
Le piège fiscal mortel derrière le rêve de s'enrichir rapidement avec les cryptomonnaies Meme : un marché de 1400 milliards de dollars
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Le piège fiscal mortel derrière le rêve de s'enrichir rapidement avec les cryptomonnaies Meme : un marché de 1400 milliards de dollars
En repensant aux affaires Oyster et Bitqyck, deux cas d'évasion fiscale liés à des ICO, cet article vise à offrir une réflexion froide sur la conformité fiscale aux investisseurs cryptos au milieu de l'engouement pour les Meme coins.
Rédaction : FinTax
2024 est l'année où le bitcoin entre pleinement sur la scène financière mondiale, mais aussi celle du grand boom des « meme coins ». Selon certaines données, environ 75 % des meme coins ont été créés cette année-là. Dès le début décembre, le volume des transactions de meme coins avait augmenté de plus de 950 %, atteignant une capitalisation boursière totale supérieure à 140 milliards de dollars. L'engouement pour les meme coins n'a pas seulement ravivé l'intérêt du marché cryptographique, il a également attiré un nombre croissant d'investisseurs ordinaires vers les actifs numériques.
Ce phénomène rappelle fortement la frénésie des ICO (offres initiales de jetons) autour de 2017. En 2017, avec l'apparition du standard ERC-20, le coût d'émission de jetons a chuté drastiquement, donnant naissance à une série de projets multipliant leur valeur par cent ou même par mille, et entraînant un afflux massif de fonds — plusieurs milliards de dollars — dans le secteur des ICO. Cette année, des plateformes comme Pump.fun ont rendu encore plus simples et équitables l'émission de jetons, déclenchant ainsi une tempête de meme coins qui sévit toujours aujourd'hui. Bien que les ICO et les émissions de meme coins présentent de nombreuses différences techniques et logiques, les risques fiscaux auxquels sont confrontés investisseurs et porteurs de projet restent similaires. Durant la précédente vague d'ICO, de nombreux investisseurs et promoteurs ont été impliqués dans des affaires fiscales. Aujourd’hui, alors que l’engouement pour les meme coins se poursuit, la conformité fiscale devient à nouveau une question cruciale pour les investisseurs en actifs cryptographiques et les émetteurs de meme coins. Dans cet article, FinTax revient sur deux cas emblématiques liés à des fraude fiscales lors d'ICO — l'affaire Oyster et l'affaire Bitqyck — afin d'inciter les investisseurs cryptographiques à adopter une réflexion froide face à l'euphorie actuelle des meme coins.

1. Deux affaires typiques de fraude fiscale liées aux ICO
1.1 Affaire Oyster : Revenus non déclarés issus de la vente de jetons, le fondateur condamné à quatre ans de prison
La plateforme Oyster Protocol a été lancée en septembre 2017 par Bruno Block (nom réel Amir Bruno Elmaani), dans le but de proposer un service de stockage de données décentralisé. En octobre 2017, Oyster Protocol a lancé une ICO pour émettre son jeton Pearl (PRL). La société affirmait que l’émission de PRL visait à créer un écosystème gagnant-gagnant permettant aux sites web et aux utilisateurs de bénéficier ensemble du stockage de données, via un système d’échange et d’incitation fondé sur les PRL. Le fondateur Bruno Block promettait publiquement que l’offre de PRL ne serait pas augmentée après l’ICO et que le contrat intelligent de création des PRL serait « verrouillé ».
Grâce à l’ICO, Oyster Protocol a levé environ 3 millions de dollars, ce qui lui a permis de lancer sa blockchain principale et de démarrer effectivement ses services de stockage, transformant ainsi Oyster Protocol d’un simple concept en un produit fonctionnel. Mais cette réussite fut de courte durée. En octobre 2018, Bruno Block a exploité une faille dans le contrat intelligent pour miner illégalement une grande quantité de nouveaux PRL, puis les a vendus sur le marché, provoquant une chute brutale du prix du PRL. Toutefois, Bruno Block a personnellement réalisé un profit colossal grâce à cette opération.
La chute du prix du PRL a attiré l’attention des autorités réglementaires. La Securities and Exchange Commission (SEC), l’Internal Revenue Service (IRS), le FBI et d’autres agences ont mené une enquête conjointe. Finalement, la SEC a intenté une action civile contre Bruno Block pour fraude aux investisseurs, tandis que le ministère public a engagé une procédure pénale pour fraude fiscale. Sur le plan fiscal, les procureurs ont estimé que Bruno Block n’avait pas seulement trahi la confiance des investisseurs, mais avait également violé son obligation de déclarer les revenus tirés de profits cryptographiques s’élevant à plusieurs millions de dollars. Entre 2017 et 2018, Bruno Block n’a déposé qu’une seule déclaration d’impôt en 2017, indiquant avoir perçu environ 15 000 dollars provenant uniquement de son activité de « conception de brevets ». En 2018, il n’a soumis aucune déclaration ni déclaré aucun revenu auprès de l’IRS, tout en dépensant au moins 12 millions de dollars pour acheter des biens immobiliers, des yachts, etc.
Finalement, le fondateur d’Oyster, Bruno Block, a reconnu sa culpabilité en matière de fraude fiscale devant le tribunal, signé un accord de reconnaissance de culpabilité en avril 2023, et a été condamné à quatre ans de prison ferme, ainsi qu’à verser environ 5,5 millions de dollars pour couvrir les pertes fiscales.
1.2 Affaire Bitqyck : Revenus transférés hors de l’ICO sans paiement d’impôts, deux fondateurs condamnés à huit ans cumulés de prison
Bitqyck était une entreprise de cryptomonnaie fondée par Bruce Bise et Samuel Mendez. Elle a d’abord lancé la cryptomonnaie Bitqy, prétendant offrir une alternative lucrative « à ceux qui avaient raté le Bitcoin », et a organisé une ICO en 2016. L’entreprise promettait aux investisseurs que chaque jeton Bitqy incluait 1/10 de part ordinaire de Bitqyck. En réalité, les actions étaient toujours détenues par les fondateurs Bise et Mendez, et aucune action ni bénéfice n’a jamais été distribué aux investisseurs. Peu de temps après, Bitqyck a lancé un nouveau jeton, BitqyM, affirmant que l’achat de ce jeton permettrait aux investisseurs de participer à une « activité minière de Bitcoin » en payant pour alimenter les installations minières de Bitqyck dans l’État de Washington. Or, ces installations minières n’existaient pas. Grâce à ces fausses promesses, Bise et Mendez ont collecté 24 millions de dollars auprès de plus de 13 000 investisseurs, utilisant la majeure partie de ces fonds pour leurs dépenses personnelles.
La SEC a intenté une action civile contre Bitqyck pour fraude aux investisseurs. En août 2019, les parties ont reconnu les faits et conclu un accord de transaction civile, par lequel la société Bitqyck et ses deux fondateurs ont versé environ 10,11 millions de dollars de sanctions civiles à la SEC. Parallèlement, le ministère public a maintenu des accusations pénales pour fraude fiscale : entre 2016 et 2018, Bise et Mendez ont gagné au moins 9,16 millions de dollars grâce à l’émission de Bitqy et BitqyM, mais ont sous-déclaré leurs revenus auprès de l’IRS, causant une perte fiscale de plus de 1,6 million de dollars ; en 2018, la société Bitqyck a empoché au moins 3,5 millions de dollars auprès des investisseurs sans déposer aucune déclaration d’impôt.
Finalement, concernant les questions fiscales, Bise et Mendez ont plaidé coupable respectivement en septembre et octobre 2021. Tous deux ont été condamnés pour fraude fiscale à 50 mois de prison chacun (soit environ huit ans au total), et ont été tenus solidairement responsables d'une dette fiscale de 1,6 million de dollars.
2. Analyse approfondie des problèmes fiscaux soulevés par ces deux affaires
Dans les affaires Oyster et Bitqyck, l’un des problèmes clés concerne la conformité fiscale des revenus générés par les ICO. Avec cette forme de financement émergente, certains émetteurs ont obtenu des revenus considérables en trompant les investisseurs ou par d'autres moyens illégaux, tout en sous-déclarant leurs gains ou en omettant purement et simplement de déposer leurs déclarations fiscales, conduisant ainsi à des violations fiscales.
2.1 Comment la loi américaine définit-elle la fraude fiscale ?
Aux États-Unis, la fraude fiscale (« tax evasion ») est un délit grave, consistant à utiliser délibérément des moyens illégaux pour réduire le montant des impôts dus. Cela se manifeste généralement par la dissimulation de revenus, la fausse déclaration de dépenses, ou l’absence de déclaration ou de paiement d’impôts à temps. Selon l'article 7201 du Code des recettes fédérales américain (26 U.S.C. §7201), la fraude fiscale constitue un crime fédéral. Une personne reconnue coupable peut être condamnée à un maximum de cinq ans de prison et à une amende pouvant atteindre 250 000 dollars, tandis qu'une entité peut être sanctionnée jusqu'à 500 000 dollars. La gravité de la peine dépend du montant et de la nature de la fraude.
Pour qu’un acte soit qualifié de fraude fiscale selon l'article 7201, trois conditions doivent être remplies : (1) existence d'une dette fiscale substantielle ; (2) mise en œuvre d’un comportement actif destiné à éviter le paiement des impôts ; (3) intention délibérée de frauder. Les enquêtes sur la fraude fiscale impliquent souvent une analyse approfondie des transactions financières, des sources de revenus et des flux d’actifs. Dans le domaine des cryptomonnaies, caractérisé par l’anonymat et la décentralisation, ces comportements sont particulièrement facilités.
2.2 Comportements fiscalement répréhensibles dans les deux affaires
Aux États-Unis, chaque étape d’une ICO peut donner lieu à des obligations fiscales. Porteurs de projet et investisseurs ont des responsabilités différentes selon les phases. D’un côté, les émetteurs doivent respecter les règles fiscales lorsqu’ils lèvent des fonds via une ICO. Les fonds collectés peuvent être considérés comme des recettes commerciales ou comme un apport en capital. Par exemple, si les fonds servent à financer les frais d’exploitation, le développement technologique ou l’expansion de l’entreprise, ils doivent être traités comme des revenus imposables. De l’autre côté, les investisseurs ont eux aussi des obligations fiscales dès lors qu’ils acquièrent des jetons via une ICO. Notamment, lorsque les investisseurs reçoivent des récompenses ou des airdrops (distribution gratuite de jetons), ces avantages sont considérés comme des gains en capital et doivent faire l’objet d’une imposition. Aux États-Unis, la valeur des airdrops et des récompenses est généralement évaluée selon leur cours de marché au moment de la réception, et doit être déclarée fiscalement. De même, les bénéfices réalisés par la vente de jetons détenus pendant une certaine période sont également soumis à l’impôt sur les plus-values.
Objectivement, que ce soit dans l’affaire Oyster ou dans celle de Bitqyck, les comportements des personnes concernées ont non seulement porté préjudice aux investisseurs et constitué une escroquerie, mais ont également violé, à divers degrés, les dispositions fiscales américaines. Il convient toutefois de noter que les infractions fiscales dans ces deux affaires ne sont pas identiques, comme nous allons le préciser ci-dessous.
2.2.1 La fraude fiscale dans l’affaire Oyster
Concrètement, dans l’affaire Oyster, après l’ICO de PRL, le fondateur de la plateforme, Bruno Block, a exploité une vulnérabilité du contrat intelligent pour miner illégalement une grande quantité de nouveaux PRL, puis les a vendus, réalisant ainsi un gain substantiel. Bruno a accumulé rapidement une immense richesse grâce à la vente de PRL, mais n’a pas rempli ses obligations fiscales. Ce comportement viole clairement les dispositions de l’article 7201 du Code des recettes fédérales.
Toutefois, une particularité existe dans ce cas : avant de vendre les PRL, Bruno Block les a d’abord créés (« mintés »). S’il va de soi que les bénéfices tirés de la vente de jetons sont soumis à l’impôt sur les plus-values, la question de savoir si la simple création de jetons est imposable reste floue aux yeux de l’IRS. Certains estiment que le minage et la création de jetons sont tous deux des processus informatiques générant de nouveaux actifs numériques, donc devraient être imposables. D’autres pensent que la création de jetons est analogue au minage, et devrait donc également être déclarée. FinTax estime que la taxation de la création de jetons dépend de la liquidité du marché. Si le marché du jeton n’est pas encore liquide, sa valeur est difficile à déterminer, rendant impossible le calcul du revenu. En revanche, si le jeton dispose déjà d’un marché actif, sa valeur marchande étant identifiable, les jetons créés devraient être considérés comme des revenus imposables.
2.2.2 La fraude fiscale dans l’affaire Bitqyck
À la différence de l’affaire Oyster, la fraude fiscale dans l’affaire Bitqyck concerne le transfert illégal de fonds collectés auprès des investisseurs par de fausses promesses. Après avoir réussi à lever des fonds via l’ICO, les fondateurs de Bitqyck, Bise et Mendez, n’ont pas honoré leurs engagements envers les investisseurs, mais ont détourné la majorité des fonds à des fins personnelles. Ce transfert de fonds équivaut essentiellement à transformer de l’argent investi en revenus personnels, sans les consacrer au développement du projet ni à la réalisation des retombées promises aux investisseurs. Contrairement à la vente directe de jetons lors d’une ICO, le problème fiscal central ici réside dans le détournement illégal des fonds levés et la non-déclaration de ces revenus.
Selon le Code des recettes internes (Internal Revenue Code) américain, tous les revenus, légaux ou illégaux, sont imposables. Cette règle a été confirmée par la Cour suprême des États-Unis dans l’affaire James c. États-Unis (James v. United States, 1961). Les citoyens américains doivent déclarer leurs gains illégaux dans leurs déclarations annuelles d’impôts. Toutefois, ces contribuables hésitent souvent à le faire, car cela pourrait exposer leurs activités criminelles à une enquête. En ne déclarant pas les revenus illégaux obtenus par le détournement des fonds de l’ICO, Bise et Mendez ont directement violé les dispositions fiscales, ce qui leur a valu une responsabilité pénale.
3. Recommandations et alertes de FinTax
L’essor des meme coins a permis à de nombreux acteurs du secteur cryptographique de réaliser des profits colossaux. Pourtant, comme l’ont montré les précédentes affaires de fraude fiscale liées aux ICO, dans un marché des meme coins où les mythes de richesse se multiplient chaque jour, il est essentiel de porter une attention particulière non seulement à l’innovation technologique et aux opportunités de marché, mais aussi à la conformité fiscale.
Premièrement, comprenez vos obligations fiscales liées à l’émission de meme coins pour éviter les risques juridiques. Même si l’émission d’un meme coin ne génère pas directement des revenus comme lors d’une ICO, lorsque les jetons achetés tôt par les émetteurs ou les investisseurs augmentent de valeur, toute vente ultérieure donne lieu à une imposition sur les plus-values. Même si tout le monde peut anonymement créer un meme coin sur la blockchain, cela ne signifie pas que l’émetteur échappera à un contrôle fiscal. La meilleure manière d’éviter les risques fiscaux est de respecter la loi, plutôt que de chercher des moyens plus efficaces pour rester anonyme sur la chaîne.
Deuxièmement, surveillez attentivement les transactions de meme coins et assurez-vous que vos historiques soient transparents. Le marché des meme coins étant hautement spéculatif et de nouveaux projets apparaissant constamment, les investisseurs peuvent effectuer un très grand nombre de transactions, générant ainsi des volumes importants d’historiques. Les investisseurs en actifs cryptographiques doivent conserver scrupuleusement les détails de toutes leurs opérations, notamment en utilisant des logiciels spécialisés de gestion d’actifs numériques et de déclaration fiscale, afin que chaque achat, vente, transfert et gain puisse être retracé, et correctement qualifié fiscalement lors de la déclaration, évitant ainsi des litiges potentiels.
Troisièmement, suivez l’évolution des lois fiscales et collaborez avec des professionnels du conseil fiscal. Les régimes fiscaux relatifs aux actifs cryptographiques sont encore à un stade embryonnaire dans de nombreux pays et font l’objet de modifications fréquentes. Certaines modifications clés peuvent avoir un impact direct sur le fardeau fiscal réel. Par conséquent, tant les investisseurs que les émetteurs de meme coins doivent suivre attentivement l’évolution législative fiscale dans leur pays, et le cas échéant, consulter des experts fiscaux afin d’être accompagnés dans leurs décisions fiscales optimales.
En résumé, le marché des meme coins, dont la capitalisation atteint déjà 140 milliards de dollars, offre un effet de richesse considérable, mais expose également à de nouveaux défis juridiques et à des risques de conformité. Émetteurs et investisseurs doivent pleinement prendre conscience de ces risques fiscaux, rester prudents et vigilants dans un marché instable, et ainsi limiter les pertes et risques inutiles.
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