
Chroniques des entreprises cotées à l'assaut des cryptomonnaies : coup classique, coup inspiré, coup banal
TechFlow SélectionTechFlow Sélection

Chroniques des entreprises cotées à l'assaut des cryptomonnaies : coup classique, coup inspiré, coup banal
Le succès des sociétés cotées dans le domaine des actifs cryptographiques dépendra de leur capacité à aller au-delà de la spéculation à court terme.
Rédaction : Sanqing
I. Introduction
Les actifs numériques, en particulier le bitcoin et l’Ethereum, ne sont plus des produits d'investissement marginaux, mais se transforment progressivement en une force incontournable. En 2024, la performance du bitcoin a été particulièrement remarquable, avec un rendement dépassant 113 %, surpassant nettement toutes les principales catégories d'actifs traditionnels, ce qui a davantage attiré l'attention des investisseurs institutionnels.
Actuellement, la valeur totale des actifs d'investissement mondiaux dépasse 200 000 milliards de dollars, dont environ 1,5 % provient des cryptomonnaies. Cette croissance offre de nouvelles opportunités aux entreprises, tout en s'accompagnant de défis sans précédent. Cet article analysera en profondeur différentes stratégies, pratiques et risques potentiels des sociétés cotées dans le domaine des actifs cryptographiques, à travers trois concepts tirés du jeu de go : « mouvement fondamental », « coup brillant » et « mauvais coup ».
II. Le « mouvement fondamental » : allocation et gestion prudente des actifs cryptographiques
Caractéristique : centrée sur la maîtrise des risques
Les sociétés adoptant la stratégie du « mouvement fondamental » considèrent généralement les actifs cryptographiques comme une réserve alternative, destinée à diversifier le risque de dépréciation des monnaies traditionnelles ou à prolonger naturellement leurs activités existantes. Leur particularité réside dans une échelle d'investissement relativement contrôlée, une cohérence logique avec leurs activités principales, ainsi qu'une attention portée à la conformité et à la transparence. Ces entreprises n'utilisent généralement pas les investissements en cryptomonnaies comme principale source de profit, mais plutôt comme outil de gestion financière ou de soutien opérationnel.
L'adoption du bitcoin comme actif trésorerie par des entreprises non liées aux cryptomonnaies illustre l'acceptation croissante du bitcoin comme moyen légitime de stockage de valeur (similaire à l'or numérique) sur les bilans d'entreprises. Ce geste marque un passage de l'intérêt purement spéculatif vers une perspective plus institutionnelle et à long terme.
Traditionnellement, les départements trésorerie des entreprises détiennent principalement des liquidités et des instruments assimilables à des liquidités afin d'assurer leur liquidité et stabilité. Toutefois, certaines entreprises commencent à conserver leurs réserves dans plusieurs devises, et quelques-unes désignent explicitement le bitcoin comme leur « principal actif de réserve », le considérant comme « substitut aux réserves traditionnelles ». Une telle décision stratégique prise par une entreprise non crypto s'aligne étroitement sur la proposition de valeur du « bitcoin comme or numérique », indiquant que les institutions croient de plus en plus au bitcoin comme couverture contre l'inflation et l'incertitude économique, le plaçant ainsi au-delà du statut d'actif purement spéculatif pour intégrer la gestion trésorerie des entreprises.
Analyse de cas : le bitcoin comme actif de réserve
Tesla : tentative prudente suivie d’un ajustement
En février 2021, Tesla a annoncé audacieusement l'achat d'environ 42 902 bitcoins pour une valeur d’environ 1,5 milliard de dollars, dans le but de « maximiser le rendement de sa trésorerie ». Ce geste a été perçu comme une reconnaissance majeure des cryptomonnaies par un géant technologique, stimulant la hausse du prix du bitcoin.
Cependant, la stratégie de Tesla n’était pas figée. Son adaptabilité constitue une caractéristique clé de la stratégie du « mouvement fondamental ». L'entreprise a suspendu en mai 2021 l'acceptation du paiement en bitcoin en raison des préoccupations liées à la consommation énergétique du minage, puis a vendu 75 % de ses bitcoins en juillet 2022, réduisant ses réserves à 10 725 unités. Malgré cette importante cession, la valeur restante de ses holdings a généré un profit significatif lors de la reprise du marché, atteignant plus d’un milliard de dollars fin 2024, avec un bénéfice déclaré de 495 millions de dollars.
Cette stratégie, combinant une entrée initiale audacieuse suivie d’ajustements pragmatiques basés sur des facteurs externes (comme l’impact environnemental du minage), montre l’importance de la flexibilité, de la réponse aux préoccupations des parties prenantes et de la discipline dans la réalisation des profits. Elle distingue clairement cette approche des paris aveugles et spéculatifs.
Une spéculation pure pourrait entraîner un doublement de mise malgré les facteurs externes, ou au contraire une désinvolture totale en cas de perte. La décision de Tesla de vendre la majorité de ses positions pour des raisons environnementales tout en conservant une part stratégique rentable reflète une démarche nuancée et responsable, privilégiant la valeur de marque à long terme et la gestion des risques plutôt qu’une spéculation débridée. Une telle réaction réfléchie, même après une entrée audacieuse, incarne parfaitement l’essence du « mouvement fondamental ».
Semler Scientific : exploration d’une réserve alternative
La société de santé Semler Scientific a annoncé l’an dernier en mai son adoption du bitcoin comme principal actif de réserve, achetant initialement 581 bitcoins pour 40 millions de dollars. Depuis, elle a continué à accumuler, détenant désormais 3 192 bitcoins selon son dernier communiqué, pour un coût total de 280,4 millions de dollars et un prix d’achat moyen de 87 854 dollars par unité. Le conseil d’administration estime que détenir du bitcoin constitue le meilleur usage de sa trésorerie, en tant qu’alternative aux réserves traditionnelles.
Le fait pour une entreprise du secteur de la santé d’adopter le bitcoin comme actif trésorerie principal témoigne d’une validation plus large et intersectorielle du rôle potentiel du bitcoin dans la gestion trésorerie des entreprises. Cela porte la narration du « hedge contre l’inflation » et du « bitcoin comme or numérique » bien au-delà des sphères technologiques et natives du crypto, indiquant que les préoccupations macroéconomiques et la recherche de nouveaux moyens de stockage de valeur poussent un nombre croissant d’entreprises cotées à envisager l’intégration du bitcoin à leur bilan.
Pour une entreprise non technologique ou non crypto, désigner le bitcoin comme « principal actif de réserve » représente une rupture majeure avec la gestion trésorerie traditionnelle. Cette décision implique une conviction profonde quant à la proposition de valeur du bitcoin comme protection à long terme contre l’inflation et l’incertitude économique, plutôt qu’un simple instrument de spéculation à court terme. Elle montre que la stratégie du « mouvement fondamental » en matière de diversification trésorerie évolue pour intégrer des actifs non traditionnels, sur la base d’une évaluation mature des risques macroéconomiques.
Analyse de cas : intégration stratégique chez les entreprises natives du crypto
Coinbase : détention à long terme et soutien de l’écosystème
En tant que l’un des plus grands exchanges de cryptomonnaies, Coinbase détient du bitcoin et d'autres cryptos depuis sa création en 2012, les considérant comme des actifs détenus à long terme pour soutenir l'économie et l'écosystème cryptographique. En 2021, Coinbase a mis à jour sa stratégie d'investissement, s'engageant à allouer 500 millions de dollars de trésorerie et d'équivalents de trésorerie à un portefeuille diversifié d'actifs cryptographiques, ainsi que 10 % de son bénéfice net trimestriel à ce portefeuille.
La stratégie de Coinbase, consistant à détenir un portefeuille diversifié d’actifs cryptographiques et à y affecter une partie de ses revenus nets, illustre une approche d’« actionnaire engagé ». En alignant directement ses intérêts financiers sur la croissance et la stabilité de l’économie cryptographique qu’elle sert, Coinbase renforce la confiance des investisseurs et démontre un engagement profond envers le domaine des actifs numériques. Il ne s’agit pas seulement de gestion trésorerie, mais d’un investissement stratégique dans le marché qu’elle favorise, consolidant ainsi sa crédibilité en tant qu’entité native du crypto.
Pour un exchange de cryptomonnaies, détenir des cryptos est un « mouvement fondamental » évident. Pourtant, l’engagement à allouer une part fixe du bénéfice net à ce portefeuille, ainsi que la constitution d’un portefeuille diversifié (au-delà du seul bitcoin), témoigne d’un alignement stratégique plus profond avec l’ensemble de l’écosystème crypto. Cet investissement actif dans les actifs qu’elle traite et l’écosystème qu’elle soutient va au-delà de la gestion financière de base ; il s’agit d’une initiative stratégique visant à renforcer la confiance, afficher une conviction à long terme et bénéficier directement de la santé globale et de la croissance de l’économie cryptographique.
Block : vision stratégique et convergence avec les paiements numériques
Block (anciennement Square) détient 8 038 bitcoins, un investissement étroitement lié à sa vision d’expansion dans les paiements numériques et la fintech. Le PDG Jack Dorsey est convaincu que le bitcoin deviendra la monnaie native d’Internet, et l’entreprise considère cet investissement comme un outil d’« empowerment économique », soutenant également le développement du bitcoin.
La détention de bitcoins par Block ne relève pas seulement de la diversification trésorerie, mais incarne directement la vision stratégique de son PDG concernant l’avenir des paiements numériques et d’Internet.
Cela montre que le « mouvement fondamental » peut être profondément intégré à la narration stratégique à long terme d’une entreprise, dépassant la simple gestion financière pour devenir un élément central de son identité et de son orientation future. Il s’agit d’une mesure fondamentale qui renforce la mission de l’entreprise et aligne ses actifs financiers sur ses engagements technologiques et idéologiques. Contrairement à de nombreuses entreprises qui perçoivent les cryptomonnaies comme un investissement isolé, la stratégie de Block est clairement liée à sa conviction fondamentale que le bitcoin est la « monnaie native d’Internet ». Cela élève ses holdings cryptographiques au rang d’actifs stratégiques soutenant son développement commercial, son innovation produit et son positionnement sur le marché à long terme. Une telle intégration profonde entre la stratégie trésorerie et la vision de l’entreprise est la marque distinctive d’un « mouvement fondamental » bien exécuté.
III. Le « coup brillant » : stratégies innovantes de financement et de croissance via les actifs cryptographiques
Caractéristique : utiliser les actifs cryptographiques pour créer de la valeur
La stratégie du « coup brillant » va au-delà de la simple détention d’actifs : elle intègre profondément les cryptomonnaies dans la structure capitalistique, le modèle économique ou le moteur de croissance de l’entreprise, afin de créer de nouveaux flux de valeur ou renforcer significativement la compétitivité des activités existantes. Son objectif est d’utiliser des mécanismes financiers ingénieux ou des innovations commerciales pour transformer les caractéristiques propres aux actifs cryptographiques — telles que la décentralisation ou la programmabilité — en avantages concurrentiels uniques. De telles stratégies exigent souvent une expertise élevée, une pensée prospective et une maîtrise précise des risques.
Analyse de cas : la « norme Bitcoin » et la superposition capitalistique de MicroStrategy
Mécanisme de financement multicouche et accumulation de bitcoins
Sous la direction de Michael Saylor, MicroStrategy (devenu Strategy) a transformé son activité principale, passant des logiciels d’analyse d’entreprise à une stratégie centrée sur le bitcoin à partir de 2020, devenant ainsi le plus grand détenteur institutionnel mondial de bitcoins. Son véritable génie réside dans son modèle de « superposition capitalistique », utilisant l’émission de notes convertibles, d’actions privilégiées de différentes classes (Strife Preferred Stock, Strike Preferred Stock, Stride Preferred Stock) et d’actions ordinaires pour convertir efficacement des capitaux fiduciaires en exposition au bitcoin, sans perdre le contrôle ni diluer excessivement la valeur actionnariale.
Le « coup brillant » de MicroStrategy ne réside pas seulement dans l’achat de bitcoins, mais surtout dans la manière dont ces achats sont financés. Sa superposition capitaliste multicouche constitue une innovation financière complexe lui permettant d’exploiter les préférences de risque variées des investisseurs, créant ainsi des « obligations synthétiques » adossées au bitcoin. Cela transforme une simple stratégie trésorerie en un produit financier sophistiqué, la distinguant nettement de l’accumulation passive de bitcoins et lui conférant une position unique sur le marché. Ce haut niveau d’ingénierie financière crée un avantage concurrentiel difficile à reproduire par d’autres entreprises, sauf si elles disposent d’une expertise similaire et d’une confiance comparable sur les marchés.
Plus précisément, les notes convertibles offrent un faible risque et un gain potentiel lié au bitcoin, attirant les investisseurs institutionnels en dette ; les actions privilégiées Strife imitent les titres fixes de haut grade, séduisant les investisseurs prudents ; les Strike combinent rendement fixe et potentiel haussier boursier ; les Stride, en tant que capital subordonné, attirent les investisseurs cherchant un rendement élevé ; les actions ordinaires s’adressent aux investisseurs convaincus par le bitcoin. Au 31 mai 2025, Strategy avait accumulé 580 250 bitcoins, financés par des levées en capital et dettes, ainsi que par les flux de trésorerie opérationnels.
Attrait pour les investisseurs et positionnement sur le marché
La stratégie de MicroStrategy fait de son action un pari levier sur le bitcoin, attirant les investisseurs souhaitant une exposition aux cryptomonnaies via une société cotée régulée. L’objectif de Michael Saylor est de concurrencer le marché obligataire mondial d’un milliard de dollars, en proposant des instruments générant des rendements liés au bitcoin capables de répondre à la demande de différents types de capitaux.
MicroStrategy a effectivement créé un nouvel instrument d’investissement : un véhicule coté en bourse offrant une exposition directe au bitcoin, mais dont la structure capitalistique soigneusement conçue attire un public institutionnel plus large que la propriété directe de cryptomonnaies ou les ETF traditionnels sur bitcoin. Cela élargit la gamme d’actifs accessibles aux capitaux intéressés par les cryptomonnaies, en offrant au sein d’une seule entité des configurations de risque diversifiées. Bien que des ETF sur bitcoin existent déjà, MicroStrategy propose une alternative différente.
En construisant son bilan autour du bitcoin et en émettant divers instruments de dette/action, elle permet aux investisseurs d’accéder au bitcoin selon différents profils de risque, attirant potentiellement ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas investir directement en cryptomonnaies ou via des ETF traditionnels en raison de restrictions réglementaires ou internes. Ce positionnement stratégique crée un créneau unique et attire des capitaux qui autrement resteraient en marge du marché crypto.
Analyse de cas : la stratégie de SharpLink Gaming axée sur Ethereum
Imitation et innovation : modèles de financement et extension d’activité
La plateforme de paris sportifs SharpLink Gaming a annoncé un plan ambitieux d’investir 1 milliard de dollars dans l’achat d’Ethereum, une stratégie inspirée de celle de Michael Saylor sur le bitcoin. Ce plan prévoit de lever jusqu’à 1 milliard de dollars via l’émission d’actions ordinaires pour acheter de l’Ethereum, tandis que Joseph Lubin, cofondateur d’Ethereum, rejoint le conseil d’administration, ajoutant crédibilité et expertise à l’opération.
L’adoption par SharpLink Gaming d’une stratégie similaire à celle de MicroStrategy, mais appliquée à Ethereum, montre que le « coup brillant » de Saylor devient un modèle reproductible pour d’autres cryptomonnaies. Cela annonce une tendance : les entreprises pourraient appliquer des stratégies similaires de levée de fonds et de gestion trésorerie à d’autres actifs numériques majeurs, élargissant ainsi la participation institutionnelle au-delà du bitcoin, et témoignant d’une confiance croissante dans l’ensemble de l’écosystème digital. MicroStrategy a inauguré la « norme Bitcoin ».
SharpLink Gaming, en appliquant ce modèle à Ethereum, valide plus largement cette approche stratégique. La participation de Joseph Lubin, figure emblématique du monde blockchain, légitime encore davantage cette adaptation à une « altcoin », indiquant que le « coup brillant » ne se limite pas au bitcoin, mais peut aussi s’appliquer à d’autres actifs blockchain fondamentaux dotés d’un écosystème solide et d’usages clairs (comme les contrats intelligents et les dApps). Cela reflète une évolution stratégique, passant d’un focus mono-actif à une stratégie trésorerie multi-actifs.
Réaction du marché et impacts potentiels
L’annonce de SharpLink Gaming a suscité un vif intérêt et une réaction positive du marché, faisant bondir son cours de plus de 400 %, dont une hausse de 24,75 % le seul 3 juin 2025. Cela montre que le marché accorde confiance à son audacieuse stratégie financière et à son ambition de devenir leader du programme trésorerie sur Ethereum. L’investissement dans Ethereum n’est pas seulement une décision financière, mais stratégique, visant à exploiter la technologie blockchain d’Ethereum (contrats intelligents, dApps) pour améliorer ses services et maintenir sa compétitivité dans un secteur technologique en constante mutation.
La réaction positive du marché à l’annonce de SharpLink Gaming indique que les investisseurs sont de plus en plus enclins à récompenser les entreprises capables d’expliquer clairement leur stratégie crypto, particulièrement lorsque celle-ci s’intègre à l’activité centrale et est portée par des leaders fiables. On passe ainsi au-delà du simple « buzz crypto » vers une reconnaissance de la création de valeur à long terme par la technologie blockchain, signe d’une maturité accrue de la compréhension des investisseurs dans ce domaine.
La forte hausse du cours ne vient pas uniquement de l’achat d’Ethereum, mais surtout de l’intention stratégique de développer des dApps et des contrats intelligents pour améliorer sa plateforme de paris sportifs. Cela montre que le marché commence à distinguer les investissements spéculatifs des cryptomonnaies de ceux ayant une stratégie d’intégration technologique claire et orientée vers les activités. Cela renforce la notion de « coup brillant ». La participation de personnalités reconnues du secteur, comme Joseph Lubin, ajoute également confiance et légitimité aux yeux des investisseurs.
Équilibre entre risques et retours des stratégies innovantes
Le « coup brillant », bien que prometteur, comporte des risques élevés. La stratégie de MicroStrategy lie étroitement son cours boursier à celui du bitcoin, exposant l’entreprise à une volatilité extrême. Les analystes soulignent que toutes les entreprises ne peuvent pas reproduire avec succès la stratégie de MicroStrategy, car son avantage repose sur l’innovation financière, pas sur une simple imitation. Une reproduction mécanique pourrait conduire à des résultats de « mauvais coup », faute de compréhension profonde de sa propre tolérance au risque et de l’environnement de marché.
Bien que MicroStrategy illustre un « coup brillant », la question demeure : d’autres « sociétés trésorerie bitcoin » peuvent-elles construire des avantages concurrentiels comparables ou des « fossés économiques » ? Sans innovation financière unique ou intégration profonde à l’activité, simplement détenir des cryptomonnaies, même avec un financement habile, pourrait ne pas être durable ni différenciant à long terme. Si l’on poursuit uniquement l’appréciation des actifs sans comprendre les dynamiques de marché, on aboutit in fine à un « mauvais coup ».
Il est difficile de dire quelle entreprise trésorerie vaut mieux qu’une autre, car aucune ne dispose d’un fossé économique suffisant pour retenir durablement les capitaux. Voilà un défi crucial pour toute entreprise tentant de jouer un « coup brillant ». Si l’innovation est purement financière et facilement copiable, ou si l’activité de base ne soutient pas cette innovation (comme chez MicroStrategy), alors le « coup brillant » risque vite de devenir un « mauvais coup », l’entreprise devenant trop dépendante du marché volatile des cryptos.
IV. Le « mauvais coup » : suivi aveugle et échecs dans les actifs cryptographiques
Caractéristique : comportement spéculatif sans profondeur stratégique
La stratégie du « mauvais coup » se manifeste généralement par une poursuite aveugle des tendances du marché, sans compréhension profonde de la nature, des risques ou de la pertinence des actifs cryptographiques par rapport à l’activité de l’entreprise. Ces tentatives visent souvent des gains à court terme, sans créer de modèle économique durable, menant à des pertes financières, des dommages à la réputation, voire à des sanctions réglementaires ou à la liquidation. Elles reposent sur l’irrationalité des décisions, une exécution approximative et une sous-estimation des risques.
De nombreux cas de « mauvais coup » ont un point commun : les entreprises entrent dans le domaine crypto au plus fort de l’effervescence, motivées par la FOMO (peur de rater quelque chose) et l’appât du gain rapide, plutôt que par une analyse fondamentale ou une stratégie à long terme. Cela conduit souvent à des investissements à des prix gonflés, suivis de lourdes pertes lors des corrections inévitables du marché, montrant une incapacité à appliquer des principes d’investissement prudents aux nouvelles classes d’actifs. Prenons l’exemple de Masayoshi Son de SoftBank, qui a investi dans une société bitcoin quand le prix était proche de son sommet historique. Les investisseurs individuels sont plus susceptibles d’être influencés par l’euphorie du marché, prenant des décisions mal calibrées ou mal pensées. Ce type de comportement est la cause directe des résultats de « mauvais coup », car il privilégie les gains spéculatifs au détriment d’une planification stratégique solide et d’une bonne gestion des risques.
Analyse de cas : pièges du surf sur la vague et de la spéculation conceptuelle
Meitu : pertes d’investissement et difficultés opérationnelles
En 2021, Meitu a annoncé publiquement avoir acheté environ 100 millions de dollars (670 millions de yuans) de bitcoins et d’Ethereum, devenant l’une des premières sociétés cotées à Hong Kong à « spéculer sur les cryptos ». Cette stratégie a été perçue comme un signal d’entrée dans les domaines Web3 et blockchain, faisant grimper temporairement son cours de plus de 14 %. Cependant, face à la forte volatilité du marché crypto, Meitu a subi une dépréciation d’actifs au premier semestre 2022, avec des pertes latentes comprises entre 275 et 350 millions de yuans.
Bien que les gains latents d’Ethereum aient momentanément compensé les pertes sur le bitcoin, la valeur totale avait fondu de 80 % par rapport au sommet. Ajoutées à la faiblesse de l’activité principale et à la perte d’utilisateurs de Meitu Xiuxiu, l’entreprise a connu des difficultés sévères. À l’époque, beaucoup jugeaient que la tentative de Meitu de trouver une nouvelle croissance via les actifs numériques avait échoué, aggravant même les risques financiers.
Avec la reprise progressive du marché crypto, Meitu a finalement vendu tous ses actifs cryptographiques fin 2024, réalisant un bénéfice net cumulé d’environ 571 millions de yuans, réussissant ainsi à sortir indemne. Bien que profitable à l’arrivée, le PDG a reconnu que, s’il pouvait refaire son choix, il préférerait investir dans des projets innovants liés à l’activité principale, car les coûts de gestion et l’incertitude liés aux fluctuations des prix sont trop élevés. Le cas de Meitu illustre comment, face à un marasme opérationnel, miser aveuglément sur un actif à haut risque peut rapporter à court terme, mais qu’un tel comportement spéculatif, dénué de profondeur stratégique et éloigné de l’activité cœur, est typiquement un « mauvais coup ».
GameStop : tentative spéculative en période de difficulté de transformation
En mars 2025, le conseil d’administration de GameStop a révisé précipitamment sa politique d’investissement, classant le bitcoin comme actif détenu, et a levé 1,3 à 1,5 milliard de dollars via des obligations convertibles sans intérêt, affirmant que « tout cela pourrait être utilisé pour acheter des cryptos selon les conditions du marché ». Deux mois plus tard, l’entreprise a annoncé l’achat initial de 4 710 bitcoins pour environ 510 millions de dollars, soit 11 % de ses liquidités fin 2024. Stimulé par le récit de « suivre MicroStrategy », le cours a grimpé de 7 % en pré-marché, mais a fini par chuter de 10 % à la clôture — une typique flambée émotionnelle suivie d’un reflux, indiquant un manque de confiance à long terme du marché dans cette « transformation par pari hasardeux ».
Pour financer cet achat, GameStop a augmenté son capital en 2024 via ATM et placements secondaires, portant le nombre d’actions en circulation à 395 millions, soit une hausse de 29 % en glissement annuel ; si toutes les obligations convertibles sans intérêt étaient converties, la dilution serait encore supérieure à 10 %. Parallèlement, son chiffre d'affaires 2024 est passé de 5,27 milliards à 3,82 milliards de dollars, l’activité de vente au détail physique continuant de rétrécir. Dans un contexte de flux de trésorerie instable et de dilution continue du capital, miser la croissance principale sur le bitcoin, actif très volatile, ressemble moins à une stratégie numérique qu’à une spéculation à court terme guidée par la FOMO.
En raison d’une faible profondeur stratégique et d’une gestion des risques approximative, ce geste devient un exemple de « mauvais coup » : un recul du prix du bitcoin pourrait non seulement empêcher la société de réaliser des profits durables, mais aussi accélérer la détérioration de ses fondamentaux par dilution du capital et effet de levier, provoquant de fortes oscillations du cours et mettant sa « transformation par pari hasardeux » face à de graves défis.
Le « mauvais coup » est plus vulnérable aux risques généraux des investissements en actifs cryptographiques
Bulles d’évaluation et rotation d’actifs creuse
Le marché des actifs cryptographiques présente une caractéristique marquée de « rotation d’actifs creuse », où le prix est déterminé par les transactions marginales, puis multiplié par le nombre d’unités pour obtenir la capitalisation boursière.
Cependant, cette capitalisation contient une composante « fictive » qui se déprécie lors de la conversion en monnaie fiduciaire. Cela est particulièrement vrai pour les cryptos ayant une faible liquidité sur le marché secondaire, une petite offre en circulation ou des prix faciles à manipuler. Du point de vue de l’économie réelle, le marché crypto diffère des marchés financiers traditionnels, dont les rendements proviennent essentiellement des activités productives réelles.
Lorsque les anticipations des investisseurs sont pleinement intégrées au prix, les actifs font face à une pression de correction. Le marché crypto étant fortement influencé par les émotions, une humeur positive pousse les prix à la hausse, tandis qu’un sentiment négatif peut déclencher des ventes massives. Ce comportement émotionnel rend les fluctuations des cryptomonnaies par rapport aux indices boursiers difficiles à prédire.
Manque de régulation et fragilité du marché
Un risque notable du marché crypto est son absence de régulation et de filet de sécurité. Actuellement, les activités crypto réglementées ne représentent qu’une petite fraction du marché global, la plupart des opérations se déroulant sans limites, comme les échanges centralisés (CEX) proposant des leviers dépassant 100 fois, impensables dans les marchés financiers traditionnels.
Lors d’une crise crypto — chute des prix, pertes massives, ruée sur une institution centralisée ou faillite imminente — aucun filet de sécurité gouvernemental n’intervient. La gestion des crises reste largement spontanée et désordonnée, causant des dommages irréversibles à certains investisseurs et institutions.
Le caractère trans-sectoriel et transfrontalier des actifs crypto réduit l’efficacité des mesures réglementaires nationales non coordonnées. Des organisations comme le FMI appellent à ce que les fournisseurs de services crypto soient agréés, enregistrés et autorisés, et demandent des exigences prudentielles supplémentaires pour les entités exerçant plusieurs fonctions, afin de gérer les conflits d’intérêts. L’absence de normes comptables uniformes entraîne aussi une hétérogénéité des pratiques de reporting, pouvant affecter la perception des holdings crypto par les analystes et aggraver l’asymétrie d’information.
Asymétrie d’information et émotions des investisseurs
La possession d’actifs cryptographiques est significativement associée à une augmentation des erreurs et de la dispersion des prévisions de bénéfices des analystes, tout comme la dispersion des recommandations des analystes. Cela indique que les cryptos compliquent la prise de décision des analystes, accentuant l’asymétrie d’information. En l’absence de normes comptables harmonisées, il est difficile pour les analystes d’évaluer précisément l’impact des holdings crypto sur la performance financière.
Les investisseurs, similaires dans leurs stratégies, positions, algorithmes et émotions, adoptent des comportements collectifs en période de turbulence, amplifiant ainsi les secousses du marché, notamment par effet de troupeau des investisseurs de détail.
Ce mécanisme de transmission des émotions, combiné aux canaux d’interconnexion inhérents au marché crypto, permet une propagation rapide des risques. Par exemple, un problème dans un projet DeFi peut entraîner une ruée sur des projets similaires, même sans lien direct dans les bilans, simplement parce que les utilisateurs doutent de leur viabilité.
V. Conclusion
L’exploration des actifs cryptographiques par les sociétés cotées ressemble à une partie de go : elle comporte des « mouvements fondamentaux » prudents, des « coups brillants » astucieux, mais aussi des « mauvais coups » regrettables. Les entreprises réussissent lorsqu’elles intègrent les actifs numériques à leur stratégie centrale, gèrent prudemment les risques et s’adaptent activement à l’environnement réglementaire changeant.
Le succès des sociétés cotées dans le domaine des actifs cryptographiques dépendra de leur capacité à dépasser la spéculation à court terme, à considérer les actifs numériques comme des éléments stratégiques à long terme, et à les lier à la création de valeur fondamentale de l’entreprise. Cela exige une compréhension profonde du potentiel de la technologie blockchain et de l’économie crypto, au-delà des simples fluctuations de prix des jetons. Pour les entreprises, le véritable « coup brillant » consiste à anticiper et façonner l’avenir de l’économie numérique, utilisant les actifs cryptographiques comme outils pour réaliser cette vision, et non comme un simple jeu de chiffres sur les états financiers.
Bienvenue dans la communauté officielle TechFlow
Groupe Telegram :https://t.me/TechFlowDaily
Compte Twitter officiel :https://x.com/TechFlowPost
Compte Twitter anglais :https://x.com/BlockFlow_News














