
De l'arrestation du fondateur de Telegram, Pavel Durov, à la vie privée et à la transparence — Moon Punk et l'envers des cycles
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De l'arrestation du fondateur de Telegram, Pavel Durov, à la vie privée et à la transparence — Moon Punk et l'envers des cycles
Face à l'intensification du cercle vicieux entre anonymat et surveillance, trouver un équilibre entre la protection de la vie privée individuelle et la réponse aux défis réglementaires est devenu une question cruciale à résoudre d'urgence.
Rédaction : lunar-mining, DarkFi Squad
Traduction : Elsa, LXDAO
Préambule
Dans le domaine de la cryptographie, notamment face à une surveillance de masse et à une réglementation de plus en plus sévère ces derniers temps, les questions de confidentialité et de sécurité deviennent cruciales. Récemment, l'arrestation du fondateur de Telegram (TG), Pavel Durov, a suscité une attention considérable, révélant les relations complexes entre vie privée et surveillance. Cet événement met non seulement en lumière la vulnérabilité des utilisateurs face aux pressions réglementaires, mais souligne aussi l'importance de l'anonymat comme mécanisme adaptatif contre la surveillance. À mesure que s'intensifie le cycle de rétroaction positive entre anonymat et surveillance, trouver un équilibre entre protection de la vie privée et réponse aux défis réglementaires devient une question urgente.
Cela nous rappelle le « Lunarpunk », présenté pour la première fois par Rachel-Rose O’Leary dans un article de 2022 intitulé cette semaine « Lunarpunk et le côté obscur du cycle ». Le côté obscur de la lune est le terrain fertile où grandit le Lunarpunk, mais que le Solarpunk aborde rarement. Lunarpunk et Solarpunk forment ainsi une paire élégante : transparence contre confidentialité, marchés haussiers contre marchés baissiers, lumière du jour contre obscurité nocturne. Dans son combat contre la nuit, ce dont le Lunarpunk a besoin avant tout, c’est de la confidentialité.
Pour en savoir plus sur ces deux cultures (lien)
Texte principal
La science-fiction est un exercice spéculatif. En imaginant des futurs possibles, elle élargit l'espace des possibles. La cryptographie constitue une forme extrême de science-fiction, car elle ne propose pas seulement une vision du futur, mais fournit également les outils nécessaires pour y parvenir.
Actuellement, la cryptographie est portée par une pensée de science-fiction appelée « Solarpunk ». Dérivé du cyberpunk, le Solarpunk est une vision utopique caractérisée par son optimisme. Pour le Solarpunk, l'avenir est lumineux. Il rejette les ombres dystopiques du cyberpunk et illumine un monde au-delà de l'horizon chaotique.
Dans l'écosystème Ethereum, les hackers Solarpunk construisent une « infrastructure transparente » (lien) pour financer des biens publics. Leur idée est simple : la décentralisation et la transparence mèneront vers un avenir plus juste et équitable. Web3 trace une nouvelle voie pour l'humanité, et les institutions traditionnelles suivront inévitablement cette tendance.
Le Solarpunk est l'esprit lucide du monde crypto. Il est clair, confiant, tourné vers l'avenir. Toutefois, à l'opposé de la foi solarpunk se trouve le scepticisme lunarpunk. Le Lunarpunk est l'ombre du Solarpunk. Il représente la part inconsciente de ce cycle. Alors que « le Solarpunk rejoint les DAO » (selon Dylan Ennis), le Lunarpunk se prépare à la guerre, développant des outils renforçant la confidentialité pour protéger ses communautés.
Note du traducteur : L’« ombre » (Shadow-self) est un concept psychologique issu de la théorie de Carl Jung, désignant la partie refoulée ou inconsciente de l’individu. Elle inclut généralement des émotions, désirs ou traits que l’individu refuse d’affronter, souvent perçus comme négatifs ou socialement inacceptables.
Initialement, le Lunarpunk était un sous-ensemble du Solarpunk. Il a toujours préféré la cryptographie plutôt que le paradigme en clair offert par Ethereum. Avec le temps, les tensions liées à la philosophie solarpunk se sont accrues. Contraint de se détacher des ruines du Solarpunk, le Lunarpunk a dû affirmer sa propre position.

Selon l'imagination lunarpunk, le conflit entre le monde crypto et les structures de pouvoir existantes est inévitable. La réglementation pousse la cryptographie sous terre, renforçant continuellement l’anonymat. Dans les ténèbres interstellaires, une nouvelle faction radicalisée de la cryptosphère forge une démocratie entièrement nouvelle.
Ce conflit est refoulé dans la psyché solarpunk. Les phases lunaires sont rejetées comme cauchemars baissiers. Le conflit fondamental — l’interdiction étatique de la cryptographie — est qualifiée de FUD, car elle engendre la peur, poussant les gens à s’accrocher à leur argent puis à fuir.
Note du traducteur :
FUD : acronyme de Fear (peur), Uncertainty (incertitude) et Doubt (doute).
À mesure que le supercycle se différencie, les tensions refoulées du Solarpunk s’intensifient. L’optimisme solarpunk est désormais assimilé au marché haussier, tandis que le pessimisme est lié au marché baissier. Le Lunarpunk offre une perspective qui transcende ces simples fluctuations. C’est un instant de lucidité entre les cycles du marché, une faille dans l’hologramme où le code source brille.
La vulnérabilité du Solarpunk
Ce qui est fragile se brise quand il tremble. Ce qui est antifragile devient plus fort après avoir absorbé un choc.
Le destin de l’antifragilité suit une courbe convexe, tandis que la vulnérabilité suit une courbe concave.

L’antifragilité de la cryptographie est souvent mise en avant. Pourtant, la cryptographie actuelle existe sur un spectre de fragilité. Sa résilience ne se manifeste que sous une pression externe suffisante. Si les défenses de la cryptographie tiennent bon, son destin sera de type convexe. Sinon, nous assisterons à une spirale descendante, caractérisée par une courbe concave.
Considérons le cas suivant. L’innovation centrale de la cryptographie a un double tranchant : elle renforce le pouvoir des utilisateurs tout en élargissant leur surface d’attaque (proportionnellement). L’autonomisation des utilisateurs est négativement corrélée à la vulnérabilité ; plus la communauté utilisateur est forte, plus le réseau est antifragile.

Il existe une relation de rétroaction positive entre autonomisation des utilisateurs et antifragilité du système. Mais ce cycle peut aussi fonctionner à l’envers. Dans un système transparent, les utilisateurs sont exposés. Si l’environnement extérieur devient hostile, ces informations peuvent être utilisées contre eux. Face à la persécution, les utilisateurs choisiront de partir, déclenchant une descente dans la vulnérabilité.

L’état d’esprit solarpunk est fondamentalement optimiste. La transparence dans les systèmes solarpunk est l’expression de cet esprit optimiste. En construisant des systèmes transparents, le Solarpunk exprime la croyance : « Je crois que la loi ne se retournera pas contre moi. » Cette fidélité à l’optimisme l’empêche de se préparer au pire scénario. Voilà le cœur de la vulnérabilité du Solarpunk.
Le choix des ténèbres
L’argument de Taleb sur l’antifragilité repose sur l’imprévisibilité. Selon Taleb, l’avenir est sombre : impossible à prédire avec une certitude significative. Il décrit l’option comme « l’arme de l’antifragilité », car elle permet d’exploiter cette obscurité à son avantage. L’optionnalité suppose que vos prévisions sont fausses la plupart du temps. Le coût de l’erreur est faible, tandis que la récompense en cas de justesse est élevée.
Le Lunarpunk intègre l’optionnalité, car il prospère dans le pire des cas. Si l’hypothèse lunarpunk est fausse, le supercycle continuera. S’il a raison, la cryptographie entrera dans sa phase suivante, équipée des défenses appropriées. Une bonne défense signifie rester invisible : utiliser la cryptographie pour protéger l’identité et les activités des utilisateurs. Tel est le pilier de la convexité lunarpunk.
Dans le futur solarpunk, les utilisateurs fuient face à la persécution. Mais le Lunarpunk offre une protection. Les participants des réseaux obscurs bénéficient d’un droit de déni plausible. Les changements réglementaires n’ont aucun impact sur eux. La seule raison pour laquelle un utilisateur quitte le réseau suite à une répression, c’est s’il le fait volontairement.
L’antifragilité de la cryptographie ne se manifeste que lorsque l’anonymat rencontre la persécution. Néanmoins, pour être véritablement antifragile, la cryptographie doit non seulement survivre aux assauts réglementaires, mais prospérer grâce à ces attaques. Le Lunarpunk croit qu’à travers l’anonymat, un conflit accru ne fera qu’amplifier la puissance du monde crypto, une puissance qui croît exponentiellement tandis que celle de l’attaquant diminue.
Convexité : une prophétie
L’anonymat apparaît d’abord comme une adaptation à la surveillance de masse. Mais son existence sert aussi à justifier davantage la surveillance. C’est un cycle de rétroaction positive, signifiant que l’anonymat et la surveillance sont voués à s’intensifier mutuellement.

Dans un paradigme défini par la surveillance, l’anonymat de la cryptographie la rend hétérodoxe. Après un fonctionnement prolongé, ce cycle déclenchera la phase suivante de la convexité lunarpunk — que j’appelle le piège réglementaire. À ce stade, les attaquants utilisent l’augmentation de l’anonymat comme prétexte pour déployer toute leur puissance contre le monde crypto.
Pourtant, en combattant la cryptographie, les forces hostiles ne font que renforcer davantage sa légitimité. L’utilité de la cryptographie est proportionnelle à l’intensité des attaques : chaque assaut l’étend de manière disproportionnée. Antifragilité.

Le piège réglementaire contraint la cryptographie à passer sous terre. Cela entraîne plusieurs conséquences :
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Une prise de conscience politique accrue
L’anonymat est un catalyseur de la conscience politique dans le monde crypto. Après une répression réglementaire, la distinction entre cryptomonnaie et monde fiduciaire devient plus nette. Seulement en établissant cette séparation, la cryptographie peut construire un nouveau monde reflétant ses valeurs.
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Élimination du centre
La cryptographie en état de guerre est une cryptographie durcie. Les factions souhaitant compromettre avec les forces hostiles seront absorbées par les institutions de pouvoir ou éliminées. C’est une extinction des projets moralement compromis. Avec le temps, cette clarification des éléments les plus idéologiques renforcera la cryptosphère.
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Meilleurs rendements
La cryptosphère regorge des cadavres de mauvais designs incitatifs. Aucun autre design n’a autant concentré d’échecs que les anciennes monnaies privées (privacy coins). Elles constituent un cours magistral sur la mauvaise distribution monétaire et les politiques inflationnistes. En retour, la valeur réelle des projets de confidentialité pourrait être bien plus élevée.
Une nouvelle vague de programmeurs spécialisés en confidentialité maîtrise désormais l’ingénierie financière. Ainsi, la dernière phase de la convexité lunarpunk est économique. Seuls ceux qui refusent volontairement le paradigme fiduciaire peuvent accéder aux colonies lunaires. Ce monde étranger anonyme offre un rendement révolutionnaire aux individus dotés d’une idéologie solide, leur permettant de traverser les zones inexplorées.

Le cycle de la lune
Le soleil est à la fois un symbole naturel et un symbole de tyrannie. Par son insistance sur la transparence et l’identité, le Solarpunk hérite de cette double caractéristique symbolique. Les systèmes solarpunk ressemblent à des paysages désertiques, où les utilisateurs sont exposés et vulnérables.
Le Lunarpunk ressemble davantage à une forêt. L’épaisse couverture cryptographique protège les tribus et offre un refuge aux persécutés. Les sous-bois fournissent une ligne de défense essentielle. Le paysage lunaire est sombre, mais grouillant de vie.
La technologie lunaire appartient au peuple, est gérée par le peuple, et sert sa liberté. La colonie lunaire est un sanctuaire où la diversité est cultivée et protégée. Le cycle lunaire défend la technologie démocratique contre la technologie autoritaire, la liberté contre la surveillance, la diversité contre la monoculture.
Le Lunarpunk affirme que la liberté ne peut exister qu’en dehors de la logique de domination. Cela signifie que la société lunaire doit rompre totalement avec le paradigme actuel. Ainsi, le futur lunarpunk naît du conflit que le Solarpunk cherche à éviter.
Le refoulement du Solarpunk est sa plus grande faiblesse. Si le Solarpunk s’est déjà intégré à l’oppression qu’il espère fuir, alors il ne peut réaliser la vision qu’il projette. En privilégiant la transparence dans ses systèmes, le Solarpunk conçoit tragiquement son propre destin. La surveillance — mécanisme de l’autoritarisme — est indissociable du destin du Solarpunk.
Pour réussir, le Solarpunk doit intégrer l’inconscient lunarpunk. Son unique espoir est d’aller vers les ténèbres.
Enfin, merci à Paul, Amir et Matti pour leurs retours, et à Armor pour les graphiques et œuvres artistiques.
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