
« Le projet de loi sur le dollar beau » : une expérience financière visant à diriger le lac artificiel de la dette américaine vers les stablecoins
TechFlow SélectionTechFlow Sélection

« Le projet de loi sur le dollar beau » : une expérience financière visant à diriger le lac artificiel de la dette américaine vers les stablecoins
Une expérience financière née d'une crise de la dette publique américaine de 36 billions de dollars tente de transformer le monde cryptographique en « repreneur » des obligations américaines, tandis que le système monétaire mondial est en train de se remodeler silencieusement.
Auteur : Mask, W3C DAO
Dans le Capitole américain, un projet de loi baptisé « Grand Plan de Beauté » avance à grands pas. Un récent rapport de Deutsche Bank qualifie cette initiative de « Plan Pennsylvanie » destiné par les États-Unis à faire face à leur dette colossale : intégrer le dollar numérique au système de financement national via l’obligation pour les stablecoins d’acheter des obligations américaines.
Ce texte législatif s’inscrit dans une stratégie conjointe avec le GENIUS Act, qui exige désormais que tous les stablecoins libellés en dollars soient entièrement adossés à des liquidités, obligations d'État américaines ou dépôts bancaires. Il marque une transformation fondamentale de la régulation des stablecoins : les émetteurs doivent détenir des réserves à hauteur de 1:1 en dollars ou actifs hautement liquides (comme les bons du Trésor à court terme), interdit formellement les stablecoins algorithmiques, et instaure un cadre de régulation fédérale et étatique en double voie. Ses objectifs sont clairs :
-
Relancer le marché obligataire : forcer les réserves des stablecoins à être investies sur le marché des obligations américaines. Selon les prévisions du Trésor américain, la capitalisation mondiale des stablecoins atteindra 2 000 milliards de dollars d’ici 2028, dont 1 600 milliards injectés dans les obligations d’État, offrant ainsi une nouvelle source de financement aux déficits budgétaires américains.
-
Renforcer l’hégémonie du dollar : actuellement, 95 % des stablecoins sont indexés sur le dollar. Ce mécanisme crée une boucle fermée « dollar → stablecoin → paiements mondiaux → retour vers la dette américaine », consolidant ainsi le « droit de monnayage sur chaîne » du dollar dans l’économie numérique.
-
Favoriser les baisses de taux : selon Deutsche Bank, ce projet exerce une pression sur la Réserve fédérale afin qu’elle baisse ses taux pour réduire le coût du financement de la dette, tout en provoquant un affaiblissement du dollar pour stimuler la compétitivité des exportations américaines.
Le barrage de la dette américaine, les stablecoins comme outil politique
La dette fédérale américaine dépasse désormais 36 000 milliards de dollars, et en 2025, rembourser le principal et les intérêts exigera jusqu’à 9 000 milliards. Face à ce « barrage de dettes », l’administration Trump cherche désespérément de nouvelles voies de financement. Les stablecoins, autrefois perçus comme une innovation financière marginale et mal régulée, deviennent inattendument une bouée de sauvetage pour la Maison Blanche.
Selon des signaux provenant du séminaire sur les marchés monétaires de Boston, les stablecoins sont désormais encouragés à devenir de « nouveaux acheteurs » sur le marché obligataire. Yie-Hsin Hung, PDG de State Street Global Advisors, déclare sans ambages : « Les stablecoins créent une demande additionnelle significative sur le marché des obligations d’État. »
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la capitalisation totale des stablecoins s’élève actuellement à 256 milliards de dollars, dont environ 80 % sont alloués à des bons du Trésor ou accords de rachat (repos), soit environ 200 milliards. Bien que cela représente moins de 2 % du marché obligataire global, leur rythme de croissance stupéfait les institutions financières traditionnelles.
Citigroup prévoit que d’ici 2030, la capitalisation des stablecoins atteindra entre 1 600 et 3 700 milliards de dollars, et les obligations américaines détenues par leurs émetteurs dépasseront alors 1 200 milliards — un montant suffisant pour figurer parmi les plus grands détenteurs de dette américaine.
Ainsi, les stablecoins deviennent un nouvel instrument d’internationalisation du dollar. Par exemple, les principaux stablecoins comme USDT et USDC détiennent déjà près de 200 milliards de dollars d’obligations américaines, soit 0,5 % du total. Si leur taille atteint 2 000 milliards (avec 80 % alloués à la dette américaine), leur détention excédera celle de n’importe quel pays individuel. Ce mécanisme pourrait :
-
Tordre les marchés financiers : une demande soudaine pour les obligations à court terme ferait chuter leurs rendements, accentuant le redressement de la courbe des taux et affaiblissant l’efficacité de la politique monétaire classique.
-
Éroder le contrôle des marchés émergents sur leurs capitaux : les flux transfrontaliers de stablecoins contournent le système bancaire traditionnel, affaiblissant la capacité d’intervention sur les changes (comme lors de la crise de 2022 au Sri Lanka causée par une fuite massive de capitaux).
La dissection du projet : un ingénierie financière fondée sur l’arbitrage réglementaire
Le « Grand Plan de Beauté » et le GENIUS Act forment un couple stratégique précis. Ce dernier fixe le cadre réglementaire obligeant les stablecoins à devenir les « repreneurs » de la dette américaine ; le premier offre des incitations à l’émission, bouclant ainsi la boucle.
La conception centrale du projet reflète une grande habileté politique : chaque fois qu’un utilisateur achète 1 dollar de stablecoin, l’émetteur doit utiliser ce dollar pour acheter une obligation américaine. Cela satisfait à la fois les exigences réglementaires et les objectifs de financement public. Tether, le plus grand émetteur de stablecoins, a acquis net 33,1 milliards de dollars d’obligations américaines en 2024, devenant ainsi le septième plus gros acheteur mondial.
Le système de régulation par niveaux trahit une volonté manifeste de favoriser les géants : les stablecoins dont la capitalisation dépasse 10 milliards de dollars seraient directement supervisés au niveau fédéral, tandis que les petits acteurs seraient relégués aux autorités étatiques. Cette structure accélère la concentration du marché, où Tether (USDT) et Circle (USDC) dominent déjà plus de 70 % des parts.
Le projet inclut également des clauses d’exclusivité : les stablecoins non libellés en dollar ne peuvent circuler aux États-Unis, sauf s’ils acceptent une réglementation équivalente. Cela consolide à la fois l’hégémonie du dollar et ouvre la voie au USD1, un stablecoin soutenu par la famille Trump — ce dernier ayant déjà obtenu une promesse d’investissement de 2 milliards de dollars de la société d’investissement d’Abu Dhabi, MGX.
La chaîne du transfert de dette : la mission de sauvetage des stablecoins
Dans la seconde moitié de 2025, le marché obligataire américain connaîtra une vague supplémentaire d’émission d’environ 1 000 milliards de dollars. Face à cet afflux, les émetteurs de stablecoins sont mis à contribution. Mark Cabana, responsable de la stratégie taux à Bank of America, souligne : « Si le Trésor opte pour un financement par emprunts courts, l’augmentation de la demande générée par les stablecoins offrira une marge de manœuvre au ministre des Finances. »
Le mécanisme est subtil :
- Chaque dollar de stablecoin émis nécessite l’achat d’un dollar d’obligation américaine à court terme, créant ainsi une voie directe de financement
- La croissance de la demande pour les stablecoins se transforme en pouvoir d’achat institutionnalisé, réduisant l’incertitude du financement public
- Les émetteurs sont contraints d’accumuler continuellement des actifs de réserve, créant un cycle auto-renforçant de demande
Adam Ackermann, responsable des portefeuilles chez Paxos, révèle que plusieurs grandes banques internationales discutent activement de collaborations autour des stablecoins, demandant même : « Comment lancer un stablecoin en huit semaines ? » L’enthousiasme du secteur a atteint son sommet.
Mais le diable se cache dans les détails : les stablecoins s’appuient principalement sur des obligations à court terme, ce qui ne résout pas la tension sur les obligations à long terme. De plus, la taille actuelle des stablecoins reste négligeable comparée aux intérêts annuels de la dette américaine : la capitalisation globale des stablecoins s’élève à 232 milliards de dollars, contre plus de 1 000 milliards de dollars d’intérêts annuels dus.
L’hégémonie renouvelée du dollar : l’avènement d’un colonialisme numérique
La stratégie profonde du projet vise à numériser l’hégémonie du dollar. Avec 95 % des stablecoins indexés sur le dollar, un « réseau parallèle du dollar » se construit en dehors du système bancaire traditionnel.
Dans des régions comme l’Asie du Sud-Est ou l’Afrique, les PME utilisent massivement l’USDT pour les virements transfrontaliers, contournant SWIFT, réduisant les coûts de transaction de plus de 70 %. Cette « dollarisation informelle » accélère la pénétration du dollar dans les marchés émergents.
L’impact le plus profond concerne une révolution paradigmatique du système de compensation international :
- Le règlement en dollars repose traditionnellement sur des réseaux interbancaires comme SWIFT
- Les stablecoins incarnent une forme de « dollar sur chaîne », intégré directement dans divers systèmes de paiement distribués
- La capacité de règlement du dollar franchit les frontières des institutions financières traditionnelles, opérant une mise à niveau vers une « hégémonie numérique »
L’Union européenne perçoit clairement la menace. Son règlement MiCA limite l’usage quotidien des stablecoins non libellés en euro et interdit l’émission de ceux à grande échelle. La BCE accélère le développement de l’euro numérique, mais les progrès restent lents.
Hong Kong adopte quant à elle une stratégie différenciée : tout en instaurant un système de licence pour les stablecoins, elle envisage un double régime d’autorisation pour les services de gré à gré et de garde. L’autorité monétaire prévoit aussi de publier des directives sur la tokenisation d’actifs réels (RWA), poussant les obligations, l’immobilier et autres actifs traditionnels vers la blockchain.
Le réseau de transmission des risques : compte à rebours vers la bombe à retardement
Le projet enfouit trois risques structurels majeurs :
Premier risque : le cercle vicieux « dette américaine - stablecoin ». En cas de rachat massif de l’USDT, Tether serait contraint de vendre ses obligations pour obtenir des liquidités → effondrement des prix obligataires → dépréciation des réserves d’autres stablecoins → krach généralisé. En 2022, l’USDT avait brièvement perdu son ancrage suite à une panique de marché ; des événements similaires pourraient, à plus grande échelle, secouer le marché obligataire.
Deuxième risque : amplification des risques dans la finance décentralisée (DeFi). Une fois entrés dans l’écosystème DeFi, les stablecoins sont soumis à des mécanismes de levier extrême via le minage de liquidité, les prêts et les garanties. Le mécanisme de Restaking permet de gager les mêmes actifs à travers plusieurs protocoles, multipliant exponentiellement les risques. Un effondrement de la valeur sous-jacente pourrait entraîner des liquidations en cascade.
Troisième risque : perte d’indépendance de la politique monétaire. Le rapport de Deutsche Bank souligne que le projet « exercera une pression sur la Réserve fédérale pour qu’elle baisse les taux ». L’administration Trump obtiendrait indirectement un « droit de création monétaire », sapant l’indépendance de la Fed — Powell ayant récemment refusé toute pression politique, indiquant qu’une baisse en juillet est improbable.
Plus grave encore, le ratio dette/PIB américain dépasse désormais 100 %, augmentant le risque de crédit sur la dette américaine elle-même. Si les rendements obligataires restent inversés ou si des anticipations de défaut apparaissent, la qualité refuge des stablecoins serait gravement compromise.
Un nouvel échiquier mondial : la reconfiguration économique sur chaîne
Face aux initiatives américaines, le monde se divise en trois camps :
-
Camp de la convergence réglementaire : l’organisme de régulation bancaire canadien annonce être prêt à encadrer les stablecoins, avec un cadre en cours d’élaboration. Cette approche épouse celle des États-Unis, créant une synergie nord-américaine. Coinbase lancera en juillet des contrats perpétuels américains réglés en stablecoins.
-
Camp de la défense innovante : Hong Kong et Singapour adoptent des trajectoires divergentes. Hong Kong suit une logique prudentielle restrictive, positionnant les stablecoins comme des « substituts aux banques virtuelles » ; Singapour expérimente un « bac à sable des stablecoins », autorisant des émissions pilotes. Ces différences risquent de générer des arbitrages réglementaires, affaiblissant la compétitivité asiatique globale.
-
Camp des solutions alternatives : dans les pays touchés par l’inflation, les populations utilisent les stablecoins comme « actif refuge », sapant la circulation de leur monnaie nationale et l’efficacité de la politique monétaire. Ces nations pourraient accélérer le développement de stablecoins locaux ou de ponts monétaires multilatéraux, mais elles font face à d’importants défis commerciaux.
Par ailleurs, le système international va connaître une transformation : du modèle unipolaire vers une « architecture hybride ». Trois scénarios possibles :
-
Alliance monétaire multipolaire (scénario le plus probable) : dollar, euro et yuan formeraient un trio de devises de réserve, complété par des systèmes régionaux de règlement (comme le swap multilatéral au sein de l’ASEAN).
-
Compétition des monnaies numériques : 130 pays développent des monnaies numériques d’émission (CBDC). Le yuan numérique est déjà testé dans le commerce transfrontalier, ce qui pourrait transformer l’efficacité des paiements, mais pose des problèmes de souveraineté.
-
Fragmentation extrême : en cas d’escalade des conflits géopolitiques, pourraient émerger des blocs séparés (dollar, euro, monnaies BRICS), entraînant une explosion des coûts du commerce mondial.
Alex Chriss, PDG de PayPal, pointe un goulot d’étranglement clé : « Du point de vue du consommateur, il n’existe aujourd’hui aucun véritable incitatif à adopter les stablecoins. » Son entreprise développe des mécanismes de récompense pour surmonter ce frein à l’adoption, tandis que des bourses décentralisées comme XBIT utilisent des contrats intelligents pour résoudre les problèmes de confiance.
Deutsche Bank anticipe que, avec l’entrée en vigueur du « Grand Plan de Beauté », la Fed sera contrainte de baisser les taux et le dollar s’affaiblira sensiblement. Et d’ici 2030, lorsque les stablecoins détiendront 1 200 milliards de dollars d’obligations américaines, le système financier mondial aura peut-être achevé une reconfiguration silencieuse sur chaîne : l’hégémonie du dollar sera inscrite dans chaque transaction blockchain, tandis que les risques se diffuseront via les réseaux décentralisés vers chaque participant.
Les innovations technologiques ne sont jamais neutres. Quand le dollar revêt la peau de la blockchain, la lutte pour l’ordre ancien se joue désormais sur un nouveau champ de bataille !
Bienvenue dans la communauté officielle TechFlow
Groupe Telegram :https://t.me/TechFlowDaily
Compte Twitter officiel :https://x.com/TechFlowPost
Compte Twitter anglais :https://x.com/BlockFlow_News













