
Synthèse du marché du 14 mai : l’IPC a bondi de 6 %, atteignant un plus haut de trois ans, tandis que le Nasdaq a établi un nouveau record historique contre toute attente.
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Synthèse du marché du 14 mai : l’IPC a bondi de 6 %, atteignant un plus haut de trois ans, tandis que le Nasdaq a établi un nouveau record historique contre toute attente.
Le même jour où l’inflation a explosé, les marchés ont parié sur la politique.
Auteur : TechFlow
Si hier, le marché a reçu un coup de massue à cause des données sur l’inflation, aujourd’hui, il en a reçu deux et s’est relevé pour danser — une danse de « Tech House ».
Le 13 mai, une nouvelle série de chiffres inflationnistes a fait froncer les sourcils. L’indice des prix à la production (PPI) d’avril a bondi de 6 % en glissement annuel, soit la plus forte hausse depuis décembre 2022 ; sa progression mensuelle s’est élevée à +1,4 %, bien au-dessus de la prévision du marché (+0,5 %). Le PPI hors éléments volatils (« core PPI ») a augmenté de 4,4 % sur un an et de 1 % sur un mois, atteignant ainsi ses niveaux les plus élevés depuis début 2022.
En rapprochant les données publiées hier sur l’IPC (3,8 %) et celles d’aujourd’hui sur le PPI (6 %), on peut résumer la situation en une phrase : l’inflation ne recule pas, elle s’enfonce encore davantage. Le Bureau of Labor Statistics (BLS) l’exprime sans détour : près de 60 % de la hausse mensuelle du PPI en avril provient du secteur des services, notamment avec une augmentation de 2,7 % des marges bénéficiaires dans le commerce de gros et une hausse de 5 % des coûts de transport. Cela signifie que les coûts liés aux droits de douane et à l’énergie, initialement supportés par les entreprises énergétiques en amont, se transmettent désormais aux acteurs logistiques et de distribution intermédiaires — il ne reste plus qu’un dernier kilomètre avant qu’ils n’atteignent nos factures finales.
Logiquement, face à de tels chiffres, les marchés boursiers auraient dû baisser.
Pourtant, aujourd’hui, le Nasdaq a progressé de 1,2 %, atteignant 26 402,34 points, tandis que le S&P 500 a gagné 0,58 %, pour clôturer à 7 444,25 points. Les deux indices ont atteint des sommets historiques.
Seul le Dow Jones a reculé de 0,14 %.
C’est là l’aspect le plus fascinant du marché aujourd’hui : les données inflationnistes frappent les fondamentaux économiques, mais le marché ne mise pas sur ces fondamentaux — il mise sur la politique.
Voici d’abord quelques chiffres qui vous feront cligner des yeux :
- Nasdaq : +1,20 %, clôture à 26 402,34 points, nouveau sommet historique
- S&P 500 : +0,58 %, clôture à 7 444,25 points, nouveau sommet historique
- Dow Jones : –0,14 %, clôture à 49 693,20 points
- Russell 2000 : +0,07 %, clôture à 2 844 points
Or, selon les données de FactSet, environ deux tiers des composantes du S&P 500 ont reculé aujourd’hui.
Autrement dit, ce « nouveau sommet historique » ne reflète pas une hausse généralisée, mais un record étroit porté uniquement par un très petit nombre de géants de l’IA.
Nvidia a grimpé de plus de 2 %, Micron de plus de 4 %, et l’ETF VanEck Semiconductor (SMH) de 2 %. Les actions du secteur des semi-conducteurs, fortement sanctionnées hier, se sont retournées aujourd’hui. AMD et Qualcomm ont quant à elles stabilisé leurs cours après les pertes d’hier.
Du côté du Dow Jones, Salesforce a perdu 2,81 %, Home Depot 2,52 %, tandis que les secteurs des télécommunications et de la finance ont également reculé. Ces deux secteurs sont particulièrement sensibles aux taux d’intérêt, or le rendement des obligations d’État américaines à 10 ans a atteint 4,473 % aujourd’hui — son niveau le plus élevé depuis juillet 2025. Celui des obligations à 20 et à 30 ans a franchi le seuil des 5 %, son plus haut niveau depuis mai 2025.
Le marché obligataire déclare : « Pas question de baisser les taux cette année — on pourrait même en envisager une hausse », tandis que le marché actions réplique : « Peu importe, la narration autour de l’IA prime tout. »
Cette divergence trouve son origine dans un événement qui n’avait pas encore pleinement pris forme hier soir, mais qui s’est embrasé ce matin : Jensen Huang, PDG de Nvidia, a embarqué à la dernière minute à bord de l’Air Force One.
Voici comment cela s’est produit.
Mercredi, Donald Trump a quitté Washington pour entreprendre sa première visite officielle en Chine depuis dix ans. Il y rencontrera Xi Jinping dans les deux jours à venir, principalement pour discuter de produits agricoles, d’avions commerciaux, de terres rares, ainsi que de la poursuite de la trêve commerciale conclue en octobre dernier. Parmi la délégation d’hommes d’affaires accompagnant le président, on pensait initialement que Jensen Huang n’était pas présent.
Pourtant, lors de l’escale d’approvisionnement à Anchorage (Alaska), Jensen Huang est monté à bord de l’Air Force One — accompagné de Elon Musk. Sur Truth Social, Trump a décrit cette délégation comme « un groupe de personnes brillantes » et a ajouté : « Je demanderai au Président Xi d’ouvrir la Chine afin que ces personnes brillantes puissent y déployer leur magie. »
Traduit en langage boursier, cela signifie : l’interdiction à l’exportation des puces H200 vers la Chine pourrait être assouplie.
C’est précisément là que se situe la blessure la plus profonde de Nvidia depuis trois ans. Il y a six mois, avant la rencontre Xi-Trump à Busan, le 30 octobre, Jensen Huang avait mené une intense campagne pour obtenir la levée de l’interdiction d’exportation des puces Blackwell vers la Chine. Mais Rubio, Greer et Lutnick avaient conjointement bloqué la demande, faisant disparaître purement et simplement ce sujet de l’ordre du jour du sommet. Cette fois, Huang a réussi à se faufiler à bord à la dernière minute — une contre-offensive directe après sa défaite précédente.
Warren Buffett et les vieux briscards de Wall Street savent bien que le simple fait qu’un PDG monte personnellement à bord de l’Air Force One pour aller négocier un contrat dans le pays de son client constitue en soi un signal haussier : le résultat est secondaire, le geste précède le résultat. Ce jour-là, Nvidia a bondi de 2,5 %, entraînant toute la filière des semi-conducteurs dans son sillage.
Pétrole : la bataille des 100 dollars, l’AIE sonne une nouvelle alerte
Le contrat à terme sur le pétrole brut WTI a oscillé mercredi autour de 102 dollars, descendant brièvement sous ce seuil avant de clore aux environs de 101–102 dollars le baril. Le Brent évoluait autour de 107 dollars.
Le fait que le pétrole « ne continue pas à monter » constitue en soi l’un des motifs permettant au marché d’assumer davantage de risques aujourd’hui. Mais l’autre versant de l’histoire est nettement plus inquiétant :
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a mis en garde, dans son rapport mensuel publié mercredi, contre une diminution quotidienne des stocks mondiaux de pétrole observables d’environ 4 millions de barils — le rythme le plus rapide jamais enregistré depuis l’existence des données. Selon l’AIE, même si la guerre cessait dès aujourd’hui, le marché pétrolier ne retrouverait pas l’équilibre offre-demande avant octobre.
Le PDG de Saudi Aramco, Nasser, affirmait la veille que « 100 millions de barils de production étaient perdus chaque semaine ». Aujourd’hui, l’AIE ajoute une nouvelle couche d’urgence : au cours des deux derniers mois et demi, près de 1 milliard de barils de pétrole ont disparu des tableaux d’offre mondiaux. Il s’agit de la perte la plus directe et la plus difficile à réparer depuis le début du conflit au Moyen-Orient.
Les données sur les stocks publiées par l’U.S. Energy Information Administration (EIA) vont dans le même sens : les réserves américaines de pétrole brut ont chuté la semaine dernière de 4,3 millions de barils, soit près du double de la prévision du marché.
A court terme, le prix du pétrole pourrait revenir vers les 100 dollars, mais ce marché est soutenu à la fois par une « prime de guerre » et par une pénurie réelle. Tant que l’Iran ne mettra pas fin à ses provocations ou qu’un cessez-le-feu effectif ne sera pas mis en œuvre, la logique selon laquelle « franchir les 100 dollars ne serait qu’un simple recul » restera valable.
Or et argent : voies divergentes
L’or a connu sa deuxième baisse consécutive mercredi, clôturant à 4 696 dollars l’once, en recul de 0,39 %.
L’argent, lui, poursuit sa course folle : il a atteint un pic intrajournalier de 88 dollars l’once, soit un plus haut de deux mois.
Deux actifs appartenant à la même catégorie, mais évoluant en sens opposé : voilà le cas le plus net de « scission narrative » observé sur le marché aujourd’hui.
L’or recule, car il s’agit d’un actif refuge pur, extrêmement sensible à la hausse des taux réels. Or, le rendement des obligations d’État à 10 ans a atteint un nouveau sommet depuis juillet 2025, tandis que ceux à 20 et à 30 ans ont franchi le seuil des 5 % — sapant ainsi la logique de couverture offerte par l’or.
L’argent, en revanche, progresse, car il cumule à la fois des fonctions de refuge et de métal industriel. Data centers IA, panneaux solaires, appareils électroniques : tous nécessitent de l’argent. Le même jour où Nvidia battait des records, l’argent a suivi la tendance portée par la demande industrielle.
Le gouvernement indien a par ailleurs annoncé mercredi une hausse spectaculaire de ses droits de douane à l’importation d’or et d’argent, passant de 6 % à 15 %. En théorie, cette mesure devrait freiner la demande — or l’argent n’a même pas réagi à ce contrecoup. Le marché accorde désormais davantage de poids à sa dimension industrielle qu’à son rôle de valeur refuge.
Cryptomonnaies : consolidation à bas niveau, destin confié à Trump
Le mot-clé du marché des cryptomonnaies aujourd’hui est « attente ».
Le bitcoin a fluctué étroitement autour des 80 000 dollars. Selon les données de Fortune, son cours était d’environ 80 304 dollars à 9 heures (heure de l’Est) ce matin. L’ether a évolué autour de 2 280 dollars, presque sans bouger. La capitalisation boursière totale du marché s’élevait à environ 2,77 billions de dollars, la part du bitcoin demeurant stable autour de 58 %.
Mais calme ne signifie pas sécurité.
Premièrement, le plan technique est en pleine bataille. L’analyse de CoinDesk souligne que le BTC est coincé entre sa moyenne mobile sur 200 jours et sa moyenne mobile exponentielle sur 200 jours. Les 82 000 dollars constituent une résistance critique dans cette zone : tous les arguments des acheteurs et des vendeurs sont concentrés ici. Une percée au-dessus relancerait la tendance haussière ; une rupture en dessous conduirait à tester le niveau des 70 000 dollars.
Deuxièmement, la tension entre détenteurs à long terme et spéculateurs s’accentue. Les données en chaîne (on-chain) révèlent que les adresses de détenteurs à long terme — qualifiées d’« acheteurs convaincus » (conviction buyers) — ont vu leurs avoirs augmenter de 300 % au cours des six derniers mois, approchant les 4 millions de bitcoins. Parallèlement, les ETF Bitcoin spot cotés aux États-Unis ont enregistré, depuis le début de l’année 2026, des sorties nettes d’environ 4,5 milliards de dollars — le pire démarrage depuis leur lancement en janvier 2024. D’un côté, des mains de diamant qui achètent de plus en plus à mesure que le cours chute ; de l’autre, des mains de papier qui vendent de plus en plus à mesure qu’il monte. Les 80 000 dollars d’aujourd’hui représentent précisément le point de collision frontal entre ces deux forces.
Troisièmement, tout le monde attend l’entretien Trump-Xi. La consolidation latérale des trois derniers jours sur le marché des cryptomonnaies repose essentiellement sur une stratégie de « je ne bouge pas, j’attends le résultat des discussions à Pékin ». Si l’entretien Trump-Xi débouche sur un « paquet » comprenant terres rares, puces IA et prolongation de la trêve commerciale, l’appétit pour le risque s’ouvrira immédiatement au niveau mondial, et le bitcoin pourra viser les 82 000 dollars. En revanche, en cas d’échec des négociations, combiné au vide institutionnel lié à la démission officielle de Jerome Powell ce vendredi et à l’absence encore de successeur désigné (Warsh n’ayant pas encore pris ses fonctions), le niveau des 70 000 dollars fera face à un véritable test de résistance.
Il convient de noter que la capitalisation boursière de Coinbase s’est montrée remarquablement résiliente aujourd’hui, dans un contexte généralisé de repli des actions liées aux cryptomonnaies. Par ailleurs, Charles Schwab a commencé à proposer à ses clients particuliers l’accès aux transactions spot sur bitcoin et ether. Cette expansion au niveau des infrastructures et cette stagnation des cours sont dissociées : il s’agit d’un catalyseur structurel favorable, mais qui ne suffit pas à soutenir les prix à court terme.
Synthèse de la journée : un pari politique lancé le jour même d’une explosion de l’inflation
Le 13 mai, le marché a répondu aux données inflationnistes avec une ironie presque noire :
Marchés actions : Le PPI bondit de 6 %, un plus haut en trois ans, tandis que le S&P 500 et le Nasdaq établissent simultanément de nouveaux sommets historiques. Pourtant, seulement un tiers des valeurs composant ces indices sont en hausse — la performance globale repose entièrement sur Nvidia et sur la « thématique chinoise » incarnée par Jensen Huang.
Pétrole : Le WTI recule vers 102 dollars, mais l’AIE alerte sur la disparition des stocks mondiaux de pétrole brut à un rythme sans précédent.
Or / Argent : L’or chute à 4 696 dollars l’once, tandis que l’argent, porté par la demande industrielle, atteint 88 dollars — un plus haut de deux mois — marquant ainsi une séparation franche entre logique de refuge et logique industrielle.
Cryptomonnaies : Le bitcoin stagne autour des 80 000 dollars, l’ether reste quasi immobile autour de 2 280 dollars : l’ensemble du marché a délégué sa décision d’achat/vente à la salle de réunion de Pékin.
En cas de succès des négociations — même partiel — tel qu’une autorisation d’exportation des puces H200, une sécurisation des approvisionnements en terres rares ou une prolongation de la trêve commerciale, les actions technologiques liées à l’IA accompliraient une prouesse inédite dans un environnement caractérisé par une inflation galopante et une remontée des taux d’intérêt, tandis que le bitcoin pourrait alors franchir la résistance des 82 000 dollars correspondant à sa moyenne mobile sur 200 jours.
En cas d’échec des négociations, combiné au vide institutionnel résultant de la démission effective de Powell jeudi, le marché devra faire face à une réalité nettement plus sombre : une inflation de gros de 6 %, une inflation des prix à la consommation de 3,8 %, un baril de pétrole à plus de 100 dollars, et des rendements des obligations à long terme supérieurs à 5 % — un cocktail que quelques rebonds ne suffiront pas à digérer.
Mais au moins aujourd’hui, le marché a envoyé à la Fed, ligne après ligne rouge, un message clair : devant la narration autour de l’IA, même l’inflation doit attendre son tour.
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