
La Corée du Sud, prochaine référence en matière de réglementation cryptographique ? Les enjeux et ambitions derrière la légalisation des stablecoins
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La Corée du Sud, prochaine référence en matière de réglementation cryptographique ? Les enjeux et ambitions derrière la légalisation des stablecoins
Le dividende institutionnel n'est pas un avantage à court terme, mais une compétitivité à long terme.
Rédaction : Ethan (@ethanzhang_web3)
Le 10 juin, le parti démocrate du pouvoir en Corée du Sud, sous la direction du nouveau président Lee Jae-myung, a officiellement présenté un projet de loi intitulé « Loi fondamentale sur les actifs numériques », permettant aux entreprises locales remplies de conditions spécifiques d'émettre des stablecoins.
La loi prévoit clairement que toute entreprise disposant d'un capital social d'au moins 500 millions de won coréens (environ 368 000 USD) et détenant des réserves intégrales sera autorisée à demander légalement l'émission d'un stablecoin indexé sur le won. Cette initiative marque probablement la Corée comme le premier grand économie asiatique à autoriser officiellement l'émission de stablecoins par des entités non bancaires, posant ainsi les bases de son « repositionnement institutionnel » dans la carte mondiale de la cryptographie. Parallèlement, le marché a réagi rapidement : l'action de KakaoPay a bondi de 18 %, affichant sa plus forte hausse quotidienne depuis le début de 2024 ; quant aux principales bourses locales telles qu’Upbit et Bithumb, elles sont largement perçues comme des bénéficiaires potentielles.
Mais au regard plus large des politiques publiques et de l’écosystème industriel, ce pas en avant de la Corée ouvre-t-il la voie à un prochain modèle de « pays amical à la crypto » ?
Qu’a fait la Corée jusqu’à présent en matière de crypto ?
La légalisation des stablecoins : du vide réglementaire vers une régulation pilotée
À ce jour, le marché mondial des stablecoins reste dominé par les produits indexés sur le dollar américain, notamment USDT et USDC.
Selon les données de la Banque centrale de Corée, rien qu’au premier trimestre 2025, le volume des transactions en stablecoins libellés en dollars s’est élevé à 57 billions de wons sur les cinq principales bourses coréennes (comme Upbit et Bithumb), représentant plus de 80 % du total.
Cette structure, bien qu’elle réponde aux besoins de liquidité transactionnelle, soulève depuis longtemps des inquiétudes systémiques liées à la souveraineté monétaire, à la conformité sécuritaire et aux sorties massives de devises étrangères.
Ainsi, la publication de la « Loi fondamentale sur les actifs numériques » est considérée comme le premier geste fort de Lee Jae-myung pour tenir ses promesses électorales.
L’intention centrale n’est pas simplement de soutenir temporairement certains projets, mais plutôt de créer un système de stablecoin national afin de réduire la dépendance aux stablecoins américains tels qu’USDT/USDC, et de ramener la souveraineté financière vers le pays.
Il ne s’agit donc pas d’un simple ajustement réglementaire, mais bien d’une stratégie profonde de souveraineté numérique de la monnaie nationale.
ETF, fonds de pension, régulation : un trio formant un fossé institutionnel solide
Dans la vision politique de Lee Jae-myung, les stablecoins ne constituent pas un outil isolé, mais font partie intégrante d’une stratégie financière globale comprenant ETF, fonds de pension et cadre réglementaire national :
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Accélérer la mise en œuvre d’ETF spot sur BTC/ETH ;
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Autoriser le fonds national de pension (d’une valeur de 884 milliards USD) à allouer des actifs cryptos ;
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Créer une « Direction générale des actifs numériques ».
Ensemble, ces mesures visent un objectif central : intégrer les actifs cryptos au sein du système financier national, opérant ainsi une transition vers leur « reconnaissance institutionnelle ». Pour Lee Jae-myung, seule la combinaison de « légalité + sécurité + durabilité » permettra aux actifs numériques d’entrer véritablement dans le système financier national.
Évolution de la posture réglementaire : acceptation prudente de la banque centrale, émergence d’une division fonctionnelle
Bien que le gouverneur de la Banque centrale sud-coréenne, Lee Chang-yong, ait exprimé publiquement des craintes – affirmant que « l’émission de stablecoins par des entités non bancaires pourrait perturber la politique monétaire » –, ses dernières déclarations indiquent un assouplissement progressif : « La banque centrale coopérera avec les institutions concernées pour élaborer un cadre réglementaire unifié et empêcher l’utilisation des stablecoins afin de contourner les contrôles des changes. »
Plus significatif encore, la banque centrale participe désormais au projet Agorá mené par le BIS (Banque des règlements internationaux), consacré à l’expérimentation de monnaies numériques (CBDC) et de dépôts bancaires tokenisés, révélant un changement structurel dans sa perception stratégique des nouvelles infrastructures financières.
On peut anticiper l’émergence d’une séparation institutionnelle claire : « L’émission des stablecoins relève de la FSC (Commission des services financiers), tandis que la politique monétaire reste du ressort de la banque centrale. » À mon avis, cette forme de coordination réglementaire pourrait servir de modèle à d’autres pays.
Il convient toutefois de rester vigilant : derrière la fameuse « prime kimchi » se cachent potentiellement des risques systémiques liés à une liquidité surestimée. De plus, dans un contexte de chevauchement des pouvoirs réglementaires, le passage du projet à la mise en œuvre devra franchir plusieurs obstacles, notamment la coordination avec la banque centrale, l’examen des changes et la prévention du blanchiment.
Pourquoi la Corée pourrait-elle se distinguer ?
Alors que Hong Kong, Singapour, Dubaï... se disputent tous le titre de havre crypto, la Corée explore une autre voie en tant que puissance financière :
Tout d’abord, la Corée bénéficie d’un double moteur structurel : une base utilisateur profondément ancrée et une innovation institutionnelle simultanée.
Un vaste bassin d’utilisateurs particuliers offre une profondeur de marché précieuse aux entrepreneurs, tandis que le soutien politique du nouveau gouvernement abaisse les barrières d’entrée et stimule l’innovation. Ce double avantage place la Corée en position favorable dans les activités cryptos axées sur le grand public, telles que les plateformes d’échange ou les projets de stablecoins.
Ensuite, avec l’arrivée au pouvoir d’un président favorable aux cryptomonnaies, Lee Jae-myung, les retombées positives de politiques volontaristes pourraient redessiner le paysage du secteur :
La légalisation des stablecoins n’en est que le début. Si les ETF sont approuvés, si les fonds de pension entrent sur le marché, et si un cadre réglementaire unifié est mis en place, la Corée pourrait devenir « le premier pays asiatique à véritablement inscrire la crypto dans le cœur de son système financier national ». En outre, les bourses leaders telles qu’Upbit et Bithumb renforceraient davantage leur position grâce aux avantages politiques. Enfin, la mise en œuvre de ces nouvelles politiques attirerait probablement davantage d’entreprises nationales et internationales, faisant de la Corée un nœud central de l’industrie crypto en Asie.
Comparativement, bien que Hong Kong et Singapour aient pris une longueur d’avance, la Corée possède un potentiel supérieur en termes de marché de détail et de flexibilité politique, offrant ainsi une dynamique plus explosive.

Les utilisateurs natifs fournissent une base de marché solide aux entrepreneurs locaux, tandis que l’innovation institutionnelle crée des opportunités grâce au soutien politique. Dans un contexte de compétition intense entre nations pour la suprématie crypto et de recomposition géopolitique, la Corée pourrait, grâce à cette approche combinée, surpasser les pionniers et devenir un acteur clé de l’industrie mondiale.
Mais ce processus ne sera pas sans heurts — les tensions entre innovation technologique et contrôle de la banque centrale, entre spéculations individuelles et responsabilités réglementaires, imposeront à la politique crypto coréenne de trouver un nouvel équilibre entre régulation et marché.
La prochaine étape n’est pas une fête politique, mais un consensus institutionnel.
Entre enthousiasme et inquiétude
Attentes multiples autour des retombées institutionnelles des stablecoins
La participation de la Corée aux actifs numériques est parmi les plus élevées au monde : environ 1/3 de la population (18 millions de personnes) investit dans les cryptomonnaies, et le volume total des transactions en actifs cryptos a même dépassé un temps celui combiné des indices KOSPI/KOSDAQ. Selon les données de l’Unité de renseignement financier (FIU), 78 % des détenteurs à haut patrimoine ont plus de 40 ans, et la croissance des positions chez les investisseurs âgés est marquée, reflétant un changement progressif dans leurs stratégies d’allocation d’actifs.
Pour ces utilisateurs, la légalisation des stablecoins signifie : des coûts de transaction réduits (moins d’étapes de conversion/transfert), une meilleure prévisibilité dans les échanges en monnaie locale (évitant les fluctuations de change), ainsi qu’un cadre fiscal et déclaratif plus clair.
Pour des plateformes fintech locales telles que KakaoPay ou Naver Pay, l’émission de stablecoins ouvre de nouvelles perspectives de développement produit et de fidélisation client. Le marché anticipe fortement que ces entreprises technologiques seront parmi les premières à demander une licence conforme.
Attention au double décalage : bulle politique et bulle d’actifs
Alors que le secteur accueille chaleureusement ces politiques, certains analystes adoptent une attitude prudente.
Un rapport de JPMorgan souligne que la forte hausse à court terme des actions de KakaoPay manque de soutien fondamental, et que les bénéfices institutionnels réels des politiques de Lee Jae-myung ne sont pas encore matérialisés.
Certains économistes sud-coréens mettent en garde : la légalisation des stablecoins doit s’accompagner de garanties multidimensionnelles telles que la divulgation obligatoire des réserves, des mécanismes d’audit transfrontalier et des interfaces KYC imposées, afin d’éviter qu’ils ne deviennent un nouveau terrain de spéculation.
Par ailleurs, une blessure ancienne reste sensible : cela fait moins de trois ans que l’effondrement du projet Terra/Luna.

Conclusion : la rente institutionnelle n’est pas un avantage à court terme, mais une compétitivité durable
Le signal envoyé par la légalisation des stablecoins en Corée n’est en aucun cas une mesure isolée. Il s’inscrit dans une transformation profonde où les actifs numériques passent de la marge au cœur du système, évoluant d’outil spéculatif à infrastructure financière.
Contrairement au passé marqué par le vide réglementaire et la croissance grise, la Corée entre aujourd’hui dans un cycle de « régulation nationale pilotée » — ni une utopie Web3 libre, ni une répression rigoureuse, mais une expérience localisée d’adaptation institutionnelle.
Dans les trois années à venir, le moteur politique de l’industrie crypto ne viendra probablement plus des États-Unis ou de Hong Kong, mais de ceux capables d’établir un « équilibre dynamique entre régulation et marché » dans des domaines clés tels que les stablecoins nationaux, les ETF ou les mécanismes de fonds de pension conformes.
La Corée semble être en passe de marcher en tête sur cette nouvelle voie.
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