
L'affaire du blanchiment d'argent par cryptomonnaie impliquant des étudiants : l'industrie de la fraude en Asie du Sud-Est s'infiltre à Hong Kong
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L'affaire du blanchiment d'argent par cryptomonnaie impliquant des étudiants : l'industrie de la fraude en Asie du Sud-Est s'infiltre à Hong Kong
En moins de trois mois, un seul réseau de blanchiment d'argent a déjà illégalement blanchi plus de 310 000 dollars américains à Hong Kong en utilisant la même méthode.
Auteur : Bitrace & Manqin
Hong Kong, port libre et centre financier international renommé, a vu émerger bien avant l'introduction officielle de politiques incitatives un écosystème florissant de cryptomonnaies. Parmi celui-ci, les prestataires de services de gré à gré sur actifs virtuels (VAOTC), opérant via des boutiques physiques ou des groupes en ligne, se distinguent particulièrement. Aux côtés des prestataires d’échanges d’actifs virtuels (VATP) locaux et étrangers, ils offrent aux investisseurs hongkongais des services de conversion de jetons et de dépôt/retrait de fonds.
Toutefois, en raison du haut niveau d’anonymat et du caractère transfrontalier des actifs virtuels basés sur la technologie blockchain, diverses cryptomonnaies liées à des activités criminelles — notamment les stablecoins — peuvent pénétrer sans entrave dans l’écosystème cryptographique hongkongais, contaminant les adresses commerciales des opérateurs et des investisseurs ordinaires, et entraînant des risques juridiques et de conformité.
Cet article prend comme point de départ une affaire récente impliquant un étudiant chinois venu à Hong Kong pour blanchir de l'argent, afin d'analyser la manière dont l'industrie frauduleuse d'Asie du Sud-Est nuit à l'économie cryptographique hongkongaise, et divulgue des données connexes.
Description de l'incident
Le 26 mars 2025, un étudiant chinois a reçu sur une plateforme locale de vente d'occasion une offre de travail intérimaire lui demandant de se rendre à Hong Kong pour acheter, via un bureau de change local, une certaine quantité de Tether (USDT) et de le transférer vers une adresse blockchain désignée. Le processus consistait à recevoir des yuans chinois sur sa carte bancaire personnelle, à échanger ces yuans contre des dollars de Hong Kong en espèces dans un bureau de change, puis à utiliser ces espèces pour acheter de l’USDT dans un magasin de change de cryptomonnaies spécifié, en demandant au commerçant de transférer directement l’USDT vers un portefeuille cible.

Après avoir acheté plusieurs dizaines de milliers de yuans d’USDT selon cette méthode, son compte bancaire et son compte WeChat Pay ont été gelés par les autorités chinoises, qui l’ont informé que les fonds reçus provenaient de victimes de fraude.
Une enquête ultérieure menée conjointement par Bitrace et le cabinet d’avocats Manqin a révélé qu’il s’agissait d’une méthode classique de blanchiment d’argent « Carte → USDT », étroitement liée à des réseaux criminels organisés en Asie du Sud-Est.
Analyse sur la chaîne
L’analyse financière de l’adresse destinataire USDT TTb8Fk montre que l’étudiant a acheté 2396 USDT auprès d’un bureau de change local. Ces fonds ont ensuite été transférés vers l’adresse du vendeur sur une plateforme de garantie, TKN5Vg, qui entretient depuis longtemps des relations commerciales avec deux plateformes de garantie d’Asie du Sud-Est : HuioneGuarantee et NewcoinGuarantee.

Ces deux plateformes fournissent depuis longtemps des services à l’industrie criminelle organisée en Asie du Sud-Est, notamment pour le jeu illégal en ligne, les activités illicites grises et noires, le blanchiment d’argent et la fraude. Dans cet incident, elles ont joué un rôle clé dans le traitement des fonds issus de fraudes en amont.
Cela indique clairement un cas grave où des groupes frauduleux d’Asie du Sud-Est utilisent les bureaux de change de cryptomonnaies de Hong Kong pour blanchir de l’argent.

Le modèle utilisé est une méthode courante appelée « Carte → USDT (blanchiment d’argent basé sur les cryptomonnaies) » : les blanchisseurs reçoivent des yuans provenant de victimes de fraude, les convertissent rapidement sur le marché OTC en USDT, puis les transfèrent vers l’adresse blockchain du fraudeur, en percevant une commission. Comme l’achat d’USDT nécessite de nombreuses cartes bancaires et informations nominatives, les blanchisseurs recrutent à l’avance de nombreux travailleurs occasionnels formant un « réseau de blanchiment (Crypto Laundering Syndicate) ». Ces travailleurs sont appelés « agriculteurs de cartes » ou « coursiers ».
Dans cet incident, l’étudiant chinois, inconscient, est devenu un coursier de blanchiment, aidant avec les VAOTC hongkongais à accomplir la conversion des fonds. L’USDT obtenu est d’abord transféré vers une adresse du réseau, qui, après déduction d’une commission (le taux calculé étant de 33 %), transfère le reste aux commerçants garants, et finalement, les fonds sont liquidés via les plateformes de garantie.
Industrialisation du crime
Bitrace a approfondi l’analyse de l’adresse de commission du réseau de blanchiment TGeZzC, révélant que cet incident n’est pas isolé, mais seulement la partie émergée d’un vaste réseau criminel hautement industrialisé.

En remontant aux sources des fonds versés à l’adresse de commission, on identifie sept autres adresses principales de retour USDT (trois à gauche). Ces adresses, au même niveau que TTb8Fk, reçoivent toutes des montants variables d’USDT provenant de bureaux de change de Hong Kong (HKVAOTC, un et deux à gauche), dont 33 % sont transférés vers l’adresse de commission (en rouge), et 67 % vers des adresses secondaires de retour USDT (deux à droite), puis écoulés chacun via des plateformes de garantie. Ce processus présente des caractéristiques très claires de division du travail.

L’analyse montre que ces adresses sont actives depuis 2024. À l’origine, leurs sources de fonds n’étaient pas liées à Hong Kong, mais principalement à de nombreuses adresses à risque issues des activités illégales d’Asie du Sud-Est, ce qui confirme davantage le lien entre ce réseau et les réseaux criminels organisés de la région.
En moins de trois mois, ce seul réseau de blanchiment a déjà blanchi illégalement plus de 310 000 USD à Hong Kong selon la même méthode. Étant donné que d’autres adresses non explorées existent encore dans cette affaire, ou que d’autres réseaux pourraient passer inaperçus, l’ampleur réelle de ces activités industrielles de blanchiment exploitant les HKVAOTC pourrait être encore plus grande.
L’aube de l’industrie VAOTC à Hong Kong
Me Shao Shiwei du cabinet d’avocats Manqin de Shanghai indique que, mondialement, les cadres réglementaires applicables aux marchands OTC ne sont pas encore pleinement harmonisés. Toutefois, dans les principales zones d’exploitation comme Hong Kong, l’Union européenne ou les États-Unis, des initiatives sont prises pour élaborer des lois et des règlements relatifs aux licences.
À Hong Kong, par exemple, le Bureau des services financiers et du Trésor (FSTB) a publié en février 2024 un document de consultation sur la législation relative aux services de gré à gré sur actifs virtuels (OTC). Ce document propose notamment d’introduire, via le Règlement sur la prévention du blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (AMLO), un système de licence pour les marchands OTC. Selon cette proposition, Hong Kong prévoit d’établir un cadre de gestion des licences OTC par le biais de l’AMLO, dont l’objectif principal est de garantir que ces entreprises respectent les exigences de conformité en matière de lutte contre le blanchiment d’argent (AML) et de vérification de l’identité des clients (KYC).
Cela signifie que toutes les entreprises fournissant des services de gré à gré sur actifs virtuels, y compris les courtiers OTC, devront demander une licence correspondante auprès des Douanes de Hong Kong (CCE) et respecter strictement les lois et réglementations en vigueur. À ce jour, toutefois, cette législation est encore en phase de consultation, et les modalités d’application ainsi que la date d’entrée en vigueur restent à être officiellement annoncées par le gouvernement.
Les opérateurs du secteur doivent anticiper la réglementation
Les VAOTC sont aujourd’hui une composante indispensable du marché des cryptomonnaies, jouant un rôle crucial dans la stabilité du marché et le développement du secteur. Alors que Hong Kong s’apprête à instaurer une politique de conformité OTC, les opérateurs du secteur doivent adopter une attitude proactive pour répondre aux exigences réglementaires.
Ils doivent non seulement respecter rigoureusement le futur système de licence, mais aussi établir et perfectionner leurs systèmes internes de conformité, afin que toutes les activités de transaction respectent les exigences AML et KYC.
Par ailleurs, ils doivent renforcer leur communication avec les autorités de régulation, s’informer activement des dernières évolutions politiques, et participer activement aux organisations d’autorégulation sectorielles, contribuant ainsi au développement normalisé de l’ensemble du secteur.
Dans ce processus, les opérateurs doivent particulièrement veiller à refuser toute association avec des fonds cryptographiques impliqués dans des activités illégales. En mettant en œuvre des mesures strictes de diligence raisonnable sur les clients et de surveillance des transactions, ils doivent identifier et rejeter les flux de fonds suspects, évitant ainsi de faciliter toute activité illégale.
Cela contribue non seulement à préserver la bonne réputation de l’entreprise, mais constitue également une manifestation importante de son engagement social.
En résumé, la future politique de conformité OTC à Hong Kong représente une opportunité cruciale pour l’industrie du gré à gré sur actifs virtuels d’atteindre un développement réglementé. Les opérateurs doivent saisir cette opportunité, s’adapter activement aux changements du cadre réglementaire, améliorer continuellement leur niveau de conformité et renforcer ainsi leur compétitivité. Seule une telle démarche leur permettra de prospérer durablement sur ce marché dynamique de l’économie cryptographique qu’est Hong Kong.
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