
Stripe s'associe à Paradigm pour lancer Tempo, visant les paiements mondiaux
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Stripe s'associe à Paradigm pour lancer Tempo, visant les paiements mondiaux
Tempo représente-t-il vraiment une nouvelle opportunité, ou recèle-t-il la répétition d'anciennes difficultés ?
Le 4 septembre, le géant du paiement Stripe a annoncé la création de la nouvelle blockchain Tempo en collaboration avec Paradigm, un fonds d'investissement de premier plan dans le domaine des cryptomonnaies. Positionnée comme une couche 1 (Layer1) compatible EVM axée sur les paiements, Tempo vise à atteindre un débit supérieur à 100 000 transactions par seconde et une confirmation en moins d'une seconde, destinée à des cas concrets tels que les paiements transfrontaliers. La sortie de Tempo a rapidement attiré l'attention du marché : ses partisans pensent que l'entrée en scène de Stripe pourrait favoriser l'adoption massive des paiements sur blockchain et ouvrir une nouvelle ère pour l'utilisation des stablecoins au sein de l'infrastructure financière mondiale ; quant aux sceptiques, ils considèrent que Tempo est essentiellement une blockchain privée conçue par un géant du paiement pour des intérêts commerciaux. Tempo représente-t-elle réellement une nouvelle opportunité, ou risque-t-elle de reproduire d’anciennes difficultés ? Cet article de CoinW Research examine la question.
1. Positionnement et vision de Tempo
1.1 Tempo, une Layer1 spécialisée dans les paiements
Tempo considère que bien que les blockchains existantes aient connu des percées en matière de contrats intelligents et d'écosystèmes d'applications, elles font toujours face à trois goulots d’étranglement majeurs dans le domaine des paiements : la volatilité des frais de transaction, les délais de règlement imprévisibles, ainsi qu’un manque de modules pouvant s’adapter à l’échelle. Pour des opérations telles que le règlement transfrontalier, ces problèmes limitent directement leur adoption généralisée. Le positionnement de Tempo consiste précisément à concentrer ses ressources sur ce segment vertical des paiements, en mettant l’accent sur la stabilité et l’efficacité, afin de constituer une Layer1 dédiée aux paiements. Par ailleurs, en tirant parti du réseau marchand et des interfaces de paiement de Stripe, Tempo cherche à combler le déficit actuel des blockchains publiques en matière d'infrastructure de paiement.
Ce positionnement constitue également un défi au paysage actuel de l’industrie du paiement. Dans les systèmes traditionnels, des réseaux tels que Visa contrôlent depuis longtemps les chemins de transaction et la structure des frais, obligeant les commerçants et utilisateurs à accepter passivement les règles existantes. Tempo tente de transférer ce modèle sur la blockchain, mais selon une logique protocolaire. Grâce à des conceptions telles que « la stablecoin comme gaz » (« stablecoin as gas ») et des itinéraires de paiement intégrés, les paiements sur chaîne se rapprochent davantage des scénarios réels tout en garantissant la prévisibilité et la certitude des transactions. L’objectif de Tempo n’est pas de recréer un écosystème de blockchain publique généraliste, mais plutôt de devenir une couche intermédiaire entre le système de paiement réel et le monde blockchain, en plaçant la stabilité et l’efficacité au cœur de sa conception. Si cette vision venait à se concrétiser, Stripe pourrait passer d’une simple passerelle de paiement à un véritable concepteur de règles de règlement, occupant ainsi une position stratégique au sein de l’infrastructure financière sur chaîne.

Source : tempo.xyz
1.2 Caractéristiques techniques clés de Tempo
Dans sa conception, Tempo privilégie les paiements, et ses caractéristiques techniques s’articulent autour de la stabilité, de la conformité réglementaire et de l’efficacité. Elle permet aux utilisateurs d’utiliser n’importe quelle stablecoin pour payer les frais de transaction ; des canaux de paiement dédiés garantissent que les transactions ne soient pas perturbées par d'autres activités sur la chaîne, assurant ainsi des coûts faibles et une haute fiabilité ; en outre, Tempo prend nativement en charge les échanges à faible coût entre différentes stablecoins, y compris celles personnalisées par des entreprises, renforçant davantage la compatibilité du réseau. En complément, la fonction de transfert groupé, rendue possible grâce à l'abstraction des comptes, permet de traiter plusieurs transactions en une seule opération, améliorant considérablement l'efficacité de la gestion des fonds ; tandis qu'un mécanisme de listes blanches/noires répond dès la couche basse aux exigences réglementaires en matière de gestion des autorisations utilisateur, offrant ainsi une garantie de conformité indispensable aux institutions. Enfin, le champ de remarque dans les transactions respecte la norme ISO 20022 (élaborée par l'Organisation internationale de normalisation pour uniformiser les communications financières transfrontalières liées aux paiements, au règlement et aux titres), facilitant ainsi la concordance fluide entre les transactions sur chaîne et les processus de réconciliation hors chaîne.
Ces caractéristiques définissent des cas d’usage centrés sur les paiements et le règlement financier. Au niveau mondial, Tempo peut directement supporter des activités fréquentes telles que les encaissements transfrontaliers ; les comptes financiers intégrés permettent aux entreprises et développeurs de gérer efficacement leurs fonds sur chaîne ; la fonction de virement rapide et peu coûteuse pourrait réduire les frais intermédiaires des transferts transfrontaliers, augmentant ainsi leur accessibilité. À plus long terme, Tempo pourrait aussi permettre le règlement instantané de dépôts tokenisés, offrant des services financiers disponibles 24 heures sur 24 ; dans les cas de micro-paiements ou de paiements automatisés par agents intelligents, ses avantages en termes de faible coût et d’automatisation pourraient favoriser l’émergence de nouvelles applications.
On observe ainsi une différence principale entre Tempo et d'autres blockchains principales dédiées aux stablecoins, comme Plasma, notamment en matière d’« ouverture ». Tempo permet à toute personne d’émettre une stablecoin et autorise l’utilisation directe de n’importe quelle stablecoin comme frais de transaction ; Plasma, quant à elle, propose des transferts gratuits de USDT, un mécanisme personnalisable de jeton gaz et un support confidentiel, visant avant tout l’efficacité et l’expérience utilisateur ; Circle Arc, en revanche, fixe le USDC comme gaz natif de la chaîne, faisant de celui-ci ainsi que d’autres stablecoins comme USYC des actifs centraux de l’écosystème, fortement intégrés au réseau de paiement et aux portefeuilles de Circle. Globalement, Plasma privilégie la performance des paiements, Arc mise sur une intégration verticale conforme, tandis que Tempo construit une base plus diversifiée pour les stablecoins.
1.3 Tempo en phase testnet
Il convient de noter que Tempo se trouve encore en phase testnet. Selon les informations publiques, cette phase se déroule principalement dans un environnement de validation restreint, destiné à tester des cas basiques comme les paiements transfrontaliers. Les données officielles concernant les performances — comme le soutien à 100 000 transactions par seconde, une confirmation en moins d’une seconde ou le modèle de paiement « stablecoin comme gaz » — n’ont été validées que dans des environnements contrôlés pour l’instant.
Pour l’heure, Tempo a intégré un groupe de partenaires issus des secteurs du paiement, de la banque et de la technologie, incluant Visa, Deutsche Bank, Shopify, Nubank, Revolut, OpenAI et Anthropic. Tempo indique qu’elle commencera par un pilote auprès d’un petit nombre d’entreprises et de développeurs, et ne lancera un test public plus large ni le déploiement du réseau principal qu’après avoir atteint les critères requis en matière de sécurité, de conformité et d’expérience utilisateur.
2. Controverses principales autour de Tempo sur le marché
2.1 Pourquoi Tempo n’a-t-il pas opté pour un Layer2 Ethereum ?
Tempo n’a pas choisi de s’appuyer sur Ethereum pour construire un Layer2, mais a préféré créer une nouvelle Layer1 entièrement autonome, ce qui a suscité des débats au sein de la communauté. Étant donné que Paradigm est longtemps considéré comme un partisan inconditionnel de l’écosystème Ethereum, cette décision a surpris bon nombre de membres clés, soulevant des interrogations. Matt, cofondateur de Paradigm et chef de projet de Tempo, explique ce choix par deux raisons principales. Premièrement, le degré de centralisation des Layer2 existants est trop élevé. Même des solutions majeures comme Base reposent encore sur une architecture de séquenceur unique : si ce nœud venait à tomber en panne, l’ensemble du réseau pourrait être paralysé. Tempo vise à devenir un réseau de paiement mondial impliquant des milliers d’institutions partenaires ; si la couche de base dépend d’un contrôle centralisé, il serait difficile d’établir un niveau de confiance suffisant entre ces institutions. Selon Tempo, seul un réseau véritablement décentralisé, composé de nombreux validateurs, peut assurer la neutralité et la sécurité requises pour les paiements transfrontaliers.
La deuxième raison concerne l’efficacité du règlement : la finalité des Layer2 dépend en réalité de la chaîne principale Ethereum, nécessitant des périodes régulières de publication des transactions sur la chaîne principale pour confirmation. Pour les utilisateurs ordinaires, cela signifie souvent des temps d’attente plus longs lors des dépôts et retraits vers un Layer2. Ce délai reste acceptable pour les petites transactions, mais dans un système de paiement global, il allonge le cycle de règlement et affaiblit l’avantage des stablecoins comme outils de compensation immédiate. En comparaison, Tempo vise une confirmation finale en moins d’une seconde, répondant pleinement aux exigences de rapidité des paiements. Ainsi, la création d’une Layer1 autonome vise à construire une infrastructure fondamentale capable de supporter efficacement des volumes massifs de règlements.

Source : @paradigm
2.2 Neutralité de Tempo remise en question
L’équipe de Tempo affirme vouloir rester neutre, affirmant que toute personne peut émettre et utiliser des stablecoins sur la chaîne. Toutefois, certains observateurs jugent cette affirmation logiquement problématique. D’abord, Tempo n’est pas, lors de sa phase de lancement, une blockchain totalement ouverte, mais fonctionne via un ensemble restreint de validateurs autorisés. Cela contredit son discours sur la « liberté de participation pour tous ». Par ailleurs, même si Tempo permet d’utiliser différentes stablecoins pour payer ou transférer, le pouvoir de fonctionnement sous-jacent reste concentré entre les mains d’un petit nombre de grandes institutions. Si, à l’avenir, un acteur à haut risque tente d’émettre une stablecoin sur Tempo, les validateurs, tels que Visa, étant des entités agréées, refuseront très probablement de traiter ces transactions, rendant alors toute notion de neutralité illusoire.
Un autre point de critique porte sur le fait qu’historiquement, presque aucun réseau ayant commencé par un modèle « autorisé puis décentralisé » n’a réussi à devenir véritablement ouvert. Lorsqu’une entreprise détient le contrôle au lancement, elle détient aussi le pouvoir sur la distribution des revenus. D’un point de vue commercial, il est peu probable que des institutions comme Visa cèdent volontairement ce pouvoir et ces bénéfices, surtout à d’éventuels concurrents futurs. Pour cette raison, la « neutralité » de Tempo apparaît davantage comme une narration marketing qu’une réalité envisageable. En examinant les grands réseaux d’infrastructure financière passés — de Visa aux chambres de compensation — on constate qu’ils ont tous tendance à un contrôle de plus en plus centralisé. Pour briser ce schéma historique, Tempo devra surmonter d’importantes résistances.
2.3 Tempo ressemble davantage à une blockchain de consortium
Par ailleurs, du point de vue de sa conception structurelle, Tempo est soupçonné de se rapprocher davantage d’une blockchain de consortium. Actuellement, l’accès aux validateurs n’est pas ouvert à tous, mais piloté par les partenaires. Cette architecture assure la stabilité, mais implique aussi que le pouvoir de gouvernance soit concentré entre quelques institutions, rendant difficile l’expression des valeurs chères à l’industrie cryptographique : décentralisation et accès libre. On peut donc dire que Tempo incorpore dès le départ une logique de consortium, mieux adaptée au modèle d’un réseau de règlement entre entreprises, plutôt qu’à une blockchain ouverte au sens traditionnel.
La valeur de Tempo réside davantage dans la fourniture d’un terrain d’expérimentation conforme et contrôlé pour ces institutions, plutôt que dans une avancée technologique surpassant les blockchains publiques existantes. Toutefois, cela limite par conséquent son ouverture et sa neutralité. Même si elle conserve la compatibilité EVM et entretient des liens techniques avec l’écosystème Ethereum, Tempo ressemble globalement davantage à une blockchain dirigée par un consortium institutionnel qu’à une véritable infrastructure publique.
3. Importance stratégique de Tempo
3.1 Stratégie de Stripe dans les cryptomonnaies
La naissance de Tempo n’est pas un événement isolé, mais la suite logique de plusieurs années d’investissements de Stripe dans le domaine des cryptomonnaies. Passant d’une exploration prudente à un pari sur les stablecoins, puis à la création d’une blockchain axée sur les paiements, la trajectoire stratégique de Stripe devient de plus en plus claire. Voici les étapes clés de son développement dans les cryptos :
- Juin 2018 : annonce l’arrêt du soutien aux paiements en Bitcoin, en raison de la lenteur des transactions et du manque d’intérêt des utilisateurs, mettant fin à quatre ans d’expérimentation en cryptomonnaies.
- Octobre 2024 : relance les paiements cryptos aux États-Unis, permettant aux marchands de recevoir des stablecoins USDC et USDP, convertis instantanément en dollars, avec des frais inférieurs à ceux des cartes de crédit.
- Février 2025 : acquiert Bridge, une société d’infrastructure pour stablecoins, pour environ 1,1 milliard de dollars, soulignant que les stablecoins deviendront un moteur clé du commerce transfrontalier.
- Mai 2025 : lance un compte financier pour stablecoins, disponible dans 101 pays, prenant en charge le dépôt, le retrait et les paiements inter-chaînes, et collabore avec Visa pour sortir une carte de paiement en stablecoins.
- Juin 2025 : annonce l’acquisition de Privy, une entreprise d’infrastructure de portefeuille Web3, renforçant ainsi son système de portefeuille cryptographique et de comptes utilisateurs.
- Septembre 2025 : lancement officiel de Tempo, positionnée comme une Layer1 prioritaire aux paiements.
3.2 Perspectives de Tempo
Le lancement de Tempo ne prolonge pas seulement la stratégie de Stripe dans les cryptomonnaies, mais marque aussi un saut stratégique. Contrairement à ses précédentes initiatives fonctionnelles, Tempo intervient directement au niveau de l’infrastructure, visant à repenser les bases mêmes du paiement et du règlement transfrontaliers. Elle incarne non seulement l’ambition de Stripe d’intégrer des centaines de millions de marchands et d’utilisateurs aux paiements sur chaîne, mais constitue aussi une tentative concrète de faire entrer la blockchain dans le courant dominant grâce aux ressources d’entreprise. Sur le plan macroéconomique, le lancement de Tempo intervient à un moment relativement favorable. D’un côté, l’utilisation croissante des stablecoins dans les paiements transfrontaliers, l’épargne et le règlement progresse continuellement ; de l’autre, les cadres réglementaires autour des stablecoins deviennent de plus en plus clairs. Dans ce contexte, le vaste réseau marchand mondial de Stripe offre à Tempo des scénarios transactionnels naturels. Avec la participation de partenaires comme Visa, Shopify, Deutsche Bank ou OpenAI, Tempo peut construire un « laboratoire fermé » couvrant l’acquisition, le règlement et les applications.
Cependant, l’avenir à long terme de Tempo reste incertain. L’échec de Libra de Meta montre que les blockchains menées par des entreprises peinent souvent à concilier décentralisation et consensus de marché sous pression réglementaire. Comparativement, la conception de Tempo s’adapte mieux au cadre réglementaire actuel, mais son architecture de gouvernance de type consortium implique une forte concentration du pouvoir, rendant difficile une rupture avec les modèles traditionnels. Si Tempo ne parvient pas progressivement à introduire des mécanismes de participation plus ouverts, elle pourrait être perçue comme une extension du domaine commercial de Stripe, plutôt que comme une véritable infrastructure publique. Dans l’ensemble, l’avenir de Tempo dépendra non seulement de son équilibre entre efficacité et ouverture, mais aussi de sa capacité à gagner la confiance des institutions dans le cadre réglementaire, tout en accumulant progressivement un effet de consensus inter-réseaux. Si ces conditions sont progressivement remplies, Tempo pourrait dépasser le stade d’un simple test commercial et évoluer vers une infrastructure dotée de véritables attributs publics, révélant ainsi pleinement sa valeur à long terme.
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