Que raconte le nouveau documentaire de Coinbase, « Money: The Founder's Story » ?
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Que raconte le nouveau documentaire de Coinbase, « Money: The Founder's Story » ?
Il s'agit d'un documentaire sur le parcours de l'introduction en bourse de Coinbase, retracant l'histoire de Coinbase et se concluant par son introduction à la Bourse de NASDAQ le 14 avril 2021.
Auteur : Josh Wilson, Bloomberg
Traduction : Guo Qianwen, ChainCatcher
Ce qui retient davantage l’attention dans ce documentaire, c’est en réalité les questions laissées sans réponse, comme le silence de la sénatrice américaine Elizabeth Warren sur la question de savoir si « les cryptomonnaies constituent ou non la solution finale aux difficultés financières mondiales ».
« Coin : L'histoire d’un fondateur » (Coin: A Founder’s Story), réalisé par Greg Kohs, lauréat à dix reprises du prix Emmy, suit un récit classique d’origine – qu’il s’agisse d’un héros ou d’un vilain – en commençant par l’enfance de Brian Armstrong et son fascination pour les ordinateurs et le web.
Ce documentaire retrace le parcours de Coinbase vers son introduction en bourse (IPO), remontant l’histoire de l’entreprise jusqu’à son IPO sur le Nasdaq le 14 avril 2021. Riche en contenu et en analyses, l’œuvre se distingue surtout par les questions cruciales qu’elle laisse en suspens.
Avant de regarder ce film, il est essentiel de comprendre qui l’a produit et qui détient le contrôle éditorial (note : capacité à examiner, fixer des normes ou exercer un droit de veto sur l’apparence, le texte ou l’utilisation du produit). Un point fondamental, souvent exigé dans les productions audiovisuelles : la personne détenant le pouvoir éditorial et approuvant le produit final doit être différente du sujet principal du contenu.
Contrôle éditorial
Le film a été produit par Alldayeveryday, une société de production complète basée à New York et à Los Angeles. Cette entreprise a déjà conçu des programmes de divertissement pour des marques telles que Nike, Vans, Lyft, Facebook et Beats, et a réalisé des films avec Michael Pitt (acteur américain) pour la marque de mode Rag & Bone, ainsi qu’avec Greta Gerwig pour DKNY.
Compte tenu de son historique, il est probable que Coinbase ait financé coûteusement ce documentaire, ce qui soulève naturellement des interrogations sur l’étendue réelle du contrôle éditorial et sur l’objectivité du film.
(Coinbase n’a pas rapidement répondu aux demandes de commentaire concernant le financement du film)
Sur Twitter, Armstrong a affirmé que Kohs détenait le contrôle éditorial et le droit de décision final sur le montage, signifiant ainsi qu’il n’avait aucun pouvoir de contrôle sur le produit final. Mais la question demeure : si Coinbase a effectivement financé le projet, quelle influence a-t-elle exercée sur le contenu éditorial ?

Cela ne veut pas dire que le film adopte systématiquement un regard idéalisé sur Coinbase. Des controverses sont abordées, notamment l’acquisition de Neutrino, et l’approche très commerciale d’Armstrong face au mouvement équitable « Black Lives Matter » est également mise en lumière.
Mais globalement, le film adopte une vision positive de l’industrie des cryptomonnaies et de ses potentialités, tout en offrant une analyse de la personnalité d’Armstrong.
Le documentaire met surtout en avant les relations professionnelles privées d’Armstrong, notamment celle avec son cofondateur Fred Ehrsam.

Le réalisateur Greg Kohs
Contrairement à l’histoire conflictuelle bien connue entre Mark Zuckerberg et son cofondateur, Ehrsam et Armstrong ont cherché à résoudre leurs différends de manière amicale. Quand cela s’est avéré impossible, Ehrsam est parti poursuivre sa propre voie, tout en restant membre du conseil d’administration de Coinbase. Une anecdote rapportée montre même qu’après son départ, Armstrong lui a accordé davantage d’actions de l’entreprise, ce qu’un investisseur a qualifié d’« inédit ».
Décentralisation et État
La régulation constitue depuis longtemps un domaine où Coinbase souhaite entamer ou renforcer le dialogue public.
L’ancienne procureure fédérale du ministère de la Justice Katie Haun figure également dans le film. Elle a créé la première cellule gouvernementale américaine consacrée aux cryptomonnaies, chargée d’enquêter sur le bitcoin. Membre actuel du conseil d’administration de Coinbase, elle y défend la position de l’entreprise. Ses réflexions approfondies sur les cryptomonnaies l’ont amenée à considérer celles-ci comme une technologie légitime, plutôt que simplement comme un outil illégal au service du crime – une prise de position rarement empreinte d’ouverture d’esprit. Haun affirme aussi que la blockchain peut servir à traquer les activités criminelles.

Dans le film, John Kothanek, responsable senior du groupe de renseignement mondial de Coinbase, soutient également que par rapport aux monnaies fiduciaires, les cryptomonnaies permettent en réalité un meilleur suivi des transactions illégales. Hester Pierce, commissaire à la Securities and Exchange Commission (SEC), intervient également, exprimant toujours un optimisme quant aux nouvelles technologies et aux potentialités des cryptomonnaies.
Le concept de la cryptomonnaie comme « outil révolutionnaire des droits humains » est illustré par des études de cas concernant le Nigeria et le Bélarus, montrant comment les systèmes financiers traditionnels permettent aux États d’exercer un contrôle écrasant sur les libertés individuelles. Le professeur d’économie à Harvard Kenneth Rogoff commente cette problématique dans le film : « Le bitcoin m’amène à réfléchir sur l’équilibre entre liberté et pouvoir. »
Le film revient sur la crise financière de 2008 et décrit comment, depuis l’Antiquité, avidité et erreurs humaines ont largement conduit à des oppressions financières à l’échelle nationale. La décentralisation financière pourrait résoudre ce problème, mais il faut reconnaître que les gouvernements garderont toujours le dernier mot. Il convient de promouvoir la régulation, plutôt que de s’y opposer. Des séquences montrent Armstrong rencontrant des sénateurs à Washington, une démarche susceptible de faciliter la régulation, même si la route reste longue.
L’affaire Neutrino permet au spectateur de mieux comprendre la manière dont Armstrong pense en tant que dirigeant : calme, capable d’admettre ses erreurs, et surtout, disposé à en tirer des enseignements.
En mars 2019, Coinbase a acquis Neutrino, unstablecoin algorithmique adossé au dollar mais soutenu par un autre protocole algorithmique.
Peu après l’acquisition, les utilisateurs ont rapidement fait remarquer que Neutrino était en réalité géré par une équipe de hackers notoire, vendant des logiciels espions en Arabie Saoudite, au Soudan et au Venezuela.
Black Lives Matter (BLM)
Le film aborde également la position d’Armstrong sur le mouvement BLM, une section particulièrement intéressante à voir.
D’un côté, il prône continuellement la démocratisation de la finance et l’égalité dans le monde entier, mais il affirme que Coinbase, en tant qu’entreprise, ne soutiendra pas de mouvements politiques comme BLM. Ce mouvement prend racine dans les injustices historiques subies par les Afro-Américains, notamment aux États-Unis, et ces injustices sont étroitement liées au système financier et monétaire.
Certains penseraient que cet héritage – refus de prêts aux Noirs, politiques monétaires discriminatoires visant à discréditer, dévaloriser et affaiblir les communautés noires – devrait inciter Armstrong à associer activement son entreprise à ce mouvement. Après tout, la vision de BLM correspond fortement à ses propres idéaux. Pourtant, il choisit une approche plus froide, publiant une déclaration publique distante malgré une grève d’employés.
Qu’Armstrong ait signé l’Engagement du Don et adopte une telle position sur BLM paraît étrange, voire peu justifiable. Même lorsqu’il parle de BLM, son attitude semble floue : il dit partager certaines idées et objectifs du mouvement. À mon avis, il existe un décalage profond entre lui, l’organisation BLM et les valeurs antiracistes, d’équité et d’égalité. Si la question portait sur la traite d’enfants ou un autre sujet moins clivant dans la société américaine, je doute qu’il aurait adopté la même position.
Conclusion
Le film s’achève sur l’introduction historique en bourse de Coinbase en 2021, où Armstrong apparaît impassible, tout comme son cofondateur Ehrsam. Enfin, le film insiste sur leur amitié, montrant comment ils ont réussi à préserver leur relation tout en construisant ensemble une entreprise.
Ce film mérite d’être vu, il propose une observation solide et manifestement éducative de l’univers des cryptomonnaies.
Bien qu’il inclue des interviews d’anciens employés, notamment après le scandale BLM, le ton général reste exempt de controverses marquées et extrêmement positif, allant jusqu’à ignorer complètement toute autre bourse que Coinbase.
Le film ne présente pratiquement aucune perspective contradictoire ou critique, excepté le silence de la sénatrice américaine Elizabeth Warren sur la question de savoir si les cryptomonnaies sont « la solution ultime aux difficultés financières mondiales ». Compte tenu des revers subis par les cryptomonnaies en 2022, cette vision trop optimiste semble curieuse. Néanmoins, le film atteint son apogée en retraçant les événements du deuxième trimestre 2021.
Armstrong laisse finalement une impression douce, pragmatique et très introvertie, soucieux des gens, de son entreprise et de l’histoire financière, tout en aspirant à améliorer ses compétences en tant que PDG.
Titre original : « ‘Coin: A Founder’s Story’ Offers A Meticulous Look At Crypto And The Ups And Downs Involved In The Origins Of Brian Armstrong’s Coinbase »
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