
Effondrement de l’or en une semaine : la « grande vente de 1983 » refait surface ; les pays du Moyen-Orient « vendraient de l’or pour lever des fonds » ?
TechFlow SélectionTechFlow Sélection

Effondrement de l’or en une semaine : la « grande vente de 1983 » refait surface ; les pays du Moyen-Orient « vendraient de l’or pour lever des fonds » ?
La principale raison de ce repli brutal est l’escalade du conflit au Moyen-Orient, qui a fait grimper les cours du pétrole et freiné les attentes de baisse des taux d’intérêt, tandis qu’une contraction de la liquidité en dollars a déclenché une vague de ventes.
L’or a enregistré cette semaine sa plus forte baisse hebdomadaire depuis 43 ans, un écho historique qui glace le marché.
Cette semaine, la baisse de l’or a atteint son niveau le plus élevé depuis mars 1983. Le cours au comptant de l’or a chuté pendant huit séances consécutives, marquant ainsi la plus longue série de baisses hebdomadaires depuis octobre 2023. Parallèlement, l’argent a perdu plus de 15 %, tandis que le palladium et le platine ont également reculé.

Le déclencheur de ce krach brutal réside dans l’escalade des tensions au Moyen-Orient, qui a fait grimper les prix de l’énergie et, par conséquent, affaibli les attentes de baisse des taux d’intérêt. Les marchés parient désormais à hauteur de 50 % sur une hausse des taux par la Réserve fédérale américaine (Fed), ce qui alimente encore davantage cette vague de ventes massives d’actifs précieux.
Ce scénario inquiète particulièrement les acteurs du marché, car il rappelle fortement le krach historique de mars 1983, provoqué alors par une vente massive d’or par les pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient. À l’époque, les membres de l’OPEP, confrontés à une chute brutale de leurs recettes pétrolières, avaient été contraints de liquider leurs réserves d’or pour générer des liquidités, entraînant une chute de plus de 100 dollars de l’once en quelques jours seulement.
À noter que, selon les données historiques, la baisse subie par l’or cette semaine constitue bien la plus sévère depuis cette « tempête de vente d’or » survenue il y a 43 ans.

L’effondrement des anticipations de baisse des taux rend caduque la logique de refuge sécurisé
Depuis l’attaque menée conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran le mois dernier, l’or connaît une baisse continue depuis plusieurs semaines, contredisant radicalement son rôle traditionnel d’« actif refuge ».
La raison en est que la guerre ne suscite pas d’anticipations de politique monétaire accommodante, mais plutôt une pression inflationniste accrue. Aujourd’hui, les anticipations concernant la trajectoire de la politique monétaire de la Fed ont subi une inversion fondamentale.
Les traders parient désormais à 50 % sur une hausse des taux avant octobre. La flambée des prix de l’énergie renforce les anticipations d’inflation, tandis que l’or — actif non rémunéré — perd fortement de son attrait dans un contexte de hausse des taux d’intérêt réels.
Parallèlement, des signes d’un resserrement de la liquidité en dollars commencent à apparaître sur les marchés. Les swaps de base intermonétaires (cross-currency basis swaps) se sont nettement élargis cette semaine, révélant une certaine tension sur le financement en dollars.
Ce phénomène pourrait expliquer la logique profonde derrière les ventes massives d’or : lorsque la liquidité en dollars se contracte, l’or devient souvent l’un des premiers actifs que les investisseurs monétisent.
À noter que les baisses les plus marquées sur les marchés des métaux cette semaine se sont concentrées durant les séances asiatique et européenne, ce qui correspond exactement au schéma habituel selon lequel les tensions liées à la pénurie de dollars se manifestent d’abord sur les marchés hors sol américain (offshore).

Déclenchement des stops techniques, renforcement autonome des ventes
Face à cette baisse prolongée, les indicateurs techniques de l’or se sont fortement détériorés : l’indice de force relative (RSI) sur 14 jours est tombé sous le seuil de 30, entrant dans une zone considérée par certains traders comme « survendue ».
Rhona O’Connell, analyste chez StoneX Financial, souligne que ce recul de l’or résulte d’une combinaison de prises de bénéfices et de liquidations liées à des contraintes de liquidité. Selon elle, le niveau supérieur à 5 200 dollars l’once avait attiré de nombreux acheteurs, rendant le marché particulièrement vulnérable à un ajustement.
Dès lors que les cours ont commencé à baisser, une multitude d’ordres de vente automatique (stops) ont été déclenchés, générant rapidement un cercle vicieux de ventes auto-renforcées. Des signaux techniques tels que les moyennes mobiles ont encore accentué cette pression baissière.
Par ailleurs, les ventes passives déclenchées par la chute des marchés actions ont également eu un impact négatif sur l’or.
O’Connell précise que les liquidations forcées liées aux positions boursières ont pesé sur les cours de l’or, tandis que le ralentissement des achats d’or par les banques centrales et les sorties continues de capitaux des ETF or ont encore sapé le moral des investisseurs. Selon les données de Bloomberg, les ETF or ont enregistré trois semaines consécutives de sorties nettes de capitaux, avec une diminution cumulée des encours supérieure à 60 tonnes.
Le spectre de la « vente d’or pour lever des fonds » au Moyen-Orient en 1983
La situation actuelle pousse les observateurs du marché à faire un parallèle avec le krach de l’or survenu il y a 43 ans, déclenché par la crise pétrolière.
Des documents historiques indiquent qu’aux alentours du 21 février 1983, les producteurs britanniques et norvégiens de pétrole ont lancé une baisse des prix, mettant l’OPEP sous pression pour suivre. La surabondance soudaine de l’offre pétrolière mondiale a alors conduit les pays exportateurs du Moyen-Orient — principalement des membres de l’OPEP — à être contraints de vendre massivement leurs réserves d’or afin de mobiliser des liquidités, déclenchant ainsi un effondrement sans précédent des cours.
Un article du New York Times publié le 1er mars 1983 confirme cette analyse. Selon ce reportage, les opérateurs de marché ont clairement identifié la vente d’or par les pays exportateurs du Moyen-Orient comme la cause directe de la chute des cours, tout en avertissant que, si les recettes pétrolières continuaient de se rétracter, ces pays arabes pourraient procéder à de nouvelles ventes massives. À l’époque, le cours de l’or avait chuté de plus de 105 dollars l’once en moins d’une semaine, avec un record de baisse quotidienne de 42,5 dollars — le plus important depuis trois ans.

Selon le New York Times, les liquidités issues de ces ventes d’or au Moyen-Orient ont immédiatement afflué vers les marchés des dollars européens et autres instruments d’investissement à court terme, entraînant un assouplissement des taux à court terme et envoyant ainsi un signal d’alerte à l’ensemble du marché mondial de l’or. Comme le 21 février coïncidait avec la fête nationale américaine (Presidents’ Day), les marchés new-yorkais étaient fermés, et l’impact n’a donc pleinement frappé que la semaine suivante, déclenchant une série de liquidations forcées en chaîne, qui ont également touché les marchés des matières premières telles que le cuivre, les céréales, les graines de soja et le sucre.
ZeroHedge note que le krach de l’or de 1983 a marqué le début d’un cycle baissier de plusieurs années sur le marché pétrolier — caractérisé par une discipline défaillante au sein de l’OPEP et une perte continue de parts de marché —, faisant peser une pression soutenue sur les cours du pétrole tout au long des années 1980.
L’ombre de la stagflation plane-t-elle sur l’or ? Le cours peut-il se stabiliser ?
Malgré cette semaine dévastatrice, l’or reste en hausse d’environ 4 % depuis le début de l’année. En effet, fin janvier, il avait atteint un sommet historique proche de 5 600 dollars l’once, porté par l’enthousiasme des investisseurs, la vague d’achats d’or par les banques centrales et les inquiétudes quant à une possible ingérence de Donald Trump dans l’indépendance de la Fed.
Toutefois, le contexte macroéconomique s’est nettement dégradé. Selon Bloomberg, Joseph Briggs, économiste chez Goldman Sachs, prévoit que la hausse des prix de l’énergie pèsera sur le PIB mondial à hauteur de 0,3 point de pourcentage au cours de l’année à venir, tout en faisant augmenter l’inflation générale de 0,5 à 0,6 point de pourcentage. Le risque de stagflation augmente, restreignant fortement la marge de manœuvre des banques centrales.
Chris Hussey, analyste chez Goldman Sachs, souligne que le détroit d’Hormuz est bloqué depuis quatre semaines, et que les espoirs d’un règlement rapide du conflit s’amenuisent. Si les hostilités se prolongent, plus la période de prix élevés du pétrole sera longue, plus la narration selon laquelle les marchés actions et obligataires « voient au-delà des souffrances à court terme » deviendra difficile à défendre, exposant encore davantage la fragilité des actifs mondiaux.
Pour l’or, l’évolution des taux d’intérêt réels constituera le facteur décisif. Si le conflit s’éternise et que les anticipations d’inflation continuent de s’emballer, la trajectoire haussière des taux par la Fed deviendra plus nette, et la pression sur l’or pourrait se prolonger. En revanche, toute amélioration des relations géopolitiques pourrait permettre une réémergence des besoins de couverture contre le risque, ce qui demeure la plus grande incertitude pour les marchés.
Bienvenue dans la communauté officielle TechFlow
Groupe Telegram :https://t.me/TechFlowDaily
Compte Twitter officiel :https://x.com/TechFlowPost
Compte Twitter anglais :https://x.com/BlockFlow_News














