
TechFlow Aux États-Unis, 18 États poursuivent conjointement la SEC : quelles sont les chances de succès des deux parties (2/2)
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TechFlow Aux États-Unis, 18 États poursuivent conjointement la SEC : quelles sont les chances de succès des deux parties (2/2)
Compte tenu du contrôle républicain de l'exécutif et du pouvoir judiciaire, ainsi que des protestations du secteur contre un modèle de régulation stricte, les dix-huit États ont une certaine possibilité de gagner le procès.
Rédaction : TaxDAO
Pour lire la première partie : Dix-huit États américains poursuivent conjointement la SEC : quelles sont les chances de victoire des deux parties ? (1ère partie)
3. Deux affaires emblématiques en matière de litiges cryptographiques aux États-Unis
Les affaires Ripple et Terraform sont deux cas emblématiques incontournables dans le secteur américain de la cryptomonnaie. Dans leurs jugements respectifs, les tribunaux ont défini la nature juridique des actifs numériques selon des angles différents, suscitant de vives réactions dans l’industrie cryptographique. Les points litigieux de ces deux affaires présentent une forte similitude avec ceux du cas actuel, portant tous sur la qualification et la régulation des actifs numériques, ce qui leur confère une valeur importante d'orientation pour l’évolution future du jugement dans cette affaire.
3.1 Affaire Ripple
3.1.1 Faits essentiels
Ripple Labs est le détenteur de Ripple et de sa cryptomonnaie native XRP (Ripple), fondée en 2012, faisant partie des pionniers les plus anciens du domaine de la blockchain. Le XRP vise à servir d'outil intermédiaire facilitant les transactions financières, principalement destiné aux institutions financières.
En décembre 2020, la SEC a intenté une action en justice contre Ripple Labs, son PDG Brad Garlinghouse et son cofondateur Chris Larsen, les accusant d'avoir émis illégalement des titres en vendant la cryptomonnaie XRP, ayant ainsi levé plus de 1,3 milliard de dollars. La SEC soutient que le XRP est essentiellement un contrat d'investissement, similaire aux actions ou obligations, devant donc strictement respecter les dispositions applicables en matière de droit boursier, notamment l'enregistrement auprès de la SEC et la fourniture d'une divulgation complète d'informations aux investisseurs. Or, Ripple n'a pas rempli ces obligations, violant ainsi la législation boursière. Ripple conteste cette affirmation, affirmant que le XRP est une monnaie numérique dont la fonction ressemble davantage au Bitcoin ou à l'Ethereum. Par ailleurs, le XRP ne répondrait pas aux critères du test Howey et ne devrait donc pas être classé comme titre.
L'action en justice de la SEC a provoqué un séisme dans l’industrie cryptographique, marquant la première fois que la SEC attaque une cryptomonnaie majeure déjà en circulation, symbolisant ainsi un conflit plus large entre innovation dans les actifs numériques et régulation.
3.1.2 Résultat du jugement
En juillet 2023, le tribunal a statué que le XRP (et toutes les cryptomonnaies) vendu sur les plateformes d'échange au grand public n'était pas un titre, mais qu'il constituait un titre lorsqu’il était vendu à des investisseurs institutionnels. Ce jugement a provoqué une forte réaction du marché, entraînant directement une hausse de 70 % du prix du XRP.
En août 2024, le jugement final a été rendu. Concernant la question de savoir si le XRP doit être considéré comme un « titre », le tribunal a différencié selon les scénarios de vente. D’une part, les ventes directes aux institutions : le juge a estimé que ces ventes satisfaisaient au test Howey, car les institutions achetaient directement du XRP à Ripple dans le but d’en tirer un profit grâce à la valorisation du XRP, constituant ainsi un comportement typique d’émission de contrats d’investissement, donc de titres. D’autre part, les ventes automatisées du XRP sur le marché public ne relèvent pas de la catégorie des titres. Le juge a souligné que les acheteurs du marché ouvert ignoraient l’identité du vendeur et n’avaient aucun espoir de revenus lié à Ripple. Ces ventes automatisées ne répondent pas aux critères de définition d’un contrat d’investissement, et ne constituent donc pas une émission de titres. En fin de compte, le tribunal a condamné Ripple à payer une amende civile d’environ 125 millions de dollars, bien inférieure aux près de 2 milliards initialement demandés par la SEC, mais supérieure aux 10 millions de dollars maximum souhaités par Ripple.
En bilan, Ripple comme la SEC ont obtenu des résultats partiels. Pour Ripple, il n’a pas à payer les amendes exorbitantes exigées par la SEC, tandis que celle-ci n’est pas repartie bredouille. Cependant, les attentes de la SEC ont clairement été déçues, ce qui l’a poussée à déposer en octobre 2024 un avis d’appel (Notice of Appeal) devant la Cour d'appel fédérale du deuxième circuit afin de renverser partiellement le jugement du tribunal de district. Selon la réponse de la Cour d'appel fédérale du deuxième circuit, la SEC doit soumettre ses mémoires d’appel avant le 15 janvier 2025. Ainsi, le résultat actuel du procès reste susceptible d’être annulé.
3.1.3 Conséquences ultérieures
Sur le plan des conséquences, d’une part, l’affaire Ripple a clarifié l’importance cruciale du mode de transaction dans la qualification juridique des actifs numériques. Dans cette affaire, le tribunal a jugé que la vente publique du XRP sur le marché secondaire ne constituait pas une transaction boursière, indiquant ainsi que la manière dont un actif numérique est vendu ou échangé influence sa classification juridique. D’autre part, cette affaire limite dans une certaine mesure l’expansion du champ de régulation de la SEC sur les actifs numériques. À moins que la SEC ne remporte l’appel, le précédent établi par ce jugement aura force obligatoire aux États-Unis, où la jurisprudence fait autorité, empêchant la SEC de traiter massivement les actifs numériques comme des titres et de les inclure dans son cadre réglementaire.
En général, l’affaire Ripple marque une victoire importante pour l’industrie cryptographique face à un modèle de régulation rigide. Ce jugement a non seulement renforcé la confiance des professionnels du secteur, relancé l’humeur du marché, mais pourrait également devenir un tournant décisif pour l’avenir du paysage réglementaire.
3.2 Affaire Terraform
3.2.1 Résumé de l'affaire
Terraform Labs est une plateforme offrant des technologies blockchain et des actifs cryptographiques. Son fondateur, Do Kwon, a attiré des investisseurs sur le marché secondaire en concevant et vendant divers actifs numériques, notamment sa stablecoin native UST et son jeton LUNA. La pièce UST était indexée sur le dollar américain, et sa stabilité reposait « algorithmiquement » sur le soutien de son jeton jumeau LUNA. Toutefois, le mécanisme de stabilisation de Terraform a connu de graves dysfonctionnements en pratique. En mai 2021, le prix de l’UST s’est détaché de sa parité, mais Terraform a pu temporairement restaurer le lien grâce à des arrangements secrets avec des tiers. En 2022, l’UST a de nouveau chuté sous 1 dollar ; sans intervention extérieure pour la soutenir, sa valeur a rapidement plongé, entraînant dans sa chute la perte de valeur du LUNA. Ce krach a causé une destruction de capitalisation boursière supérieure à 40 milliards de dollars, affectant d'autres actifs cryptographiques, y compris le bitcoin, secouant tout le marché et poussant plusieurs entreprises à déposer leur bilan en 2022.
En février 2023, la Securities and Exchange Commission (SEC) a accusé Terraform Labs et son fondateur Do Kwon d’avoir commis une fraude impliquant des milliards de dollars via la vente non enregistrée de titres cryptographiques. La SEC a affirmé que Terraform avait attiré des investisseurs par des déclarations trompeuses et frauduleuses, violant ainsi les clauses d’enregistrement et d’anti-fraude prévues par le Securities Act de 1933 et le Securities Exchange Act de 1934.
En juin 2024, un tribunal fédéral américain a approuvé un accord de transaction de 4,5 milliards de dollars entre Terraform Labs et la SEC. Conformément à cet accord, Terraform doit verser près de 3,6 milliards de dollars de profits illicites, 420 millions de dollars d’amende civile et environ 467 millions de dollars d’intérêts préjudiciaires. Do Kwon, quant à lui, doit payer conjointement avec Terraform 110 millions de dollars de profits illicites et 14,3 millions d’intérêts préjudiciaires, ainsi qu’une amende civile distincte de 80 millions de dollars. Toutefois, puisque Terraform a déposé son bilan en janvier 2024, ces amendes risquent fort de ne pas être intégralement payées, et seront traitées comme des créances non garanties dans le cadre de la liquidation judiciaire.
3.2.2 Résultat du jugement
Le cœur du jugement dans l’affaire Terraform concerne la qualification juridique de l’UST et du LUNA. Le tribunal a estimé que les acheteurs de ces actifs numériques s’attendaient légitimement à en tirer un profit, considérant ces jetons comme un investissement rentable, répondant ainsi à la définition du contrat d’investissement selon le test Howey. Le tribunal a conclu que tous les actifs cryptographiques associés créés par Terraform, y compris l’UST et le LUNA, entrent dans la définition du contrat d’investissement au sens du Securities Act de 1933, et doivent donc être classés comme des titres.
À noter, en lien avec le cas des dix-huit États poursuivant la SEC, le tribunal a répondu à la défense de Terraform fondée sur le principe de « grandes questions » (Major Questions Doctrine). Ce principe stipule que : « dans des circonstances exceptionnelles, lorsqu’un organisme prétend avoir le pouvoir de réguler une grande partie de l’économie américaine ayant une importance économique et politique considérable, il doit démontrer une autorisation explicite du Congrès ». Le tribunal a estimé que : (1) il existe peu de comparabilité entre Terra Labs et les affaires relevant du principe de « grandes questions » (comme celles liées à l’industrie du tabac ou de l’énergie aux États-Unis) ; (2) la régulation par la SEC de certains actifs cryptographiques qualifiés de titres ne constitue presque pas une extension transformatrice de son pouvoir réglementaire.
Par ailleurs, comme dans le cas des dix-huit États, Terraform a invoqué une violation de la loi sur les procédures administratives (Administrative Procedure Act) par la SEC. Cette argumentation a été rejetée par le tribunal : on ne peut pas nier, uniquement sur la base de l’APA, que la SEC ait qualifié les actifs numériques de Terraform de contrats d’investissement. La SEC n’a pas promulgué de nouvelle politique dans cette affaire, mais simplement appliqué des règles déjà existantes. Le tribunal a confirmé que la plainte de la SEC suffisamment alléguait que l’offre et la vente de jetons comme le LUNA par Terraform équivalaient à une émission illégale de titres non enregistrés, accompagnée de déclarations fausses ou trompeuses avantageant l’émetteur.
3.2.3 Conséquences ultérieures
Le jugement dans l’affaire Terraform soutient la position réglementaire de la SEC et a suscité une attention considérable dans l’industrie des actifs numériques. Plus précisément : premièrement, il redéfinit la méthode de qualification des actifs cryptographiques. L’affaire montre que tout actif numérique échangé sur le marché secondaire peut être classé comme titre s’il passe le test Howey, notamment si les investisseurs ont une attente raisonnable de profit fondée sur les efforts de l’émetteur. Deuxièmement, elle renforce le pouvoir de régulation de la SEC sur le marché cryptographique. Dans ses actions en justice, la SEC a déjà utilisé ce jugement dans d’autres affaires, comme celles contre Binance et Coinbase, ce qui pourrait accélérer une réglementation globale du marché des actifs numériques. Troisièmement, elle envoie un signal d’alerte au secteur cryptographique, rappelant aux opérateurs de veiller aux risques juridiques liés à la conception et à la commercialisation des actifs numériques.
3.3 Conclusion
Bien que les affaires Terraform et Ripple portent toutes deux sur la qualification des actifs numériques, leurs résultats judiciaires diffèrent nettement. Dans l’affaire Ripple, le tribunal a jugé que la vente du XRP sur le marché secondaire ne constituait pas une transaction boursière, alors que dans l’affaire Terraform, le tribunal a statué que l’UST et le LUNA répondaient à la définition d’un contrat d’investissement.
Cette divergence accentue d’abord l’incertitude juridique dans le domaine des actifs numériques. Le jugement Ripple insiste sur l’importance du mode de transaction, indiquant que les échanges anonymes sur le marché secondaire ne remplissent pas nécessairement les critères de « entreprise commune » ou de « dépendance aux efforts d’autrui pour générer des profits » requis par le test Howey. En revanche, l’affaire Terraform met davantage l’accent sur l’attente de profit des investisseurs et les actions de l’émetteur, suggérant que même sur le marché secondaire, tant que les efforts de l’émetteur sont essentiels au rendement des investisseurs, cela peut constituer une transaction boursière. Une telle disparité dans l’application du droit augmente l’incertitude pour l’industrie des actifs numériques.
Deuxièmement, cela affecte la stratégie réglementaire de la SEC, pouvant entraîner des fluctuations dans sa position. Dans l’affaire Terraform, les arguments de la SEC ont été validés par le tribunal, renforçant ainsi son pouvoir de réguler les transactions de cryptomonnaies sur le marché secondaire. En revanche, dans l’affaire Ripple, le jugement a limité l’extension de la surveillance de la SEC sur ce marché. Cette contradiction indique que la SEC doit ajuster sa stratégie réglementaire selon les cas, et pourrait à l’avenir adopter une régulation plus fine centrée sur les comportements des émetteurs afin de compenser ces limitations.
En outre, cela provoque des fluctuations sur le marché et influence l’orientation du secteur. Les signaux envoyés par les affaires Terraform et Ripple sont diamétralement opposés. L’affaire Terraform est perçue comme un soutien au pouvoir réglementaire de la SEC, renforçant les anticipations d’une régulation stricte, ce qui pourrait freiner quelque peu l’innovation dans les actifs numériques. L’affaire Ripple, en revanche, est vue comme une victoire pour l’industrie cryptographique, stimulant l’humeur du marché et provoquant à court terme une hausse des prix des actifs numériques. Cette double influence pourrait rendre le marché plus volatil pendant une période prolongée.
Enfin, de tels jugements contradictoires pourraient encourager une clarification législative. Les divergences entre ces deux affaires montrent que la loi actuelle sur les valeurs mobilières est insuffisante pour faire face à la complexité des actifs numériques. Les résultats des affaires Ripple et Terraform pourraient inciter le Congrès américain à aller plus loin dans l’élaboration d’une législation spécifique aux actifs numériques, afin d’en clarifier la nature juridique et le cadre réglementaire. Seule une législation systématique permettra de résoudre l’ambiguïté réglementaire actuelle due aux divergences d’interprétation judiciaire. À cet égard, le projet de loi FIT21, toujours en attente de vote au Sénat, pourrait contribuer à améliorer cette situation.
4. Motivations des dix-huit États et probabilités de succès
4.1 Analyse des motivations
La poursuite conjointe des dix-huit États contre la SEC, arguant que sa régulation du secteur cryptographique viole la Constitution, vise en réalité à limiter par voie judiciaire l’expansion du pouvoir réglementaire de la SEC sur ce secteur, tout en cherchant à étendre l’autonomie des États dans le cadre constitutionnel. Les motivations possibles de cette action sont les suivantes : premièrement, établir par décision constitutionnelle une règle juridique à portée générale. Ces dernières années, la SEC a élargi l’application du test Howey pour imposer des exigences de régulation boursière à de nombreux actifs numériques, suscitant de vives controverses dans et hors du secteur. En invoquant les premier article et dixième amendement de la Constitution, les dix-huit États cherchent à obtenir une décision de justice fédérale invalidant l’action de la SEC au niveau constitutionnel. Si la Cour suprême approuve finalement leur demande, cette décision aurait une force contraignante à l’échelle nationale, servant de précédent juridique pour les litiges futurs, et forçant la SEC à revoir sa stratégie réglementaire.
Deuxièmement, freiner le pouvoir exécutif et empêcher la pérennisation d’une politique. Sous la direction de Gary Gensler, la SEC a adopté une politique cryptographique rigoureuse, lançant de nombreuses actions contre des entreprises telles que Ripple et Terraform, assorties d’amendes élevées. Ce modèle de régulation entrave gravement le développement du secteur et empiète sur l’autonomie des gouvernements d’État. Par cette action, les dix-huit États tentent non seulement de contenir les pratiques de régulation agressive du président actuel de la SEC, mais aussi de fixer des limites juridiques pour les futures administrations, empêchant la répétition de politiques similaires.
Troisièmement, combler le vide législatif et favoriser le développement du secteur. La législation fédérale américaine dans le domaine des actifs numériques reste incomplète, et les débats sur la nature et la régulation de ces actifs persistent. En sollicitant une décision judiciaire, l’industrie cryptographique pourrait établir, dans le cadre juridique existant, des règles dotées de force de précédent, offrant ainsi des voies de conformité plus claires et un environnement plus favorable à l’innovation et au développement.
4.2 Conditions favorables et facteurs défavorables
Dans l’ensemble, le choix par les dix-huit États d’engager cette action après la victoire électorale des républicains menés par Trump crée de nombreuses conditions favorables au succès, tout en confrontant de nombreuses incertitudes.
Les conditions favorables sont les suivantes : premièrement, les orientations politiques du gouvernement Trump. Le président élu Trump a clairement exprimé son soutien à l’industrie cryptographique et a annoncé le remplacement du président de la SEC. Le nouveau président désigné par Trump pourrait adopter une politique réglementaire plus souple, ce qui réduirait probablement la résistance de la SEC dans cette affaire, orientant ainsi le jugement du tribunal vers une protection du secteur cryptographique. Deuxièmement, l’orientation conservatrice de la Cour suprême. Cette affaire touchant à la Constitution, la Cour suprême fédérale détient le droit de dernier recours. Actuellement, la majorité des juges à la Cour suprême sont conservateurs, et des magistrats comme Thomas ou Alito penchent traditionnellement en faveur des droits des États dans les rapports entre fédéralisme et États. Cette orientation politique pourrait apporter un soutien accru à la demande des dix-huit États concernant l’inconstitutionnalité de la SEC. En outre, les juges conservateurs sont plus enclins à limiter les pouvoirs des agences administratives fédérales, ce qui constitue un atout pour le succès de l’affaire. Enfin, le large soutien du secteur. Les critiques contre la politique réglementaire actuelle de la SEC sont largement répandues dans et hors du secteur cryptographique. De nombreuses entreprises estiment que les exigences strictes freinent l’innovation technologique et augmentent les coûts de conformité, exprimant ainsi un fort désir de briser ce modèle de régulation rigide.
Cependant, les facteurs défavorables sont réels : premièrement, l’incertitude judiciaire. Le système judiciaire américain ne dispose pas encore d’un standard uniforme pour qualifier les actifs numériques. Dans l’affaire Terraform, le tribunal a rejeté des arguments similaires fondés sur le « principe des grandes questions » et sur l’« APA », ce qui pourrait servir de précédent défavorable dans le traitement du présent dossier. En outre, les divergences entre les tribunaux des différents États sur la qualification des actifs numériques compliquent la victoire des dix-huit États. Deuxièmement, des coûts élevés en temps et en ressources. Cette affaire, introduite devant un tribunal local, pourrait connaître plusieurs niveaux d’appel jusqu’à la Cour suprême fédérale. Une procédure judiciaire longue consommera d’importantes ressources humaines et financières, et l’incertitude réglementaire durant le processus pourrait nuire au développement du secteur à court terme. De plus, les dix-huit États devront constamment faire face aux objections de la SEC, ce qui pourrait mettre à rude épreuve leurs ressources politiques et juridiques. Troisièmement, la lenteur des progrès législatifs. Comme mentionné précédemment, bien que la Chambre des représentants ait adopté le projet de loi FIT21 visant à clarifier le cadre réglementaire des actifs numériques, aucune avancée concrète n’a été réalisée au Sénat. L’adoption future de ce projet reste donc incertaine. Ce vide législatif pourrait amener le tribunal à préférer maintenir le statu quo plutôt que d’imposer par décision judiciaire une limitation substantielle du pouvoir exécutif.
Dans l’ensemble, compte tenu du contrôle exercé actuellement par les républicains, représentés par Trump, sur les pouvoirs exécutif et judiciaire, ainsi que des protestations du secteur contre un modèle de régulation trop rigide, les dix-huit États ont une certaine probabilité de succès dans cette affaire. La politique favorable du gouvernement envers l’industrie cryptographique pourrait influencer positivement le résultat, et l’orientation conservatrice de la Cour suprême pourrait appuyer la thèse de l’inconstitutionnalité. Toutefois, l’affaire fait face à des obstacles liés à la lenteur législative et à l’incertitude du pouvoir discrétionnaire judiciaire, notamment sur la manière de convaincre le tribunal de limiter substantiellement la politique de la SEC, ce qui restera la clé du succès ou de l’échec.
5. Conclusion et perspectives
L’affaire des dix-huit États contre la SEC constitue un affrontement majeur impliquant des principes constitutionnels et l’avenir de la régulation des actifs numériques. Bien qu’elle présente certaines chances de succès, elle doit surmonter de multiples défis juridiques et politiques. Quel que soit le résultat final, cette affaire aura un impact profond sur le paysage juridique et politique du secteur cryptographique américain.
Si le tribunal juge finalement que la politique réglementaire de la SEC est inconstitutionnelle, cela limitera directement son champ d’action sur les actifs numériques, pouvant conduire à un transfert du pouvoir réglementaire vers la CFTC ou les gouvernements d’État, instaurant ainsi un système de régulation plus décentralisé et diversifié. Ce changement aiderait à atténuer le style de régulation excessivement rigoureux actuel de la SEC, créant un environnement plus favorable au développement du secteur cryptographique, clarifiant potentiellement la classification des actifs numériques, réduisant les controverses autour de l’application du test Howey et renforçant la prévisibilité en matière de conformité. Cette affaire jouerait également un rôle important dans le rééquilibrage des relations entre États et fédération. Les États pourraient élaborer des politiques réglementaires mieux adaptées à leurs besoins locaux, créant un cadre concurrentiel favorable au leadership américain dans le domaine des actifs numériques. En outre, la réduction de la pression réglementaire pourrait fortement stimuler l’innovation sectorielle. Les entreprises pourraient expérimenter de nouvelles technologies et modèles économiques dans un environnement plus souple, favorisant une utilisation plus large des actifs numériques, notamment dans les domaines de la finance décentralisée (DeFi) et des paiements transfrontaliers.
Cependant, une telle décision pourrait aussi engendrer de nouveaux risques et défis. Les changements politiques pourraient provoquer des fluctuations du marché, particulièrement durant l’instruction, les investisseurs étant sensibles à l’incertitude réglementaire. De plus, si le pouvoir réglementaire est transféré aux États, les différences entre leurs politiques pourraient augmenter la complexité de conformité pour les entreprises opérant à l’échelle nationale. Enfin, la pression concurrentielle internationale pourrait s’accroître. Des régions comme l’Union européenne ou Singapour ont déjà réalisé des progrès significatifs en matière de régulation des actifs numériques ; un cadre trop fragmenté aux États-Unis pourrait affaiblir sa compétitivité sur le marché mondial.
En résumé, l’affaire des dix-huit États contre la SEC constitue un jalon important dans le développement du secteur cryptographique américain, offrant une opportunité de conquérir une politique réglementaire plus favorable. À l’avenir, la santé du secteur dépendra d’un équilibre entre régulation et innovation. Grâce à des décisions judiciaires raisonnables, les États-Unis pourraient continuer de diriger l’innovation et la croissance mondiales dans le domaine des actifs numériques.
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