
Observations d'un fondateur : le prix de l'identité
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Observations d'un fondateur : le prix de l'identité
Les fondateurs les plus remarquables se distinguent souvent par un attachement extrêmement faible à leur statut.
Rédaction : YettaS

Dans notre secteur, certains modèles d'introduction reviennent sans cesse : « Je fais partie des pionniers de ce domaine », « Je suis entièrement issu du monde technique », « Je suis un fervent croyant de cette niche », « Je suis diplômé d'une université de l'Ivy League ». Ces phrases semblent n'être que des informations contextuelles, mais insidieusement, elles deviennent pour certaines personnes des points d'ancrage identitaires, voire une part fondamentale de leur sentiment de valeur.
En parallèle, ressentez-vous de la honte quand on vous dit : « Tu soutenais fermement XX auparavant, pourquoi changer maintenant ? » Osez-vous relire vos anciens propos embarrassants datant de plusieurs années ? Êtes-vous capable de mettre fin à une relation devenue inefficace sans remettre en cause votre jugement passé ? Pouvez-vous accepter celui ou celle que vous étiez, « pas assez intelligent, pas assez mature » ?
Dans la société actuelle, les débats qui dégénèrent le plus facilement portent généralement sur trois sujets : les relations homme-femme, la politique et la religion. Dès qu’un de ces thèmes est abordé, le dialogue rationnel se transforme rapidement en hostilité et division. Ce n’est pas parce que ces questions sont intrinsèquement indiscutables, mais parce qu’elles sont profondément liées à l’identité personnelle. Lorsqu’une position devient partie intégrante de « qui je suis », toute discussion se mue en mécanisme de défense du soi. Le débat devient alors une bataille défensive, la logique cède la place à l’émotion, et la correction devient une menace existentielle.
À l’inverse, discuter de savoir si l’algorithme du modèle DeepSeek est meilleur ou si la stratégie de pré-entraînement (pretraining) est plus avancée peut certes susciter des débats passionnés, mais reste généralement cantonné au niveau de la « justesse technique ». Car implicitement, tout le monde admet que ces sujets peuvent être vérifiés, mis à jour, voire réfutés — il s’agit d’un débat fondé sur les faits et la logique.
Une opinion peut être réfutée, donc corrigée ; mais le moi ne peut pas être réfuté, donc il résiste violemment à toute remise en question.
Ce mécanisme psychologique est particulièrement crucial dans le contexte entrepreneurial. La capacité d’un fondateur à ajuster rapidement sa trajectoire face aux retours du marché ou à l’échec, sans interpréter cet ajustement comme une atteinte à sa valeur personnelle, est souvent le facteur déterminant de sa capacité à traverser les cycles économiques et à franchir les barrières critiques. Nous qualifions cette qualité psychologique de Low Ego.
Un noyau psychologique solide
À force d’observer de nombreux entrepreneurs sur le long terme, nous avons constaté que les meilleurs d’entre eux ne se distinguent pas nécessairement par un talent ou une compétence spécifique, mais par une structure psychologique intérieure remarquablement complète et stable lorsqu’ils font face à l’incertitude, aux conflits ou aux fluctuations. Cette structure n’est pas visible dans un CV ou un titre ronflant, mais imprègne chacune de leurs décisions et réponses — une sorte d’ordre profond et silencieux.
Nous avons identifié quatre traits psychologiques essentiels qui constituent ce noyau intérieur puissant et souple :
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Low Ego — faible attachement au moi
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High Agency — forte autonomie
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Natural Curiosity — curiosité innée
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Strong Execution — forte exécution
Aujourd’hui, concentrons-nous sur le Low Ego.
Nous admirons particulièrement un type de fondateur : celui qui possède une direction claire, sans être prisonnier d’étiquettes identitaires ; capable de tenir ses convictions tout en restant flexible ; doté d’une haute estime de soi, mais exempt de toute arrogance obsessionnelle. Cela peut sembler idéal, voire irréaliste, mais derrière cette posture existe une structure psychologique bien définie : le Low Ego. Ils ont une compréhension très claire, mais aussi très détendue, de « qui ils sont ».
Défendre une opinion, pas son ego
Nous voulons accompagner des fondateurs capables de défendre leurs opinions, pas leur ego. Comment les repérer ?
Lors de nos échanges avec les fondateurs, nous n’écoutons pas seulement leur vision ou examinons leur parcours. Nous cherchons surtout à comprendre comment ils se définissent eux-mêmes. Les choix techniques, les étiquettes sectorielles, les antécédents personnels — tous légitimes en soi — deviennent problématiques lorsqu’un fondateur les intègre à son identité. Il ne juge plus la pertinence d’une décision, il défend simplement l’idée « je suis ce genre de personne ». Dès lors, toute remise en cause de sa conviction est perçue comme une attaque contre lui-même, et sa réponse devient défensive : « J’ai raison. »
Dans notre formulaire d’évaluation des fondateurs (Founder Assessment Form), nous observons intentionnellement plusieurs dimensions afin d’identifier si un fondateur risque d’être guidé par son ego :
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Insiste-t-il fréquemment sur ses réalisations passées, notamment ses succès précoces ?
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Fait-il régulièrement référence à des noms célèbres ou invoque-t-il des étiquettes, comme « Nous sommes amis avec XX » ?
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A-t-il tendance à couper la parole, à vouloir défendre sa position plutôt qu’à chercher à comprendre la nature profonde du problème ?
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Tend-il à rationaliser a posteriori ses échecs, évitant ainsi d’admettre une erreur de jugement ?
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La dynamique d’équipe repose-t-elle sur une autorité unique, sans espace sain pour la contestation ou la tension constructive ?

Dès que l’ego prend le dessus, la pensée du fondateur perd en souplesse. Dans un marché comme celui de la crypto, hautement populiste et extrêmement transparent, cette rigidité devient particulièrement fatale.
Nous avons vu trop de fondateurs aux produits élégants, aux levées de fonds réussies, incapables pourtant de mobiliser une communauté. La raison fondamentale ? Le fondateur s’est assigné une position figée, refusant de s’ouvrir vers l’extérieur ou de partager le pouvoir en interne. À l’inverse, certains fondateurs, sans parcours prestigieux ni produit parfait, bénéficient de la patience, de la confiance et du temps accordés par leur communauté, car ils incarnent un « esprit de communauté » : ils ne vous disent pas quoi penser, mais vous invitent à penser avec eux.
Ces différences ne tiennent pas seulement au style de communication, mais reflètent une différence plus profonde au niveau de l’identité du fondateur.
Quand un fondateur intègre des affirmations telles que « Je viens du monde technique », « Je suis un puriste », « Je suis diplômé d’une grande école », « Je contribue à l’industrie » comme parties constitutives de son identité, il devient extrêmement difficile pour lui d’écouter les retours ou de s’identifier aux membres de sa communauté. Car inconsciemment, toute critique adressée à la direction du produit devient une remise en cause de « qui il est ».
Les étiquettes proviennent d’une peur profonde
Les étiquettes devraient être des outils de communication externe, permettant à autrui de situer rapidement votre position, expertise, parcours ou valeurs. C’est un système symbolique social, utile pour catégoriser et diffuser. Mais pour beaucoup, ces étiquettes se transforment progressivement en piliers de construction du moi intérieur.
Ce phénomène révèle une peur profonde : celle de l’effondrement du soi.
Dans le passé, l’identité était structurée, déterminée. Qui vous étiez dépendait de votre origine, de vos croyances, de votre métier. Ces éléments formaient un ordre social stable et une source d’identité claire. Aujourd’hui, avec la décentralisation géographique, professionnelle et morale, chaque individu doit construire activement son identité. Les étiquettes deviennent alors un substitut commode, offrant une illusion psychologique de stabilité.
Il vous suffit de dire « Je suis un geek technique », « Je suis libéral », « Je suis diplômé de telle université », pour obtenir immédiatement reconnaissance, validation, voire admiration. Ce retour instantané agit comme une dose de dopamine, renforçant la dépendance à l’étiquette. Avec le temps, l’étiquette cesse d’être un outil pour devenir un avatar du moi.
Ainsi, plus une personne manque d’ordre intérieur ou de structure stable, plus elle aura tendance à utiliser les étiquettes comme béquilles psychologiques. Elle répète inlassablement des affirmations qui semblent neutres — celles mentionnées en introduction — dont la véritable fonction n’est pas d’informer, mais de servir de supports à son sentiment d’existence, d’ancre à sa présence au monde.
Elle insiste continuellement sur une identité donnée, défend farouchement des positions acquises, rejette toute correction cognitive non pas parce qu’elle croit sincèrement en une idée, mais parce que si l’étiquette vacille, tout l’édifice du « moi » s’effondre. Elle ne protège pas une vérité, mais un « soi » assemblé à partir d’évaluations externes.
C’est pourquoi Dovey dit souvent : « Les personnes les plus difficiles à convaincre ne sont pas celles qui manquent de culture. Ce sont celles à qui on a inculqué des réponses toutes faites et qui croient que le monde tourne autour d’elles. »
Liberté de pensée, à partir de la dissociation identitaire
Les meilleurs fondateurs se caractérisent souvent par un faible attachement identitaire. Ce n’est pas qu’ils n’ont pas de moi, mais qu’ils possèdent un ordre intérieur fortement intégré et stable. Leur identité ne repose pas sur des attributs externes comme « un diplôme d’élite », « le soutien d’investisseurs prestigieux » ou « une étiquette sectorielle », mais sur des fondations internes : leur capacité à comprendre le monde, leur résilience face à l’incertitude, et leur aptitude à ajuster continuellement leur modèle mental dans un environnement dynamique. Ils n’utilisent pas leurs positions, opinions ou rôles comme ancres de leur valeur personnelle.
Au contraire, plus l’attachement identitaire est fort, plus la pensée est enfermée dans ses propres limites. Quand vous craignez de « renier votre passé », vous commencez à ériger des murs cognitifs. Vous vous souciez davantage de l’image que vous donnez — « suis-je cohérent ? » — plutôt que de la justesse de votre jugement actuel. Vous cherchez alors à justifier vos anciennes opinions plutôt qu’à trouver des solutions à la réalité présente. C’est là la zone d’aveuglement la plus dangereuse en matière stratégique.
L’évolution cognitive authentique commence précisément par reconnaître : « Je ne suis pas ce que j’ai dit par le passé. » Une personne libre intellectuellement n’a pas besoin de dire « Je suis du type X, mais je comprends Y » ; elle abandonne complètement la dépendance psychologique à l’idée « je dois être du type X ». Elle peut changer sans anxiété, se mettre à jour sans panique.
Ce n’est que lorsque vous cessez de dépendre des étiquettes pour stabiliser votre perception de vous-même, lorsque vous avez une maîtrise intérieure de « qui vous êtes », que vous pouvez relâcher vos attachements, dépasser vos rôles et accéder à un espace de pensée libre. Peut-être est-ce là le point de départ de ce que le bouddhisme appelle le « non-soi » : non pas nier l’existence, mais libérer la cognition et l’action de l’emprise du moi.
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