
Analyse des résultats financiers d’ASML : un festin de commandes démesuré, un supercycle s’annonce
TechFlow SélectionTechFlow Sélection

Analyse des résultats financiers d’ASML : un festin de commandes démesuré, un supercycle s’annonce
La superposition de deux cycles pourrait prolonger le « supercycle » d’ASML jusqu’en 2030, voire au-delà. Le record de commandes trimestrielles de 13,2 milliards d’euros n’est que le début.
Rédaction : Niu Sike, TechFlow
13,2 milliards d’euros.
C’est le montant total des commandes reçues par ASML au quatrième trimestre 2025, soit plus du double des 6,3 milliards d’euros attendus par le marché — un record historique pour une seule période chez ASML.
Le 28 janvier, le géant néerlandais des machines à photolithographie a publié des résultats si impressionnants qu’ils ont fait bondir son cours en pré-marché de 5 %, secouant Wall Street.
Ce rapport financier constitue un véritable signal d’alerte : la vague d’IA commence enfin à se propager jusqu’en amont de la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs.
Une explosion soudaine des commandes
Au quatrième trimestre 2025, ASML a réalisé un chiffre d’affaires de 9,7 milliards d’euros et un bénéfice net de 2,8 milliards d’euros, avec une marge brute de 52,2 %. Ces chiffres restent dans les fourchettes prévues, voire légèrement en dessous de l’attente.
Mais ce sont les commandes qui ont véritablement déclenché l’engouement sur les marchés.
Sur les 13,2 milliards d’euros de commandes, 7,4 milliards proviennent de machines EUV (Extreme Ultraviolet). Chacune de ces machines coûte environ 200 millions d’euros et constitue la clé unique permettant à TSMC, Samsung et SK Hynix de produire des puces aux nœuds technologiques 3 nm, 2 nm, voire plus avancés.
Encore plus révélateur : la structure des commandes révèle un signal essentiel — les fabricants de mémoires sont entrés dans une phase de frénésie.
Les commandes pour circuits logiques s’élèvent à 5,8 milliards d’euros, en hausse de 3 milliards d’euros par rapport au trimestre précédent, conformément aux variations saisonnières habituelles.
En revanche, les commandes pour mémoires atteignent 7,4 milliards d’euros, soit une hausse spectaculaire de 4,9 milliards d’euros par rapport au trimestre précédent — bien au-delà des niveaux observés à la même période les années précédentes.
SK Hynix, Samsung et Micron, les trois géants mondiaux de la mémoire, passent des commandes massives hors saison. La course à la capacité de production de mémoires HBM (High Bandwidth Memory) est désormais à son paroxysme.
Le directeur financier de l’entreprise, Roger Dassen, l’a dit sans détour : « Nos clients affichent désormais une vision nettement plus optimiste des perspectives du marché à moyen terme, principalement parce qu’ils considèrent que la demande liée à l’IA sera durable. »
Cet optimisme s’est immédiatement traduit par des commandes concrètes. Le carnet de commandes en attente (backlog) d’ASML atteint désormais 38,8 milliards d’euros, dont 25,5 milliards correspondent à des équipements EUV. Autrement dit : les deux prochaines années de production sont déjà largement verrouillées.
Qui passe ces commandes effrénées ? La « revanche » coréenne
L’analyse de la répartition géographique des revenus révèle un détail intéressant.
Au quatrième trimestre 2025, la Chine continentale demeure la première source de revenus d’ASML, représentant 36 % du total, soit 3,5 milliards d’euros — un montant bien supérieur aux 2,5 milliards d’euros anticipés par l’entreprise, porté notamment par la forte demande persistante des fabricants chinois d’équipements ArFi (DUV immergés).
Mais c’est la Corée du Sud qui mérite une attention particulière : sa part de revenus a rebondi à 22 % au quatrième trimestre, soit environ 2,1 milliards d’euros.
Ce chiffre reflète l’expansion frénétique de SK Hynix et Samsung. SK Hynix a clairement annoncé son intention d’acquérir 12 machines EUV en 2026 afin de maximiser sa capacité de production de mémoires HBM3e, répondant à la demande pressante des GPU H100, H200 et B200 de NVIDIA.
Samsung, quant à elle, est encore plus pressée. Elle a été sévèrement distancée par SK Hynix sur le marché des mémoires HBM, avec des taux de rendement (yield) persistants très faibles. La vague actuelle d’IA représente pour elle une dernière fenêtre d’opportunité : s’il ne lance pas immédiatement une expansion massive, elle risque de sortir définitivement du jeu.
Un analyste de Barclays a explicitement indiqué que SK Hynix devrait acquérir 12 machines EUV en 2026 — un contrat colossal de 3,1 milliards d’euros (12 × 260 millions d’euros).
Plus important encore : ce pic de commandes des fabricants de mémoires ne fait que commencer.
Micron vient d’annoncer que ses investissements en capital atteindront plus de 20 milliards de dollars en 2026, soit une hausse de près de 40 % par rapport à 2025. TSMC a relevé son budget d’investissement à 52–56 milliards de dollars pour 2026, soit une augmentation supérieure à 10 milliards de dollars par rapport à son plan initial. Une grande partie de ces fonds finira inévitablement chez ASML.
2026 : d’une posture « prudente » à une stratégie « agressive »
Il y a quelques mois à peine, ASML évoquait encore la possibilité d’un chiffre d’affaires stable, voire en repli, en 2026.
Aujourd’hui, l’entreprise annonce une fourchette de 34 à 39 milliards d’euros, avec une médiane à 36,5 milliards d’euros — soit une croissance de 12 % par rapport aux 32,7 milliards d’euros réalisés en 2025.
Pourtant, cette prévision reste conservatrice.
Pourquoi ? Parce que, suite aux annonces de relèvement des budgets d’investissement de TSMC et de Micron, les principales institutions financières ont déjà relevé leurs estimations de croissance d’ASML pour 2026 à plus de 20 %.
La fourchette officielle d’ASML — « croissance de 4 à 19 % », avec une médiane à 12 % — apparaît donc inférieure aux attentes du marché, ce qui est inhabituel dans le secteur des équipementiers. En général, ces entreprises fixent volontiers des objectifs ambitieux mais accessibles, afin de pouvoir ensuite dépasser les attentes et faire exploser leur cours boursier.
Pourquoi ASML adopte-t-elle une telle prudence ? Deux raisons probables :
Premièrement, l’incertitude entourant le marché chinois. ASML anticipe une baisse de la part de ce marché à 20 % en 2026, contre près de 30 % entre 2024 et 2025. Ce seuil de 20 % correspond à environ 7,3 milliards d’euros sur un chiffre d’affaires total de 36,5 milliards d’euros — soit plus du double des 3,5 milliards d’euros générés par la Chine au seul quatrième trimestre 2025. Toutefois, compte tenu des restrictions à l’exportation et de la diminution progressive de la demande de stockage anticipé, il reste incertain que cet objectif soit atteint.
Deuxièmement, le rythme de déploiement commercial des machines High-NA EUV. ASML a livré deux équipements High-NA (modèle EXE:5200B) au quatrième trimestre 2025 et en a reconnu les revenus. Ces machines, dont le prix unitaire atteint 380 millions d’euros, pourraient facilement faire grimper le chiffre d’affaires en 2026 si plusieurs unités supplémentaires étaient vendues. Or, hormis Intel, les autres clients hésitent encore. TSMC estime en effet que ses machines Low-NA EUV combinées à des procédés multi-exposition suffisent pour couvrir les besoins jusqu’au nœud 1 nm inclus, et ne ressent donc pas l’urgence de basculer vers les High-NA.
ASML opte donc pour une fourchette prudente — un signe, dans le secteur des équipementiers, souvent interprété comme positif : cela signifie que l’entreprise a confiance dans sa capacité à dépasser les attentes, mais souhaite éviter de trop s’avancer publiquement.
Des évolutions subtiles dans la structure des produits
Une analyse approfondie des données produit révèle des éléments intéressants.
EUV : 14 machines livrées au Q4, avec un prix moyen unitaire de 260 millions d’euros, générant 3,64 milliards d’euros de revenus (+22 % en glissement annuel).
ArFi (DUV immergé) : 37 machines livrées au Q4, avec un prix moyen unitaire de 82 millions d’euros, générant 3,03 milliards d’euros de revenus (+4 % en glissement annuel).
Les revenus issus des machines EUV et ArFi représentent conjointement près de 88 % du chiffre d’affaires d’ASML — elles constituent donc ses véritables « vaches à lait ».
Mais un détail mérite attention : la croissance des revenus EUV repose principalement sur une hausse des prix moyens, et non sur une augmentation du volume des livraisons. Les 14 machines EUV livrées au Q4 ne constituent pas un chiffre exceptionnel, mais le prix moyen a augmenté, passant d’environ 240 à 260 millions d’euros.
Pourquoi cette hausse ? Parce que la composition des ventes évolue.
Le modèle NXE:3800E, machine Low-NA EUV actuellement dominante chez ASML, a atteint une cadence de production cible de 220 wafers/heure, pouvant même atteindre 230 wafers/heure dans certains scénarios clients. Il s’agit d’une machine parfaitement mature, véritable « machine à imprimer des billets ».
En revanche, le prix unitaire des machines High-NA EUV (série EXE) s’élève à 380 millions d’euros, soit presque le double de celui des machines Low-NA. La reconnaissance des revenus liés aux deux machines High-NA livrées au Q4 2025 a directement tiré vers le haut le prix moyen des équipements EUV.
Si le nombre de livraisons High-NA passe de 2 à 10 unités en 2026, la croissance du chiffre d’affaires d’ASML pourrait aisément dépasser 20 %.
Mais cela dépendra du moment où TSMC et Samsung passeront effectivement leurs commandes. À ce jour, Intel reste l’acheteur le plus déterminé : il a déjà accepté la première machine EXE:5200 destinée à une production à grande échelle, qui sera utilisée pour le nœud 14A.
TSMC observe la situation. Samsung hésite. Celui qui franchira le premier le pas vers les High-NA obtiendra un avantage décisif dans la course aux technologies inférieures à 2 nm. Pour autant, personne ne veut être le premier à prendre ce risque, car le processus d’amélioration des taux de rendement (yield ramp-up) des High-NA exige temps et investissements importants.
La logique fondamentale de l’IA : la puissance de calcul = argent, la mémoire = goulot d’étranglement
L’origine de cette explosion de commandes est simple : l’IA absorbe tout.
Mais, contrairement à il y a un an, la chaîne de transmission de la demande a changé.
Il y a un an, l’attention se concentrait sur « combien de GPU NVIDIA ont été vendus ? » ou « la capacité de production CoWoS de TSMC est-elle suffisante ? ». Aujourd’hui, le goulot d’étranglement s’est déplacé vers la mémoire.
Les grands modèles linguistiques (LLM) tels que ChatGPT, Gemini ou Claude exigent une puissance de calcul illimitée. Mais la simple disponibilité de cette puissance ne suffit pas : il faut également une mémoire suffisamment rapide pour alimenter ces « monstres » informatiques.
La mémoire HBM3e a été spécifiquement conçue pour l’IA. Sa bande passante est supérieure de plus de six fois à celle de la DDR5 classique, permettant ainsi aux GPU de fonctionner à plein régime lors de l’entraînement et de l’inférence, sans être ralentis par des limites d’entrée-sortie mémoire (IO).
Or, la capacité de production de mémoires HBM est extrêmement tendue.
SK Hynix domine le marché avec une part de 80 %. Le taux de rendement de Samsung reste faible, ce qui limite sa part de marché à environ 15 %. Micron, quant à lui, vient juste d’entrer sur ce segment, avec une production de masse prévue seulement en 2026.
NVIDIA, AMD, Google, Microsoft et Amazon se battent tous pour obtenir des mémoires HBM. Le déséquilibre offre-demande devrait perdurer au moins jusqu’en 2027.
Les fabricants de mémoires ne se contentent donc pas d’étendre leurs capacités — ils les étendent frénétiquement.
Micron prévoit des investissements en capital de 20 milliards de dollars en 2026, soit une hausse de près de 40 %. SK Hynix va acquérir 12 machines EUV. Samsung a même augmenté de plus de 50 % son budget d’investissement dédié aux mémoires.
Tous ces investissements se transformeront inévitablement en commandes pour ASML.
D’un point de vue sectoriel, les revenus d’ASML provenant actuellement de ses systèmes sont répartis à 70 % pour les circuits logiques et à 30 % pour les mémoires. Or, dans le carnet de commandes, la part des mémoires approche déjà les 60 %.
Cela signifie que, au cours des 12 à 18 prochains mois, les mémoires deviendront le principal moteur de croissance des revenus d’ASML.
Le marché chinois : de la « ruée aux achats » à la « normalisation »
Si une information semble moins positive, c’est bien l’évolution du marché chinois.
ASML anticipe une baisse de la part de ce marché à 20 % en 2026, contre près de 30 % entre 2024 et 2025, voire 36 % au seul quatrième trimestre 2025.
Pourquoi cette baisse ? Parce que les commandes chinoises de 2024–2025 étaient essentiellement motivées par une « ruée aux achats ».
Les restrictions américaines sur les exportations de puces vers la Chine se sont progressivement durcies, et certaines machines DUV haut de gamme d’ASML — notamment les équipements ArFi immergés — ne peuvent plus obtenir de licence d’exportation. Les fonderies chinoises savent pertinemment qu’il faut profiter de la fenêtre d’opportunité : tant qu’elles peuvent encore acheter, elles accumulent autant d’équipements que possible.
Mais ce phénomène de stockage anticipé ne peut pas durer indéfiniment.
En 2026, les équipements acquis par les fabricants chinois seront largement suffisants, et la demande nouvelle de matériel devrait naturellement diminuer. Une part de marché de 20 % reste toutefois significative — elle correspond à un volume annuel de 7 à 8 milliards d’euros.
Pour ASML, habituée à une contribution « excédentaire » du marché chinois, ce changement nécessite une adaptation.
Un autre défi réside dans la marge brute.
Le marché chinois achète principalement des équipements DUV immergés (ArFi), à forte marge brute — supérieure même à celle des machines EUV Low-NA. Une baisse de ces commandes exercera donc une pression sur la marge globale.
C’est pourquoi ASML a fixé sa fourchette de marge brute pour 2026 à 51–53 %, légèrement inférieure aux 52,8 % réalisés sur l’ensemble de l’année 2025.
Notons toutefois un détail : la marge brute du Q4 était de 52,2 %, tandis que la fourchette annuelle prévue pour 2026 est de 51–53 %. Cela implique que la marge brute devrait être inférieure à 52 % au premier semestre 2026, probablement en raison de la baisse des commandes chinoises à forte marge.
High-NA : un pari sur la prochaine décennie, ou une « option » coûteuse ?
Outre les machines EUV conventionnelles, ASML développe une innovation majeure : les machines High-NA EUV.
Il s’agit de la prochaine génération de lithographie, dont le prix unitaire atteint 380 millions d’euros. Au quatrième trimestre 2025, ASML a déjà livré deux machines High-NA et en a reconnu les revenus.
Pour l’instant, Intel est l’acheteur le plus déterminé : il a accepté la première machine EXE:5200 destinée à une production à grande échelle, qui sera utilisée pour le nœud 14A.
ASML exprime une grande confiance dans les performances de la technologie High-NA : « Les résultats en matière d’imagerie, de performance et de superposition (overlay) sont excellents. »
Toutefois, une adoption généralisée de cette technologie ne devrait intervenir qu’entre 2027 et 2028.
Pourquoi ? Parce que TSMC et Samsung continuent d’observer la situation.
La logique de TSMC est limpide : sa production en 2 nm est déjà lancée, grâce aux machines EUV Low-NA combinées à des procédés multi-exposition. Les taux de rendement sont satisfaisants, et les coûts maîtrisés. Le nœud 1,4 nm est également en développement, toujours avec les machines Low-NA. Seul le passage sous le nœud 1 nm exigera l’adoption des machines High-NA.
Autrement dit, TSMC estime que les machines EUV Low-NA resteront pertinentes pendant encore trois ans.
L’attitude de Samsung est plus nuancée. Elle a subi un revers majeur sur le nœud 3 nm, avec des difficultés persistantes dans la montée en rendement de l’architecture GAA, la laissant désormais deux générations derrière TSMC. Sa priorité absolue aujourd’hui est donc d’améliorer rapidement le rendement du 3 nm et de reconquérir ses clients perdus.
High-NA ? Qu’Intel teste d’abord la technologie.
Mais si la production à grande échelle du nœud 14A d’Intel avec les machines High-NA réussit — avec des rendements et des coûts compétitifs — TSMC et Samsung suivront immédiatement. À ce moment-là, les commandes High-NA afflueront comme une avalanche.
C’est précisément pourquoi ASML ose viser un chiffre d’affaires de 44 à 60 milliards d’euros d’ici 2030.
Car les machines High-NA ne représentent pas seulement une mise à niveau technique : elles permettent de doubler le prix unitaire, passant de 200 à 400 millions d’euros. À volume constant, le chiffre d’affaires doublerait automatiquement.
Suppression de 1 700 postes : rationalisation ou anxiété ?
Dans ce rapport brillant, ASML a toutefois glissé une mauvaise nouvelle : la suppression de 1 700 emplois, principalement aux Pays-Bas et partiellement aux États-Unis.
La justification donnée est la suivante : « Certaines pratiques de travail de l’entreprise sont devenues moins agiles. »
Cette formulation est subtile. ASML ne manque ni d’argent ni de commandes : elle estime simplement que son organisation est devenue trop lourde.
Les suppressions touchent principalement les départements techniques et informatiques, dans le but de « renforcer l’ingénierie et l’innovation dans les domaines critiques ».
En clair : l’entreprise coupe les activités périphériques pour concentrer ses ressources sur la R&D des technologies clés.
Il s’agit en réalité d’un signal positif : ASML se prépare à une croissance à grande échelle, et a besoin d’une structure organisationnelle plus souple et plus efficace.
Mais une autre interprétation est possible : ASML pourrait craindre les retards potentiels dans le développement des machines High-NA EUV ou les difficultés de montée en rendement. Supprimer 1 700 postes permettrait de dégager des fonds pour les consacrer aux défis technologiques les plus critiques.
Après tout, Intel a déjà reçu la première machine High-NA. Si son nœud 14A entre effectivement en production à grande échelle, TSMC et Samsung suivront immédiatement. ASML devra alors disposer d’une capacité de production et d’un soutien technique suffisants pour répondre à ce raz-de-marée de commandes.
Rachat d’actions de 12 milliards d’euros : signe de confiance, ou mesure de « stabilisation » ?
ASML a annoncé un nouveau programme de rachat d’actions d’un montant de 12 milliards d’euros, à réaliser d’ici la fin 2028.
Le précédent programme (2022–2025) avait également prévu un montant de 12 milliards d’euros, mais n’a finalement permis de racheter que 7,6 milliards d’euros d’actions.
Pourquoi ce programme n’a-t-il pas été pleinement exécuté ? Parce que le cours de l’action a grimpé trop vite, rendant le rachat trop coûteux — l’entreprise jugeait alors l’opération peu rentable.
L’annonce d’un nouveau programme de rachat envoie deux signaux clairs :
Premièrement, l’entreprise fait preuve d’une grande confiance dans ses flux de trésorerie futurs. 12 milliards d’euros représentent une somme considérable : le fait qu’ASML s’engage à les utiliser pour racheter ses propres actions témoigne de sa conviction que sa rentabilité continuera de s’améliorer entre 2026 et 2028.
Deuxièmement, le cours actuel de l’action est jugé attractif. Si ASML estimait que son action était surévaluée, elle ne se précipiterait pas pour racheter. Lancer un programme de rachat signifie que la direction considère que l’évaluation actuelle est raisonnable, voire sous-évaluée.
Le dividende a également été augmenté de 17 %, passant à 7,5 euros par action — une pratique traditionnelle d’ASML : quand elle génère des profits, elle les redistribue à ses actionnaires.
Une entreprise qui définit une ère
Le rapport financier d’ASML n’est jamais seulement l’expression des résultats d’une société.
C’est un baromètre de toute la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs, un thermomètre mesurant la propagation réelle de la vague d’IA jusqu’à la fabrication, et un indicateur de la capacité de TSMC, Samsung et NVIDIA à poursuivre leur course folle.
En 2025, ASML a réalisé un chiffre d’affaires de 32,7 milliards d’euros et un bénéfice net de 9,6 milliards d’euros, en hausse de 16 % par rapport à 2024. Sa marge brute s’élève à 52,8 %, sa marge nette à 29,4 %.
Pour 2026, l’entreprise anticipe une croissance de 12 % (estimation prudente), tandis que le marché table sur une croissance supérieure à 20 % (estimation ambitieuse).
D’ici 2030, ASML vise un chiffre d’affaires compris entre 44 et 60 milliards d’euros, avec une marge brute ciblée entre 56 et 60 %.
Il ne s’agit pas d’une entreprise conservatrice. C’est une entreprise convaincue que l’IA redéfinira radicalement la carte du secteur des semi-conducteurs — et qui entend capturer la plus grande part possible de cette révolution.
Son capitalisation boursière actuelle s’élève à 563,5 milliards de dollars, avec un ratio Cours/Bénéfice (P/E) attendu de 39 pour 2026 — au centre de la fourchette historique de 30 à 45.
Pourtant, cette valorisation pourrait sous-estimer la valeur réelle d’ASML.
Pourquoi ? Parce que deux cycles sont en train de se superposer :
Cycle court terme (2026–2027) : l’explosion de la demande liée à l’IA et aux mémoires pousse TSMC, SK Hynix, Samsung et Micron à étendre leurs capacités à un rythme frénétique — le carnet de commandes d’ASML déborde, et sa croissance des revenus est élevée.
Cycle moyen-long terme (2027–2030) : les machines High-NA EUV commencent à être livrées à grande échelle, faisant passer le prix unitaire de 200 à 400 millions d’euros, et propulsant le chiffre d’affaires vers de nouveaux sommets.
La superposition de ces deux cycles pourrait prolonger le « super-cycle » d’ASML jusqu’en 2030, voire au-delà.
Le record de 13,2 milliards d’euros de commandes en un seul trimestre n’est que le début.
Le festin ne fait que commencer.
Bienvenue dans la communauté officielle TechFlow
Groupe Telegram :https://t.me/TechFlowDaily
Compte Twitter officiel :https://x.com/TechFlowPost
Compte Twitter anglais :https://x.com/BlockFlow_News









