
Tendances du marché boursier américain : Une seule déclaration de Jensen Huang fait bondir la capitalisation de 47 milliards de dollars ; Google procède, pour la première fois en 20 ans, à une « vente d’actifs » afin de lever des fonds
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Tendances du marché boursier américain : Une seule déclaration de Jensen Huang fait bondir la capitalisation de 47 milliards de dollars ; Google procède, pour la première fois en 20 ans, à une « vente d’actifs » afin de lever des fonds
Les chiffres de l’emploi non agricole détermineront la prochaine orientation du marché.
Rédaction : Recherche TechFlow

La course aux armements en intelligence artificielle passe désormais de « qui possède la puce la plus performante ? » à « qui transforme le plus rapidement ses liquidités en puissance de calcul ? ».
Le 2 juin, les marchés ont simultanément révélé les deux faces de cette pièce : une simple déclaration de Jensen Huang lors de la conférence Computex à Taipei a fait grimper la capitalisation boursière de Marvell de 47 milliards de dollars en une seule journée ; tandis qu’Alphabet a été contraint de procéder, pour la première fois depuis vingt ans, à une augmentation de capital afin de lever 80 milliards de dollars — car ses bénéfices actuels ne suffisent plus à nourrir l’appétit insatiable des infrastructures IA.
L’un est célébré sur scène comme une divinité, l’autre vend son sang hors scène. Telle est la réalité du secteur technologique en 2026.
Tous les indices terminent en hausse : les trois principaux indices battent des records
Mardi, l’indice S&P 500 a clôturé à 7 609,78 points (+0,13 %), franchissant pour la première fois de son histoire le seuil des 7 600 points. Le Dow Jones Industrial Average (DJIA) a progressé de 229 points, atteignant 51 307,79 points (+0,45 %). Le Nasdaq Composite a légèrement augmenté de 0,03 %, s’établissant à 27 093,90 points, un nouveau record lui aussi.
Mais ce n’est pas le marché des grandes capitalisations qui a le plus brillé. L’indice Russell 2000 a grimpé de 0,90 %, affichant la plus forte progression parmi les quatre principaux indices. Cette résilience des petites capitalisations suggère que la confiance des marchés dans les fondamentaux économiques ne se limite pas aux quelques géants dont la capitalisation dépasse le millier de milliards de dollars.
L’indice S&P 500 enregistre ainsi dix semaines consécutives de hausse (y compris la semaine précédente). La dernière série similaire remonte à la fin 2024, au moment du démarrage de la vague spéculative autour de l’IA.
Soirée semi-conducteurs : Computex devient une bourse à distance pour Wall Street
Le 2 juin, le secteur des semi-conducteurs a été électrisé à distance par la conférence Computex à Taipei.
Marvell Technology (MRVL) : +32,52 %, sa plus forte hausse journalière en 26 ans.
Lors de sa participation conjointe avec Matt Murphy, PDG de Marvell, Jensen Huang a lancé six mots sur scène : « The next trillion-dollar company, ladies and gentlemen. »
Ce n’était pas une boutade. En mars dernier, NVIDIA avait déjà injecté 2 milliards de dollars dans Marvell pour acquérir ses capacités en interconnexion réseau et en puces sur mesure. La logique de Jensen Huang est limpide : lorsque une tâche de calcul est répartie entre des milliers de puces réparties dans tout un centre de données, le « système nerveux » reliant ces puces — c’est-à-dire le réseau d’interconnexion — devient tout aussi critique que les puces elles-mêmes. Or, c’est précisément ce « système nerveux » que Marvell conçoit et fabrique.
Au cours de la séance, la capitalisation boursière de Marvell est passée de 1 920 à environ 2 550 milliards de dollars. Certes, il lui reste encore un facteur cinq à parcourir pour rejoindre le « club des mille milliards », mais les marchés ont clairement pris les propos de Jensen Huang pour une feuille de route stratégique, et non pour une simple formule de politesse.
La veille, jour d’ouverture de Computex, Jensen Huang avait présenté la puce super-intégrée RTX Spark, le tout premier processeur pour PC jamais développé par NVIDIA — une incursion directe dans le fief d’Intel et d’AMD — entraînant une hausse de 4,8 % du titre NVDA. Le lendemain, les capitaux ont migré de NVIDIA vers ses « partenaires écosystémiques ». Ce simple rebondissement raconte une histoire : le rendement marginal des investissements IA commence à se diffuser depuis le « cœur » vers la « périphérie ».
Hewlett Packard Enterprise (HPE) : hausse spectaculaire d’environ 25 %, sa plus forte performance journalière depuis son introduction en Bourse.
Le rapport financier du deuxième trimestre d’HPE constitue un exemple typique de « domination totale » : le résultat ajusté par action (EPS) s’élève à 0,79 dollar, contre une attente de 0,53 dollar sur les marchés — soit un excédent de 49 % ; le chiffre d’affaires atteint 10,68 milliards de dollars, dépassant les 9,79 milliards attendus, soit une croissance annuelle de 40 %. Les ventes liées aux serveurs s’élèvent à 5,45 milliards de dollars, soit près de 20 % de plus que prévu.
Plus important encore, les prévisions pour l’ensemble de l’année ont été radicalement relevées : l’EPS attendu pour 2026 passe de 2,30–2,50 dollars à 3,35–3,45 dollars — une augmentation immédiate d’un dollar entier. Le PDG Antonio Neri a déclaré qu’HPE avait « devancé de deux ans son plan financier à long terme ».
Pendant plusieurs années, HPE avait été considérée par les marchés comme un « vestige de l’ère ancienne ». Ce rapport prouve que les retombées de l’IA ne profitent pas uniquement à NVIDIA ou aux entreprises concevant des puces : même les fournisseurs de serveurs — les « manutentionnaires » — peuvent profiter pleinement de cette ère nouvelle.
Alphabet vend son sang pour acheter du carburant : l’anxiété derrière une levée de fonds de 80 milliards de dollars
Le principal catalyseur baissier de la journée fut l’annonce par Alphabet d’un programme de financement par actions de 80 milliards de dollars. La société mère de Google n’avait pas recouru à une augmentation de capital depuis peu après son introduction en Bourse en 2005 — soit une interruption de vingt ans.
Cette opération se déroule en trois étapes : Berkshire Hathaway souscrit à 10 milliards de dollars à un prix préférentiel (actions de classe A à environ 351,81 dollars l’unité, actions de classe C à environ 348,20 dollars l’unité) ; 30 milliards de dollars sont levés via une offre publique gérée par des banques d’investissement (dont la moitié sous forme d’actions privilégiées obligatoirement convertibles) ; enfin, 40 milliards de dollars supplémentaires seront collectés progressivement sur le marché secondaire à partir du troisième trimestre, selon la méthode « at-the-market » (ATM).
La raison invoquée par Alphabet est simple : ses dépenses en immobilisations (capex) devraient dépasser 180 milliards de dollars en 2026, soit le double de celles de 2025 — et encore davantage en 2027. Même si les activités publicitaires et cloud de Google génèrent chaque année des flux de trésorerie supérieurs à 100 milliards de dollars, cela ne suffit plus.
Le titre GOOGL a chuté d’environ 4 % ce jour-là. Ce n’est pas tant « le manque de liquidités chez Google » qui inquiète les marchés, que la vitesse vertigineuse à laquelle l’IA brûle de l’argent — bien plus rapide que ne l’avaient anticipé la plupart des observateurs. Selon les estimations de Goldman Sachs, les dépenses cumulées des géants technologiques américains dans le domaine de l’IA atteindront environ 800 milliards de dollars en 2026. Lorsqu’une entreprise aussi puissante qu’Alphabet doit recourir à la dilution de son capital pour se financer, les investisseurs sont contraints de reconsidérer la question suivante : la course aux armements en IA aboutira-t-elle à une victoire totale du vainqueur, ou tous les participants seront-ils finalement écrasés par leurs propres coûts d’investissement ?
Un analyste de banque d’investissement a récemment formulé une remarque percutante devant Al Jazeera : « Pour les entreprises de très grande taille, l’insuffisance d’investissement constitue une menace existentielle, tandis qu’un excès d’investissement n’est qu’un coût élevé. » Cette phrase résume parfaitement l’état d’esprit actuel du secteur : mieux vaut dépenser trop que rater le train.
Clivage sectoriel : l’IA stimule la technologie, tandis qu’Alphabet freine les services de communication
Sur les 11 secteurs composant l’indice S&P 500, sept ont progressé et quatre ont reculé.
Les secteurs technologique et des services publics ont mené la hausse. Les valeurs technologiques ont été portées par Marvell et HPE, tirant vers le haut l’ensemble du sous-secteur des semi-conducteurs (SOXX +5,79 %). La hausse du secteur des services publics a surpris quelque peu, certains investisseurs ayant profité d’un repli de 4,9 % subi en mai pour y effectuer des achats à bon compte.
Le secteur des services de communication a été le plus faible de la journée, entièrement freiné par la seule performance d’Alphabet. En effet, ce titre représente une part disproportionnée au sein du sous-secteur des services de communication de l’indice S&P 500 : dès lors qu’il baisse, le secteur tout entier peine à se redresser.
Le secteur financier a reculé légèrement. Bien que les indices généraux aient atteint de nouveaux sommets, les banques restent en attente des données sur l’emploi non agricole (NFP) publiées vendredi et des statistiques JOLTS sur les postes vacants.
Psychologie des marchés : l’indicateur de peur reste bas, mais des courants souterrains se font sentir
L’indice de volatilité VIX s’est maintenu dans la fourchette 15–16, proche de son creux annuel, donnant une apparence de calme général. Le rendement des obligations d’État à dix ans a légèrement augmenté, passant à 4,46 %, soit une hausse de 1 point de base par rapport à la veille.
Deux signaux méritent toutefois une vigilance particulière :
Premièrement, Julian Emanuel d’Evercore ISI souligne que « la concentration sans précédent des valorisations autour des noms liés à l’IA gonfle les indices tout en masquant les effets secondaires négatifs liés à un contexte géopolitique et économique difficile ». Micron, NVIDIA et Alphabet représentent à elles seules plus de 40 % de la révision globale des résultats par action (EPS) attendus pour l’indice S&P 500 en 2026. Une nette dissonance existe donc entre la robustesse apparente des indices et la performance effective de la majorité des titres.
Deuxièmement, sur le plan géopolitique, l’Iran a annoncé, le jour même de l’ouverture de Computex, la suspension de ses négociations indirectes avec les États-Unis, en protestation contre les opérations militaires israéliennes au Liban. Le prix du baril a brièvement bondi en séance, bien que Donald Trump ait ensuite affirmé sur Truth Social que les négociations progressaient « à vive allure ». Toutefois, la situation au Moyen-Orient demeure une épée de Damoclès suspendue au-dessus des marchés.
Focus après séance : les résultats de Palo Alto Networks dépassent les attentes
Palo Alto Networks (PANW) a progressé de plus de 8 % après la clôture. Ses résultats du premier trimestre ont dépassé les prévisions des analystes, confirmant une fois de plus la résilience des dépenses en cybersécurité. Il s’agit d’un signal positif pour le secteur technologique au moment de l’ouverture mercredi.
Un autre événement majeur approche : Broadcom (AVGO) publiera ses résultats du deuxième trimestre le 3 juin (mercredi). En tant que joueur clé dans la conception de puces IA sur mesure, les performances de Broadcom permettront de vérifier directement la question centrale pour les marchés : la demande de puces IA continue-t-elle de s’accélérer ?
Calendrier hebdomadaire : les données sur l’emploi décideront de la direction des marchés
Avant l’ouverture mardi, les données JOLTS sur les postes vacants pour avril ont été publiées, confirmant une stabilité autour de 6,8 millions. Mais le véritable test aura lieu vendredi, avec la publication du rapport sur l’emploi non agricole (NFP) pour mai.
Les anticipations concernant la politique monétaire de la Réserve fédérale connaissent une évolution subtile. Avec une inflation toujours élevée, la probabilité d’un relèvement des taux d’intérêt d’ici la fin de l’année dépasse désormais les 60 %. Si les données sur l’emploi s’avèrent particulièrement solides, les rendements des obligations d’État pourraient encore augmenter, mettant alors sous pression les valeurs à forte croissance, dont les valorisations reposent largement sur un environnement de taux bas.
Pour l’instant, toutefois, le choix des marchés est clair : ignorer temporairement la question des taux et poursuivre sans relâche la course à l’IA.
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