
De l'affaire CFTC contre Ikkos à la question : le BTC et l'ETH sont-ils des marchandises aux États-Unis ?
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De l'affaire CFTC contre Ikkos à la question : le BTC et l'ETH sont-ils des marchandises aux États-Unis ?
Le présent article vise à analyser en profondeur la qualification juridique des monnaies numériques telles que le BTC et l'ETH par les tribunaux américains, et à examiner la logique juridique et les principes réglementaires sous-jacents.
Rédaction : Tracy Tian, Ray
Cet envoi constitue la première partie de cet article. Veuillez suivre les contenus ultérieurs publiés par TaxDAO.
1. Introduction
Dans le sillage de l'économie numérique, les cryptomonnaies, en tant que catégorie d'actifs émergents, ont suscité des débats intenses au sein des milieux juridique et financier quant à leur statut juridique et à leur cadre réglementaire. L'anonymat, la décentralisation et la facilité de circulation transfrontalière des cryptomonnaies les distinguent fondamentalement des actifs financiers traditionnels, ce qui pose des défis inédits aux systèmes juridiques existants.
En tant que leader mondial de la régulation financière, l’approche adoptée par les États-Unis en matière de cryptomonnaies exerce une influence significative sur les marchés mondiaux. Le jugement rendu dans l'affaire CFTC c. Ikkurty ne concerne pas seulement la qualification juridique spécifique de certaines cryptomonnaies, mais représente également une exploration importante du cadre réglementaire applicable à ces actifs. La juge Mary Rowland a estimé que le BTC et l'ETH, en tant que marchandises, relèvent de la compétence de la CFTC (Commission du commerce des matières premières). Cette décision a suscité de vastes discussions dans divers milieux.
Cependant, ce jugement n’est pas un cas isolé. Auparavant, plusieurs affaires avaient déjà soulevé la question du statut juridique des cryptomonnaies. Par exemple, dans l'affaire SEC c. Telegram, la Securities and Exchange Commission (SEC) a considéré certaines cryptomonnaies comme des titres, exigeant ainsi leur conformité aux dispositions de la loi sur les valeurs mobilières. Ces décisions forment ensemble un cadre logique adopté par les tribunaux américains en matière de régulation des cryptomonnaies, reflétant à la fois prudence et innovation face à ces nouveaux instruments financiers.
Le présent article vise à analyser en profondeur la qualification juridique accordée par les tribunaux américains aux cryptomonnaies telles que BTC et ETH, en explorant la logique juridique et les principes réglementaires sous-jacents. À travers l'examen de l'affaire CFTC c. Ikkurty et d'autres décisions pertinentes, nous mettrons en lumière les critères pris en compte par les tribunaux américains dans la régulation des cryptomonnaies, notamment la fonctionnalité des actifs, leurs modes de transaction et les comportements des acteurs du marché. En outre, une évaluation multidimensionnelle — économique, financière et juridique — sera menée concernant la nature marchande des cryptomonnaies, afin d'apporter une réflexion plus complète sur leur encadrement juridique.
Sur cette base, l'article procédera à une analyse prospective des impacts potentiels de la régulation des cryptomonnaies, y compris ses effets sur les acteurs du marché, l'innovation financière et le paysage réglementaire mondial. Enfin, à partir d'une interprétation approfondie des décisions existantes et d'une analyse théorique, nous formulerons notre propre position sur la qualification juridique des cryptomonnaies, dans l'espoir de contribuer à leur développement sain et à une régulation efficace.
2. Contexte de l'affaire CFTC c. Ikkurty et positions des parties
Afin d'approfondir la question du statut juridique des cryptomonnaies, il convient d'examiner précisément une affaire emblématique : CFTC c. Ikkurty. Cette affaire attire non seulement l'attention pour avoir confirmé la nature marchande des cryptomonnaies, mais aussi pour son impact profond sur le cadre réglementaire global du secteur. Dans les sections suivantes, nous analyserons en détail le contexte, les faits et les arguments des parties, afin de mieux comprendre la logique réglementaire adoptée par les tribunaux américains.
2.1 Contexte et faits de l'affaire
Sam Ikkurty, à travers sa société Ikkurty Capital, se présentait comme un « hedge fund spécialisé en cryptomonnaies », promettant aux investisseurs des rendements élevés grâce à une gestion professionnelle de portefeuilles. Il recrutait activement des investisseurs via des plateformes numériques et des salons commerciaux, affirmant offrir un rendement annuel stable de 15 %. Toutefois, l'enquête judiciaire a révélé qu'Ikkurty n'avait jamais généré les bénéfices promis, mais avait utilisé un modèle proche d'un système de Ponzi, versant aux premiers investisseurs des fonds provenant de nouveaux entrants.
Le 3 juillet 2024, la juge Mary Rowland, du tribunal fédéral du district nord de l’Illinois, a rendu un jugement par procédure accélérée entièrement favorable à la CFTC. Elle a conclu qu’Ikkurty et sa société avaient violé la Commodity Exchange Act (CEA) et les règlements de la CFTC, notamment en opérant sans enregistrement. Le tribunal a précisé que, outre le Bitcoin et l’Ethereum, les cryptomonnaies OHM et Klima relevaient également de la définition de « marchandise » et entrent donc dans le champ de compétence de la CFTC. La CFTC demandait des compensations pour les investisseurs, le remboursement des gains illégaux, des amendes civiles, des interdictions permanentes de négociation et d’enregistrement, ainsi qu’une injonction permanente contre toute violation future de la CEA et des règles de la CFTC. Le jugement ordonne également à Ikkurty et à sa société de verser plus de 83 millions de dollars en compensation et 36 millions de dollars en restitution de profits indus. Le tribunal a également constaté un détournement de fonds lié à un programme de compensation carbone.
Ikkurty a exprimé publiquement sur les réseaux sociaux son intention de faire appel devant la Cour suprême des États-Unis et a lancé une campagne de financement participatif sur son site web pour couvrir les frais d’appel.
2.2 Synthèse des positions dans CFTC c. Ikkurty
Dans l'affaire CFTC c. Ikkurty, l'accusé est accusé d’avoir exploité un système de Ponzi en redistribuant aux premiers investisseurs les fonds des nouveaux entrants, sans générer de véritables bénéfices d'investissement, ainsi que d’avoir détourné des fonds via un programme de compensation carbone. La CFTC a intenté une action en justice, affirmant qu’Ikkurty et sa société avaient collecté illégalement plus de 44 millions de dollars auprès d'investisseurs, sans enregistrement adéquat, en investissant dans des actifs numériques et autres instruments, tout en exploitant un pool de marchandises illégal. La CFTC a souligné que cette conduite constituait une fraude et une infraction liée à l’absence d’enregistrement, en violation de la Commodity Exchange Act (CEA) et des règlements de la CFTC. Elle a également demandé une injonction permanente empêchant Ikkurty et sa société de commettre de futures violations de la CEA et des règles de la CFTC.
La CFTC soutient que, selon la définition prévue par la CEA, le Bitcoin, l’Ethereum, OHM et Klima sont des « marchandises ». Elle a invoqué des bases légales et des précédents judiciaires pour démontrer que ces cryptomonnaies entrent dans la définition large de marchandise. La CFTC accuse Ikkurty et sa société d’avoir fraudé les investisseurs en diffusant des informations fausses ou trompeuses, notamment en exagérant la performance historique du fonds et la solidité de sa stratégie d’investissement. Elle fait valoir qu’en tant qu’opérateur de pool de marchandises (CPO), Ikkurty n’était pas enregistré auprès de la CFTC, ce qui constitue une violation de la CEA. La CFTC affirme également qu’Ikkurty a détourné des fonds via une entité sous son contrôle, Jafia, en utilisant les apports des nouveaux investisseurs pour payer les anciens, conformément à un schéma de Ponzi. S'appuyant sur les clauses antidrogue de la CEA, ainsi que sur les textes réglementaires et interprétations judiciaires connexes, la CFTC a demandé un jugement par procédure accélérée, accompagné de mesures de compensation et de confiscation des profits illégaux.
De son côté, Ikkurty conteste l’existence même d’un échange de marchandises relevant de la CEA, arguant qu’il n’a traité que des « Bitcoin emballés » (wrapped Bitcoin) et d’autres cryptomonnaies qui ne devraient pas être soumis à la supervision de la CFTC. Il remet en cause la compétence de la CFTC sur les cryptomonnaies, estimant que ses revendications excèdent les pouvoirs légaux attribués à l’agence. Il affirme également ne pas avoir réellement effectué de transactions sur des marchandises en tant que CPO, et donc ne devrait pas être qualifié comme tel. Enfin, il s’oppose à la demande de compensation et de confiscation des profits illégaux formulée par la CFTC, bien que les motifs exacts de son opposition ne soient pas détaillés dans les documents disponibles.
Les documents judiciaires révèlent que, lors de la commercialisation du RCIF II, Ikkurty a fourni aux investisseurs potentiels des informations trompeuses, notamment en promettant des « bénéfices nets » distribués de manière stable. Il a levé des fonds auprès d’au moins 170 participants via son site internet, des vidéos YouTube et d’autres canaux, en promettant des rendements élevés tirés de l’investissement en actifs numériques, matières premières, dérivés, swaps et contrats à terme. Le tribunal a constaté que la gestion du portefeuille était bien plus volatile que ce qui avait été annoncé aux investisseurs. Finalement, le tribunal a validé la position de la CFTC, considérant que les cryptomonnaies en cause entrent dans la définition de « marchandise » au sens de la CEA. Il a jugé que les preuves fournies par la CFTC suffisaient à établir la fraude. Il a conclu qu’Ikkurty et sa société, en tant que CPO, n’étaient pas enregistrés auprès de la CFTC, violant ainsi la CEA. Le tribunal a donc accordé un jugement par procédure accélérée à la CFTC, ordonnant compensation et confiscation des profits indus.
Dans cette affaire, l’ordonnance de jugement accéléré confirme non seulement la compétence de la CFTC sur l’Ethereum en tant que marchandise, mais affirme clairement que des cryptomonnaies telles que le Bitcoin, l’Ethereum, OHM et Klima relèvent toutes de la juridiction de la CFTC. Ce jugement renforce juridiquement les actions antidrogue de la CFTC sur le marché des cryptomonnaies et pourrait influencer les décisions judiciaires et approches réglementaires futures.
3. Analyse des positions, logiques et raisonnements des tribunaux dans les affaires connexes
L’analyse détaillée de l’affaire CFTC c. Ikkurty permet de saisir la logique juridique et les principes réglementaires appliqués par les tribunaux américains dans les litiges liés aux cryptomonnaies. Toutefois, l’affaire Ikkurty n’est pas isolée : d’autres décisions judiciaires montrent une vision cohérente sur la nature des cryptomonnaies. Nous allons maintenant examiner ces affaires afin d’explorer davantage la reconnaissance par les tribunaux de la nature marchande des cryptomonnaies, leur raisonnement, ainsi que les implications potentielles de ces décisions sur la régulation du secteur.
3.1 Affaires connexes
3.1.1 Affaire CFTC c. McDonnell
Dans l’affaire CFTC c. McDonnell, le juge Jack B. Weinstein a statué en 2018 que le Bitcoin constituait une marchandise régulée par la CFTC. Cette affaire portait sur des accusations de fraude impliquant des monnaies virtuelles, et le juge a confirmé que la CFTC disposait du pouvoir de réguler des actifs tels que le Bitcoin. Ce jugement a consolidé l’autorité de la CFTC sur les monnaies virtuelles et a établi un fondement juridique pour sanctionner la fraude et la manipulation de marché.
Patrick McDonnell et sa société CabbageTech Corp., opérant sous le nom Coin Drop Markets, étaient accusés de diriger un plan frauduleux de trading de monnaies virtuelles. Ils prétendaient offrir des conseils professionnels sur le trading du Bitcoin et de l’Ethereum, mais n’ont jamais fourni les services promis, détournant plutôt les fonds des investisseurs. Le tribunal a condamné McDonnell et CabbageTech Corp. à payer plus de 1,1 million de dollars en compensation et amendes civiles, et leur a interdit toute activité de trading ou d’enregistrement futur en infraction.
Ce jugement a eu un impact non seulement sur McDonnell et sa société, mais a également renforcé le cadre juridique de la CFTC dans la régulation des cryptomonnaies, clarifiant leur statut de marchandises et fournissant une base légale pour agir contre les fraudes impliquant des monnaies virtuelles.
3.1.2 Affaire CFTC c. My BigCoin
En 2018, la CFTC a poursuivi My Big Coin Pay, Inc. et son fondateur pour vente frauduleuse via une bourse non enregistrée, affirmant que My Big Coin était une « cryptomonnaie révolutionnaire », alors qu’elle n’avait ni activité réelle ni valeur d’investissement. Le juge fédéral Rya W. Zobel, du Massachusetts, a statué en 2018 que les monnaies virtuelles constituent des « marchandises » au sens de la Commodity Exchange Act. L’affaire concernait des pratiques frauduleuses autour de My Big Coin (MBC), et le tribunal a reconnu que la CFTC avait compétence pour poursuivre de tels agissements. MBC a été classé comme « marchandise » car des contrats à terme sur des monnaies virtuelles comme le Bitcoin existent.
Cette décision a renforcé l’autorité de la CFTC sur le marché des monnaies virtuelles, confirmant qu’elles répondent à la définition de « marchandise » dans la CEA, et offrant ainsi une base juridique solide pour lutter contre la fraude et la manipulation de marché.
3.1.3 Affaire collective Uniswap
Dans l’affaire collective Uniswap de 2023, des investisseurs ont poursuivi Uniswap Labs, ses fondateurs et certains fonds de capital-risque, alléguant des pratiques frauduleuses liées à l’achat de jetons sur la plateforme Uniswap. Toutefois, en 2023, la juge Katherine Polk Failla, du tribunal fédéral du district sud de New York, a rejeté la plainte collective, affirmant clairement que le Bitcoin et l’Ethereum sont des « marchandises cryptographiques », et non des titres.
Les plaignants accusaient Uniswap Labs et ses partenaires d’avoir permis la vente de jetons frauduleux, causant des pertes financières, et soutenaient que ces jetons constituaient des titres non enregistrés, pour lesquels Uniswap, en tant qu’échange décentralisé, devrait être tenu responsable. La juge Failla a rejeté cette argumentation, soulignant que la nature décentralisée d’Uniswap lui ôtait tout contrôle sur les jetons listés ou sur les interactions avec les utilisateurs. Dans son jugement, elle a explicitement déclaré que l’Ethereum (ETH) est une marchandise, non un titre. Elle a en outre suggéré, sans le déclarer expressément, que Wrapped BTC (WBTC) est également une marchandise. Elle a estimé qu’en tant qu’organisation autonome décentralisée (DAO), le contrat intelligent central d’Uniswap n’était pas illégal et pouvait légitimement exécuter des transactions comparables à celles impliquant des marchandises cryptographiques comme l’ETH et le Bitcoin. Ce jugement revêt une importance particulière pour les projets DeFi, établissant que les développeurs de protocoles ne doivent pas être tenus responsables des comportements fautifs de tiers.
En résumé, aux États-Unis, les États présentent des différences notables dans la classification et la régulation du Bitcoin (BTC) et de l’Ethereum (ETH). Par exemple, le tribunal de l’Illinois a qualifié le BTC et l’ETH de « biens numériques » au sens de la CEA, offrant ainsi une certaine clarté réglementaire à l’échelon de l’État. Toutefois, cette classification n’est pas uniforme à l’échelle nationale, et d’autres États ou le gouvernement fédéral peuvent adopter des positions différentes. Par exemple, le Wyoming a adopté des lois définissant clairement certains actifs cryptographiques comme des biens, créant un cadre juridique pour les banques et valeurs mobilières cryptographiques. Malgré ces divergences, l’analyse de ces affaires permet de conclure que les tribunaux américains ont tendance à considérer les cryptomonnaies comme des marchandises plutôt que comme des titres, une orientation ayant des implications majeures sur le trading, la régulation et l’innovation sur les marchés. Avec l’évolution continue du marché des cryptomonnaies, ces décisions continueront d’influencer la formulation des politiques réglementaires et les comportements des acteurs du marché.
3.2 Réglementations applicables
Aux États-Unis, le cadre réglementaire des cryptomonnaies est construit par plusieurs institutions, dont la Securities and Exchange Commission (SEC) et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) jouent les rôles les plus cruciaux. Bien que leurs approches réglementaires partagent certains points communs, elles divergent sur des aspects essentiels, influençant profondément la classification, l’émission et le trading des cryptomonnaies.
3.2.1 Rôles respectifs de la SEC et de la CFTC
La SEC supervise principalement le marché des valeurs mobilières, incluant les actions, obligations et autres contrats d’investissement. Dans le domaine des cryptomonnaies, elle considère souvent certains types de jetons comme des titres, les régulant en vertu de la Securities Act. La position du président de la SEC, Gary Gensler, notamment sur l’Ethereum (ETH), suggère que la SEC pourrait intégrer la majorité des cryptomonnaies dans le champ de la réglementation boursière, en particulier les offres initiales de jetons (ICO) reposant sur des contrats d’investissement. Cette classification est cruciale pour déterminer les exigences réglementaires relatives à l’émission, au trading et aux produits financiers associés. Le cadre de la SEC repose essentiellement sur le test Howey, issu de la jurisprudence, afin de déterminer si un instrument constitue un « contrat d’investissement » et doit donc être traité comme un titre. Ce test examine l’apport financier, l’existence d’une entreprise commune, et l’attente de profits principalement générés par les efforts d’autrui.
À l’inverse, la CFTC considère plutôt les cryptomonnaies comme des marchandises, les régulant en vertu de la Commodity Exchange Act (CEA). Son action se concentre sur la prévention de la manipulation de marché et des fraudes, garantissant équité et transparence. Plusieurs décisions judiciaires ont renforcé cette compétence de la CFTC. Des tribunaux ont approuvé sa position, reconnaissant que les produits cryptographiques en cause relèvent de la définition de « marchandise » dans la CEA, confirmant ainsi sa juridiction. Le cadre réglementaire de la CFTC impose aux bourses de cryptomonnaies de respecter des exigences spécifiques d’enregistrement et de conformité, incluant des normes de capital, de conservation des registres et de gestion des risques.
Collectivement, ces évolutions juridiques indiquent que, d’une part, les tribunaux et autorités américaines cherchent progressivement à établir un cadre juridique plus clair pour le marché des cryptomonnaies, afin de stimuler l’innovation tout en protégeant les investisseurs ; d’autre part, il n’existe pas encore de consensus unanime entre les institutions judiciaires et réglementaires sur la qualification exacte des cryptomonnaies.
3.2.2 Impact potentiel du projet de loi FIT21 sur la qualification des cryptomonnaies
Le projet de loi H.R.4763, officiellement intitulé Financial Innovation and Technology for the 21st Century Act (FIT21), représente une tentative majeure du Congrès américain d’établir un cadre réglementaire pour les actifs numériques. Selon l’annonce du Comité des services financiers de la Chambre des représentants, le FIT21 a été adopté par la Chambre le 22 mai 2024, marquant une étape importante dans la régulation des monnaies numériques et de la technologie blockchain aux États-Unis.
L'article 101(26) du projet de loi définit d'abord ce qu'est un actif numérique (digital asset), puis énumère des exclusions. Il précise qu’un actif numérique « désigne toute représentation numérique fongible de valeur, pouvant être entièrement possédée et transférée par un individu sans intermédiaire, et enregistrée sur un grand livre public distribué sécurisé par cryptographie ». Toutefois, ne sont pas inclus : billets, actions, actions propres, contrats à terme sur valeurs mobilières, swaps sur titres, obligations, titres de créance, preuves de dette, options, calls, puts, spreads, ou tout autre actif équivalent à des options, contrats à terme ou swaps. En matière de compétence, le FIT21 introduit un nouveau critère de classification visant à déterminer si un actif numérique relève de la SEC ou de la CFTC. Le texte définit la notion de décentralisation et propose une méthode de catégorisation des actifs numériques fonctionnant sur des blockchains décentralisées, les divisant en trois grandes catégories : actifs numériques restreints (restricted digital asset), marchandises numériques (digital commodity) et stablecoins de paiement autorisés (permitted payment stablecoin). La relation entre ces catégories est la suivante : tout actif numérique est initialement considéré comme restreint, sauf s’il s’autocertifie comme marchandise numérique ou correspond à la définition d’un stablecoin de paiement autorisé. Grâce à ce système, la SEC et la CFTC peuvent clarifier leurs domaines de compétence respectifs, la première régulant les actifs restreints, la seconde supervisant les marchandises numériques.
En matière de régulation et d’exemptions, le FIT21 franchit une étape cruciale en établissant un cadre juridique pour le marché secondaire des actifs numériques. Ce dispositif s’adresse particulièrement aux actifs émis dans le cadre de contrats d’investissement, en leur permettant de s’échanger sous certaines conditions, offrant ainsi clarté et prévisibilité aux acteurs du marché. Le projet impose aux bourses et intermédiaires de strictes obligations d’enregistrement et de conformité, visant à prévenir la manipulation, améliorer la transparence, assurer l’équité et la sécurité des transactions. Le FIT21 renforce également la protection des investisseurs, imposant à toutes les entités devant s’enregistrer auprès de la CFTC ou de la SEC des exigences complètes en matière de divulgation client, de protection des actifs et de bonnes pratiques opérationnelles. Ces mesures obligent les entités à fournir des informations claires et précises, à conserver rigoureusement les actifs clients et à respecter des normes élevées, renforçant ainsi la transparence globale du marché. Enfin, concernant l’émission, le FIT21 offre une exemption d’enregistrement aux émetteurs d’actifs numériques éligibles, allégeant ainsi leur charge réglementaire, tout en les soumettant à un ensemble de règles et restrictions. Cet équilibre vise à encourager l’innovation sans compromettre les principes fondamentaux de la régulation.
Bien que le FIT21 ait été adopté en mai 2023 par la Chambre des représentants avec une majorité de voix favorables, il a fait l’objet d’une déclaration politique opposée du président Joe Biden. Son sort final dépend donc de l’examen au Sénat et de l’approbation présidentielle. Sans être encore entré en vigueur, l’adoption du FIT21 est perçue comme un moment charnière pour l’écosystème américain des actifs numériques, car il offre à l’innovation dans ce domaine une protection des consommateurs et une certitude réglementaire nécessaires. L’adoption du projet pourrait également influencer la fiscalité et la régulation des cryptomonnaies, en fournissant à l’IRS des critères plus clairs pour la classification des actifs cryptographiques, facilitant ainsi la taxation des détenteurs.
En somme, les positions divergentes de la SEC et de la CFTC ont un impact notable sur le marché des cryptomonnaies. Le cadre réglementaire de la SEC impose aux émetteurs de cryptomonnaies des exigences strictes de divulgation et d’enregistrement, ce qui peut limiter certaines émissions ou circulations. Celui de la CFTC, centré sur la régulation des comportements de marché, offre davantage de flexibilité aux transactions. Par ailleurs, l’émergence et l’adoption du FIT21 posent une nouvelle base juridique pour la régulation des cryptomonnaies, susceptible d’unifier les rôles de la SEC et de la CFTC, et d’offrir un environnement juridique plus clair à l’innovation et aux échanges d’actifs numériques.
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