
Le système fiscal et réglementaire suisse sur les actifs cryptographiques, un « paradis fiscal »
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Le système fiscal et réglementaire suisse sur les actifs cryptographiques, un « paradis fiscal »
Cet article analysera les dernières évolutions du régime fiscal et de la régulation des actifs cryptographiques en Suisse, considérée comme un paradis fiscal, selon quatre dimensions : la qualification des actifs numériques en Suisse, le système fiscal de base, le régime d'imposition des actifs cryptographiques et les politiques de régulation des cryptomonnaies.
1. Introduction
Suisse (Confédération suisse en anglais : Swiss Confederation), située en Europe centrale, est un État fédéral. Considérée comme l'un des pays les plus riches du monde, la Suisse figure parmi les nations hautement industrialisées, avec une économie fortement diversifiée englobant plusieurs secteurs tels que la finance, la pharmacie, la mécanique de précision et le tourisme. Outre ses performances économiques remarquables, la Suisse se distingue également par sa politique traditionnellement neutre sur le plan international. De nombreuses organisations internationales ont établi leur siège ou leurs bureaux en Suisse, ce qui lui confère une place importante dans les affaires mondiales. Grâce à sa neutralité politique, son économie développée et son système rigoureux de confidentialité bancaire, la Suisse est devenue « le lieu de conservation d'actifs le plus prestigieux au monde », ainsi qu’un centre majeur de finance et d’affaires internationales. Comparée à d'autres nations, la Suisse adopte une attitude protectrice et encourageante vis-à-vis des actifs cryptographiques. Ses politiques suivent étroitement l'évolution technologique, établissant rapidement des lois et régulations pour accorder progressivement aux actifs numériques un traitement équitable similaire à celui des actifs financiers traditionnels, attirant ainsi des capitaux mondiaux vers la Suisse et ses industries connexes. Selon un rapport de 2020, environ 900 entreprises blockchain ont vu le jour en Suisse ces dernières années, employant environ 4 700 personnes, témoignant clairement de l'environnement favorable offert par la Suisse aux actifs cryptographiques. Cet article analysera les dernières avancées en matière de fiscalité et de régulation des actifs cryptographiques en Suisse selon quatre dimensions : qualification juridique des actifs cryptographiques, système fiscal général, régime fiscal spécifique aux cryptoactifs, et politique de régulation des cryptomonnaies. Il proposera également une prédiction sur l’évolution future afin d’offrir aux investisseurs des informations actualisées.
2. Qualification des actifs cryptographiques en Suisse
2.1 Classification des actifs cryptographiques
Conformément aux lignes directrices publiées en février 2018 par l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) sur le cadre réglementaire des offres initiales de jetons (ICO), les actifs cryptographiques peuvent être divisés en trois catégories : jetons de paiement (payment token), jetons utilitaires (utility token) et jetons d'actif (asset token).
2.1.1 Jetons de paiement
Les jetons de paiement (tels que BTC et ETH), souvent utilisés comme synonymes de cryptomonnaies, sont des actifs numériques destinés à l'achat de biens et services ou au transfert de monnaie ou de valeur. Contrairement aux monnaies traditionnelles émises par une autorité centrale, les cryptomonnaies ne confèrent aucun droit de créance ou de propriété à leur émetteur. Ces jetons représentent uniquement « la valeur intrinsèque de la blockchain » ; ils sont conçus pour servir de moyen de paiement pour des biens et services, incarnant ainsi une valeur virtuelle reconnue au sein du système blockchain. Les jetons de paiement ne sont pas définis comme des valeurs mobilières.
2.1.2 Jetons utilitaires
Les jetons utilitaires permettent aux utilisateurs d’accéder à des applications ou services numériques basés sur une infrastructure blockchain, semblables à des billets de concert ou des bons de réduction. La nature de ces jetons dépend du contexte : s'ils ont uniquement pour but d'autoriser l'accès à une application ou service spécifique, et qu'ils remplissent effectivement cette fonction, ils ne sont pas considérés comme des valeurs mobilières. Toutefois, si un jeton utilitaire a, dès son émission, un objectif supplémentaire ou exclusivement spéculatif, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) le traitera comme une valeur mobilière (identique aux jetons d’actif).
2.1.3 Jetons d'actif
Les jetons d'actif représentent une dette ou une participation au capital émise par l'émetteur. Par exemple, ils peuvent promettre une part des bénéfices futurs d'une entreprise ou des flux de trésorerie. Du point de vue fonctionnel, ces jetons ressemblent à des actions, obligations ou produits dérivés. Les jetons permettant la transaction d’actifs physiques sur une blockchain entrent également dans cette catégorie. Ces jetons sont considérés comme des valeurs mobilières.
2.2 Qualification des actifs cryptographiques et de leurs transactions
En fonction de leurs fonctions, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) qualifie les jetons de paiement de moyens de paiement « non titres », similaires à la monnaie ; les jetons d’actif sont rapprochés des produits financiers et assimilés à des « titres », tandis que les jetons utilitaires sont classés selon qu'ils comportent ou non un objectif d'investissement additionnel. Il convient de noter que la classification d’un actif cryptographique n’est pas toujours nette, et il existe des jetons hybrides (Hybrid Tokens). En outre, en raison de leurs caractéristiques différentes, les trois types de jetons relèvent de cadres réglementaires financiers préexistants relevant de différentes compétences légales, et sont donc soumis à des impositions distinctes.
3. Politique fiscale générale en Suisse
3.1 Système fiscal suisse
La Suisse fait partie des pays européens où les particuliers et les entreprises supportent l’un des niveaux d'imposition les plus faibles. L'impôt direct des personnes physiques est perçu chaque année sur la base d’une déclaration individuelle, puis payé par acomptes l’année suivante. Comme le pays possède une structure fédérale, le système fiscal suisse est organisé en trois niveaux : fédéral, cantonal et communal. Chaque niveau dispose de compétences fiscales autonomes et de ses propres taxes. Le gouvernement fédéral, les 26 cantons et les communes perçoivent chacun leurs impôts. Tant les entreprises que les particuliers doivent payer les trois niveaux d’impôts (fédéral, cantonal et communal). Les recettes fiscales fédérales représentent environ 30 % du total national, les cantons environ 40 %, et les communes environ 30 %. Le système fiscal repose sur le principe de territorialité. Toute société par actions, société à responsabilité limitée, société en commandite par actions, coopérative, constituée conformément au droit suisse ou étranger, doit acquitter les impôts directs fédéraux, cantonaux et communaux sur ses revenus.
3.2 Impôt sur le revenu
3.2.1 Impôt sur les sociétés – Gouvernement fédéral
Le gouvernement fédéral suisse applique un taux uniforme de 8,5 % sur le bénéfice après impôt des sociétés par actions et des coopératives. Pour les associations, fondations, autres personnes morales et organismes de placement collectif, le taux est fixé à 4,25 %. Aucune taxe sur le capital n’est perçue au niveau fédéral.
Les personnes morales établies en Suisse — notamment les sociétés par actions, SARL, sociétés en commandite par actions, coopératives, associations et fondations — ainsi que les investissements collectifs réalisés par détention directe d’immobilier, sont assujettis à l’impôt. Les entreprises non-résidentes ne paient des impôts qu’en fonction de leurs revenus générés en Suisse, c’est-à-dire liés à leurs activités, établissements stables ou plus-values immobilières sur place, y compris les revenus issus de transactions immobilières.
3.2.2 Impôt sur les sociétés – Cantons et communes
Les impôts cantonaux et communaux sont harmonisés. Les règles applicables au calcul du bénéfice imposable s’appliquent généralement de manière coordonnée aux deux niveaux. Pour les entreprises normalement imposables, le taux combiné effectif d’impôt sur les bénéfices (comprenant l’impôt direct fédéral et les impôts cantonaux-communaux) variait entre 11,9 % et 21,6 % en 2020 selon les dispositions locales.
3.2.3 Impôt sur le revenu des personnes physiques
Toute personne résidant en Suisse de façon permanente ou temporaire est imposable auprès des autorités fédérales, cantonales et communales. Une personne est considérée comme ayant une résidence temporaire (domicile) en Suisse si elle : a) séjourne en Suisse au moins 30 jours tout en exerçant une activité professionnelle, ou b) séjourne au moins 90 jours sans exercer d’activité professionnelle. Le système fiscal suisse ne prévoit pas d’imposition des sociétés de personnes ; les autorités fiscales imposent donc directement les associés.
Les personnes physiques résidentes en Suisse sont imposables sur leurs revenus mondiaux. Toutefois, les revenus provenant d’activités commerciales à l’étranger, d’établissements stables ou d’immobilier hors du territoire suisse sont exclus, bien qu’utilisés pour déterminer le taux applicable de l’impôt sur le revenu (règle d’exonération progressive). Le revenu imposable inclut également la rente fictive du logement occupé par le contribuable. Le taux d’imposition est généralement progressif. Le taux maximal au niveau fédéral est de 11,5 %. Les cantons fixent librement leurs propres taux, entraînant des écarts significatifs dans les charges fiscales maximales selon les cantons (taux maximum allant de 10,33 % à 27,09 % dans les capitales cantonales).
3.3 Taxe sur le capital des entreprises
Seules les autorités fiscales cantonales et communales perçoivent annuellement une taxe sur le capital. Ce prélèvement est calculé sur la base du patrimoine net de l’entreprise (capital social, primes d’émission, réserves légales, autres réserves, bénéfices non distribués). La base imposable comprend aussi toutes les provisions non déductibles, toutes les autres réserves non divulguées et les dettes présentant un caractère économique d’apport en capital selon les règles suisses de minceur du capital. Certains cantons permettent une compensation entre l’impôt sur les bénéfices et la taxe sur le capital. Les taux varient selon les cantons et la situation fiscale de l’entreprise. En 2020, ils allaient de 0,0010 % à 0,51 %. Des allègements peuvent être accordés par certains cantons sur le capital imposable lié à des participations qualifiées, à des brevets ou à des prêts interentreprises au sein d’un groupe.
3.4 Impôt sur la fortune des particuliers
L’impôt sur la fortune est perçu uniquement par les autorités cantonales et communales selon leurs propres lois et taux. Il est calculé sur la base du patrimoine net, comprenant les biens immobiliers et mobiliers (valeurs mobilières, dépôts bancaires, valeur de rachat en espèces des assurances-vie, véhicules automobiles, parts dans des successions non réglées, etc.). Même les actifs inproductifs sont imposables. Les participations dans des entreprises étrangères et les biens immobiliers situés hors de Suisse ne relèvent pas de l’assiette de cet impôt. Toutefois, lors de l’application d’un barème progressif (progressivité conservée), ces actifs doivent être inclus dans le calcul global. Les particuliers peuvent déduire de leur patrimoine brut leurs dettes et les montants exonérés. La plupart des cantons appliquent un impôt progressif, chacun fixant librement son taux. Les charges fiscales maximales varient donc fortement d’un canton à l’autre, entre 0,135 % et 0,870 %.
3.5 Impôt sur les successions et donations
Il n’existe pas de système uniforme d’impôt sur les successions et donations en Suisse. Chaque canton peut décider librement de leur imposition, et les lois cantonales diffèrent sensiblement sur presque tous les points. À l’exception du canton de Schwyz, tous les autres cantons imposent l’un ou l’autre de ces droits lorsque le défunt ou le donateur est domicilié dans le canton, ou lorsque l’immeuble transmis est situé sur son territoire. Ces deux impôts sont généralement progressifs, calculés principalement en fonction du lien familial entre le défunt/donateur et le bénéficiaire, ou du montant de l’actif reçu. Aucun canton n’impose les conjoints survivants, et la majorité exonèrent également les héritiers en ligne directe.
3.6 Prélèvement à la source
Le prélèvement à la source fédéral s’applique aux dividendes distribués par des sociétés suisses, aux revenus tirés d’obligations ou instruments de dette émis par des institutions suisses, aux revenus provenant de fonds d’investissement suisses, et aux intérêts versés par des établissements bancaires suisses sur les dépôts. Les gains issus de jeux de hasard, loteries, etc., sont également soumis à ce prélèvement, qui n’est pas exonéré de l’impôt sur le revenu, y compris les prestations d’assurance. Le débiteur est généralement responsable du paiement et doit retenir intégralement la retenue, indépendamment du droit à un remboursement partiel ou total pour le bénéficiaire. Un remboursement n’est possible que si le revenu est correctement déclaré et que le bénéficiaire a droit aux sommes concernées. Pour les personnes morales, le prélèvement est restitué via remboursement. Pour les résidents suisses, il est compensé dans le cadre de la déclaration fiscale ordinaire. Pour les non-résidents, le prélèvement à la source constitue un impôt définitif, bien qu’un remboursement partiel ou total puisse être accordé en vertu d’accords bilatéraux contre la double imposition ou d’un traité entre la Suisse et le pays de résidence du bénéficiaire.
3.7 Taxe sur la valeur ajoutée (TVA)
Bien que la Suisse ne soit pas membre de l’Union européenne, son système de TVA s’inspire de la sixième directive du Conseil de l’UE relative à l’harmonisation des législations des États membres en matière de taxes sur le chiffre d’affaires. La TVA suisse est perçue uniquement au niveau fédéral comme une taxe indirecte sur la majorité des biens et services, applicable à chaque étape de la chaîne de production et de distribution. Il s’agit d’un impôt supporté par le fournisseur de biens ou services (l’obligation fiscale reposant sur le paiement effectué par le destinataire). Depuis le 1er janvier 2018, le taux standard applicable à tous les biens et services imposables est de 7,7 %. Un taux réduit de 3,7 % s’applique aux services d’hébergement. Un autre taux réduit de 2,5 % concerne les biens et services essentiels.
Pour les petites entreprises dont le chiffre d’affaires annuel n’excède pas 5,005 millions de francs suisses et dont la TVA annuelle due est inférieure à 103 000 francs suisses, l’Administration fédérale des contributions (AFC) propose une méthode simplifiée de calcul de la TVA. Ces entreprises, sous réserve d’abandonner la déduction de la TVA récupérable, peuvent opter pour un taux forfaitaire inférieur au taux standard, sans avoir à payer la TVA sur les achats. Cette méthode simplifiée nécessite l’approbation de l’Administration fédérale des contributions et doit être maintenue pendant au moins un an. Comparée au calcul trimestriel, elle implique seulement deux déclarations annuelles.
4. Régime fiscal suisse des actifs cryptographiques
4.1 Aperçu général du régime fiscal des cryptomonnaies en Suisse
En Suisse, la fiscalité des actifs cryptographiques repose sur le cadre fiscal existant. L’Administration fédérale des contributions (AFC) a publié dans ses documents récents mis à jour des directives détaillées sur le traitement fiscal des activités liées aux cryptomonnaies. Comme mentionné précédemment, les actifs cryptographiques sont classés en jetons de paiement, jetons d’actif et jetons utilitaires, et leur traitement fiscal varie selon leur nature.
4.2 Fiscalité des jetons de paiement
Les jetons de paiement (c’est-à-dire les cryptomonnaies) comme BTC ou ETH, utilisés à des fins de paiement, n’impliquent aucune obligation de prestation de service ou de paiement de la part de l’émetteur. Les cryptomonnaies font l’objet d’une attention particulière en vertu de la loi suisse sur le blanchiment d’argent (AMLA). Elles sont qualifiées de devises étrangères, imposées à l’impôt sur le revenu/fortune pour les particuliers, et à la taxe sur les plus-values pour les entreprises. Particuliers et entreprises supportent des obligations fiscales différentes selon leurs opérations imposables.
La détention de jetons de paiement est traitée comme un actif de capital mobilier, soumise à l’impôt sur la fortune au niveau cantonal. Dans le cas du minage de jetons de paiement, si les conditions d’activité indépendante sont remplies, les revenus sont considérés comme des revenus professionnels indépendants imposables, et les frais liés au minage sont déductibles. Le « staking » consiste à verrouiller des jetons sur une blockchain Proof-of-Stake pendant une période afin de valider la création de nouveaux jetons. Pendant cette période, le propriétaire ne peut pas utiliser ses jetons. En contrepartie, il reçoit une compensation du pool de staking, et ces revenus sont imposables à l’impôt sur le revenu. Dans le cas d’un « airdrop », le détenteur de cryptomonnaie reçoit gratuitement des unités supplémentaires sans action requise, et ce revenu est également imposable à l’impôt sur le revenu.
4.3 Fiscalité des jetons d’actif
Les produits ou services financiers liés aux jetons d’actif relèvent de la loi sur les bourses et le négoce de valeurs mobilières (SESTA), de la loi sur les infrastructures des marchés financiers et le commerce de titres et produits dérivés (FMIA), et de la loi sur les services financiers (FinSA). Les jetons d’actif sont généralement émis lors d’une offre initiale de jetons (ICO/ITO). Tous les jetons d’actif sont considérés comme des actifs mobiliers, soumis à l’impôt sur la fortune, et les revenus qu’ils génèrent comme actifs financiers sont imposables à l’impôt sur le revenu, dans trois scénarios principaux. Premièrement, les jetons de dette sont assimilés à des obligations, devant rembourser l’investissement et verser des intérêts, dont le revenu est imposable. Deuxièmement, les jetons d’actif contractuels n’exigent pas de remboursement mais donnent droit à une part des bénéfices de l’émetteur, et ce revenu est imposable. Troisièmement, les jetons d’actif conférant un droit de participation équivalent à des actions ou certificats de participation génèrent des dividendes imposables.
4.4 Fiscalité des jetons utilitaires
Les jetons utilitaires offrent un accès à des applications ou services blockchain, sans obligation de remboursement ou rendement financier. Bien que généralement négociables, ils sont imposables à l’impôt sur la fortune selon leur valeur de marché. Puisque l’émetteur n’a pas d’obligation de paiement envers les investisseurs, ils n’ont aucun impact fiscal en matière d’impôt sur le revenu.
4.5 Transactions de jetons
Toutes les transactions de jetons sont considérées fiscalement comme des opérations boursières ordinaires, équivalentes à un transfert classique de titres, et relèvent de la gestion privée du patrimoine. Les plus-values réalisées dans ce cadre sont exonérées d’impôt, mais les pertes en capital ne peuvent pas être déduites. Si l’activité de trading est qualifiée d’indépendante, les plus-values sont imposables et les pertes déductibles.
5. Dernières évolutions de la régulation des actifs cryptographiques en Suisse
Depuis l’émergence des cryptomonnaies, la Suisse a constamment fait progresser son cadre réglementaire pour adapter la supervision financière au développement des technologies blockchain et des actifs cryptographiques. Contrairement à certains pays ayant adopté des lois spécifiques strictes, la Suisse fonde sa régulation sur les textes juridiques existants, en adaptant les dispositions selon la nature des jetons. En Suisse, fournir des services d’échange ou de garde de cryptomonnaies est légal et encadré par l’Administration fédérale des contributions (SFTA) et l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA). Comme indiqué précédemment, les cryptomonnaies et monnaies virtuelles sont classées comme des actifs ou biens, et les plateformes d’échange sont assimilées à des institutions financières. Ainsi, la légalité d’un exchange dépend de la nature de l’actif et de la protection des investisseurs, tout en respectant les obligations locales de lutte contre le blanchiment d’argent (AML) et le financement du terrorisme (CFT), ainsi que celles relatives à la protection des consommateurs, même si certaines exigences bancaires sont assouplies.
Fin 2015, face à l’évolution rapide des nouvelles technologies dans le secteur financier, la Suisse a créé un « guichet fintech » (Fintech Desk) afin d’informer le public, les start-ups et les établissements financiers établis sur les lois financières en vigueur. En septembre 2017, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) a publié ses « Lignes directrices sur les offres initiales de jetons (ICO) », clarifiant sa position et soulignant que les lois financières existantes pouvaient s’appliquer aux ICO. Elle a publié une deuxième version améliorée en février 2018. En décembre 2018, le Conseil fédéral a publié le rapport « Cadre juridique pour la blockchain », fondé sur les principes de neutralité technologique et de priorité au marché, proposant des recommandations législatives. Sur cette base, le gouvernement fédéral a adopté en novembre 2019 la loi « Adaptation du droit fédéral au développement de la technologie des registres distribués » (loi DLT), visant à modifier et actualiser les textes juridiques existants afin de mieux accompagner le développement de la blockchain et des registres distribués (DLT). Cette loi fixe des règles sur les licences de cryptomonnaies, les échanges, la lutte contre le blanchiment, les infrastructures de marché et la faillite. Son principe de « neutralité technologique » montre que l’objectif n’est pas de restreindre strictement le marché blockchain, mais plutôt de protéger l’intégrité et la stabilité du système financier suisse, ainsi que les participants au marché. En septembre 2020, le Parlement suisse a adopté la « loi sur la blockchain », confirmant formellement la légalité des exchanges et des transactions de cryptomonnaies. Cette loi impose que, dès qu’un jeton peut être techniquement transféré sur une infrastructure blockchain, il doit respecter les exigences locales en matière d’ICO, de lutte contre le blanchiment d’argent (AML) et de financement du terrorisme (CTF).
Le 10 novembre 2023, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) a annoncé que la Suisse, aux côtés du Royaume-Uni, des États-Unis, de l’Allemagne, de la France, du Canada, de l’Australie et 41 autres pays, mettra en œuvre d’ici 2027 le « Cadre de déclaration des actifs cryptographiques » (CARF). Ce cadre, publié par le Forum mondial de l’OCDE sur la transparence fiscale et l’échange d’informations, vise à instaurer un échange automatique d’informations fiscales sur les actifs cryptographiques afin de renforcer la transparence des comptes financiers à l’étranger. En tant que centre financier mondial, et face à l’adhésion active des grandes puissances occidentales, la Suisse participe activement à la coopération internationale pour renforcer sa réputation et garantir la stabilité et la sécurité de son système financier. Sur le plan pratique, ce cadre pourrait renforcer passivement la capacité des autorités suisses à contrôler et surveiller les informations relatives aux actifs cryptographiques.
6. Conclusion et perspectives
L’adhésion de la Suisse au CARF laisse présager que sa régulation des actifs cryptographiques continuera d’être influencée par la communauté internationale. Avec l’intensification croissante des exigences réglementaires mondiales, la Suisse pourrait approfondir et renforcer davantage les exigences de conformité applicables aux actifs cryptographiques, afin d’assurer transparence et sécurité à son système financier. Face aux turbulences des marchés financiers mondiaux, le gouvernement suisse pourrait adopter une posture plus prudente, en respectant strictement les standards internationaux pour préserver sa crédibilité internationale.
Nous pensons que toutes les mesures réglementaires suisses visent ultimement à favoriser un meilleur développement du secteur financier. Le principe de « neutralité technologique, priorité au marché » restera la règle fondamentale de la régulation des actifs cryptographiques en Suisse. Le gouvernement continuera de soutenir l’innovation technologique autour des actifs cryptographiques et de la blockchain, tout en ajustant ponctuellement le cadre réglementaire face aux nouvelles tendances et défis du marché, afin d’en garantir l’efficacité et la souplesse. Par exemple, afin d’éviter que des régulations fiscales trop strictes pénalisent les exchanges centralisés, des alternatives décentralisées telles que les DEX pourraient bénéficier d’un traitement favorable. Par ailleurs, les actifs cryptographiques en dehors du champ du CARF, tels que les actifs fermés, les monnaies numériques des banques centrales (CBDC) ou certains produits monétaires électroniques spécifiques, pourraient également connaître un développement accru.
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