
Que se passe-t-il quand tout devient un Memecoin ?
TechFlow SélectionTechFlow Sélection

Que se passe-t-il quand tout devient un Memecoin ?
De la confiance à l'isolement : comment le mouvement des incel érode notre société
Rédaction : kyla scanlon
Traduction : Baishi Blockchain
La tragédie des ressources communes
Dans le domaine de l'économie, la « tragédie des ressources communes » désigne une situation où une ressource partagée — comme les terres agricoles, les pêcheries ou l'air pur — est surexploitée au point de s'effondrer. Aujourd'hui, nous vivons une version moderne de cette tragédie, qui ne concerne plus seulement les ressources physiques, mais aussi les infrastructures fondamentales de notre société :
-
Les ressources sociales communes : la confiance, les relations, la communauté.
-
Les ressources cognitives communes : la curiosité, l'éducation, la pensée critique.
-
Les ressources économiques communes : marchés stables, prospérité partagée, confiance dans les institutions.
-
Les ressources informationnelles communes : le langage, la réalité, le consensus de base.
Contrairement aux ressources traditionnelles qui s'effondrent par épuisement physique, ces ressources immatérielles se dégradent progressivement sous l’effet de mécanismes d’incitation systémiques qui récompensent l’isolement, la soumission, l’instabilité et la division.
Cela peut sembler audacieux, mais je pense que nous glissons vers un système social de type « incel » — non plus simplement une sous-culture en ligne, mais bien le mode par défaut de notre société. Le terme « incel » (abréviation de *involuntary celibate*) désigne un groupe de personnes qui se perçoivent comme incapables de trouver un partenaire amoureux, et qui expriment souvent des sentiments de rancœur, de haine, d’autopitié, de racisme, de misogynie et de misanthropie. Cette mentalité corrode désormais les ressources communes : l’isolement, la délégation cognitive, l’uniformisation identitaire et la colère performative sont devenues la norme lucrative. La gouvernance et la culture sont dominées par les memes, la rancœur et la colère pilotée par algorithmes.
Ressources sociales communes
Une société stable repose sur des relations stables — entre amis, voisins, collègues, membres de famille. Ces liens constituent la base indispensable à la mise en œuvre de concepts abstraits tels que la démocratie ou la croissance économique.
Mais la situation actuelle n’est guère encourageante. De nombreux auteurs ont déjà souligné ce phénomène, notamment Derek Thompson dans son article phare du *The Atlantic*, « The Anti-Social Century », qui décrit brillamment comment nous nous éloignons les uns des autres. Les connexions significatives entre genres, classes sociales et affiliations politiques semblent se désagréger. L’infrastructure sociale post-pandémique est tordue, et nous avons perdu nos normes partagées ainsi que nos rituels collectifs. À leur place ? Des relations transactionnelles, une solitude mise en plateforme, et un sentiment d’appartenance factice offert par des tribus algorithmiques — qui ne font que vous renvoyer vos propres préférences. Les interactions sociales (des amitiés aux relations amoureuses) sont de plus en plus économisées, optimisées, hiérarchisées et transformées en jeu. (Bien sûr, internet et les applications de rencontre ont aussi leurs côtés positifs, mais les tendances négatives semblent dominer.)
Une société bâtie sur des interactions transactionnelles et des liens superficiels est fondamentalement fragile. Des individus incapables de se faire confiance au quotidien ne vont pas soudainement coopérer lors des élections. Ceux qui ne parviennent pas à maintenir des amitiés ou des relations amoureuses auront probablement du mal à s’investir dans les institutions démocratiques ou à participer à la vie civique. Sans relations solides, la stabilité démocratique devient impossible.
Sans lien communautaire authentique, la participation citoyenne diminue. Comme Guy Debord l’avait averti, la politique devient alors une simple performance, dépourvue de substance.
Ressources cognitives communes
Nous n’apprenons plus aux gens à penser — nous leur apprenons à obéir.
La curiosité est aujourd’hui perçue comme un risque ou une inefficacité.
Un schéma se dessine : personne ne veut prendre de risques, ni les élus, ni même un jeune de 19 ans choisissant sa filière universitaire. Dans cette économie, tout se transforme en conformisme. Comme l’avait mis en garde le philosophe italien Umberto Eco dans son essai « Éloge du second degré », les systèmes sociaux ne s’effondrent pas du jour au lendemain, mais par petites compromissions successives, en normalisant peu à peu la soumission comme une vertu civique.
Prenons l’exemple de Cluely. Ce produit permet de « tricher » en portant des lunettes lors d’un rendez-vous galant, à la fois comme stratagème marketing (comment provoquer la colère pour générer des clics), mais aussi comme reflet de l’éthos actuel des ressources cognitives communes. L’essor des entreprises d’intelligence artificielle nous pousse à repenser ce que signifie être humain — et leur réponse semble être « efficacité et optimisation ». Peut-être est-ce là la réponse finale.
Le manifeste de Cluely affirme : « Nous l’avons conçu pour que vous n’ayez plus jamais à penser seul. » L’IA n’est plus un outil d’aide à la pensée, mais cherche à remplacer la pensée elle-même. La pensée critique, l’ambiguïté, la créativité — ces qualités qui définissent le meilleur de l’humain — sont remplacées par des réponses instantanées optimisées.
Ce phénomène est omniprésent. En politique, la nuance devient dangereuse ; le Congrès n’ose plus s’opposer au président Trump. Même pendant les loisirs, les hobbies doivent être évalués selon leur « potentiel secondaire ». Comme l’écrit Anne Helen Petersen dans un excellent article : « La logique que nous avons intériorisée est toxique et tenace : si vous passez du temps à faire quelque chose qui pourrait rapporter de l’argent, ne pas en tirer profit est une irresponsabilité financière. » La quête obsessionnelle de monétarisation des loisirs n’est pas seulement une fuite en avant, mais une réponse à l’épuisement scolaire, à l’instabilité économique et à la vie en représentation permanente. C’est une manière pour les individus d’affirmer leur identité et leur autonomie face à des contraintes structurelles. Optimisation, efficacité, monétarisation — le cycle continue indéfiniment !
Sans curiosité ni esprit critique, nous devenons faciles à manipuler, vulnérables aux récits polarisants, et finissons par perdre toute capacité de jugement indépendant — une qualité essentielle pour tout citoyen démocratique.
Ressources économiques communes
La politique économique devient projection émotionnelle — lorsque ceux qui méprisaient le système deviennent eux-mêmes le système.
L’économie repose sur la confiance — non seulement dans l’argent ou les politiques, mais aussi dans les règles fiables et les institutions qui entourent l’argent et les politiques. Or, cette crédibilité s’évapore. Pourquoi ? Parce que la politique économique est devenue un théâtre de rancœurs personnelles, de réactions émotionnelles et de spectacles politiques. J’ai déjà écrit à plusieurs reprises sur le problème de la « confiance ». Prenons les tarifs douaniers : ils auraient pu servir d’outil stratégique, mais récemment, ils n’ont rien été de tel. Les taux sont modifiés arbitrairement, les chaînes d’approvisionnement perturbées, les entreprises désorientées.
Comme le rapporte Bloomberg, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a admis en privé, lors d’une réunion confidentielle avec des investisseurs organisée par JPMorgan Chase, que cette instabilité était insoutenable. Il a laissé entendre que les tensions allaient rapidement diminuer (bien que les négociations n’aient pas encore commencé), et a souligné, selon Eamon Javers, que les réservations de conteneurs entre la Chine et les États-Unis avaient chuté de 64 %. Il a clairement affirmé : « L’objectif n’est pas la rupture », mais plutôt de pousser la Chine vers une société de consommation et les États-Unis vers une société industrielle.
C’est absurde, car cela donne l’impression que nous entrons dans le « siècle chinois ». Les États-Unis abandonnent leur position la plus confortable. Quand on voit les usines chinoises — comme celle de Xiaomi, capable de produire un téléphone par seconde, sans employés de production (seulement du personnel de maintenance), fonctionnant 24 heures sur 24, toutes lumières éteintes — on ne peut s’empêcher de se demander : à quoi bon ?
Encore plus inquiétant : pourquoi ces informations cruciales sont-elles partagées en privé lors d’événements fermés pour investisseurs chez JPMorgan, plutôt qu’avec transparence ? En partie parce que personne n’ose remettre publiquement en question Trump — Bessent semble avoir divulgué beaucoup d’informations, car la critique ouverte serait trop risquée politiquement. Une autre raison pourrait être un genre de signal discret du type : « poignée de main - high five - vous êtes des nôtres - allez trader cette info. »
Entre-temps, en public, les deux parties oscillent entre postures radicales et promesses floues. Trump déclare publiquement qu’il n’ira pas au « clash » avec la Chine, suggérant un apaisement, du moins pour l’instant. Il a aussi abandonné l’idée de licencier Powell. Bien sûr, les marchés montent à la suite de ces annonces — mais ce ne sont que des nouvelles. L’économie restera néanmoins piégée dans ces fluctuations.
Actuellement, les marchés fonctionnent entièrement sur la base de l’« ambiance ». Qui pourrait leur en vouloir ? Regardez ces titres, c’est comme écouter quelqu’un parler tout seul.
La Chine dit être prête à négocier, à condition qu’il y ait respect mutuel et réduction des menaces. Elle a tout à fait raison de poser ces conditions ! En comparaison, les États-Unis semblent agir comme un enfant dans un magasin de jouets : « On ne sait pas ce qu’on veut, mais on veut forcément quelque chose. » Résultat : des marchés volatils pilotés par les gros titres, et un blocage diplomatique.
Martin Wolf, dans l’émission *Odd Lots*, a parfaitement résumé la situation : les États-Unis bénéficient d’un immense pouvoir économique grâce au statut de réserve mondiale du dollar, leur permettant de supporter facilement des déficits massifs. Pourtant, ils semblent déterminés à dilapider cet avantage par des décisions politiques chaotiques et guidées par les émotions. Wolf assène : « Vous êtes riches, vous êtes en sécurité — à moins de tout gâcher complètement. Et pourquoi donc seriez-vous en train de tout gâcher à ce point ? Voilà exactement où nous en sommes. »
Nous savons tous (même ceux qui soutenaient initialement les tarifs douaniers le reconnaissent) que cette forme de gouvernance est extrêmement irrationnelle. Les politiques ne reposent pas sur une logique économique, mais sont façonnées par la rancœur et la projection personnelle. Il n’y a aucun plan — Bessent et Lutnick ont dû convaincre Trump en secret de supprimer les tarifs, en contournant Navarro, fervent partisan des taxes. Regardez un peu ça !
Entre-temps, les Américains ordinaires se préparent à subir les conséquences. Les PDG de Walmart, Target et Home Depot ont prévenu Trump en privé que les tarifs douaniers risquent de perturber les chaînes d’approvisionnement et de vider les rayons. Qui profite vraiment de la guerre commerciale ? Selon le NBER, ce sont les entreprises liées au gouvernement ! Pas étonnant que Tim Cook ait appelé directement !
Des gel des recrutements se multiplient à travers le pays, causant des souffrances économiques au niveau local — le prix à payer pour une rancœur abstraite. Selon Goldman Sachs, des licenciements massifs parmi les fonctionnaires (y compris contractuels et subventionnés) pourraient atteindre 1,2 million de personnes, le tourisme perdrait 90 milliards de dollars, soit environ 0,3 % du PIB. Un coût bien réel. Pour quoi ?
Nous brûlons les ressources économiques communes, non pas parce que cela a du sens, mais parce que nos dirigeants politiques confondent politique économique et querelles personnelles. Les marchés chaotiques prospèrent, tandis que la confiance s’évapore.
Ressources informationnelles communes
Nous ne disposons plus d’une réalité partagée — seulement de simulations superposées.
Un test simple pour évaluer la santé des ressources informationnelles communes : pouvez-vous décrire la réalité sans déclencher aussitôt une dispute ? Sommes-nous capables de nous accorder sur un langage commun, sur des faits de base, voire sur le sens des mots ? La réponse devient de plus en plus : non. J’en ai déjà parlé en 2022.
Les ressources informationnelles communes — le langage, la réalité, le consensus fondamental — s’effondrent, car nous monétisons la division. Les plateformes de médias sociaux ne sont pas conçues pour la clarté ou la compréhension, mais optimisées pour l’engagement, la colère et la polarisation. Les algorithmes ne récompensent pas la nuance, mais la certitude, la controverse et les déclencheurs émotionnels.
Qu’est-ce qui remplace la réalité consensuelle ? Des réalités basées sur la loyauté, la tribu, la personnalisation ! Nous ne débattons plus d’idées ou de solutions, mais de savoir dont les faits comptent, dont les sentiments importent, dont la vérité l’emporte. La vérité elle-même devient un test de loyauté, plutôt qu’une base commune. Sans ressources informationnelles partagées, la coopération devient impossible. Nous ne résolvons plus les problèmes — nous discutons de qui doit les définir ! Le langage est instrumentalisé, la réalité fragmentée.
Conclusion
Que faire alors ? Le bitcoin remonte. Depuis le « Jour de la Libération », il s’est détaché du Nasdaq, grimpant de 10 %, tandis que le S&P 500 recule de 6 %. Cette hausse n’est pas un signe d’optimisme, mais un vote direct contre l’effondrement de la confiance (et il s’est déjà diversifié hors des États-Unis). La montée de l’or, de l’argent, des actions de défense et des cryptomonnaies reflète les turbulences dans les sphères sociales, cognitives, économiques et informationnelles.
Ces ressources communes sont lentement érodées, monétarisées et exploitées. La confiance sociale devient une solitude transactionnelle. La curiosité cède la place à la soumission et à la délégation cognitive. La gouvernance économique stable est remplacée par un spectacle chaotique. La réalité partagée se divise en tribus concurrentes et en vérités personnalisées.
Autrement dit, nous avons institutionnalisé l’« incel » — non plus seulement en tant qu’isolement romantique, mais comme une déconnexion intégrée, rentable, dans la structure sociale elle-même. L’impact sur les marchés est évident : à mesure que la confiance s’érode, la volatilité augmente, et les actifs traditionnels de refuge reprennent le dessus. Les investisseurs, soit tirent parti d’informations secrètes provenant du cœur du pouvoir, soit diversifient leurs portefeuilles vers les métaux précieux, les infrastructures, les entreprises versant des dividendes et les placements mondiaux, afin de se protéger contre l’arbitraire des politiques nationales.
L’infrastructure sociale n’a pas disparu à jamais. Contrairement aux pêcheries ou aux terres agricoles épuisées, ces ressources immatérielles peuvent être régénérées : en choisissant la connexion plutôt que la transaction, la pensée critique plutôt que la soumission, la substance plutôt que la performance, et une réalité partagée plutôt que des tribus isolées.
Bienvenue dans la communauté officielle TechFlow
Groupe Telegram :https://t.me/TechFlowDaily
Compte Twitter officiel :https://x.com/TechFlowPost
Compte Twitter anglais :https://x.com/BlockFlow_News














