
Les stablecoins adossés au dollar : le sceptre monétaire
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Les stablecoins adossés au dollar : le sceptre monétaire
Si la loi sur les stablecoins adossés au dollar était adoptée, cela équivaudrait à accorder au gouvernement américain un « droit de frappe monétaire détourné ».
Auteur : 0xCousin
La politique monétaire a toujours été une extension de la politique
Dans le cours de l'histoire, la monnaie n’a jamais été un outil neutre, des empereurs antiques falsifiant des pièces de cuivre aux États modernes manipulant le crédit via le quantitative easing, la monnaie a toujours été une extension de la politique.
De la « pièce d’argent » à la « pièce de cuivre » dans l’Empire romain
Vers la fin de l’Empire romain, afin de payer les coûteuses dépenses militaires et administratives, les empereurs ont progressivement réduit la teneur en argent des pièces, passant de 90 % à 70 %, puis 50 %, 30 %, jusqu’à devenir presque exclusivement du cuivre. En réalité, l’Empire romain imposait ainsi une taxe à toute la population via la dévaluation monétaire, préfigurant ainsi l’inflation antique.
Le « sanpin baïjin » (trois types de monnaies blanches) de l’empereur Wu des Han
L’empereur Wu des Han, engagé dans des guerres continues contre les Xiongnu, se retrouva face à des caisses vides. En déséquilibre budgétaire, le gouvernement tenta de contourner le système traditionnel de frappe des pièces de cuivre en lançant le « sanpin baïjin » (monnaies d’or, d’argent et de coquillages), espérant recourir à l’innovation monétaire pour financer la guerre. Cette initiative échoua en raison du rejet par le marché, provoquant plutôt un chaos inflationniste.
Le système MEFO sous le IIIe Reich
En 1933, après la prise de pouvoir des nazis, cherchant à s’affranchir des contraintes financières du traité de Versailles, l’Allemagne nazie créa les « billets MEFO ». Grâce à ce système, le régime cacha son déficit budgétaire et contourna la régulation internationale. Le gouvernement accumula une dette colossale via ces billets, faisant supporter aux citoyens et aux entreprises les risques financiers de cette « prospérité factice ».
L’histoire montre que les changements dynastiques, au-delà des victoires ou défaites militaires, sont aussi liés à des dynamiques financières. La chaîne « déficit budgétaire — dévaluation monétaire — effondrement du régime » se répète inlassablement.
Les États-Unis et la séparation des pouvoirs
Le déclin d’un empire commence souvent par une perte de contrôle budgétaire. Dans les empires anciens, le gouvernement cumulait tous les pouvoirs : « imprimer », « dépenser » et « réguler ». Dès sa fondation, les États-Unis ont cherché à changer cela. Avec leur système de « séparation des pouvoirs » — législatif (Congrès), exécutif (Président) et judiciaire (Cour fédérale) — les trois pouvoirs s’équilibrent mutuellement.
Cette séparation fonctionnelle s’applique aussi aux politiques budgétaire et monétaire. Pour éviter tout abus du pouvoir d’émission monétaire, le Congrès adopta en 1913 la loi sur la Réserve fédérale, créant la Fed et lui transférant le droit de battre monnaie. La politique budgétaire reste sous contrôle du Congrès, qui décide « combien dépenser et comment », tandis que le gouvernement exécute les dépenses. La politique monétaire est gérée par la Fed, qui décide « combien imprimer et comment réguler », indépendamment du Président.
Depuis, le Trésor américain détient le droit d’émettre des obligations d’État, tandis que la Fed contrôle l’émission monétaire. La politique budgétaire, pilotée par le Trésor, repose sur la fiscalité, l’émission de dettes et les dépenses publiques ; la politique monétaire, menée par la Fed, utilise des leviers comme les taux d’intérêt, les achats-ventes d’obligations et le quantitative easing pour réguler l’économie. Ces deux sphères restent indépendantes, bien qu’elles collaborent ponctuellement, afin d’éviter la surimpression de dollars et de préserver la valeur du billet vert.
Ce mécanisme réalise l’idéal des fondateurs : le budget au gouvernement, la monnaie à la Fed, un équilibre empêchant le « gouvernement de s’emparer de la monnaie pour abuser du pouvoir ».
Le dérapage progressif des finances américaines
À l’issue des deux guerres mondiales, les États-Unis sont devenus la seule grande puissance victorieuse. Dans le cadre de la mondialisation, le système de Bretton Woods puis le règlement pétrolier en dollars ont consolidé le statut du dollar en monnaie de réserve mondiale.
De 1945 à 1971, le système monétaire basé sur l’étalon-or limitait les finances américaines : lié aux réserves d’or, le gouvernement devait modérer ses dépenses, gardant un budget relativement maîtrisé.
Après 1971, avec la fin de Bretton Woods, le dollar n’était plus indexé à l’or. Les déficits budgétaires américains perdirent alors toute contrainte sérieuse, inaugurant l’ère du « complice budgétaire-monétaire » — le gouvernement dépense via l’émission de dettes, la Fed imprime pour racheter ces dettes.
Les États-Unis ont commencé à fonctionner selon un cycle « émission de dette — impression monétaire — absorption mondiale ». Depuis, les finances se sont fortement étendues : la dette nationale dépasse désormais 36 000 milliards de dollars, le déficit annuel moyen excède 1 500 milliards, et les intérêts de la dette dépassent 1 000 milliards, devenant l’une des plus grandes dépenses individuelles du budget fédéral.
Les finances américaines montrent désormais des signes de perte de contrôle, coincées dans quatre dilemmes :
Premièrement, la dépendance à la dette : les finances ne peuvent survivre qu’en émettant de nouvelles dettes pour rembourser les anciennes ; si les taux d’intérêt ne baissent pas, la situation pourrait s’aggraver.
Deuxièmement, la compromission politique : les deux partis peinent à réduire les dépenses. Les démocrates veulent maintenir les prestations sociales, les républicains exigent des baisses d’impôts.
Troisièmement, l’habitude de la Fed à tout payer : bien que formellement indépendante, chaque crise passée a vu la Fed imprimer pour sauver les finances publiques.
Quatrièmement, le choc de la dédollarisation mondiale : de plus en plus de pays accumulent de l’or ou diversifient leurs réserves de change, augmentant la pression sur le refinancement de la dette américaine.
Dans ce contexte, la demande du gouvernement américain vis-à-vis des liquidités fournies par la Fed devient de plus en plus forte. Trump a lancé plusieurs tweets exigeant une baisse des taux, mais la Fed continue de défendre l’« indépendance de la politique monétaire ».
La nouvelle stratégie de Trump : la frappe de monnaie sur blockchain
Le gouvernement Trump pousse à l’adoption d’un projet de loi sur les stablecoins en dollars. Que ce soit le « Stable Act » ou le « Genius Act », ces textes permettent d’émettre des stablecoins en dollars adossés à des obligations d’État américaines.
Si ce projet était adopté, le gouvernement américain obtiendrait une sorte de « droit détourné de battre monnaie ». La logique du stablecoin en dollars serait la suivante :
1. Le Trésor américain peut émettre des obligations d’État ;
2. Ces obligations servent de garantie à l’émission de stablecoins en dollars ;
3. Ces stablecoins sont convertis en dollars, forçant ainsi la Fed à adapter sa politique monétaire.
Par ce chemin « obligation d’État → stablecoin en dollar → dollar », le gouvernement américain pourrait s’approprier indirectement le droit de battre monnaie numérique, portant atteinte à l’indépendance de la politique monétaire de la Fed.
En un sens, cela pourrait constituer une véritable « chasse » du gouvernement contre la Fed.

Dans plusieurs discours, Trump a affirmé qu’il abandonnerait le CBDC (monnaie numérique de banque centrale) et soutiendrait les stablecoins en dollars. Beaucoup ignorent la différence entre les deux : le CBDC est émis par la banque centrale (la Fed), ce qui signifie que le droit de battre monnaie reste entièrement entre les mains de la Fed ; tandis que les stablecoins en dollars seraient émis par des entreprises commerciales ou des banques, mais garantis par des obligations d’État américaines, elles-mêmes émises par le Trésor américain. Ainsi, le CBDC renforce les pouvoirs de la Fed, tandis que les stablecoins en dollars renforcent ceux du Trésor.
À travers ces manœuvres, le gouvernement Trump suscite clairement des soupçons de tentative de s’emparer du droit de battre monnaie.
Pour information, le Trésor américain dispose déjà d’un droit de frappe limité : les billets sont émis par la Fed, mais les pièces sont frappées par le « United States Mint », une agence du Trésor. Déjà, certains avaient proposé de frapper quelques pièces en platine d’une valeur faciale de 1 000 milliards de dollars, à déposer directement sur le compte de la Fed pour rembourser la dette ou financer les dépenses. C’était une ancienne idée de saisie du droit monétaire. La Maison Blanche avait rejeté cette hypothèse, craignant une perte de confiance du marché dans le dollar.
Pour approfondir, voici les réponses de ChatGPT :
1. Le gouvernement américain va-t-il vraiment s’emparer du droit de battre monnaie ?
Réponse de ChatGPT : Ce n’est pas une question de « s’il va le faire », mais de « il est déjà en train de le faire ». La Constitution le permet, le Congrès a légalement le droit de battre monnaie ; la volonté politique existe, Trump s’oppose publiquement au CBDC et soutient les stablecoins en dollars ; la nécessité budgétaire est là, avec un déficit persistant et des charges d’intérêt élevées ; des solutions concrètes existent, comme la création de stablecoins sur blockchain adossés à la dette ; et il y a un cadre juridique en cours d’élaboration. La question cruciale est donc : le gouvernement parviendra-t-il à légaliser, institutionnaliser et faire reconnaître par les marchés mondiaux ce « coup d’État doux » via les mécanismes monétaires numériques ?
2. Cela va-t-il provoquer une instabilité du dollar ?
Réponse de ChatGPT : À court terme, non. Les stablecoins sont adossés à la dette publique et aux dépôts bancaires, et la Fed conserve le contrôle du taux d’intérêt. À moyen et long terme, cela pourrait fragiliser la structure de crédibilité du dollar, surtout si le Trésor contourne la Fed pour étendre continuellement les dollars sur blockchain. Si des actifs comme le bitcoin ou l’or étaient un jour inclus dans les réserves garantissant les stablecoins, on assisterait aux prémices d’un « nouveau système de Bretton Woods ».
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