
Un pari cryptographique a-t-il mis à mal une banque privée suisse centenaire ?
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Un pari cryptographique a-t-il mis à mal une banque privée suisse centenaire ?
Pour Marc Syz, il s’agit à la fois d’un pari sur le secteur des actifs numériques et d’une rupture totale avec une ancienne famille de banques privées suisses.
Rédaction : Allegra Catelli
Traduction : Luffy, Foresight News
Une famille suisse de banquiers privés fait face à un conflit intergénérationnel lié à des visions divergentes sur l’avenir de l’entreprise.
Marc Syz a quitté la banque privée genevoise Banque Syz SA, dirigée par son père Eric Syz, pour fonder une nouvelle entité en partenariat avec son associé commercial Richard Byworth. Le cœur du désaccord porte sur le projet de Marc d’intégrer Future Holdings AG, une société spécialisée dans les trésoreries numériques, au sein de Syz Capital, la division des actifs alternatifs de la banque. Marc avait auparavant dirigé cette division et se consacre désormais à la préparation d’une introduction en bourse simultanée de Future Holdings en Suède et en Suisse, qu’il présente comme devant en faire la plus grande institution européenne détenant des réserves de bitcoins.
Logo de Banque Syz SA à Genève
Ce départ marque à la fois un défi typique de la gouvernance familiale et une confrontation idéologique au sein du secteur suisse de la gestion de patrimoine. Les banques privées spécialisées locales font face à une concurrence intense, non seulement de la part de leurs homologues nationaux, mais aussi à des divergences profondes quant à l’orientation stratégique du secteur. Selon Marc, il avait auparavant milité en faveur d’un renforcement des investissements alternatifs, de l’intelligence artificielle et des actifs numériques, tout en craignant que certains concurrents ne s’appuient excessivement sur la réputation suisse de « sanctuaire financier » sans véritable innovation ni rupture.
La banque et Eric Syz ont répondu, via un porte-parole, en confirmant uniquement le départ de Marc et de Byworth, et en affirmant que « les investissements alternatifs constituent depuis toujours un pilier central de l’activité de Banque Syz », sans toutefois commenter les motifs précis de ce départ. Marc a quant à lui fourni, lors d’un entretien téléphonique, un compte rendu détaillé des faits.
Syz Capital a été fondée en 2018 sous l’impulsion de Marc ; au moment de son départ, elle gérait environ 2 milliards de francs suisses (soit environ 2,5 milliards de dollars américains), avant de connaître un certain reflux de capitaux. L’équipe initiale de Syz Capital est restée en place, et sa direction a été confiée à Christoph Raninger, directeur financier du groupe Syz. D’autres hauts responsables ont également quitté la banque récemment, notamment son directeur des opérations, Boris Chave.
L’étincelle qui a exacerbé la rupture entre père et fils fut le rejet, par le conseil d’administration de la banque, de la demande d’intégration de Future Holdings AG au sein de Syz Capital, jugée trop risquée. Marc affirme qu’il a ensuite été demandé à lui-même et à Byworth de démissionner de leurs fonctions de membres du conseil d’administration de Syz Capital, avant qu’ils ne quittent définitivement cette institution de gestion de patrimoine.
Il n’est pas encore clair si Marc, qui détient environ 20 % des actions de Syz Capital, et Byworth, actionnaire à hauteur de 5 %, conserveront ou non leur statut d’actionnaires.
Préparation d’une introduction en bourse double
Selon des sources proches du dossier, les deux hommes travaillent conjointement avec Stifel Financial Corp. pour mener à bien une introduction en bourse simultanée de Future Holdings en Suède et en Suisse, suivie d’une cotation indépendante sur le marché principal de la Bourse suisse. La société envisage, avant cette étape, d’acquérir davantage de bitcoins afin de porter ses réserves à plus de 3 500 unités, visant ainsi à devenir l’un des plus grands détenteurs européens d’actifs cryptographiques.
Marc Syz
Aucune réponse n’a pu être obtenue, à ce jour, de la part de Stifel, ni par téléphone ni par courriel.
Début 2024, Future Holdings a déjà fusionné avec H100 Group AB, une entreprise suédoise cotée spécialisée dans les trésoreries bitcoin, afin d’accroître ses réserves d’actifs cryptographiques et de préparer son éventuelle introduction en bourse.
Le modèle des trésoreries d’actifs numériques a été lancé pour la première fois par Strategy Inc., filiale de Michael Saylor, durant la bulle spéculative liée à la pandémie. Il consiste pour les entreprises à lever des fonds via des augmentations de capital afin d’acheter massivement des bitcoins, offrant ainsi aux investisseurs une exposition actionnariale au bitcoin, sans nécessiter la détention directe de ce dernier. Ce n’est qu’au début de l’année 2024 que les ETF américains sur le bitcoin au comptant ont finalement obtenu leur autorisation officielle.
L’an dernier, le segment des trésoreries cryptographiques a connu une forte croissance, stimulée notamment par la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, relançant une nouvelle vague haussière. À son apogée, plusieurs institutions affichaient des valorisations nettement supérieures à la valeur nette de leurs avoirs en actifs cryptographiques. Aujourd’hui, après le recul des marchés, les cours des jetons ont chuté depuis leurs sommets, et la capitalisation boursière de plusieurs sociétés cotées spécialisées dans les trésoreries bitcoin s’est effondrée en dessous de leur valeur nette.
Marc Syz et Richard Byworth estiment néanmoins que l’environnement réglementaire suisse en matière de cryptomonnaies est globalement favorable, et que les taux d’intérêt bas, combinés à la troisième liquidité la plus élevée d’Europe sur les marchés boursiers, constitueront des atouts structurels décisifs pour la réussite de l’introduction en bourse de Future Holdings.
Restructuration organisationnelle de 2020
Avant cette réorganisation managériale, Banque Syz a connu plusieurs vagues de transformation ces dernières années. En 2020, Eric Syz a mené une refonte de l’architecture bancaire, séparant l’activité de gestion d’actifs pour particuliers Oyster. Une longue transition de pouvoir s’en est suivie, aboutissant, en février de cette année, à la nomination d’un autre fils d’Eric, Nicolas Syz, au poste de directeur général.
Eric Syz est issu d’une famille d’industriels textiles dont les racines remontent aux années 1850. En 1996, il a cofondé Banque Syz avec Alfredo Piacentini et Paolo Luban, tous deux depuis sortis de la structure. La banque est aujourd’hui contrôlée par Eric Syz et par Suzanne Syz, créatrice de bijoux haut de gamme, qui occupe également un siège au conseil d’administration.
Au cours des cinq dernières années, le total des actifs gérés par la banque est resté globalement stable : en 2024, il a progressé de près de 12 %, passant de 23,1 milliards à 25,8 milliards de francs suisses, soit un niveau quasi identique à celui de fin 2020. Ces dernières années, la banque a poursuivi son développement à Zurich, y ouvrant de nouveaux bureaux et intégrant de nouvelles équipes. Elle a déclaré l’année dernière vouloir « accroître sa masse d’actifs sur l’ensemble de ses lignes métiers et poursuivre résolument sa stratégie de croissance ».
Quant à Marc et Byworth, outre leur gestion de Future Holdings, ils projettent de créer une nouvelle société indépendante de gestion d’actifs, destinée à rivaliser directement avec Syz Capital. Cette nouvelle entité se concentrera sur des stratégies d’investissement alternatif, axées sur la préservation et la valorisation du capital.
Après les turbulences récentes des marchés, il reste incertain que les investisseurs acceptent pleinement des titres cotés issus du modèle des trésoreries bitcoin. Pour Marc Syz, cette initiative représente tout à la fois un pari sur le secteur des actifs numériques et une rupture définitive avec une dynastie suisse de banquiers privés centenaire.
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