
Les détracteurs du bitcoin utilisent le crédit privé pour « piller » le monde entier
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Les détracteurs du bitcoin utilisent le crédit privé pour « piller » le monde entier
Le crédit privé, c’est voler du temps.
Auteur : Jeff Park
Traduction : Chopper, Foresight News
Dans le monde de la finance, chaque génération invente un nouvel outil permettant d’habiller les pires penchants humains sous des apparences de prudence et de rigueur.
Les années 1980 ont vu naître les obligations à haut rendement (« junk bonds »), présentées comme une « démocratisation du capital » ; les années 1990, les dettes des marchés émergents, vendues comme une noble entreprise visant à intégrer les pays en développement dans l’économie mondiale ; les années 2000, le crédit structuré, dont la complexité était telle que même ses concepteurs ne parvenaient pas à en comprendre pleinement les mécanismes avant son effondrement.
Ces « innovations » partagent un trait commun : elles ont fabriqué des solutions artificielles (par exemple, la transformation de liquidité) à des problèmes réels (comme la faiblesse de la croissance), aboutissant inévitablement à des désastres dus à leur prolifération excessive.
Le crédit privé constitue la dernière version de ce récit — et peut-être la plus insidieuse. Contrairement à ses prédécesseurs, il a été conçu dès l’origine pour rendre totalement invisible toute liquidation préalable à la survenance du risque : lorsqu’on s’en rend compte, il est déjà trop tard pour éviter les conséquences irrémédiables.
Récemment, BlackRock a réduit d’un seul coup à zéro la valeur nominale de deux prêts accordés dans le cadre du crédit privé, dont l’un n’avait pas encore atteint un mois d’existence. Ce geste ne ressemble guère à une erreur technique dans la méthode d’évaluation, mais plutôt à une aveu implicite d’un système d’incitations profondément défaillant.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
La crise n’est pas la cause première : c’est le voile jeté sur la vérité qui la produit
Le récit dominant dans le secteur veut que, suite à la crise financière de 2008, les banques, contraintes par les règles de Bâle III, aient cessé de prêter, ouvrant ainsi la voie aux institutions non bancaires pour combler ce vide et servir les petites et moyennes entreprises — une évolution naturelle du marché.
La réalité est tout autre : le cadre réglementaire mis en place après 2008 n’a pas véritablement éliminé les risques, mais a sciemment engendré un « système parallèle » assumant exactement les mêmes risques fondamentaux, tout en échappant aux dispositifs de surveillance conçus précisément pour les encadrer.
Le marché du crédit privé est passé de 4,6 milliards de dollars en 2000 à environ 2 000 milliards de dollars aujourd’hui. Cet argent n’est pas apparu ex nihilo, ni n’est entré par hasard dans les portefeuilles des caisses de retraite et des compagnies d’assurance. Il a été délibérément orienté vers des institutions capables d’engager de gros volumes de capitaux sur de longues périodes, et disposées à accepter des valorisations opaques.
Sa structure rappelle étrangement celle qui prévalait à la veille de la crise financière de 2008 — à une différence notable près. En 2008, les pertes liées aux crédits hypothécaires à risque se concentraient principalement sur les ménages imprudents et les banques prêteuses. Dans le cas du crédit privé, en revanche, les pertes n’ont aucune limite : l’argent provient des assurés en assurance-vie, des bénéficiaires de régimes de retraite — autrement dit, des citoyens ordinaires.
En 2008, la socialisation des pertes avait au moins été précédée d’une phase de gains privés suscitant la colère du public. Avec le crédit privé, les gains vont directement dans les poches des gestionnaires de fonds, tandis que les pertes sont socialisées et viennent grever les comptes de retraite des enseignants, infirmiers et fonctionnaires — personnes qui n’ont jamais consenti à en assumer la charge.
Pire encore, le secteur ne se contente plus de cibler uniquement les institutions : il s’attaque désormais aux investisseurs particuliers. Depuis 2025, les ETF spécialisés dans le crédit privé connaissent un essor spectaculaire — or, cela aggrave précisément le problème : des actifs illiquides ne deviennent pas liquides simplement parce qu’ils sont inclus dans un ETF. Ce faisant, on transfère la « bombe » représentée par une vague de rachats incontrôlables — impossible à désamorcer faute d’actifs vendables — des portefeuilles institutionnels vers les comptes titres des investisseurs individuels.
Tel est le constat implacable de la réalité actuelle.
Les gestionnaires d’actifs qui rejettent le bitcoin révèlent tout
Ces dernières années, j’ai présenté le bitcoin à de nombreuses institutions. J’y ai observé une tendance frappante : ceux qui rejettent catégoriquement le bitcoin sont souvent les plus enthousiastes défenseurs du crédit privé. Il ne s’agit pas ici de deux points de vue divergents sur un même sujet, mais bien de deux manifestations d’une même mentalité.
Leurs arguments contre le bitcoin semblent empreints de « prudence » : volatilité excessive, corrections inexplicables, absence de flux de trésorerie rendant toute valorisation impossible.
Mais leur sous-entendu est clair : le prix du bitcoin est trop honnête. Il est affiché en temps réel, visible de tous ; s’il se trompe, il se trompe ouvertement — impossible de le dissimuler.
Le crédit privé, lui, procède exactement à l’inverse :
- Ses valorisations évoluent extrêmement lentement, « lissées » trimestriellement par les gestionnaires de fonds
- Il n’existe aucun marché liquide capable de dénoncer les mensonges
- Les périodes de blocage sont si longues que les décideurs d’alors auront eu le temps de changer de poste, de quitter la profession ou de prendre leur retraite
Ce qu’on appelle « accès exclusif à des projets », ce n’est en réalité qu’un prétexte masquant l’absence de concurrence efficace en matière de valorisation.
Un véritable fiduciaire cherche la vérité ; ces gestionnaires, eux, cherchent à éviter de la regarder en face. Ce n’est pas de la gestion des risques : c’est son exact contraire, déguisé en expertise professionnelle, et totalement indifférent aux intérêts des bénéficiaires.
La vague d’IA en fait un risque systémique
Selon Morgan Stanley, les centres de données mondiaux nécessiteront, entre 2025 et 2028, des investissements en capital d’un montant total de 2 900 milliards de dollars, dont environ 800 milliards devront être financés via le crédit privé. Celui-ci cesse donc d’être un simple marché de prêt pour devenir une infrastructure critique, indispensable à la grande transformation technologique des décennies à venir.
Exemple emblématique : en octobre 2025, Meta et Blue Owl ont conclu un financement de 27 milliards de dollars destiné à des centres de données — la plus importante transaction jamais réalisée dans le domaine du crédit privé. L’argent provient de PIMCO et de BlackRock, et, en dernière instance, des caisses de retraite et des compagnies d’assurance.
L’aspect cruel de ce cercle vicieux ? Les fonds de retraite des travailleurs ordinaires servent à financer l’automatisation et l’intelligence artificielle — technologies qui, à leur tour, remplacent précisément ces mêmes travailleurs. Le crédit privé déforme le coût du capital, dépréciant la valeur du travail. Aujourd’hui, près de 50 milliards de dollars de crédits privés affluent chaque trimestre vers le secteur de l’IA.
La financiarisation des infrastructures de l’IA, couplée au remplacement des travailleurs qui les financent, forme un cercle fermé : la main gauche coupe la main droite.
La conversion de liquidité, c’est du vol de temps
Je ne prétends pas que le crédit soit intrinsèquement coupable, ni que tous les acteurs du crédit privé soient défaillants. Le crédit a toujours été un jeu de probabilités : créances douteuses, désajustements entre actifs et passifs — chacune de ces époques en a connu.
La différence essentielle réside dans cette question : qui supporte réellement les pertes ?
- Lorsqu’une banque accorde un mauvais prêt, celui-ci figure sur son bilan, soumis à la surveillance réglementaire ; elle doit faire face aux risques de ruée sur les dépôts et à l’effacement total de son capital — des risques tangibles, réels.
- Le gestionnaire de crédit privé perçoit une commission sur les performances — une incitation à « parier » plutôt qu’à « gagner avec responsabilité ».
Lorsque le prêt devient sans valeur, le gestionnaire a déjà empoché largement ses gains.
Chaque innovation financière conduit inéluctablement à une seule question : qui paiera les coûts que personne ne souhaite supporter ?
Le « génie » du crédit privé consiste à répondre à cette question avec une élégance trompeuse :
Les revenus circulent vers le haut et vers l’arrière : ils profitent aux bénéficiaires âgés, déjà retraités, détenteurs de capitaux à très long terme.
Les coûts circulent vers le bas et vers l’avant : ils entraînent une baisse des salaires, un gel des recrutements, un report des investissements — déformant ainsi le coût du capital pour toute l’économie.
Le crédit privé est un vol de temps.
Il s’agit tout simplement de la conversion de liquidité, vieille comme la finance, mais dépouillée de ses oripeaux.
On y impose aux investisseurs des instruments qu’ils n’ont pas choisis, à des prix qu’ils ne pouvaient pas anticiper, pour supporter des risques qu’ils n’avaient aucune raison d’assumer.
Les périodes de blocage leur interdisent de sortir ; l’absence de valorisation publique les empêche de protester ; et le mécanisme de « lissage » trimestriel garantit que, lorsque la facture finale arrive, il sera déjà trop tard pour identifier le responsable.
Cela ne ressemble pas à un pillage : cela ressemble seulement à une « rentabilité stable » — deux notions quasi indiscernables jusqu’au moment de l’effondrement. Certes, ce récit n’est pas nouveau, mais sa nouveauté réside dans son ampleur sans précédent, son niveau de transparence quasi nul, et le succès remarquable d’une catégorie d’actifs reposant sur une illusion de sécurité si convaincante qu’elle a même réussi à tromper les gestionnaires de capitaux les plus prudents au monde.
Aucune classe d’actifs au monde n’a jamais pu maintenir une valorisation stable à 100 % pendant trois mois consécutifs, puis s’effondrer à zéro du jour au lendemain.
Si ce n’est pas du vol, alors je ne sais vraiment pas ce que l’on pourrait qualifier ainsi.
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