
Pourquoi la tokenisation des actions pourrait-elle être une fausse problématique ?
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Pourquoi la tokenisation des actions pourrait-elle être une fausse problématique ?
La tokenisation des actions pourrait être une fausse problématique, la véritable question étant la blockchainisation du système des bourses.
Rédaction : Liu Honglin
Le terme « tokenisation d'actions » apparaît de plus en plus souvent dans les actualités financières. Que ce soit des initiatives comme Robinhood ou xStocks, ou encore l'étude par le Nasdaq de la faisabilité de la tokenisation des actions, une vague visant à transformer les actions en jetons semble s'amorcer.
Beaucoup y voient une percée révolutionnaire pour le marché boursier, certains allant jusqu'à affirmer que c'est la meilleure porte d'entrée pour combiner blockchain et finance traditionnelle.
Mais selon moi, la tokenisation des actions ressemble davantage à un produit transitoire qu'à une forme finale. Son engouement provient davantage de l'arbitrage réglementaire et de l'imagination du marché que d'une véritable logique commerciale. Pour résumer en une phrase : la tokenisation des actions pourrait être une fausse piste ; la vraie question est celle de la migration des systèmes boursiers vers la blockchain.
L'essence et la valeur transitoire de la tokenisation
Pour comprendre la tokenisation des actions, il faut revenir à l'essence même du token. Un token est un justificatif qui indique « ce que je possède » et « quels droits j'ai ». Il peut représenter une monnaie, des points, un billet, ou encore une action.
Mais lorsqu'une action est « tokenisée », ses attributs juridiques et les droits des actionnaires ne changent pas fondamentalement parce qu'elle est placée sur une chaîne. Les actions tokenisées restent soumises au droit des sociétés, au droit des valeurs mobilières et aux règles des bourses. Elles n'ont ni plus de droits ni moins d'obligations que les actions traditionnelles. Autrement dit, la tokenisation des actions consiste essentiellement à transférer un justificatif d'un système A vers un système B.
La question se pose alors : si la tokenisation ne modifie ni les droits ni les obligations liés à l'action, et ne résout pas les problèmes fondamentaux, pourquoi tant d'entreprises et de plateformes s'y lancent-elles ?
La réponse réside dans l'écart entre la réalité et l'idéal.
L'idée idéale d'une « bourse migrée sur blockchain » prendra encore du temps, mais la demande du marché et les opportunités d'arbitrage n'attendent pas. Ainsi, avant que les réglementations soient entièrement mises à jour, les actions tokenisées deviennent une solution « palliative ». Elles n'existent pas parce qu'elles ont transformé la nature de l'action, mais parce qu'elles comblent un vide entre l'ancien système et la nouvelle technologie.
Ce modèle tire son attrait principalement de trois aspects :
1. Abaissement des barrières d'entrée : les investisseurs n'ont plus besoin d'ouvrir un compte à l'international ; un simple portefeuille suffit pour accéder aux actions américaines ou autres titres ;
2. Amélioration de la liquidité : les actions tokenisées peuvent être échangées 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, contournant ainsi les limites horaires des marchés traditionnels ;
3. Création de possibilités d'arbitrage : des écarts de prix peuvent apparaître entre différents marchés, attirant ainsi des flux de capitaux transfrontaliers.
Cependant, ces avantages, bien qu'apparemment novateurs, sont en réalité transitoires. Ils ne tiennent que parce qu'il existe actuellement des failles institutionnelles entre les marchés boursiers et les marchés cryptographiques : contrôles géographiques, seuils d'accès, processus de règlement non harmonisés. Ce sont précisément ces déséquilibres que les actions tokenisées exploitent pour trouver leur place.
Pour mieux illustrer cela, on peut les comparer aux comptes intermédiaires offshore utilisés autrefois : les investisseurs chinois souhaitaient acheter des actions américaines mais n'avaient aucun canal officiel, ils passaient donc par des intermédiaires. Dès lors que les canaux transfrontaliers légaux ont été ouverts, ces modèles ont disparu. La destinée des actions tokenisées sera similaire.
Plus important encore, les actions tokenisées ne résolvent pas les problèmes fondamentaux des marchés de capitaux. Qu'il s'agisse de l'efficacité des règlements, du manque de transparence ou de l'absence d'harmonisation des normes réglementaires mondiales, elles ne proposent aucune solution structurelle. Ce sont des produits nés des fissures, dont la légitimité découle davantage du décalage entre les anciens systèmes et les nouvelles demandes que d'une vision d'avenir.
Le scénario futur : la migration des bourses sur blockchain
Imaginons le paysage des dix prochaines années : la Bourse de New York, le Nasdaq, la Bourse de Hong Kong, voire celle de Shanghai (ce serait vraiment audacieux), migrent progressivement vers une architecture blockchain. À ce moment-là, chaque action, dès sa création, est un token sur la chaîne. Son inscription, son transfert, ses dividendes, ses augmentations de capital, ses votes, tout s'effectue via des contrats intelligents. L'action est naturellement un token, et le concept même de « tokenisation » disparaît.
Que signifierait un tel changement ? Actuellement, l'émission, l'enregistrement, le règlement et la compensation des actions reposent sur plusieurs intermédiaires : sociétés de règlement, banques dépositaires, chambres de compensation, bourses… Des processus imbriqués qui prennent généralement deux jours (T+2). Dans un système blockchain, l'inscription équivaut au règlement, la transaction équivaut à la compensation. La propriété et les transactions sont mises à jour en temps réel sur la blockchain, réduisant drastiquement les coûts intermédiaires. Pour les investisseurs, il ne s'agit pas seulement d'une amélioration d'efficacité, mais d'une véritable révolution en matière de transparence et de sécurité financière.
Lorsque les bourses auront achevé cette transformation, la frontière entre les sociétés de courtage traditionnelles et les bourses cryptographiques s'estompera progressivement : vous pourrez acheter directement du bitcoin depuis votre compte de courtage, ou acquérir sans obstacle des actions Apple ou Tesla sur une bourse crypto. Leurs infrastructures de base convergeront, brisant définitivement la frontière entre marchés traditionnels et marchés émergents. Plus encore, la conception même des produits financiers changera. Par exemple, les actions sur chaîne pourront être combinées avec des stablecoins ou des RWA (actifs du monde réel) pour générer automatiquement des produits structurés, permettant même des règlements en quelques secondes ou des garanties directement sur la chaîne.
Pour comprendre cette évolution, on peut s'appuyer sur l'évolution des supports musicaux ces 30 dernières années. Au départ, il y avait la cassette, puis le baladeur, ensuite le MP3, le MP4… Chaque génération a eu son heure de gloire, mais le véritable vainqueur a été le smartphone, qui a intégré toutes les fonctions, rendant obsolètes les produits précédents. La situation actuelle des actions tokenisées ressemble à celle du baladeur : elle semble moderne, mais reste une forme transitoire. Le véritable bouleversement viendra du « moment smartphone », c’est-à-dire la refonte complète de l’écosystème – la transformation des bourses en blockchain.
Cette transformation constitue aussi, dans une certaine mesure, une compétition mondiale entre marchés de capitaux.
L'avantage des États-Unis réside dans la maturité de leur système boursier et leur liquidité inégalée. S'ils sont les premiers à réaliser cette transition, ils pourront étendre leur hégémonie financière en dollar jusqu’au niveau de la blockchain, transformant le « règlement en dollars » en « règlement en chaîne en dollars ». Imaginez que les transactions et dividendes en chaîne d'Apple ou de Tesla soient tous réglés en stablecoins libellés en dollars : l'hégémonie du dollar ne se limiterait plus à la monnaie, mais deviendrait le protocole fondamental de tout le marché mondial des capitaux.
L'expérience de Hong Kong peut être vue comme une avancée expérimentale du marché chinois vers la blockchain. Profitant de son avantage réglementaire de « tester en premier », elle attire entrepreneurs et capitaux mondiaux du Web3. En particulier après la mise en œuvre d’un échange conforme et de tests législatifs sur les stablecoins, Hong Kong construit un modèle hybride « Est-Ouest » de marché financier. Si elle parvient à tracer la voie de la migration sur chaîne, elle pourrait devenir une nouvelle porte d’entrée pour les capitaux internationaux — reliant non seulement Wall Street et les fonds de la Silicon Valley, mais offrant aussi aux investisseurs et entreprises chinois un nouveau canal d’internationalisation.
Conclusion
L'engouement autour des actions tokenisées est fondamentalement un produit transitoire né des failles réglementaires. Il offre aux investisseurs des commodités à court terme et des opportunités d'arbitrage, mais ne change pas la nature profonde des actions. La véritable révolution, c’est la migration des bourses sur blockchain.
Il s'agit d'une mise à niveau à la fois technologique et institutionnelle, ainsi que d'une nouvelle compétition stratégique entre marchés financiers mondiaux.
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