
Panguangsheng, gouverneur de la Banque populaire de Chine : Quelques réflexions sur la gouvernance financière mondiale
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Panguangsheng, gouverneur de la Banque populaire de Chine : Quelques réflexions sur la gouvernance financière mondiale
Pour améliorer la gouvernance financière mondiale, toutes les parties doivent renforcer le dialogue et la coopération.
Discours : Pan Gongsheng
Chers Secrétaire Ji Ning, Monsieur Xiao Chuan, ancien gouverneur de la Banque populaire de Chine, Monsieur le Maire Gong Zheng, chers camarades Wang Jiang, Yun Ze, Wu Qing, Haifeng et Hexin, chers invités,
Bonjour à tous !
Merci beaucoup au Comité municipal du Parti et au gouvernement municipaux de Shanghai, en particulier aux Secrétaires Chen et au Maire Gong, pour leur attention et leur soutien constants envers les activités financières et la Banque populaire de Chine. J’ai l’honneur d’assumer cette année la coprésidence tournante de ce forum. Après de nombreuses années d’efforts, le Forum de Lujiazui est devenu une plateforme d’échanges dotée d’une forte influence internationale et d’une grande visibilité sur les marchés. Au nom de la Banque populaire de Chine et des organisateurs, je tiens à vous souhaiter la bienvenue la plus chaleureuse et à vous exprimer toute notre reconnaissance.
Lors du Forum de Lujiazui de l’année dernière, j’avais exposé la position de la politique monétaire chinoise ainsi que l’évolution future du cadre de politique monétaire. Au cours de l’année écoulée, la Banque populaire de Chine a maintenu une posture de politique monétaire accommodante, mettant en œuvre plusieurs mesures monétaires en termes de quantité, de prix et de structure, soutenant efficacement la reprise continue de l’économie et la stabilité des marchés financiers. Par ailleurs, nous avons amélioré le cadre de politique monétaire, optimisé les variables intermédiaires, développé un taux d’intérêt de politique, renforcé l’efficacité de la transmission de la politique monétaire, enrichi la boîte à outils et renforcé la communication et l’orientation des anticipations. La transformation du cadre de politique monétaire est un processus progressif et continu ; nous continuerons donc d’en évaluer et d’en perfectionner les modalités.
J’aimerais maintenant partager avec vous quelques réflexions sur le thème « Quelques considérations sur la gouvernance financière mondiale ». Ce sujet est très vaste. Aujourd’hui, je me concentrerai sur quatre aspects : le système monétaire international, le système de paiement transfrontalier, le système de stabilité financière mondiale, et la gouvernance des organisations financières internationales.
Premièrement, concernant le système monétaire international.
Historiquement, le système monétaire international a toujours évolué, et le changement de monnaie dominante reflète les profondes transformations de l’ordre mondial et les mutations de la compétitivité nationale. Au XVIIe siècle, le florin néerlandais fut la première monnaie internationale ; de la fin du XVIIIe siècle à la première moitié du XXe siècle, la livre sterling devint la monnaie dominante ; après la Seconde Guerre mondiale, le dollar américain s’est imposé comme monnaie principale, position qu’il conserve aujourd’hui.
La monnaie internationale dominante possède une nature de bien public mondial. Or, lorsqu’elle repose sur une monnaie souveraine, cela comporte dès l’origine certaines instabilités inhérentes. Premièrement, lorsque les intérêts nationaux entrent en conflit avec la fonction de bien public global, le pays émetteur privilégie souvent ses propres intérêts, compromettant ainsi la fourniture stable de ce bien commun. Deuxièmement, les problèmes de supervision financière et budgétaire du pays émetteur, ainsi que l’accumulation de déséquilibres structurels internes, peuvent se diffuser sous forme de risques financiers à l’échelle mondiale, voire dégénérer en crise financière internationale. Troisièmement, en cas de conflits géopolitiques, de préoccupations liées à la sécurité nationale ou même de guerre, la monnaie dominante peut être instrumentalisée, voire utilisée comme arme.
En raison de ces problèmes, les discussions sur la réforme du système monétaire gagnent en intensité. Ces dernières années, les dynamiques de changement étaient principalement motivées par des facteurs économiques et financiers après la crise financière internationale, et les débats se situaient surtout sur ce terrain. Aujourd’hui, une nouvelle série de discussions provient davantage du domaine géopolitique. Ces réflexions prennent globalement deux directions.
La première direction concerne la manière d’atténuer la dépendance excessive à une seule monnaie souveraine et ses effets négatifs, afin de favoriser une concurrence saine entre quelques monnaies fortes, accompagnée de mécanismes d’incitation et de contrainte. Une évolution vers un système monétaire multipolaire pourrait inciter les États émetteurs à renforcer l’autodiscipline de leurs politiques, renforcer la résilience du système monétaire international et mieux assurer la stabilité économique et financière mondiale. Récemment, Mme Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, a souligné que le système mondial fondé sur la coopération multilatérale est en train de se fragmenter, que l’incertitude croissante entoure la domination du dollar, et que l’euro pourrait jouer un rôle accru dans le système monétaire mondial.
Au cours des 20 dernières années, deux tendances majeures ont marqué l’évolution du système monétaire international. D’une part, l’euro est apparu en 1999 et représente actuellement environ 20 % des réserves de change mondiales, juste derrière le dollar. D’autre part, depuis la crise financière de 2008, la position internationale du yuan s’est progressivement renforcée. Le yuan est devenu la deuxième monnaie la plus utilisée pour le financement commercial mondial ; selon les données consolidées, c’est désormais la troisième monnaie de paiement mondial ; enfin, son poids dans le panier de droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international (FMI) est le troisième au classement mondial.
À l’avenir, le système monétaire international pourrait continuer d’évoluer vers une configuration où plusieurs monnaies souveraines coexistent, s’affrontent et s’équilibrent mutuellement. Que ce soit une monnaie unique ou un petit groupe de monnaies dominantes, les pays émetteurs devront assumer leurs responsabilités, renforcer la discipline budgétaire nationale et la réglementation financière, et poursuivre les réformes structurelles de leurs économies.
La deuxième direction de discussion porte sur l’adoption d’une monnaie supranationale comme monnaie internationale dominante, notamment les DTS du FMI. M. Zhou Xiaochuan, ancien gouverneur de la Banque populaire de Chine, avait déjà proposé cette idée en 2009. Théoriquement, les DTS permettraient de surmonter efficacement les faiblesses inhérentes à l’utilisation d’une monnaie souveraine comme monnaie internationale. Ils offriraient une plus grande stabilité, assumeraient mieux le rôle de bien public mondial, réguleraient la liquidité mondiale et permettraient des interventions de secours en cas de crise, présentant ainsi des caractéristiques de monnaie internationale supranationale.
Cependant, le fait que les DTS deviennent la monnaie dominante rencontre des obstacles politiques : il manque un consensus international et une volonté commune. De plus, leur marché actuel présente une taille, une profondeur et une liquidité insuffisantes, limitant ainsi leur rôle effectif. Pour faire avancer cette proposition, les États membres doivent parvenir à un accord politique, ce qui s’avère difficile dans le contexte international actuel. Sur le plan opérationnel, il faut améliorer les mécanismes et étendre progressivement l’utilisation des DTS. Actuellement, le FMI attribue principalement des DTS en réponse aux crises, généralement par des émissions ponctuelles et massives. À l’avenir, on pourrait envisager des émissions régulières et à plus grande échelle. En matière d’utilisation, il conviendrait de promouvoir activement la participation du secteur privé et des différents acteurs du marché, d’étendre l’usage des DTS dans le commerce international et les investissements, d’émettre des obligations libellées en DTS, de renforcer leur rôle comme actif de réserve, et de mettre en place un mécanisme de règlement adapté à une utilisation massive des DTS.
Deuxièmement, concernant le système de paiement transfrontalier.
Le système de paiement transfrontalier constitue l’« artère » du flux mondial des capitaux. Il joue un rôle crucial dans la promotion du commerce international et des investissements, le maintien de la stabilité financière, et soutient aussi le système monétaire international. L’évolution vers une coexistence de plusieurs monnaies souveraines et le développement rapide des technologies numériques favoriseront la diversification du système de paiement transfrontalier. En retour, ce système diversifié accélérera lui-même la transformation du système monétaire international.
Récemment, les limites du système traditionnel de paiement transfrontalier sont devenues de plus en plus apparentes. Premièrement, les anciennes méthodes de paiement souffrent d’un décalage technologique avec les nouvelles solutions numériques, entraînant des problèmes d’inefficacité, de coût élevé et de faible accessibilité. Deuxièmement, les paiements transfrontaliers nécessitent de coordonner différents cadres juridiques et réglementaires et impliquent davantage d’acteurs, ce qui exige un renforcement de la coopération internationale. C’est pourquoi des organisations internationales telles que le G20 y prêtent une attention particulière et ont élaboré une feuille de route spécifique pour l’amélioration des paiements transfrontaliers. Troisièmement, l’aggravation des rivalités géopolitiques expose les infrastructures traditionnelles de paiement à des instrumentalités politiques ou militaires, utilisées comme outils de sanctions unilatérales, perturbant ainsi l’ordre économique et financier mondial.
Dans ce contexte, les demandes mondiales d’amélioration du système de paiement transfrontalier ne cessent de croître. De nouvelles infrastructures et modes de règlement émergent, poussant le système mondial vers une plus grande efficacité, sécurité, inclusivité et diversité. Cette tendance devrait encore s’intensifier à l’avenir.
Premièrement, le système de paiement transfrontalier devient de plus en plus diversifié. En termes de monnaies, un nombre croissant de pays et régions adoptent leur propre monnaie pour les règlements, favorisant ainsi une internationalisation accrue de différentes devises. L’ère où une seule monnaie dominait les paiements transfrontaliers est en train de changer. En termes de canaux, outre les systèmes classiques basés sur les banques correspondantes, de nouveaux systèmes de paiement transfrontalier et des systèmes régionaux multilatéraux apparaissent progressivement, offrant une plus grande variété de canaux et améliorant l’efficacité des transactions internationales. Après plus de dix ans de développement, la Chine a mis en place un réseau initial de compensation et de règlement transfrontalier en yuan, multi-canal et largement couvrant.
Deuxièmement, l’interopérabilité des systèmes et des écosystèmes de paiement s’améliore constamment. De plus en plus de pays prolongent les heures d’exploitation de leurs systèmes, adoptent des messages normalisés internationaux et développent l’interconnexion des systèmes de paiement instantané, ce qui augmente l’efficacité et réduit les coûts. Dans des régions comme l’Asie, l’interopérabilité des codes QR pour les paiements de détail a grandement facilité les transactions transfrontalières des citoyens.
Troisièmement, les nouvelles technologies connaissent une adoption accélérée dans le domaine des paiements transfrontaliers. Les technologies telles que la blockchain et les registres distribués stimulent le développement des monnaies numériques des banques centrales (CBDC) et des stablecoins, permettant un « paiement équivalent à règlement », redéfinissant ainsi les fondements du système de paiement traditionnel, raccourcissant considérablement les chaînes de paiement transfrontalier, tout en posant de grands défis à la régulation financière. Les contrats intelligents et la finance décentralisée (DeFi) continueront également à impulser l’évolution du système de paiement transfrontalier.
Troisièmement, concernant le système de stabilité financière mondiale.
Avant la crise financière de 2008, la communauté internationale comptait principalement sur le FMI et son filet de sécurité financière mondial pour intervenir a posteriori. Depuis la crise, les mécanismes de prévention, notamment via la réglementation financière, ont été renforcés.
D’un côté, le filet de sécurité financière multicouche continue de s’améliorer. Lors du Forum de Boao sur l’Asie en mars dernier, j’avais prononcé un discours sur le renforcement de ce filet. Au niveau mondial, le FMI a récemment accru sa capacité d’intervention en cas de crise, renforcé son rôle de surveillance et étendu son champ d’action. Au niveau régional, des mécanismes tels que le Fonds européen de stabilité, le Fonds sud-américain de réserve, l’Initiative de Chiang Mai en Asie et le Fonds monétaire arabe ont été créés successivement, devenant des piliers clés de la stabilité financière régionale. Au niveau bilatéral, les principales banques centrales, comme la Réserve fédérale américaine et la BCE, utilisent des accords de swap monétaire pour injecter de la liquidité en période de crise. La coopération bilatérale en swaps de monnaie locale entre marchés émergents progresse également. À ce jour, la Banque populaire de Chine a signé des accords de swap monétaire local avec plus de 30 pays et régions, constituant ainsi un élément important du filet de sécurité financière mondial.
D’un autre côté, le système de prévention des crises fondé sur la réglementation s’est également perfectionné. Après la crise financière, la communauté internationale a mené de profondes réformes du système de régulation financière mondiale, notamment la publication de Bâle III, visant à renforcer la solidité des banques et à mieux encadrer les institutions financières d’importance systémique. La Chine participe activement à l’élaboration et à la mise en œuvre des normes internationales de régulation financière et figure parmi les rares économies à avoir pleinement appliqué Bâle III. Elle a mis en place un cadre de régulation des institutions financières d’importance systémique, dont toutes les banques systémiques ont atteint les exigences de capacité totale d’absorption des pertes. Un système d’assurance des dépôts a été créé, garantissant intégralement plus de 99 % des déposants. Enfin, les règles sur la gestion d’actifs ont été adoptées et pleinement mises en œuvre, réduisant considérablement les risques liés aux banques parallèles.
Actuellement, le système mondial de stabilité financière fait face à de nouveaux défis.
Premièrement, le cadre réglementaire reste fragmenté, avec même une tendance à une « course vers le bas » concurrentielle. Récemment, la mise en œuvre de normes internationales comme Bâle III a vacillé sous l’influence de facteurs politiques nationaux, risquant de favoriser l’arbitrage réglementaire et d’affaiblir le système global de stabilité financière. La communauté internationale doit donc s’engager activement à appliquer les réformes convenues, pour prévenir l’arbitrage réglementaire et la propagation transfrontalière des risques.
Deuxièmement, certains domaines émergents, comme la finance numérique, restent insuffisamment régulés. Par exemple, le marché en expansion rapide des actifs cryptographiques et les cadres réglementaires liés aux risques climatiques manquent de coordination mondiale, leurs orientations variant fortement et étant trop influencées par des considérations politiques. L’application de l’intelligence artificielle dans le secteur financier souffre d’un manque de normes réglementaires harmonisées. Une meilleure coordination réglementaire mondiale est nécessaire pour combler ces lacunes.
Troisièmement, la régulation des intermédiaires financiers non bancaires demeure fragile. Ces 20 dernières années, la part de ces intermédiaires dans le financement mondial a fortement augmenté. Or, ces formes de financement sont moins stables, moins transparentes, et leurs niveaux d’endettement montent en flèche, nécessitant un renforcement urgent de la supervision.
Nous pensons que la construction d’un filet de sécurité financière mondial多元, efficace et centré sur un FMI fort constitue la voie essentielle pour prévenir et résoudre les crises, et qu’il s’agit là d’une orientation à poursuivre fermement.
Quatrièmement, concernant la gouvernance des organisations financières internationales.
Après la Seconde Guerre mondiale, la communauté internationale a progressivement construit, à partir du FMI et de la Banque mondiale, un système d’organisations financières internationales multidimensionnel et multicouche, couvrant la coordination des politiques internationales, l’élaboration des règles de régulation financière et les institutions de développement multilatéral. Ces organisations constituent aujourd’hui les principales plateformes institutionnelles de gouvernance financière internationale, jouant un rôle vital dans la croissance économique et commerciale mondiale ainsi que dans la stabilité financière.
Avec l’évolution du paysage économique mondial, les parts et droits de vote au sein du FMI, de la Banque mondiale et d’autres organisations financières régionales n’ont pas été substantiellement ajustés pendant longtemps. La représentation des marchés émergents et des pays en développement y reste nettement inférieure à leur poids réel dans l’économie mondiale. On observe également que certains membres poursuivent des politiques unilatérales qui interfèrent avec la gouvernance et le fonctionnement des organisations financières internationales. Ces organisations doivent donc moderniser leur gouvernance, refléter dynamiquement la position relative des membres dans l’économie mondiale, renforcer la voix et la représentativité des marchés émergents et des pays en développement, défendre et pratiquer véritablement le multilatéralisme, et améliorer leur efficacité.
Parmi les nombreuses organisations financières internationales, le FMI occupe une place centrale et joue un rôle majeur dans la gouvernance économique et financière mondiale. Le FMI est une organisation fondée sur des quotes-parts. La taille des quotes-parts détermine sa capacité d’intervention en cas de crise, tandis que leur répartition conditionne les droits de vote et l’accès au financement des membres. Actuellement, la répartition des quotes-parts ne reflète pas fidèlement la position relative des membres dans l’économie mondiale. Selon le consensus déjà établi, accélérer l’ajustement de cette répartition est essentiel pour renforcer la légitimité, la représentativité et l’efficacité du FMI.
Face à l’incertitude élevée de l’économie mondiale, tout en améliorant leur gouvernance, les principales organisations financières internationales devraient renforcer davantage leur fonction de surveillance économique, évaluer objectivement les risques globaux et nationaux, encourager activement les pays à soutenir fermement la mondialisation économique et le système commercial multilatéral, renforcer l’orientation des politiques nationales, approfondir la coordination des politiques macroéconomiques et préserver la stabilité du système financier international.
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