
Analyse du dernier consensus sur l'échange d'informations relatives à la fiscalité des cryptomonnaies : comment le CARF sera-t-il mis en œuvre ?
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Analyse du dernier consensus sur l'échange d'informations relatives à la fiscalité des cryptomonnaies : comment le CARF sera-t-il mis en œuvre ?
Cet article propose une analyse des points clés de ce document ainsi que des tendances futures concernant l'échange mondial d'informations fiscales.
Rédaction : TaxDAO
1. Introduction
En juillet 2024, le Forum mondial sur la transparence et l'échange d'informations à des fins fiscales (le « Forum mondial ») a présenté à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et au G20 un document intitulé *Bringing Tax Transparency to Crypto-Assets – An Update*, détaillant les derniers progrès accomplis par la communauté internationale dans la mise en place d'un cadre global de transparence fiscale pour les actifs numériques (cadre de déclaration des actifs numériques, CARF).
L’OCDE et le G20 utilisent le Cadre de déclaration des actifs numériques (CARF) afin de promouvoir l’échange automatique d’informations fiscales à l’échelle mondiale, garantir la transparence des transactions portant sur des actifs numériques et réduire les risques d’évasion et d’optimisation fiscales. À ce jour, 58 pays membres de l’OCDE ont annoncé leur intention de mettre pleinement en œuvre le CARF d’ici la fin de l’année 2027. L’équipe de recherche de TaxDAO propose ici une analyse des points clés de ce rapport ainsi que des tendances futures en matière d’échange international d’informations fiscales.
2. Contenu principal du document
2.1 Résumé du contenu et principales échéances de mise en œuvre du CARF
Le document *Bringing Tax Transparency to Crypto-Assets – An Update* présente tout d’abord le contexte et les objectifs du rapport, puis aborde la définition, les usages et l’évolution des actifs numériques, tout en soulignant les défis posés par ces actifs en matière de transparence fiscale et d’échange d’informations. Ensuite, il appelle à l’adoption d’une nouvelle norme mondiale pour les actifs numériques, en décrivant les initiatives prises par le G20 pour renforcer la transparence fiscale dans ce domaine, ainsi que le processus de développement collaboratif du CARF par l’OCDE et les pays du G20. Il expose ensuite en détail la mise en œuvre du CARF, notamment son architecture législative nationale, son cadre juridique international, ses infrastructures techniques, son dispositif administratif ainsi que les normes en matière de confidentialité et de protection des données. Il examine également comment tirer parti de l’expérience acquise par le Forum mondial lors de la mise en œuvre du Standard commun de déclaration (CRS) pour faciliter celle du CARF. Enfin, il décrit les actions menées par le Forum mondial pour assurer une mise en œuvre large du CARF, fait le point sur les avancées réalisées à ce jour, et insiste sur les bénéfices potentiels du CARF pour la transparence fiscale et l’échange d’informations.
Le Forum mondial vise à garantir qu’une majorité de juridictions concernées entament d’ici 2027 l’échange automatique d’informations (AEOI) relatif aux actifs numériques. Au moment de la publication du rapport, 58 pays et territoires ont publiquement annoncé leur soutien à un tel échange fondé sur le CARF avant 2027, dont 10 pays en développement.
Afin d’assurer que tous les pays puissent démarrer l’échange d’informations selon le CARF à temps en 2027, le Forum mondial a fixé un objectif intermédiaire crucial : finaliser d’ici la réunion plénière du Forum mondial 2024 (prévue en novembre 2024) le processus d’engagement (commitment process). Cela signifie qu’avant la fin de l’année 2024, le Forum mondial aura identifié la plupart des juridictions concernées par la mise en œuvre du CARF, et encouragera ces pays à adopter ou promulguer les lois nationales nécessaires afin de pouvoir démarrer l’échange d’informations fiscales sur les actifs numériques en 2027 comme prévu. Par ailleurs, certains pays en développement pouvant nécessiter davantage de préparation technique, le groupe de travail sur le CARF étudie actuellement la possibilité d’accorder une flexibilité limitée à certaines juridictions, permettant un report temporaire du démarrage de la mise en œuvre du CARF si nécessaire.
2.2 Comment le Forum mondial va-t-il promouvoir la mise en œuvre du CARF ?
2.2.1 Présentation du CARF
Le CARF vise à instaurer un cadre uniforme d’échange d’informations fiscales afin de résoudre les problèmes de régulation fiscale des actifs numériques, et de fournir aux administrations fiscales des données tierces plus complètes sur les contribuables et leurs activités liées aux actifs numériques. Élaboré par l’OCDE sur la base du CRS, le CARF a été achevé en 2023. Ce cadre impose aux prestataires de services sur actifs numériques (RCASP) de respecter des obligations rigoureuses de diligence en vue d’identifier les informations devant être déclarées, et de s’assurer que celles-ci soient transmises avec exactitude et en temps voulu aux autorités fiscales. Le CARF se compose des règles et commentaires suivants : 1) la définition de la portée des actifs numériques couverts ; 2) les entités et personnes soumises aux obligations de collecte et de déclaration de données ; 3) les opérations à déclarer ainsi que les informations associées ; 4) les procédures de diligence à appliquer pour identifier les utilisateurs et contrôleurs des actifs numériques ainsi que les juridictions fiscales concernées, à des fins de déclaration et d’échange.
Après avoir reçu les informations déclarées par les RCASP, les administrations fiscales des différentes juridictions procèdent, dans le cadre du CARF, à l’échange et à la circulation de ces données avec d’autres administrations fiscales, permettant ainsi une surveillance mondiale des actifs numériques et garantissant la transparence fiscale.
2.2.2 État d’avancement de la mise en œuvre du CARF
Suite à une invitation du G20, le Forum mondial a mis en place un groupe de travail dédié au CARF, chargé d’élaborer d’ici fin 2024 la procédure d’engagement relative au CARF, afin d’en assurer une mise en œuvre globale. Conformément au calendrier, les pays participants devront entamer l’échange d’informations selon le CARF à partir de 2027. Nous estimons que l’objectif du Forum mondial est d’assurer que toutes les juridictions concernées mettent en œuvre le CARF dans un délai relativement synchronisé, afin d’éviter que certaines juridictions ne deviennent des « brèches fiscales ».
Pour soutenir la mise en œuvre du CARF, le Forum mondial développe actuellement les cadres techniques nécessaires, notamment des systèmes de déclaration et d’échange de données. Ces systèmes garantiront l’exactitude et la sécurité des informations échangées, tout en favorisant une coopération efficace entre les États.
2.2.3 Mise en œuvre du CARF au niveau national
Le CARF et le CRS présentent des synergies importantes. Le Forum mondial entend exploiter ces synergies pour accélérer la diffusion du CARF. Pour sa mise en œuvre, les gouvernements doivent établir un cadre législatif national imposant aux RCASP de mener des diligences et de déclarer les informations requises ; mettre en place un cadre juridique international encadrant l’échange transfrontalier des informations déclarées ; développer les infrastructures techniques nécessaires pour recevoir les données des RCASP et les échanger à l’international ; enfin, chaque pays doit respecter les normes attendues en matière de confidentialité et de protection des données, afin de garantir la sécurité et un traitement approprié des informations échangées.
2.3 Le CARF consiste essentiellement à étendre aux actifs numériques le système d’échange automatique d’informations (AEOI) défini par le CRS
2.3.1 Présentation du système AEOI
L’échange automatique d’informations (AEOI) est un mécanisme de coopération fiscale internationale destiné à renforcer la transparence fiscale et à prévenir l’évasion et l’optimisation fiscales transfrontalières. Ce système exige que les institutions financières déclarent les informations relatives aux comptes financiers détenus par leurs clients non-résidents, et échangent automatiquement ces données avec les administrations fiscales des pays de résidence de ces clients. Le pilier central de l’AEOI est le Standard commun de déclaration (CRS), élaboré conjointement en 2014 par l’OCDE et les pays du G20. Le CRS oblige les pays participants à recueillir via les institutions financières les informations relatives aux comptes financiers détenus par leurs clients non-résidents, puis à échanger automatiquement ces données entre administrations fiscales participantes.
2.3.2 Extension de l’AEOI aux actifs numériques
Comme indiqué précédemment, le CARF applique le mécanisme d’échange automatique d’informations du CRS aux prestataires de services sur actifs numériques (RCASP). Il exige que les RCASP déclarent les informations relatives aux actifs numériques détenus par leurs clients non-résidents, et échangent automatiquement ces données avec les administrations fiscales des pays de résidence de ces clients. Cette extension permet d’améliorer significativement la transparence fiscale dans le domaine des actifs numériques, et de lutter contre l’évasion et l’optimisation fiscales.
2.3.3 Exigences concrètes de l’AEOI
Les exigences spécifiques de l’AEOI comprennent : la diligence sur les comptes, selon laquelle les institutions financières doivent mener une enquête sur les comptes qu’elles détiennent afin d’identifier si leurs titulaires sont des contribuables non-résidents, et collecter les informations nécessaires à l’échange. La déclaration d’informations, qui oblige les institutions financières à transmettre aux administrations fiscales nationales les données pertinentes selon un format et un calendrier précis. Ces informations sont ensuite échangées par les administrations fiscales conformément aux accords internationaux. La protection des données et la confidentialité : durant l’échange d’informations, les États doivent garantir la sécurité et la confidentialité des données, en évitant toute divulgation à des tiers non autorisés. Enfin, en matière de normes techniques, les pays participants à l’AEOI doivent généralement adopter des standards techniques et formats de données harmonisés afin d’assurer efficacité et précision des échanges.
Pour les institutions financières ou contribuables ne respectant pas les exigences de l’AEOI, les États concernés peuvent appliquer diverses sanctions, notamment des amendes visant à compenser les pertes fiscales dues à l’évasion ou à l’optimisation fiscale. Dans les cas de violations graves, des mesures supplémentaires telles que la révocation de licence d’exploitation ou des restrictions de voyage peuvent être prises. Toutefois, ces sanctions sont définies par les législations nationales respectives et varient donc d’un pays à l’autre.
3. Impacts potentiels de la mise en œuvre du CARF
Premièrement, amélioration de la transparence fiscale : la mise en œuvre du CARF accroîtra considérablement la transparence fiscale dans le secteur des actifs numériques, permettant aux administrations fiscales de connaître avec plus de précision les détentions d’actifs numériques et les revenus associés aux contribuables, et facilitant ainsi la lutte contre l’évasion et l’optimisation fiscales.
Deuxièmement, promotion d’une concurrence fiscale équitable : grâce à l’adoption mondiale d’un standard uniforme de déclaration des actifs numériques, le CARF contribuera à créer un environnement concurrentiel équitable, empêchant certaines juridictions de devenir des refuges pour l’évasion ou l’optimisation fiscales.
Troisièmement, augmentation des recettes publiques : l’amélioration de la transparence fiscale et la promotion d’une concurrence équitable permettront aux gouvernements d’accroître leurs recettes fiscales, offrant ainsi davantage de ressources pour financer les services publics.
Quatrièmement, renforcement de la confiance du public : en luttant contre l’évasion et l’optimisation fiscales, le CARF contribuera à renforcer la confiance du public dans le système financier et les institutions publiques, favorisant ainsi la stabilité et le développement des marchés financiers.
Dans l’ensemble, l’OCDE et le Forum mondial souhaitent s’appuyer sur leur expérience acquise avec le CRS pour promouvoir la mise en œuvre du CARF selon un mécanisme similaire. Par ailleurs, le Forum mondial manifeste une attention particulière aux pays en développement, cherchant à la fois à leur permettre de bénéficier de la mise en œuvre du CARF, tout en évitant qu’ils ne deviennent des « zones à faible pression fiscale ». On constate ainsi que face aux défis mondiaux et anonymes posés par les actifs numériques, les États vont coopérer plus étroitement en matière de régulation fiscale. Le CARF devrait à l’avenir renforcer la transparence fiscale mondiale, réduire l’évasion fiscale et approfondir la confiance institutionnelle et le consensus global.
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