouvoir de grâce — notamment en octobre 2025, lorsqu’il a gracié Changpeng Zhao, fondateur de Binance, ou encore précédemment en atténuant les peines de Ross Ulbricht, fondateur du « Silk Road », et d’Arthur Hayes, dirigeant de BitMEX — le cas de SBF est fondamentalement différent. Ces grâces antérieures ont souvent été interprétées comme des corrections d’excès réglementaires, de problèmes techniques liés à la lutte contre le blanchiment d’argent ou comme un soutien à la réforme de la justice pénale.
Or, l’affaire SBF est universellement perçue comme un détournement pur et simple de dizaines de milliards de dollars, causant des dommages sévères à des millions d’investisseurs particuliers. Même parmi les républicains du Congrès favorables aux cryptomonnaies, la proposition de grâce suscite une forte opposition. Le sénateur Bernie Moreno l’a dit sans détour : « Cet homme ne mérite pas la grâce. Il devrait purger intégralement sa peine. »
De nombreux professionnels du secteur des cryptomonnaies partagent ce point de vue : « Gracier SBF ne reviendrait pas à libérer un escroc, mais à légitimer des milliers d’autres escrocs à venir. Cela enverrait un signal dangereux : détournement de dizaines de milliards de dollars, puis réinvention de soi en prison sous l’étiquette MAGA — et on retrouve la liberté. »
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