
La première mesure de Trump à son arrivée au pouvoir, s'attaquerait-elle d'abord à Musk ?
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La première mesure de Trump à son arrivée au pouvoir, s'attaquerait-elle d'abord à Musk ?
Aujourd'hui, la lutte politique entre Harris et Trump est terminée, mais le bras de fer entre Musk et Trump ne fait que commencer.
Rédaction : Cora Xu
Édition : Manman Zhou Evan

Dans la Silicon Valley, peu osent, comme Elon Musk, parier sur leur réputation et leurs ressources pour soutenir aussi intensément un candidat à la présidence.
Heureusement, lors de l'élection du 47ᵉ président des États-Unis, ce « grand protecteur » a réussi à hisser Donald Trump jusqu'au « trône présidentiel ». Lors de la nuit électorale, Trump lui a rendu hommage sans détour, louant et remerciant ouvertement Musk, tout en réservant à SpaceX une place publicitaire exclusive de cinq minutes.
Aujourd'hui que l'issue de l'élection américaine est scellée, pourquoi Elon Musk, principal artisan de cette victoire, s'est-il tant pressé de porter Trump au pouvoir ? Quels bénéfices retirera-t-il de cette bataille électorale ? Et Trump, une fois élu, accordera-t-il à Musk une « immunité absolue » ?
Une fois le tumulte apaisé, on peut désormais observer plus sereinement comment cette superstar de la Silicon Valley a mené avec rigueur cette folle aventure électorale : stratégie minutieuse, engagement total et retrait prudent. Cette campagne électorale nous montre une fois encore la capacité exceptionnelle de Musk à détecter les opportunités et à prendre des décisions précises dans les domaines politique, économique et social.
Musk a joué son empire commercial entier dans un coup politique audacieux, obtenant ainsi douze années d’or pour son développement.

Musk soutient Trump lors d’un rassemblement en Pennsylvanie. (Source : Associated Press)
01 Un Musk coincé entre deux feux, en quête urgente d’un nouveau président
Dans le dernier classement mondial des milliardaires publié par Forbes en 2024, Musk conserve la deuxième place mondiale et la première aux États-Unis avec une fortune de 195 milliards de dollars.
La richesse du milliardaire américain provient principalement de deux sources : ses actions dans diverses entreprises et ses liquidités et autres actifs. La valeur de ses participations constitue la part essentielle de sa fortune, notamment Tesla (véhicules autonomes), SpaceX (spatial commercial), X (réseau social), Neuralink (interface cerveau-machine) et The Boring Company (tunnels).
À première vue, Musk dirige des entreprises leaders dans plusieurs secteurs, ce qui devrait le mettre à l’abri des soucis. Pourtant, un examen attentif de la situation récente de ces entreprises révèle que nombre d’entre elles traversent une période de stagnation : croissance ralentie des activités principales, innovations bloquées ou reportées. Or, la solution à ces problèmes passe invariablement par le gouvernement américain.
1. Tesla, pionnier de l’autopilotage : assouplissement attendu de la réglementation sur la sécurité, accélération du déploiement des Robotaxis
Tout d’abord, Tesla, ancien leader de l’autopilotage. L’entreprise a fait l’objet d’enquêtes du ministère de la Justice et de la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA) concernant 11 accidents impliquant 765 000 véhicules, en raison de ses fonctions d’autopilotage et de conduite entièrement autonome.
Par ailleurs, Tesla est confronté à des conflits syndicaux initiés par le National Labor Relations Board, ainsi qu’à des accusations de discrimination raciale portées par la Commission de l’égalité professionnelle. Il est clair que Tesla fait l’objet d’une surveillance étroite du gouvernement américain.
De plus, sous l’administration Biden, Tesla n’a bénéficié d’aucun soutien particulier : absent des listes éligibles aux subventions pour véhicules électriques, non invité au sommet organisé par la Maison Blanche sur les voitures électriques. La relation tendue entre Musk et le gouvernement américain est manifeste.
D’un autre côté, ni l’expansion de l’autopilotage ni le lancement imminent du Robotaxi ne peuvent progresser sans l’appui du gouvernement américain.
Source : The New York Times
2. SpaceX, compagnie aérienne commerciale : le plan d’immigration martienne boosté par Trump, expansion accélérée de Starlink
SpaceX connaît également des difficultés dues à une réglementation stricte du gouvernement. Le ministère de la Justice poursuit SpaceX pour discrimination en matière de recrutement contre les réfugiés ; un bureau régional du National Labor Relations Board porte plainte pour licenciement illégal de huit employés ; la Federal Aviation Administration inflige une amende civile de 633 009 dollars ; la Federal Communications Commission rejette l’intégration de Starlink au programme rural d’accès haut débit, refusant tout financement…
« Ils ont pris tous les contrats possibles », s’est emporté Musk lors d’un entretien.
Il est évident que la croissance de SpaceX dépend d’un assouplissement de la réglementation fédérale, surtout pour les projets pilotes multi-États de Starlink et l’extension de ses services.
Quant à l’exploration spatiale, Musk nourrit depuis longtemps un « rêve martien » qui exige une coopération renforcée avec le gouvernement. Il a affirmé en interview que son projet d’immigration martienne ne pourrait se réaliser qu’avec Trump au pouvoir. Ce dernier a répondu favorablement : « J’espère qu’il enverra une fusée sur Mars. Il m’a promis d’y atterrir avant la fin de mon mandat. »
3. Réseau social X : transfert du contrôle des contenus aux entreprises, défense renouvelée de la liberté d’expression
Sous Biden, les tensions entre le gouvernement américain et X, propriété de Musk, portaient principalement sur la liberté d’expression, la régulation des contenus en ligne et l’influence des décisions politiques. Biden souhaitait même réformer la Section 230 afin de limiter les discours illégaux.
Trump, en revanche, prône nettement davantage la liberté d’expression. Que ce soit par la création de son propre réseau social Truth Social, ses déclarations pendant la campagne ou ses orientations politiques, il préfère confier la modération des contenus aux plateformes plutôt qu’au gouvernement.
4. Neuralink, interface cerveau-machine : accélération de l’approbation par la FDA, mise sur le marché accélérée
En tant que projet innovant d’interface cerveau-machine invasive, Neuralink fait face à une surveillance rigoureuse de la part du gouvernement américain.
Le Département de l’agriculture enquête sur les expérimentations animales de Neuralink pour vérifier leur conformité aux normes minimales de la loi sur le bien-être animal ; le Département des transports a lancé une enquête à la demande d’une organisation de défense du bien-être animal, en raison de « pratiques négligentes et dangereuses » lors du transport de matériaux expérimentaux pouvant comporter des agents pathogènes ; l’organisation de protection animale PCRM a intenté une action en justice contre Neuralink pour « maltraitance » de singes...
En outre, Neuralink avait demandé en 2022 l’autorisation de la FDA pour des essais humains, mais s’était vu refuser. Ce n’est qu’un an plus tard que la requête a été acceptée. Neuralink a finalement lancé son premier produit, Telepathy, et réalisé en janvier 2024 la première implantation d’un dispositif cérébral chez un être humain.
5. The Boring Company : relance du « Hyperloop », construction d’un système de transport souterrain
On imagine difficilement que The Boring Company, que Musk qualifie lui-même de « l’une de ses entreprises les plus ennuyeuses », après sept ans d’existence, n’ait exploité que 3,8 kilomètres de tunnel. Cela contraste fortement avec la vision initiale de Musk : un vaste réseau souterrain polyvalent permettant aux véhicules autonomes de transporter des passagers à 240 km/h. En réalité, The Boring Company complète le projet Robotaxi de Musk en fournissant l’infrastructure nécessaire.
Aujourd’hui, alors que le Robotaxi est presque prêt, les travaux routiers avancent lentement. Le projet de tunnel reliant Baltimore et la région de Maryland a suscité de nombreuses plaintes et protestations. Quant aux projets dans les États de Californie, Illinois, Texas, Floride et Maryland, ils sont tous restés lettre morte...
Par conséquent, comparé à ses autres entreprises, The Boring Company dépend encore davantage du soutien du gouvernement américain.
Une enquête du média NBC révèle que, ces dernières années, Musk et son vaste empire commercial ont été impliqués dans au moins 19 litiges réglementaires ou juridiques avec l’administration Biden, dont 10 sont toujours en cours. De nombreux projets ont ralenti considérablement depuis 2022 sous la surveillance accrue de l’administration Biden.
Un cadre supérieur de Tesla a même ironisé sur X en demandant à son PDG de revenir au bureau, insinuant que Musk consacrait peu d’énergie à la gestion opérationnelle. On peut désormais penser que Musk, après avoir analysé les problèmes de chacune de ses entreprises, a décidé de s’attaquer à leur point commun majeur : le gouvernement américain.
02 Tout miser sur l’élection : la stratégie « all-in » de Musk
Il est difficile de déterminer précisément quand Musk a commencé à planifier cet investissement électoral. Mais les premiers signes sont apparus avec son acquisition de Twitter pour 44 milliards de dollars.
Après son arrivée à la tête de la plateforme, la toute première décision de Musk fut de lever l’interdiction du compte de Trump. Selon de nombreux observateurs, c’est à ce moment-là que Musk aurait posé le premier pion de son pari électoral.
Force est de constater que, dans la société américaine actuelle, la plateforme X (anciennement Twitter) reste un terrain central incontournable pour les élections. Musk a invité Trump à y tenir un live, donnant ainsi un ton de bienvenue triomphale.
Cependant, le moment où Musk est véritablement entré au cœur de la scène politique, décidant de tout miser, fut sans aucun doute juillet 2024, après l’attentat contre Trump, lorsque Musk a publiquement annoncé son soutien à la candidature de Trump.

Jusque-là, cela ne suffisait pas à mesurer la détermination de Musk. De nombreux personnels de la Silicon Valley ont déjà soutenu publiquement des candidats. Son geste le plus audacieux fut de monter sur la tribune des rassemblements de Trump.
Selon un décompte approximatif, Musk a participé à au moins trois meetings de Trump, vantant à plusieurs reprises les avantages d’un mandat Trump, allant jusqu’à scander : « Trump, Trump, Trump ! Vote, Vote, Vote ! ». Dans l’État-clé de Pennsylvanie, il a apparu aux côtés de Trump, soulignant l’importance de ce dernier comme seul candidat capable de « sauvegarder la démocratie américaine ». Musk a même organisé un événement indépendant en banlieue de Philadelphie pour soutenir Trump.
Source : Foreign Policy
À ce stade, Musk avait irrévocablement lié son destin à celui de Trump. Comme il l’a dit lui-même en plaisantant : « Si Harris gagne, je suis fini. Pensez-vous que je reverrai mes enfants ? »
En réalité, au-delà de son soutien public, Musk a aussi mobilisé discrètement toutes ses ressources personnelles dans ce pari fou.
Premièrement, il a financé massivement la campagne de “l’homme qui sait”. Musk a créé un comité d’action politique, America PAC, spécialement dédié à soutenir Trump, et a versé au moins 132 millions de dollars à l’équipe de campagne de Trump, dont 56 millions destinés à Trump et à d’autres républicains.
Il faut aussi ajouter les 15 millions de dollars que Musk a investis pour inciter les électeurs des États pivots à voter. Chaque vote pour Trump était récompensé, avec 1 million de dollars distribués chaque jour pendant deux semaines. Bien que cette somme ne représente pas grand-chose pour Musk, elle a eu un impact médiatique considérable, faisant connaître à tous aux États-Unis son soutien inconditionnel à Trump.
Source : WDSU
Deuxièmement, il a mis en relation des ressources stratégiques. Par exemple, Musk a exprimé sa loyauté à Trump aux côtés de son ami proche et investisseur Nelson Peltz. Ensemble, ils ont mobilisé des alliés politiques pour convaincre des chefs d’entreprise influents à travers le pays de ne pas soutenir le président sortant Biden. Le résultat fut probant : Peter Thiel, cofondateur de PayPal, et David Sacks, capital-risqueur, tous deux amis de Musk, ont publiquement appuyé Trump durant la campagne. Finalement, Biden s’est retiré, lançant Harris comme candidate.
Lors de la conquête de la Pennsylvanie, État pivot crucial, Musk a fréquemment organisé des assemblées publiques locales, affirmant personnellement son rôle central dans l’élection, tout en mettant à jour sur X les données de vote anticipé et en publiant des messages électoraux.
Il a également déployé son équipe de conseillers pour aider la campagne de Trump en Pennsylvanie, utilisant ses arguments pour encourager les électeurs à voter pour Trump, contribuant ainsi à remporter les 19 grands électeurs décisifs.
Si l’on perçoit cette élection comme un investissement de Musk dans Trump, alors Musk incarnerait l’investisseur idéal : financements colossaux, appui logistique total, utilisation de son influence pour la promotion, fourniture d’un cabinet stratégique pour résoudre les problèmes clés, tout en respectant l’indépendance des propositions politiques républicaines.
En regardant Musk de près, on voit un homme piégé par les difficultés de ses multiples entreprises, prenant le risque ultime de tout miser et d’avancer main dans la main avec Trump.
Un détail important à noter : bien que Musk semble avoir tout misé, il n’a pas totalement fermé la porte à une issue de secours.
Son échappatoire principale, c’est Harris. Harris a toujours adopté une attitude d’écoute bienveillante envers les technologies innovantes et les start-ups. Généralement, elle privilégie un équilibre entre réglementation et innovation. Même si Harris venait à accéder au pouvoir, la réglementation dont ferait l’objet Musk ne serait probablement pas plus sévère que sous l’ère Biden.
En entrant en scène de manière spectaculaire, en anticipant avec précision les évolutions sociales et politiques, en pesant les rapports de force et en visant la réussite, Musk a offert une démonstration magistrale de la façon de remporter le pari le plus fou de la Silicon Valley.
03 Se retirer discrètement : Musk a gagné 12 ans d’avenir
Les géants de la Silicon Valley, tout comme les jeunes pousses, attendaient la chute de la dernière chaussure.
Le retour sur cet investissement électoral s’annonce peut-être encore plus élevé que ce que Musk avait anticipé.
Premièrement, Trump a écrasé Harris, dominant aussi bien en grands électeurs qu’en voix populaires, remportant finalement l’élection 277 contre 226.

Deuxièmement, les républicains ont obtenu la majorité au Sénat et à la Chambre des représentants, ce qui donne à Trump une grande influence législative, assurant une convergence entre exécutif et législatif.
Troisièmement, les juges de la Cour suprême étant nommés à vie, la majorité conservatrice désignée durant le premier mandat de Trump reste largement dominante – autant dire que ce sont presque des alliés.
Par conséquent, le second mandat de Trump équivaut à une concentration du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, offrant une influence et une capacité décisionnelle exceptionnelles.
Beaucoup estiment que si Trump maintient une progression stable, se fait réélire et propulse un successeur républicain, le parti conservera une forte influence pendant les 12 prochaines années.
Et tout cela se traduit pour Musk par une période dorée de 12 ans pour son empire commercial, coïncidant avec un essor généralisé des technologies innovantes.
Plus on gagne, plus on devient prudent. Cela se reflète particulièrement chez Musk après l’annonce de la victoire de Trump. Au moment de la publication, Musk s’est contenté d’un simple message de félicitations sur sa propre plateforme, sans aucun commentaire supplémentaire. Contrairement aux louanges effrénées durant la campagne, Musk, désormais, garde profil bas, s’éclipant discrètement.

Mais Musk et la nouvelle administration Trump sont-ils vraiment exempts de tout conflit ? Manifestement non.
Le premier problème concerne toujours la réglementation. Si Trump tient sa promesse de nommer Musk au poste de ministre fondateur du Conseil national de l’efficacité, chargé de réduire les dépenses d’entreprises, comment Musk se régulera-t-il lui-même, et comment régulera-t-il les autres secteurs ? Là encore, la réponse n’est pas simple. Musk n’esquive pas les conflits d’intérêts potentiels, affirmant publiquement espérer que Trump l’aide directement en assouplissant la réglementation.
Par ailleurs, les investissements internationaux de Musk entrent en conflit d’intérêts avec la politique tarifaire de Trump, ce qui constitue un risque pour le développement de ses entreprises.
Trump n’a jamais prévu de laisser Musk agir librement. Avant même l’élection, il avait déclaré que Musk serait son « ministre de la réduction des coûts », mais « ne fera pas partie du cabinet ». Musk, interrogé, s’y attendait : « La Maison Blanche appliquera des politiques différentes selon les individus. »
Aujourd’hui, la lutte politique entre Harris et Trump est terminée, mais la partie entre Musk et Trump ne fait que commencer.
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