
Le pari entre le PDG de Polygon et les gardiens d'AAVE : la conception à deux jetons de Polygon est-elle une bénédiction ou un fléau ?
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Le pari entre le PDG de Polygon et les gardiens d'AAVE : la conception à deux jetons de Polygon est-elle une bénédiction ou un fléau ?
Le contributeur d'Aave, Marc Zeller, et le PDG de Polygon Labs, Marc Boiron, ont conclu un pari de 50 000 dollars sur le modèle « à double jeton » de Polygon, misant sur le fait que la capitalisation boursière combinée du POL et du nouveau jeton KAT dépassera ou non son niveau actuel d'ici la fin 2025.
Rédaction : Luke, Mars Finance
« L'argent est arrivé. »
Avec cette capture d'écran de transaction Etherscan publiée par Marc Zeller sur la plateforme X, une querelle d'opinions concernant l'avenir de l'écosystème Polygon s'est officiellement transformée en un pari public de 50 000 dollars, étayé par un contrat intelligent et garanti par des personnalités influentes du secteur. Ce montant n'est pas une plaisanterie, mais bien verrouillé dans une adresse de dépôt gérée par Cobie, un célèbre influenceur crypto.

Le 24 juin 2025, ce pari a été officiellement conclu entre deux figures majeures du monde crypto : Marc Zeller, contributeur clé de l'écosystème Aave, et Marc Boiron, PDG de Polygon Labs.
Leur duel met sous les projecteurs une question fondamentale pour l'industrie : lorsqu'un écosystème blockchain leader introduit un second jeton, crée-t-il réellement de la nouvelle valeur, ou se contente-t-il de ronger et diluer la valeur existante ?
Les termes du pari ont été clarifiés au fil de leurs échanges acerbes, précis et stricts :
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Enjeu : 50 000 dollars en stablecoins.
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Dépositaire (Escrow) : l'influenceur crypto renommé Cobie (@cobie).
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Source de vérité (Source of Truth) : CoinGecko.
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Date de règlement (Settlement Time) : 20h le 24 décembre 2025 (heure UTC).
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Condition de victoire : à cette date, la capitalisation boursière combinée de POL et du nouveau jeton KAT devra être supérieure à celle de POL seul au moment de l'annonce du projet Katana (2,387 milliards de dollars). Si oui, Boiron gagne ; sinon, Zeller gagne.
Derrière ce pari s'affrontent deux visions radicalement opposées du monde crypto.
D’un côté, Marc Zeller, le « gardien » de l’écosystème Aave. Fondateur de l’Aave Chan Initiative (ACI), il incarne l’un des acteurs les plus résolument « averse au risque » du monde DeFi. Il considère que le modèle « double jeton » de Polygon ne fera qu’éroder la valeur, aboutissant à un jeu perdant où « 1+1 < 1 ».
De l’autre côté, Marc Boiron, le « bâtisseur d’empire » de Polygon Labs. Ce PDG ambitieux entend unifier le monde fragmenté des blockchains via la stratégie de couche agrégatrice (AggLayer) de Polygon 2.0. Il rétorque avec force que grâce à une conception habilement coordonnée, son modèle brisera ce « sortilège », permettant une explosion de valeur où « 1+1 > 2 ».
Ce n’est pas simplement une affaire de fierté ou d’argent, mais une expérience publique destinée à tester deux philosophies diamétralement opposées du développement industriel.
La mèche : une guerre idéologique aux ressentiments anciens
Cette confrontation n’est pas le fruit d’une impulsion passagère, mais l’éruption volcanique d’un conflit idéologique latent entre les deux protagonistes et leurs protocoles respectifs.
Leurs divergences se sont cristallisées pour la première fois publiquement en décembre 2023. À ce moment-là, la communauté Polygon proposait une initiative controversée : réactiver les actifs « endormis » sur son pont PoS inter-chaînes afin d’augmenter les revenus du trésor via le yield farming. Pour Boiron et la communauté Polygon, c’était une décision judicieuse pour dynamiser les actifs. Mais pour Zeller, cela équivalait à jouer avec le feu près du coffre-fort d’Aave. Des milliards de dollars d’actifs d’Aave étaient détenus sur la chaîne Polygon, et les ponts inter-chaînes constituent l’un des maillons les plus vulnérables du monde DeFi. Zeller a rapidement lancé une contre-offensive dans la communauté Aave, proposant d’augmenter fortement le coût d’emprunt des actifs concernés sur Polygon, punissant économiquement ce qu’il jugeait comme un comportement imprudent, affirmant fermement qu’« Aave ne doit pas payer pour les expériences à risque de Polygon ».
Ce conflit a mis en lumière un fossé philosophique clair : Zeller, représentant Aave, place la gestion des risques avant tout, tel un banquier prudent et méthodique ; tandis que Boiron, incarnant Polygon, fait de la croissance écosystémique sa priorité absolue, tel un bâtisseur d’empire audacieux et peu soucieux du risque.
Cette querelle ancienne a atteint un nouveau point d’ébullition le 28 mai 2025, lorsque Polygon a officiellement annoncé que Katana Network, l’un de ses projets phares, allait lancer son propre jeton, KAT. Zeller a alors ressorti sa théorie emblématique du « sortilège du double jeton ». Dans leur discussion finale menant au pari, il a même ironisé vertement : « Tout a commencé il y a six mois avec votre Pre-PIP (version préliminaire de la proposition d’amélioration de Polygon). Depuis, le prix de POL n’a fait que baisser. C’est le résultat direct de vos propres décisions. »
Cette accusation chargée de fiel révèle la profondeur des ressentiments entre eux, ajoutant une dimension personnelle à un débat qui dépassait déjà la simple divergence d’idées.
La malédiction de Zeller : les fantômes du passé et le « sortilège du double jeton »
La thèse pessimiste de Marc Zeller n’est pas infondée. Elle s’enracine profondément dans les leçons sanglantes de l’histoire crypto. Son « sortilège », que nous pouvons appeler « sortilège du double jeton », stipule qu’introduire un second jeton ne crée pas de valeur additionnelle, mais au contraire, disperse l’attention de la communauté, brouille la proposition de valeur et augmente la complexité du système, entraînant ainsi la destruction de la valeur existante. Deux cas célèbres hantent encore le monde crypto, apportant un soutien puissant à son argumentaire.
Le premier, et le plus tragique, est la spirale mortelle de Terra/LUNA. En mai 2022, cet écosystème d’une capitalisation atteignant 40 milliards de dollars s’est effondré en une semaine. Le cœur du problème était un modèle à double jeton : l’UST, stablecoin algorithmique, et LUNA, jeton de gouvernance. L’UST maintenait son ancrage au dollar via un mécanisme d’arbitrage sophistiqué, qui, sous pression extrême, s’est transformé en une machine à imprimer incontrôlable. Quand l’UST a perdu son ancrage suite à des ventes massives, le mécanisme exigeait une émission massive de LUNA pour absorber la pression vendeuse, provoquant l’effondrement du prix de LUNA, ce qui alimentait à son tour la méfiance envers l’UST, créant une « spirale de la mort » inéluctable. Ce cas illustre de manière extrême que les risques d’un système à double jeton imparfait ne sont pas linéaires, mais exponentiels, pouvant mener à une annihilation totale de valeur : « 1+1 < 0 ».
Le deuxième exemple est la « guerre civile » entre Steem et Hive. Contrairement à l’implosion de Terra, il s’agit ici d’une histoire de division. En 2020, mécontents de l’acquisition de Steem par Justin Sun, fondateur de Tron, les membres clés de la communauté ont choisi de faire une hard fork pour créer une nouvelle blockchain, Hive. Cette scission équivalait à une partition de la communauté et des actifs. L’effet réseau fut divisé, la liquidité diluée, et les forces de développement dispersées. Bien que ce ne soit pas un effondrement total comme Terra, la communauté unifiée fut déchirée, et la valeur initiale répartie entre deux jetons concurrents, illustrant parfaitement l’effet de « dilution de la valeur » évoqué par Zeller.
Ces deux cas, l’un lié à un effondrement systémique, l’autre à une fragmentation communautaire, convergent vers la même conclusion : les modèles à double jeton sont très susceptibles de nuire plus qu’ils n’aident. Cependant, la réponse de Boiron et de Polygon repose justement sur cette distinction : la naissance de Katana n’est ni destinée à maintenir un algorithme fragile, ni le produit d’une division communautaire. Elle fait partie intégrante d’un plan stratégique vaste, conçu intentionnellement avec des niveaux hiérarchiques et des effets synergiques clairs. Appliquer aveuglément les échecs passés à Polygon serait donc une erreur. Ce pari teste en réalité un troisième modèle de multi-jeton, entièrement nouveau et jamais prouvé.
Le plan de Boiron : briser le sortilège par l’« agrégation »
Faisant face à la vision pessimiste de Zeller, Marc Boiron répond par un futur ambitieux, vaste et minutieux : Polygon 2.0. Ce système vise précisément à résoudre tous les problèmes soulevés par Zeller.
Premièrement, Polygon a mis à niveau son jeton principal de MATIC à POL, lui attribuant une toute nouvelle fonction de « jeton super-productif ». Il ne s’agit pas seulement d’un changement de nom. Les jetons PoS traditionnels, comme MATIC, ne peuvent être mis en staking que sur une seule chaîne pour percevoir ses revenus. POL, quant à lui, permet à ses détenteurs de sécuriser et valider des services pour des centaines de chaînes au sein de l’écosystème Polygon, tout en jouant des rôles variés comme le tri des transactions ou la génération de preuves zéro-connaissance. La valeur de POL n’est donc plus liée au sort d’une seule chaîne, mais directement à la prospérité de tout l’« internet de la valeur » de Polygon. Il capte ainsi de la valeur de manière continue depuis toutes les activités économiques des chaînes de l’écosystème.
Deuxièmement, le « nerf central » de ce plan : la couche d’agrégation (AggLayer). Si les anciens ponts inter-chaînes ressemblaient à des routes de campagne cahoteuses et dangereuses reliant deux pays indépendants, AggLayer est plutôt comparable à un terminal central d’un aéroport international géant. Il unifie la liquidité et l’état de toutes les couches 2 connectées, permettant des transactions inter-chaînes quasi instantanées, atomiques et sans confiance. Cela résout fondamentalement le problème de sécurité inter-chaînes qui inquiétait tant Zeller, et pose les bases d’une expérience utilisateur unifiée et fluide.
Enfin, arrive l’autre protagoniste du pari : Katana. Dans la grande narration de Polygon, Katana n’est pas un « second fils » rivalisant pour les ressources avec POL, mais un « soldat d’élite stratégique ». Sa mission unique est de démontrer au monde la puissance de l’AggLayer. Son design est révolutionnaire : sur cette chaîne, un seul protocole de tête par catégorie DeFi peut exister (comme Sushi pour les DEX), concentrant ainsi fortement la liquidité et évitant la fragmentation courante sur les chaînes généralistes. En outre, des incitations par jetons et des rendements réels seront utilisés pour injecter une forte motivation économique à ces partenariats exclusifs.
Ce design révèle une intention stratégique profonde : Katana joue le rôle d’un « appartement témoin ». Sa principale valeur ne réside pas dans sa capitalisation boursière potentielle, mais dans sa capacité à prouver que l’AggLayer est un paradigme technique viable capable d’attirer une masse énorme de liquidité et de projets de premier plan. Si Katana réussit brillamment, il deviendra la meilleure vitrine de l’AggLayer, attirant des dizaines de projets vers l’écosystème de Polygon. Cet effet réseau puissant stimulerait théoriquement fortement la demande pour le jeton POL. L’histoire que veut raconter Polygon n’est donc pas celle crainte par Zeller, « A+B < A », mais bien un mythe de croissance exponentielle « (A+B) → A++ ».
Les précédents historiques : Polygon peut-il guérir la « maladie de capture de valeur » de Cosmos ?
La théorie est séduisante, mais la réalité est rude. Pour savoir si le grand plan de Polygon peut réussir, un écosystème offre le cadre de référence le plus important, et le plus cruel : Cosmos.
Cosmos est l’« mentor spirituel » de la vision d’agrégation de Polygon. Il a été le premier à imaginer un réseau composé de nombreuses « chaînes applicatives » souveraines et interconnectées. Pourtant, malgré la naissance de projets stars comme dYdX ou Celestia, possédant leurs propres jetons importants, la valeur générée par ces succès peine à remonter efficacement vers le jeton central de l’écosystème, ATOM. On appelle cela le « problème de capture de valeur » de Cosmos. Un rapport de Coinbase soulignait justement que la prospérité de l’écosystème Cosmos a rarement profité aux détenteurs d’ATOM.
C’est précisément là que réside l’ingéniosité du design de Polygon, et la clé de sa capacité à briser le « sortilège du double jeton ». La stratégie de Polygon n’est pas une copie aveugle du modèle Cosmos, mais une correction soigneusement pensée de la « maladie de capture de valeur de Cosmos ».
Le « remède » principal consiste en un mécanisme obligatoire et institutionnalisé de partage de la valeur. L’élément le plus direct est que Katana distribuera 15 % de l’offre totale de son jeton KAT directement aux détenteurs de POL en staking. Cette mesure établit dès le départ un lien économique solide et formel entre le nouveau projet et le jeton central. Dans l’écosystème Cosmos, les chaînes applicatives peuvent se développer librement sans « payer d’impôt » aux détenteurs d’ATOM ; dans l’écosystème agrégateur de Polygon, cette « taxe » est institutionnalisée via les airdrops.
Cela crée un puissant effet « pelle en or » : détenir et mettre en staking POL équivaut à posséder l’outil pour extraire la valeur future de tous les nouveaux projets de l’écosystème. Cela génère une demande directe et continue pour POL, car les investisseurs rationnels anticiperont que tous les futurs projets issus du « programme de percée de la couche d’agrégation » suivront la même règle.
Par conséquent, le véritable enjeu de ce pari n’est plus « Polygon va-t-il répéter les erreurs du passé », mais « Polygon a-t-il réussi à concevoir un système capable de résoudre le problème de capture de valeur de Cosmos ? ».
Prévision finale : qui aura le dernier mot ?
Toutes les cartes sont désormais sur la table. Il est temps de faire une prédiction finale sur cette confrontation de fin d’année.
Les arguments en faveur de Marc Zeller sont solides : le poids de l’histoire. Les marchés sont souvent courts-termistes et hostiles à la complexité. En seulement six mois, les investisseurs pourraient pénaliser davantage la complexité du nouveau modèle plutôt que de valoriser sa vision à long terme. Les fantômes de Terra et de Cosmos planent encore dans l’esprit des investisseurs, et la moindre alerte pourrait raviver des associations pessimistes.
Les arguments en faveur de Marc Boiron reposent sur l’ingéniosité du design et la grandeur de la narration. Toute la stratégie de Polygon semble avoir été conçue pour réfuter chaque point de Zeller. Le mécanisme d’airdrop obligatoire pourrait déclencher à court terme une forte émotion FOMO sur le marché, entraînant une hausse puissante portée par la narration.
Cependant, la variable clé qui décidera du pari est cette fenêtre temporelle, à la fois large et terriblement serrée : six mois. Pour un projet visant à remodeler l’infrastructure fondamentale des blockchains, six mois ne sont qu’un clin d’œil. La véritable valeur et les effets de réseau de l’AggLayer ne pourront presque certainement pas se concrétiser d’ici la fin 2025.
Par conséquent, le résultat du pari dépend moins de la réalisation complète des fondamentaux que d’une course entre l’humeur du marché à court terme et la puissance de la narration.
Ma prédiction finale est que Marc Zeller a légèrement plus de chances de remporter ce pari.
L’inertie de l’histoire est forte. Pour convaincre le marché en seulement six mois d’abandonner complètement sa vision pessimiste du « modèle à double jeton » et d’adhérer pleinement à la proposition complexe et novatrice de Polygon, il faudrait que Katana connaisse un succès immédiat et incontestable. Cela exigerait non seulement une perfection technique, mais aussi une mobilisation commerciale et communautaire maximale. Dans un contexte où les conditions macroéconomiques et la liquidité du marché pourraient se resserrer d’ici la fin de l’année, cette tâche s’annonce ardue. Le scénario le plus probable est que Katana sera lancé avec succès, la capitalisation combinée de POL et KAT connaîtra un pic initial puis retombera, et peinera à dépasser durablement la barre des 2,387 milliards de dollars au moment précis du 24 décembre.
Mais cela ne signifie pas l’échec de Polygon. Bien au contraire, ce ne serait qu’un décalage temporel. Boiron et Polygon parient sur la configuration du secteur pour les années à venir, tandis que Zeller ne parie que sur l’humeur du marché des six prochains mois.
Quel que soit celui qui trinquera au champagne, ce pari restera comme une note particulièrement intéressante dans l’histoire du Web3. Il nous oblige à réfléchir à des questions fondamentales : comment un écosystème doit-il s’étendre ? Comment la valeur doit-elle être capturée ? La véritable victoire ne se jouera peut-être qu’en 2026 ou 2027, lorsque l’AggLayer portera réellement tous ses fruits. Et à ce moment-là, le vainqueur sera tout le secteur crypto.
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