
Un projet de loi sur les monnaies stables pourrait résoudre le problème de la dette nationale, mais risquerait d'alimenter des risques liés aux banques parallèles.
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Un projet de loi sur les monnaies stables pourrait résoudre le problème de la dette nationale, mais risquerait d'alimenter des risques liés aux banques parallèles.
Pour faire face au défi majeur consistant à devoir contracter 15 000 milliards de dollars supplémentaires au cours des dix prochaines années, les États-Unis cherchent de nouveaux acheteurs pour leur dette.
Auteur : Derek Horstmeyer

Selon certaines estimations, le Trésor américain devra emprunter encore 15 000 milliards de dollars au cours des dix prochaines années pour rembourser la dette fédérale, et chaque fois qu'une dette est vendue, quelqu'un doit l'acheter.
Avec la Chine qui n'achète plus de manière stable les obligations américaines comme par le passé, les États-Unis doivent trouver d'autres canaux pour absorber la masse croissante de dettes à émettre. C'est dans ce contexte que le « Genius Act » (« Loi du génie ») a fait son apparition.
Ce texte législatif bipartite, adopté en juin au Sénat et susceptible d'être soumis au vote à la Chambre cette semaine, constitue la première réglementation encadrant les monnaies numériques adossées à un actif (stablecoins). Il permettrait à des entités privées d'émettre leurs propres stablecoins, à condition qu'ils soient entièrement garantis par des obligations du Trésor américain. Cela ouvrirait ainsi la porte à une nouvelle catégorie d'investisseurs pour la dette américaine.
Il s'agit d'une solution astucieuse au problème d'endettement excessif : le Trésor pourrait profiter de ce marché émergent et en expansion pour écouler des milliers de milliards de dollars de nouvelles dettes, tout en limitant les risques pesant sur le système bancaire existant.
Il est urgent de trouver une réponse rapide. En raison des inquiétudes des investisseurs quant à la capacité des États-Unis à honorer leur dette, le rendement des obligations à long terme a bondi cette année vers les 5 %. Moody's a abaissé la note de la dette américaine en mai, tandis que les nouveaux acheteurs potentiels sont rares. La Chine réduit ses avoirs en bons du Trésor depuis cinq ans consécutifs. Le Japon, principal détenteur étranger de la dette américaine, voit lui aussi ses propres taux d'intérêt grimper fortement en raison des préoccupations liées à sa propre charge d'endettement, ce qui limite sa capacité à accumuler davantage de titres américains.
Bien entendu, le Trésor doit également prendre en compte les effets négatifs liés aux stablecoins. Le « Genius Act » permettrait la diffusion mondiale des stablecoins et autoriserait les entreprises à émettre leurs propres jetons. Cela signifierait que davantage d'obligations américaines et de dollars seraient verrouillés dans le système bancaire parallèle (« shadow banking »), échappant ainsi à la supervision directe de la Réserve fédérale et du Trésor américain.
Dans ce cadre, le système bancaire parallèle soulève deux problèmes majeurs. Premièrement, les stablecoins offrent désormais accès aux actifs libellés en dollars et aux obligations américaines à des investisseurs non américains – auparavant peu enclins ou incapables de détenir facilement des actifs en dollars. Grâce aux stablecoins, les investisseurs des marchés émergents souhaitant convertir leurs actifs en monnaie locale vers des actifs en dollars plus stables peuvent désormais le faire aisément. Mais cela augmente aussi le risque d'une ruée extérieure sur la dette américaine, car une part croissante de cette dette serait détenue par des investisseurs individuels à l'étranger.
Deuxièmement, aux États-Unis, le « Genius Act » permettrait à des entreprises non bancaires d'émettre leurs propres formes de monnaie. Amazon et Walmart ont annoncé le mois dernier leur intention de lancer leurs propres stablecoins et de pénétrer ce marché. Ces nouvelles monnaies circuleraient entre entreprises sans passer par le système bancaire traditionnel.
La création et la contraction massives de monnaie en dehors du système bancaire réglementé posent de sérieux défis réglementaires. En outre, les petites banques risquent d'être marginalisées, puisque la plupart des sociétés de stablecoins ne collaborent qu'avec de grandes banques internationales.
Il est encore difficile de dire quelle situation serait préférable. Le Trésor doit impérativement trouver des acheteurs pour les énormes quantités d'obligations neuves à émettre au cours des dix prochaines années, faute de quoi une nouvelle dégradation de sa notation est probable. Sans le « Genius Act », il serait presque impossible d'imposer l'absorption de ces dettes si ni les investisseurs américains ni les États souverains traditionnels ne veulent plus en acheter. Si la Chambre des représentants rejette le projet, le marché des obligations américaines devrait devenir plus instable et perdre progressivement son statut d'actif refuge.
En revanche, si la loi est adoptée, les flux de capitaux se dirigeront davantage vers l'extérieur des États-Unis et vers le système bancaire parallèle national. Dans ce cas, la Réserve fédérale se retrouvera en position réactive. Si la prochaine crise financière germe, comme en 2008, au sein du système bancaire parallèle, la Fed pourrait être prise au dépourvu et intervenir trop tard, incapable d'assurer la stabilité financière d'une économie déjà fragile.
Tous les indicateurs suggèrent que ce texte sera adopté. La Réserve fédérale devrait dès maintenant se préparer en demandant davantage de pouvoirs afin d'examiner en profondeur le fonctionnement du système bancaire parallèle et contrer ainsi ses effets indésirables.
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