
Adieu aux frais de plateforme : l'USDT comme gaz natif, Tether établit une nouvelle pierre angulaire de son empire
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Adieu aux frais de plateforme : l'USDT comme gaz natif, Tether établit une nouvelle pierre angulaire de son empire
Tether a lancé son premier réseau de niveau 1, « Stable », utilisant nativement l'USDT comme gaz, et mise stratégiquement sur deux chaînes parallèles — Plasma et Stable — afin de réduire sa dépendance vis-à-vis d'Éthereum, de Tron et d'autres plateformes, tout en résolvant les problèmes de fuite de valeur et de risques liés aux plateformes.
Rédaction : Luke, Mars Finance
Une simple annonce de feuille de route fait naître, sous la surface du monde cryptographique, un courant souterrain profond. Début juillet, « Stable », le premier réseau Layer 1 utilisant nativement l’USDT comme gaz, a publié son plan en trois phases. En apparence, il ne s'agit que d'un nouveau projet cherchant à s'imposer dans un secteur déjà saturé des blockchains publiques. Pourtant, en tirant les fils et en reliant cette initiative aux récents mouvements stratégiques de Tether — une équipe de développement mystérieuse, une autre blockchain latérale appelée « Plasma » sur Bitcoin, ainsi que les déclarations prudentes de son PDG Paolo Ardoino au milieu des tempêtes réglementaires — se dessine progressivement une stratégie bien plus vaste et sophistiquée qu'il n'y paraît.
Ce n'est pas simplement un lancement produit, mais bien un changement fondamental de cap pour le géant des stablecoins, Tether. Cette entreprise, ayant bâti un empire de plusieurs milliards en émettant des « dollars numériques » sur des territoires étrangers comme Ethereum ou Tron, entame désormais discrètement un « mouvement d'indépendance ». Elle ne veut plus être seulement une « super-application » sur d'autres blockchains, mais construire elle-même ses propres infrastructures financières — les voies ferrées du capital mondial.
La question centrale de ce jeu d'échecs est la suivante : pourquoi une entreprise qui réalise des profits annuels de plusieurs milliards grâce à son modèle actuel déciderait-elle de bouleverser précisément ce qui l'a rendue si prospère ? Quelles pressions internes et menaces externes la poussent à passer d’un rôle léger d’acteur au niveau « application » à celui d’un titan lourd au niveau « infrastructure » ? Et quelle ambition ultime Tether poursuit-elle en mettant en œuvre sa stratégie soigneusement pensée de « double chaîne parallèle » ?
Le « prélèvement de plateforme » à mille milliards
La motivation de Tether découle d’un talon d’Achille brillant mais extrêmement fragile dans son modèle économique. Son succès repose essentiellement sur une symbiose parasitaire. L’USDT, monnaie fiduciaire du monde crypto, génère d’immenses volumes de transactions et attire des utilisateurs sur des blockchains comme Ethereum, et surtout Tron, devenant ainsi la pierre angulaire de leur écosystème. Pourtant, Tether lui-même ressemble à un résident sans souveraineté, vivant sur un terrain qui ne lui appartient pas, et payant un loyer exorbitant.
Ce « loyer » n’est pas versé directement, mais capturé de manière plus subtile : par une fuite de valeur. Le volume quotidien de règlement de l’USDT dépasse 1000 milliards de dollars, dont la majorité transite via le réseau Tron. Les données montrent que la circulation de l’USDT sur Tron a dépassé 800 milliards de dollars, représentant la moitié de l’offre totale d’USDT, avec un montant moyen de transferts journaliers atteignant 215 milliards. Ces chiffres astronomiques génèrent des revenus colossaux en frais de transaction pour le réseau Tron, mais aucun de ces revenus ne va à Tether. Voici donc le dilemme fondamental : Tether crée de la valeur, mais ne peut pas la capter. Tous les dividendes de l’écosystème sont prélevés par les plateformes d’infrastructure sous-jacentes.

Un risque encore plus profond réside dans la dépendance à la plateforme. Cette interdépendance étroite place Tether sous la coupe de ses « propriétaires ». Si les politiques de la plateforme changent, Tether pourrait voir ses fondations s’effondrer. Ce scénario n’est pas imaginaire : des indices montrent que Tron cherche à réduire sa dépendance exclusive à l’USDT, en soutenant un stablecoin maison, USD1, lié à la famille Trump. Autrement dit, il cultive un concurrent direct sur son principal canal de distribution. De plus, la hausse continue des frais de transaction sur Tron érode progressivement son avantage clé : être un réseau de règlement à bas coût. Tout cela pointe vers une conclusion claire : la création d’une infrastructure propre par Tether n’est pas une offensive proactive, mais une contre-offensive défensive visant à se libérer d’un carcan stratégique et à éviter un risque existentiel. Tether doit impérativement bâtir son propre territoire souverain.
Double voie offensive : deux blockchains, un seul grand plan
La riposte de Tether n’est pas un pari unique, mais une stratégie « à double voie » soigneusement calculée. Alors que le réseau « Stable » émerge, un autre projet nommé « Plasma » bénéficie également d’un fort soutien financier de hauts responsables de Tether et de sa société associée Bitfinex. Bien que distincts, ces deux projets sont complémentaires, ciblant chacun un segment spécifique du marché institutionnel, formant ensemble les deux piliers de l’empire infrastructurel de Tether.
Plasma : la forteresse financière ancrée au Bitcoin
Le positionnement de Plasma est très clair : une couche financière spécialisée, conçue exclusivement pour les règlements massifs et sécurisés de stablecoins. Son architecture centrale est celle d'une blockchain latérale (sidechain) du Bitcoin, qui ancre périodiquement ses racines d’état (state roots) sur la blockchain principale du Bitcoin, héritant ainsi de sa sécurité inégalée et de sa finalité. Cela représente une attraction irrésistible pour les institutions traditionnelles qui placent la sécurité au-dessus de tout : banques, fonds souverains, grandes entreprises multinationales. Ses fonctionnalités sont elles aussi entièrement orientées vers son objectif de « forteresse de règlement » : transferts ponctuels USDT sans frais, prise en charge du paiement des frais de gaz en BTC ou USDT, et compatibilité complète avec EVM. L’objectif stratégique de Plasma est de conquérir précisément les activités B2B à haute valeur ajoutée, les virements internationaux et le règlement commercial, actuellement dominés par Tron et Ethereum.
Stable : l’autoroute vers la finance de demain
Contrairement à la spécialisation de Plasma, les ambitions du réseau « Stable » sont beaucoup plus vastes. Il est conçu comme une blockchain Layer 1 indépendante et complète, destinée à devenir l’« autoroute » de la finance décentralisée de nouvelle génération. Sa feuille de route en trois phases expose clairement sa trajectoire vers des performances extrêmes : depuis une couche de base utilisant l’USDT comme gaz natif et offrant une finalité sub-seconde, jusqu’à une couche d’expérience intégrant une « exécution parallèle optimiste » pour augmenter drastiquement le débit, puis enfin une mise à niveau vers un mécanisme de consensus basé sur un graphe orienté acyclique (DAG), poussant vitesse et résilience à leurs limites. Le public cible de « Stable » comprend les institutions nécessitant des infrastructures hautes performances et hautement personnalisables, telles que les hedge funds DeFi ou les plateformes de tokenisation d’actifs réels (RWA).

Cette stratégie en « doubles attaques » reflète une compréhension approfondie du marché institutionnel. Tether ne croit pas naïvement qu’une seule blockchain puisse tout faire. Au contraire, en proposant deux infrastructures fondamentales aux caractéristiques techniques et économiques différentes, il offre des solutions sur mesure, adaptées à tous types d’institutions, des banques les plus conservatrices aux fonds DeFi les plus audacieux.
L’esprit dans la machine : découvrir les manipulateurs cachés de Tether
Un paradoxe central se pose : le PDG de Tether, Paolo Ardoino, a maintes fois affirmé publiquement qu’il « n’y aurait pas de chaîne Tether ». Pourtant, un vaste écosystème d’infrastructures centré autour de Tether est en train de surgir. Derrière cette contradiction apparente se cache une structure organisationnelle habilement conçue, permettant à la fois un « contrôle stratégique » et une « séparation juridique ».
Plusieurs acteurs clés composent cette structure, incarnant ensemble le rôle d’« esprits dans la machine », dirigeant l’empire depuis l’ombre :
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Bitfinex : en tant que société sœur de Tether, elle fournit principalement les capitaux et agit comme incubateur de projets. C’est elle qui a piloté les investissements dans Plasma et Stable, évitant ainsi une implication financière directe de Tether.
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USDT0 : cet élément est le pivot technologique stratégique. Construit sur la norme OFT de LayerZero, il utilise un mécanisme de « verrouillage - frappe » pour servir de pont entre le système actuel de circulation de Tether et les nouvelles blockchains propriétaires, assurant l’unification de la liquidité.
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Everdawn Labs : cette société mystérieuse de développement logiciel, enregistrée aux Îles Vierges britanniques, est le gestionnaire et opérateur effectif du protocole USDT0. Elle est très probablement l’équipe de développement réelle derrière le réseau « Stable », ainsi qu’un partenaire technique clé de Plasma.
Cette structure quadrilatérale composée de « Tether (marque et liquidité) – Bitfinex (capitaux) – Everdawn Labs (technologie) – USDT0 (protocole) » explique parfaitement les déclarations « contradictoires » d’Ardoino. Juridiquement, Tether n’exploite effectivement pas directement une blockchain. Mais à travers ce réseau d’entreprises affiliées et de partenaires, il exerce un contrôle absolu et une orientation stratégique sur tout l’écosystème. C’est une architecture commerciale et juridique sophistiquée, conçue pour naviguer dans un environnement réglementaire mondial complexe.
Démontage du moteur : la nouvelle stack technologique financière de Tether
L’ambition de Tether ne se manifeste pas seulement dans sa stratégie, mais aussi dans le choix rigoureux de ses technologies de base. Il ne suit pas aveuglément les tendances technologiques, mais agit plutôt comme un ingénieur en chef expérimenté, sélectionnant les composants les plus matures et fiables du secteur pour construire un « super-moteur » optimisé spécifiquement pour la finance institutionnelle.
Pour l’interopérabilité, Tether a choisi la norme OFT de LayerZero pour construire son USDT inter-chaînes (l’USDT0). Contrairement aux actifs « emballés » traditionnels, l’OFT utilise un modèle de « destruction - frappe », garantissant que l’USDT0 circulant sur n’importe quelle chaîne reste un actif normalisé et contrôlé par l’émetteur, résolvant ainsi fondamentalement les problèmes de fragmentation de liquidité et de risques liés aux ponts tiers. Cela contraste nettement avec le protocole privé CCTP de Circle. Tether vise à créer une voie financière plus ouverte et composable, tandis que Circle ressemble davantage à un « jardin clos ».
Sur le plan des performances, Tether affiche également une approche d’« innovation par intégration ». L’exécution parallèle « optimiste » intégrée à « Stable » est une méthode éprouvée par les nouvelles blockchains performantes comme Monad ou Sei, capable de multiplier exponentiellement le débit. Quant au protocole de consensus PlasmaBFT utilisé par « Plasma », il s’agit d’une implémentation personnalisée du protocole mature « Fast HotStuff », offrant une latence plus faible et une confirmation plus rapide, idéale pour les scénarios de règlement. Cette stratégie pragmatique et efficace de sélection technologique réduit considérablement le temps nécessaire pour fournir aux clients institutionnels une infrastructure fiable.
L’aboutissement géopolitique : danser dans un monde réglementé
Tandis que Tether tisse patiemment sa toile infrastructurelle, le paysage réglementaire mondial connaît lui aussi une transformation radicale. Aux États-Unis, le Congrès examine actuellement le projet de loi GENIUS, qui aura un impact profond sur tout le secteur des stablecoins. Ce texte vise à instaurer un cadre strict de régulation des stablecoins sur le territoire américain, imposant aux émetteurs de détenir des réserves de liquidités de haute qualité en proportion 1:1, ainsi que de subir des audits et une surveillance rigoureuse.
Faisant face à cette tempête réglementaire susceptible de redéfinir l’industrie, Paolo Ardoino et Tether font preuve d’une élasticité stratégique remarquable, déployant une « combinaison » digne d’un manuel :
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Renforcer la domination offshore : continuer à positionner l’USDT existant comme produit phare destiné aux marchés émergents et aux populations non bancarisées. Les nouveaux réseaux Plasma et Stable ont justement pour but de fournir à ce vaste marché dollar offshore des voies de règlement inédites, ultra-efficaces et à très bas coût.
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Ouvrir le marché onshore : Ardoino a clairement annoncé que Tether prévoit de lancer aux États-Unis un nouveau stablecoin indépendant, pleinement conforme à toutes les exigences du projet de loi GENIUS. Ce nouvel « USDT américain » entrera en concurrence directe avec l’USDC de Circle sur le terrain de la conformité locale.
Cette stratégie « à deux fronts » permet à Tether de répondre simultanément aux besoins d'institutions variées. Les commerçants internationaux exigeant des règlements globaux et efficaces pourront utiliser l’USDT offshore et ses blockchains dédiées. Les sociétés de gestion wall-streetiennes exigeant une conformité totale et une protection légale américaine opteront pour le futur stablecoin domestique. Ainsi, Tether ne subit pas passivement la réglementation, il l’utilise activement. Une loi qui aurait pu représenter une menace existentielle devient au contraire un catalyseur stratégique pour une offensive en tenaille sur les marchés mondiaux.
Conclusion : les nouvelles fondations de l’empire
En revisitant maintenant la feuille de route initiale du réseau « Stable », on perçoit clairement qu’elle n’était pas un simple plan isolé, mais bien la déclaration solennelle de la pose des fondations d’un nouvel empire. Tether est en train de vivre une transformation profonde : il passe du statut d’« application » dépendante à celui de plateforme d’infrastructure financière verticalement intégrée, dotée de sa propre souveraineté.
En construisant deux blockchains, Plasma et Stable, Tether résout d’un coup ses problèmes chroniques de fuite de valeur et de dépendance à la plateforme. Il intègre désormais dans son propre écosystème les centaines de millions, voire milliards, de dollars de « prélèvement de plateforme » qui s’évaporaient chaque année vers Ethereum, Tron et autres. Plus important encore, il établit une barrière technologique et commerciale puissante, constituée de sa liquidité colossale, de ses deux blockchains propriétaires, et de sa stratégie subtile de navigation entre les réglementations mondiales — une barrière que ses concurrents peineront à franchir.
Les effets profonds de cette transformation ne font que commencer à se manifester. Pour Ethereum et Tron, le risque est imminent de perdre leur locataire le plus précieux. Pour Circle, l’adversaire n’est plus seulement un acteur dominant sur les marchés offshore, mais un ennemi capable d’attaquer simultanément sur les deux fronts, réglementé et non réglementé. Un acteur privé est en train de construire un réseau fondamental autonome, indépendant du système bancaire traditionnel, susceptible d’héberger la majeure partie des transferts de valeur mondiaux de demain. La stratégie de Tether est désormais claire : une « économie Tether », dont l’USDT serait la monnaie native, est en train de poindre à l’horizon.
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