
De chef d'usine d'État à perte de 3 millions, les investisseurs en cryptomonnaies désoeuvrés dans l'objectif de Feng Ge
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De chef d'usine d'État à perte de 3 millions, les investisseurs en cryptomonnaies désoeuvrés dans l'objectif de Feng Ge
Être dévoré par la cupidité et les rêves illusoires n'est souvent pas une question de tout miser d'un coup, mais un processus progressif.
Sur les réseaux sociaux dédiés aux cryptomonnaies, vous croisez souvent ces gourous qui affichent fièrement des actifs à huit chiffres ou vantent un gain colossal réalisé en une seule transaction.
Qu'il s'agisse d'une image embellie ou d'une véritable réussite, obtenir de tels résultats dans le monde des cryptos n'est en réalité pas accessible à tout le monde.
Récemment, l'animateur bien connu de la plateforme Bilibili, « Fengge Wangling Tianya » (Fengge), a filmé l’histoire bouleversante d’un ancien directeur adjoint d’une entreprise publique à Handan, dans la province du Hebei, tombé à 3 millions de yuans de dettes après avoir perdu gros en spéculant sur les cryptomonnaies.
Au moment de la publication, la vidéo avait déjà été visionnée plus de 750 000 fois, suscitant de nombreuses discussions sur les réseaux sociaux.
Derrière l’apparence séduisante du rêve d’enrichissement rapide se cache une histoire bien réelle, celle d’un investisseur ordinaire pris au piège par un déficit d’information et rattrapé par sa propre avidité.
De directeur d’usine à chauffeur de VTC endetté
L’interview original ne mentionnant pas le nom du protagoniste, nous utiliserons ici le pseudonyme « Frère Rebirth », en référence à son identifiant Bilibili « Zhe Li Chongsheng ». Autrefois, la vie de Frère Rebirth était enviée. Comme il le raconte lui-même devant la caméra, il était directeur adjoint d’une usine de lavage du charbon relevant d’une entreprise d’État à Handan, dans le Hebei. Il percevait un salaire net de 9 000 yuans par mois, vivait dans une maison sans crédit, conduisait une Audi, gérait une équipe de 20 à 30 personnes, et jouissait du respect dû à son statut de cadre subalterne. En 2018, il épousa sa femme, avec qui il eut une fille aujourd’hui âgée de cinq ans. Sa famille était alors heureuse et harmonieuse. « Nous étions ce qu’on appelle une famille aisée… ni trop haut, ni trop bas », se souvient-il avec une pointe de nostalgie dans la voix. À cette époque, il emmenait sa fille en voyage à Shandong, à Zhengzhou, appliquant le principe de « bien élever sa fille ». Les pensions de retraite de ses parents assuraient une stabilité financière totale. Tout semblait solide, indestructible. Impossible d’y détecter la moindre fissure. Aujourd’hui, tout s’est effondré. Dès le début de la vidéo, Frère Rebirth montre les interfaces de plusieurs applications de prêt sur son téléphone, ainsi que son niveau d’endettement : seul l’un de ces prêts représente plus de 100 000 yuans, et ses pertes cumulées en cryptomonnaies atteignent 3 millions de yuans. Il lutte désormais chaque jour pour rembourser des dettes colossales. Il conduit désormais un VTC pendant 13 à 14 heures par jour, générant environ 300 yuans de revenus. Après déduction du loyer de la voiture et des frais de subsistance, il lui reste à peine 100 yuans. Il vit dans une chambre individuelle louée 600 yuans par mois, dont la salle de bain privative constitue son dernier vestige de dignité.
Les dettes de plusieurs centaines de milliers de yuans pèsent comme un fardeau permanent, avec des intérêts annuels s’élevant à 200 000-300 000 yuans. La majorité de ses crédits sont en situation de défaut, et les appels de rappel incessants.
Quant à la raison pour laquelle il a accepté l’interview de Fengge, sachant qu’elle serait rendue publique, voici ce qu’il explique :
« J’avais initialement refusé votre interview, principalement par crainte que cela nuise à mon travail. Mais maintenant que je n’ai plus l’intention d’y retourner – de toute façon, je ne peux plus revenir en arrière – je n’ai plus aucune inquiétude. Je peux simplement m’en sortir seul, travailler dur et rembourser mes dettes. »
Face à ce courage de s’exposer publiquement et d’affronter la réalité, contraste cruellement l’effondrement familial :
Il y a deux mois, sa femme a demandé le divorce à cause de la crise d’endettement, emmenant leur fille avec elle. Ses parents ont perdu tout espoir. Le message laissé par son père est particulièrement poignant : « Cette famille n’a plus de place pour toi. Ta vie est terminée. »
La petite fille, encore trop jeune pour comprendre, pense simplement que « Papa est parti travailler ».
Passer du statut de cadre supérieur d’une entreprise d’État à celui de chauffeur de VTC endetté est un parcours tragique. Ce déclin fulgurant s’explique par la folie des leviers élevés dans les cryptos, et par l’obsession de « se refaire » à tout prix.
Altcoins, levier élevé, absence de stop-loss
Son histoire reflète peut-être celle de nombreux petits investisseurs ordinaires – ceux qui, peu à peu, sont engloutis par la cupidité et les illusions, non pas d’un seul coup, mais progressivement. Face à la caméra, Frère Rebirth reconnaît franchement son parcours dans les cryptos : passer du goût du gain facile aux positions à fort effet de levier, ses pertes de 3 millions de yuans ne résultent pas d’un krach soudain, mais de comportements répétitifs guidés par l’émotion. Son initiation aux cryptos remonte à ses débuts dans le marché des timbres-poste et cartes numériques. Dans les années 2010, ces produits financiers en ligne, supposément adossés à des timbres-poste, avaient attiré des milliers de petits investisseurs. Frère Rebirth a tenté sa chance, réalisant un bénéfice de 10 000 à 20 000 yuans avant de fuir juste avant l’effondrement, ce qui renforça sa confiance en la stratégie du « acheter bas, vendre haut ». Il admet qu’à l’époque, il restait prudent, mais cette expérience positive avait déjà semé la graine de la spéculation. En 2020, il entre dans le monde des cryptos, commence par du spot trading, prudemment au départ, mais son appétit grandit vite. Pour maximiser ses profits, il se tourne vers les altcoins et commence à trader des contrats à terme. Ces contrats permettent d’emprunter pour amplifier le capital initial, avec des leviers de 10x, 50x, voire 100x, multipliant ainsi gains et risques. Comme il le décrit, quelques centaines de yuans de capital pouvaient initialement générer des profits de 40 à 50 %, ce qui l’a incité à augmenter progressivement ses mises, tant en capital qu’en niveau de levier. Frère Rebirth qualifie lui-même ce processus de « mort lente au couteau », car il n’a jamais tout misé d’un seul coup. C’était plutôt comme faire chauffer une grenouille à feu doux : perdre 20 000 yuans aujourd’hui, puis emprunter 20 000 yuans demain pour rejouer. Un détail cocasse dans l’interview originale : l’animateur Fengge pense que cette approche par étapes successives semble relativement prudente, mais Frère Rebirth le contredit aussitôt : « Ce n’était pas prudent du tout. Si j’avais eu 20 000 yuans aujourd’hui, j’aurais pu les placer avec un faible levier, évitant ainsi les gros risques. Avec un levier faible sur des altcoins, on ne court presque aucun danger... Mais à cette époque-là, mon esprit était déjà tordu, malade. Je voulais tellement récupérer mon argent que je prenais des leviers élevés dès que je pensais être à un bon moment : 10x, 50x, 100x, j’ai tout essayé. »
Clairement, Frère Rebirth sous-estimait la volatilité extrême des altcoins, et les liquidations étaient donc inévitables. Un autre facteur aggravant : l’absence totale de discipline dans ses transactions.
Il reconnaît que son plus grand défaut était de ne pas fixer de stop-loss, ou de le désactiver même lorsqu’il l’avait mis en place, espérant contre toute logique un rebond.
Ce type de pari irrationnel l’a conduit à être liquidé encore et encore, à emprunter chaque fois davantage, jusqu’au résultat que l’on connaît.
Quatre tentatives d’emprunt, zéro retour
En 2020, il épuise ses 10 000 yuans d’épargne et goûte pour la première fois à la liqueur amère de la liquidation. Il emprunte alors 100 000 yuans via des prêts en ligne (comme Jiebei d’Alipay ou Anyihua), et 120 000 auprès de proches, comblant ainsi un trou de 220 000 yuans. Ses parents vident leurs économies pour solder la dette. Il promet alors de ne plus jamais y toucher, mais moins de six mois plus tard, en voyant des nouvelles du type « Bitcoin explose », il se persuade qu’« une opportunité se présente ». Deuxième tentative : il emprunte 150 000 yuans en ligne et 150 000 auprès de proches, soit 300 000 yuans, relance des trades à levier élevé. Après une nouvelle liquidation, il se ment à lui-même en se disant que « quelques dizaines de milliers de yuans, ça peut se régler petit à petit », creusant ainsi un gouffre encore plus profond. En 2023, sa dette atteint plus de 600 000 yuans. Impossible désormais de trouver assez via les prêts en ligne ou les amis. Il vend alors l’appartement de sa sœur, d’à peine moins de 70 m², pour 500 000 yuans, auxquels s’ajoutent 100 000 supplémentaires apportés par des parents, remboursant entièrement ses dettes. Mais cette courte période de « sortie d’eau » ne lui apporte aucun soulagement. Au contraire, elle nourrit davantage son obsession de « se refaire » – vendre la maison de sa sœur lui a fait perdre sa dot, ses parents sont choqués, effondrés émotionnellement. Il avoue lui-même se sentir « terriblement oppressé ». Le cycle des cryptos, les histoires de fortunes fulgurantes pendant les hausses, influencent toujours les décisions d’entrée des perdants, et deviennent justement la motivation pour retenter sa chance. En 2024-2025, il hypothèque sa propre maison, emprunte 700 000 yuans à taux usurier (20-30 % d’intérêt), et 300 000 yuans via des prêts en ligne, reprenant ses trades à levier, faisant exploser sa dette au-delà du million. Bien sûr, chacun de ces emprunts suivis de trades à contrat n’a jamais permis de « retour ». Le coût de l’emprunt dépasse largement l’argent perdu : c’est aussi la destruction de la confiance. Pour lever des fonds, il invente des mensonges, trahit la confiance des proches. Comme le dit si bien un ami : « Quand tu veux couvrir un mensonge, tu en as besoin d’un plus grand, et ainsi de suite », épuisant relations humaines et crédit moral. « Je faisais l’homme en public, le démon en privé… je n’avais même plus de limite morale… », confesse-t-il, jusqu’au moment où tout explose. Un ami révèle la vérité à sa femme, exposant l’ampleur de ses dettes. Celle-ci, effondrée, demande immédiatement le divorce. Ses parents découvrent qu’il a hypothéqué la maison, perdent tout espoir, et lui envoient ce message déchirant : « Tu es possédé. Tu as mis la maison en gage… Cette famille n’a plus de place pour toi. »
Après l’interview avec Fengge, Frère Rebirth a ouvert son propre compte, mettant en garde les autres contre l’idée d’emprunter pour jouer avec ce genre de produits : « J’ai moi-même détruit une vie merveilleuse de mes propres mains. »
Le mot « se refaire » peut désigner une station de métro à Shenzhen, l’illusion désespérée de celui qui a trop perdu, ou plus probablement, un gouffre de cupidité en expansion continue.
L’aide de Coolxi, un long chemin devant
Après la diffusion de la vidéo de Fengge, Coolxi, l’un des influenceurs chinois les plus célèbres pour ses trades à effet de levier, a publié un message annonçant qu’il allait aider Frère Rebirth avec 50 000 yuans, ainsi que 60 000 yuans supplémentaires destinés à couvrir ses frais de vie pendant un an (5 000 yuans par mois), afin de l’empêcher de replonger dans les contrats.
Coolxi comprend parfaitement Frère Rebirth : tous deux ont dansé sur la lame du rasoir des contrats à terme, tous deux ont goûté à la douleur de la liquidation. Son geste ressemble moins à une simple aide qu’à un secours adressé à son propre passé.
Pourtant, toute bonne action doit avoir des limites dans sa mise en œuvre.
La psychologie addictive de Frère Rebirth face aux cryptos ne doit pas être ignorée. L’obsession de « se refaire » et le poids des coûts irrécupérables (sunk cost) pourraient le pousser à retenter l’aventure. D’autant plus que, dans la culture des cryptos, le récit de « s’endetter pour se refaire » est omniprésent. Et celui qui lui prête cet argent est justement Coolxi lui-même, figure emblématique des dramaturgies du trading à effet de levier.
Si un maître des contrats te donne de l’argent en te disant de ne plus jamais trader de contrats… vas-tu vraiment t’arrêter ?
N’oublions pas que, dans la réalité, Frère Rebirth continue de survivre grâce à son travail de chauffeur de VTC. L’argent dur à gagner, lentement accumulé par l’effort physique, paraît bien fade comparé au rush instantané procuré par les contrats.
Avec des dettes à plusieurs centaines de milliers de yuans qui le poursuivent, nous ignorons encore quel chemin il choisira. Cherchera-t-il une nouvelle occasion de « se refaire » ? Ou simplement tentera-t-il de regagner la dignité qu’il a perdue ?Bienvenue dans la communauté officielle TechFlow
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