
L'architecte derrière la politique extrême de tarifs douaniers de Trump, l'économiste "hétérodoxe" Navarro
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L'architecte derrière la politique extrême de tarifs douaniers de Trump, l'économiste "hétérodoxe" Navarro
Son rôle de faiseur de guerre est incontestable, ayant plongé l'économie mondiale dans le chaos, mais il reste à savoir si le prix à payer pour ce conflit en vaut la peine.
Rédaction : TechFlow
Les marchés financiers mondiaux sont en proie à un froid soudain.
Après l'annonce par Trump d'une politique extrême imposant des « tarifs de réciprocité » à presque tous ses partenaires commerciaux, la panique sur les marchés financiers mondiaux a atteint son paroxysme :
Le 7 avril, à 22 heures heure de l'Est des États-Unis, les contrats à terme sur l'indice S&P 500 ont chuté de 5,98 %, ceux du Nasdaq 100 de 6,2 %, et ceux du Dow Jones de 5,5 %.
Les marchés asiatiques étaient également dominés par une forte aversion au risque : l'indice Nikkei a perdu jusqu'à 8,9 % en séance matinale. L'indice boursier taïwanais a plongé de près de 10 % après deux jours de fermeture, entraînant la suspension automatique des cotations pour des entreprises majeures comme TSMC et Foxconn.
Le marché des cryptomonnaies n'a pas été épargné.
Les investisseurs assistent impuissants à la dépréciation de leurs actifs ; les lignes rouges sur les écrans de trading semblent autant d'alertes annonçant une crise plus vaste.
Les données de CoinGlass montrent que le montant total des liquidations dans le secteur des cryptomonnaies a grimpé à environ 892 millions de dollars, incluant plus de 300 millions de dollars de positions longues et courtes sur Bitcoin.
Le BTC a chuté autour de 77 000 dollars, tandis que l'ETH est tombé à 1 500 dollars.
La trompette de la guerre commerciale retentit à nouveau, et à l'épicentre se trouve Peter Navarro, conseiller principal de Trump pour les affaires commerciales.
Le 6 avril, Navarro s'est exprimé lors d'un entretien sur Fox News.
Il a tenté d'apaiser les inquiétudes des investisseurs, usant d'un art oratoire pour le moins surprenant :
« La première règle, particulièrement pour les petits investisseurs, c’est — vous ne perdez pas d’argent tant que vous ne vendez pas vos actions. La stratégie intelligente consiste à ne pas paniquer et à tenir bon. »

Une perte latente n'est pas une perte réelle, pas de vente = pas de perte.
On peine à croire qu’un tel discours, proche de la méthode Coué, puisse sortir de la bouche d’un conseiller économique principal à la présidence et professeur d’économie dans une université prestigieuse.
Cette déclaration n’a évidemment pas calmé les angoisses des marchés, mais elle a plutôt concentré l’attention sur cet homme, surnommé ironiquement « économiste hétérodoxe », docteur de Harvard, qui apparaît non seulement comme porte-parole de la politique, mais aussi comme l’instigateur incontournable du protectionnisme commercial extrême.
Même Elon Musk, pourtant proche de Trump, a critiqué publiquement ce conseiller présidentiel ces derniers jours sur les réseaux sociaux, affirmant sans détour que « obtenir un doctorat en économie à Harvard n’est pas forcément une bonne chose, cela peut mener à des erreurs de décision dues à une trop grande arrogance », tout en remettant en question le fait que Navarro n’ait jamais créé concrètement quoi que ce soit.

Qui est donc cet économiste posté derrière Trump ? Comment a-t-il pu propulser cette tempête de politique douanière mondiale ?
Du bord extérieur du monde académique au cœur décisionnel de la Maison Blanche, la trajectoire de Navarro croise les idées protectionnistes de Trump, contribuant peut-être conjointement à cette crise.
D’un personnage marginal à l’académie vers le pouvoir politique
L’histoire de Peter Navarro commence le 15 juillet 1959, dans une famille ordinaire de Cambridge, dans le Massachusetts.
Son père, Albert « Al » Navarro, était saxophoniste et clarinettiste, tandis que sa mère, Evelyn Littlejohn, travaillait comme secrétaire chez Saks Fifth Avenue.
Cette vie familiale fut brève et instable : ses parents divorcèrent alors qu’il avait entre 9 et 10 ans, laissant Navarro suivre sa mère entre Palm Beach en Floride et Bethesda dans le Maryland.
Cette enfance en famille monoparentale a peut-être semé en lui le désir de stabilité et d’autonomie, qui a germé lentement jusqu’à son entrée au lycée Bethesda-Chevy Chase dans le Maryland.
En 1972, grâce à une bourse académique, Navarro intègre l’université Tufts où il obtient sa licence. La même année, il rejoint le Corps de la Paix américain et part trois ans en Thaïlande. Cette expérience lui a permis de découvrir la complexité du monde international, ouvrant peut-être la voie à son intérêt futur pour les déséquilibres commerciaux mondiaux.
En 1979, il obtient une maîtrise en administration publique à Harvard, puis en 1986, sous la direction du grand économiste Richard E. Caves, il décroche son doctorat. Titulaire de son diplôme, il choisit de rester dans le milieu académique et devient professeur d’économie et de politiques publiques à l’université de Californie à Irvine à partir de 1989, y passant plusieurs décennies jusqu’à devenir professeur émérite.
Mais Navarro n’était pas homme à rester confiné aux salles de cours : il s’est lancé cinq fois en politique afin de mettre ses idées en pratique.
En 1992, il se présente à la mairie de San Diego, arrive en tête au premier tour avec 38,2 % des voix, mais perd finalement au second tour avec 48 %. Par la suite, il tente sa chance pour des sièges au conseil municipal, au comité du comté, et au Congrès, mais échoue systématiquement — obtenant 41,9 % des voix aux élections législatives de 1996, puis seulement 7,85 % lors d’une élection partielle municipale en 2001. Ces revers ne l’ont pas découragé, mais soulignent sa persévérance ainsi que son statut de personnage marginalisé.
Dès ses campagnes, il martèle ses thèmes favoris : protectionnisme économique et priorité à l’emploi, anticipant ainsi le slogan « America First » de Trump, mais sans réussir à convaincre l’électorat à l’époque.
D’enfant issu d’une famille monoparentale à docteur en économie de Harvard, puis candidat politique répété mais infructueux, le parcours de Navarro est marqué par des contradictions.
Il incarne à la fois le savant rigoureux et l’activiste radical ; bien ancré dans le monde académique, mais constamment repoussé par la scène politique.
C’est dans ces allers-retours entre université et politique que germaient déjà les graines du protectionnisme commercial et de la fermeté face à la Chine.
La théorie de la menace chinoise, des signes avant-coureurs
Dès l’instant où Peter Navarro a obtenu son doctorat en économie à Harvard, il était clair qu’il ne se contenterait pas du calme de la tour d’ivoire.
Son parcours ultérieur montre qu’il s’intéressait déjà profondément à la configuration de l’économie mondiale.
En 1989, lorsqu’il rejoint l’université de Californie à Irvine, il transforme son enthousiasme académique en critiques acerbes. Son objectif ? Une puissance en plein essor : la Chine.
Ce qui attire vraiment l’attention, ce sont ses ouvrages répétés prônant la théorie de la menace chinoise.
En 2006, il publie *The Coming China Wars* (La Guerre Chinoise à Venir), un livre aux accents quasi prophétiques, mettant en garde contre l’expansion économique chinoise, non seulement comme une simple compétition commerciale, mais comme une menace existentielle pour l’industrie américaine.
Le livre trahit une certaine obstination teintée de préjugés, comme cette affirmation : « Le développement de la Chine constitue une menace pour l’humanité, entraînant davantage de conflits et d’instabilité dans le monde. »
A l’époque, les lecteurs sur Amazon jugeaient souvent ce livre sensationnaliste et volontairement alarmiste.

Bien que cet ouvrage n’ait pas trouvé d’écho dans les cercles économiques traditionnels, il a suscité des remous parmi certains milieux conservateurs.
Cinq ans plus tard, en 2011, *Death by China* (Mort par la Chine) porte sa critique à son apogée. Ce livre n’est plus une analyse, mais véritablement une accusation en règle.
Navarro accuse la Chine d’avoir systématiquement sapé les fondements de l’économie américaine via des subventions illégales à l’exportation, des aides à la production, la manipulation monétaire et le vol de propriété intellectuelle…
Toutefois, ses positions ont suscité de nombreuses controverses.
Des économistes mainstream comme Simon Johnson du MIT ont critiqué publiquement ses analyses, jugées « trop partiales, ignorant la complexité des chaînes d’approvisionnement mondiales ». En outre, le ton dur de Navarro contraste fortement avec l’image habituellement posée des universitaires, lui valant l’étiquette d’« outsider » dans le monde économique.
Mais Navarro, fort de plus de dix années de recherches académiques, a élaboré une théorie complète justifiant une confrontation commerciale contre la Chine : les États-Unis doivent adopter des mesures fermes pour corriger leur déficit commercial et protéger leurs industries locales. Cette théorie allait précisément lui ouvrir les portes du cercle décisionnel de Trump.
Sa plume s’était déjà tournée vers la Chine ; le destin allait lui ouvrir une bien plus grande porte en 2016.
Promu par le gendre de Trump, entrée au cercle intime
*Death by China*, ignoré par les économistes traditionnels, a inopinément frappé à la porte de l’équipe de campagne de Trump.
En 2016, selon des sources, Jared Kushner, le gendre de Trump, aurait découvert le livre par hasard sur Amazon, séduit par sa critique virulente des pratiques commerciales chinoises, et l’aurait aussitôt recommandé à Donald Trump.
Trump, après lecture, s’est exclamé : « Cet homme comprend ce que je pense. »
Plus tard, Navarro a rappelé que son rôle initial avait été de « fournir une base analytique aux instincts commerciaux de Trump ». Homme d’affaires de formation, Trump maîtrisait bien les rouages du commerce, et leurs pensées coïncidaient peut-être sur un plan fondamental — un lien qui venait de naître.

Le 20 janvier 2017, jour même du serment de Trump, Navarro entre officiellement à la Maison Blanche en tant que directeur du nouvellement créé Conseil national du commerce.
Sa toute première mission ? Logiquement, la Chine. Il pousse rapidement une proposition d’augmentation de 43 % des droits de douane sur les produits chinois, et pilote la mise en place d’une taxe additionnelle de 25 % sur les importations d’acier et d’aluminium.
Lorsque la guerre commerciale sino-américaine éclate pleinement en 2018, Navarro est omniprésent. Lors d’un point presse à la Maison Blanche, il déclare : « La Chine doit payer pour ses pratiques commerciales injustes. »
Cette même année, il participe à la rédaction de l’ordonnance de Trump imposant des droits de douane sur les importations mondiales d’acier et d’aluminium, provoquant directement des tensions commerciales avec l’Union européenne et le Canada. La fermeté de Navarro, en phase avec le slogan « America First » de Trump, lui permet de consolider sa position à la Maison Blanche.
Néanmoins, son séjour dans le cercle rapproché n’a pas été sans heurts.
En 2020, il publie un rapport accusant de fraude électorale, et participe au plan dit du « Green Bay Sweep » du 6 janvier 2021, ce qui lui vaut en 2023 une condamnation à quatre mois de prison pour outrage au Congrès. Malgré cela, la confiance de Trump en lui reste intacte, allant jusqu’à le qualifier de « combattant loyal » même depuis sa cellule.
Le 20 janvier 2025, Trump regagne la Maison Blanche, et Navarro revient lui aussi en tant que conseiller principal pour le commerce et l’industrie. Cette fois, ses ambitions sont encore plus radicales.
En février, il co-dirige avec Stephen Miller les discussions sur les tarifs douaniers visant le Canada, la Chine et le Mexique, menant à la signature par Trump dès son premier jour d’un mémorandum politique commercial.
Le plan de « tarifs réciproques » piloté par Navarro — calculant les taux supplémentaires sur la base du déficit commercial, par exemple 46 % pour le Vietnam, 20 % pour l’UE — devient la pierre angulaire de la nouvelle politique. Dans une interview à CNBC, il se justifie : « Ce ne sont pas des instruments de négociation, mais des mesures nécessaires en état d’urgence nationale. »
Cette position s’inscrit parfaitement dans la continuité de ses convictions académiques datant de plus de dix ans.
D’un livre publié en 2016 à cerveau de la guerre commerciale en 2025, le lien entre Navarro et Trump n’est pas fortuit.
Leur vision protectionniste converge parfaitement ; leur aversion commune pour le déficit commercial, couplée à un tempérament inflexible, forme une alliance idéologique solide.
Malgré les controverses, malgré une incarcération, Navarro demeure l’âme stratégique du commerce trumpiste. De la marge académique au centre du pouvoir, il n’y est pas parvenu uniquement par chance, mais par sa farouche détermination à promouvoir la confrontation commerciale.
La suprême victoire est celle obtenue sans combattre
Le fruit de la rencontre entre Trump et Navarro va être mis à rude épreuve sur les marchés mondiaux en 2025.
Revenons à la déclaration initiale de Navarro : « Ne pas vendre ses actions, c’est ne pas perdre d’argent. » Cet économiste atypique comprend-il vraiment les rouages de l’économie ?
Peut-être maîtrise-t-il les chiffres douaniers, mais il semble avoir manqué l’essence même de l’art de la guerre.
Comme le dit Sun Tzu : « La meilleure stratégie est celle qui remporte la victoire par la ruse, ensuite vient la diplomatie, puis la bataille, et enfin le siège. » La suprême victoire est celle obtenue sans combattre.
La sagesse ancestrale préconise la victoire par la stratégie et la diplomatie, plutôt que par la guerre frontale.
Pourtant, la stratégie douanière de Navarro et Trump va exactement à l’inverse : ils choisissent le conflit direct, au prix élevé d’un coût économique massif, en échange d’une soi-disant « équité ».
Ce bras de fer brutal n’a pas affaibli l’adversaire, mais a surtout touché en premier lieu les entreprises et les consommateurs américains. Les économistes estiment que 60 % des droits de douane sur la Chine se traduisent par une hausse des prix des biens importés, coût finalement supporté par la population américaine.
La réalité dépasse largement la théorie.
Entraîner l’économie mondiale dans un chaos généralisé. Son rôle moteur est indéniable, mais le prix de cette guerre, est-il vraiment justifié ? La réponse reste incertaine.
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