
Révéler la méthodologie d'analyse macroéconomique crypto des chercheurs de premier plan
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Révéler la méthodologie d'analyse macroéconomique crypto des chercheurs de premier plan
La hausse du marché sera un processus lent, et l'utilisation de produits dérivés et de levier aura du mal à propulser le marché à court terme.
Thème : Décryptage de la méthodologie d'analyse macroéconomique en cryptomonnaies par des chercheurs de premier plan
Invités :
Zheng @ZnQ_626
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Fondateur de LUCIDA
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Champion, catégorie stratégie mixte, première saison du Championnat Bgain 2019 sur les actifs numériques ;
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Finaliste en avril, champion en mai, troisième place finale en 2020 lors du Championnat mondial de quantification d’actifs TokenInsight, catégorie stratégie composée ;
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Troisième place finale en 2021 lors du Championnat mondial de quantification d’actifs TokenInsight x KuCoin, catégorie stratégie composée ;
Vivienna @VV_watch
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Partenaire recherche chez BuilderRocket Accelerator
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Entrée dans le secteur en 2017
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Ancienne chargée de recherche et investissement au sein du fonds blockchain affilié à Foxconn
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Ancienne chercheuse Defi chez Huobi
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Passionnée d'analyse macroéconomique
HighFreedom @highfree2028
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Entrée dans le secteur en 2016
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Double formation informatique & finance
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Actuellement chercheur dans une société de courtage
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Spécialisé dans le timing cyclique basé sur l'analyse de la liquidité du dollar et l'analyse macroéconomique
Albert @assassinaden
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Gérant de fonds quantitatif privé
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Ancien chercheur quantitatif sur le marché des changes, spécialisé en arbitrage statistique et stratégies de valeur relative
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Expertise en stratégies non delta et en analyse macroéconomique
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Grande importance accordée à la capacité de s'adapter aux cycles et de traverser les marchés haussiers et baissiers
Décryptage du cadre d'analyse macroéconomique
Zheng@LUCIDA :
Avec le développement du secteur crypto, la corrélation entre les marchés et la macroéconomie devient de plus en plus forte. La macroéconomie est désormais un élément incontournable de l'analyse du marché. Aujourd'hui, nous allons spécifiquement aborder ce sujet. Commençons par la première question : pouvez-vous chacun partager votre propre cadre et méthodologie d'analyse macroéconomique, ainsi que sa logique sous-jacente ?
HighFreedom :
L'analyse macro pour le crypto se compose de deux volets : le macro hors-champ (non natif crypto) et le macro interne (crypto-natif), dont le cœur est l'analyse on-chain du BTC.
Concernant le macro hors-champ, mon cadre d’analyse ressemble à un triangle inversé divisé en trois niveaux.
Le premier niveau comprend diverses données : emploi, PIB, inflation, PCE, etc.
Le deuxième niveau consiste à synthétiser ces données. Bien qu’apparemment hétéroclites, elles peuvent être regroupées en deux catégories : celles reflétant la santé économique et celles mesurant le niveau d’inflation. En effet, la Réserve fédérale (Fed), qui fixe la politique monétaire (taux d’intérêt, assouplissement/restriction de bilan), et le Trésor américain, responsable de la politique budgétaire (dépenses publiques), visent tous deux deux objectifs principaux : maximiser l’emploi et stabiliser les prix. Autrement dit, garantir une croissance suffisante tout en maîtrisant l’inflation.
Le troisième niveau concerne la composition concrète de la liquidité en dollars et ses anticipations futures. Cette liquidité comprend principalement les réserves bancaires, le bilan de la Fed, le solde du Trésor et le solde du compte de reverse repo (RRP). Nous devons surveiller l’évolution de ces éléments, ainsi que les annonces trimestrielles de refinancement du Trésor, afin d’évaluer la situation actuelle et future de la liquidité en dollars.
Par ailleurs, emploi et inflation s'influencent mutuellement. Par exemple, la Fed prend en compte à la fois l'emploi et l'inflation avant de décider d'une baisse des taux ou d'un arrêt du resserrement. Une analyse combinée de ces indicateurs est donc essentielle pour prévoir précisément l'évolution de la liquidité. Grâce aux annonces trimestrielles et aux données économiques, nous pouvons mieux comprendre les actions de la Fed et du Trésor, et ainsi anticiper les tendances futures de la liquidité en dollars.
Tout ceci relève du « hors-champ ». Ces facteurs, non natifs du monde crypto — comme les indicateurs macro, changements politiques ou sentiment du marché — influencent néanmoins fortement le marché en définissant son environnement externe et les attentes des investisseurs.
Deuxième volet : le macro interne. Il s’agit des données et analyses provenant directement du marché crypto, centrées sur les données on-chain du Bitcoin. Celles-ci incluent notamment les variations des positions des détenteurs à long terme et à court terme, ainsi que leurs niveaux de profit. Analyser ces données permet de mieux comprendre la dynamique interne du marché : comportement des investisseurs et tendances émergentes.
Ces deux approches ont des angles complémentaires : le hors-champ offre une vision macro, tandis que l’interne révèle les rythmes et cycles internes du marché crypto. Pour analyser efficacement le marché des cryptos, combiner ces deux perspectives est crucial. Ensemble, elles forment un cadre d’analyse macro complet.
Albert :
Je voudrais ajouter que, outre les politiques de la Fed et du Trésor, il faut aussi considérer certains facteurs microéconomiques, comme les dépôts bancaires. Par exemple, face à des taux élevés, les investisseurs individuels peuvent choisir de placer leur argent en banque pour percevoir des intérêts, ce qui peut affecter la liquidité du marché. Historiquement, après la crise bancaire des années 80-90, la croissance des dépôts avait ralenti nettement. De même, après l’effondrement de SVB en 2023, on a observé une baisse du volume des dépôts bancaires, tandis que les marchés boursiers et autres actifs retrouvaient peu à peu de la vigueur. En outre, la liquidité internationale, comme les opérations de carry trade japonais impliquant le yen et le dollar, apporte également des ressources supplémentaires au marché.
Dans un cycle de taux élevés, les gens ont tendance à épargner en banque pour gagner des intérêts. Mais lorsque les banques font face à des risques opérationnels, les investisseurs peuvent rediriger leurs capitaux vers la bourse ou d'autres actifs, comme les obligations à court terme. Actuellement, le rendement des Treasury bills américains avoisine les 5 %, ce qui attire beaucoup d’investisseurs. Certains optent aussi pour les actions, produits dérivés ou ETF afin de chercher des rendements supérieurs.
Face à une crise bancaire, les investisseurs peuvent remettre en question la sécurité de leurs dépôts. Ils peuvent alors transférer leurs fonds vers la bourse ou d'autres actifs jugés plus sûrs. Ce phénomène s'est déjà produit dans les années 90 et en 2019. Par ailleurs, la performance des fonds du marché monétaire peut servir d'indicateur de liquidité. Depuis 2023, leur croissance atteint son plus haut niveau depuis plus de 20 ans, reflétant un besoin accru de liquidité.
Idéalement, nous devrions prendre en compte tous les facteurs possibles, y compris la liquidité internationale. Mais en pratique, cela est difficile. Par exemple, les carry trades japonais et européens influencent le marché, mais leur impact est difficile à quantifier. Notre attention se concentre généralement sur les États-Unis, les autres régions étant considérées comme secondaires. Néanmoins, l'impact du marché offshore du dollar ne doit pas être ignoré.
Vivienna
Sur Twitter, j’ai publié un article explorant l’impact de la liquidité américaine sur les prix des cryptomonnaies. Je me suis concentrée sur les facteurs domestiques plutôt que sur le marché offshore du dollar, car les données étrangères sont difficiles à quantifier. En analysant le prix du Bitcoin, j’en distingue trois catégories d’influence :
Premièrement, les indices observables : taux des fonds fédéraux, rendement des obligations, indice du dollar et prix de l’or. Ces indices constituent la base des anticipations de marché, mais leur lien avec les actifs risqués n’est pas linéaire. Par exemple, une hausse des taux resserre habituellement la liquidité, défavorable aux actifs risqués, tandis qu’une baisse a l’effet inverse. Toutefois, cet impact est modulé par des mécanismes complexes de transmission monétaire, ainsi que par les cycles économiques, financiers et psychologiques, et ne se manifeste pas immédiatement.
Deuxièmement, les indicateurs de liquidité : solde du bilan de la Fed, opérations de reverse repo, compte du Trésor. Ces indicateurs influencent directement la liquidité en dollars, et donc les prix des actifs risqués comme le Bitcoin. Par exemple, un élargissement du bilan de la Fed, une diminution du reverse repo ou une utilisation du compte TGA accroissent la liquidité disponible, favorable aux actifs risqués.
Troisièmement, les indicateurs d’humeur du marché : projections « dot plot », déclarations des responsables de la Fed, données sur le marché du travail, chiffres d’inflation. Ces éléments influencent à court terme les anticipations et le sentiment du marché, affectant les cycles de trading courts. Mais les traders doivent surtout surveiller l’évolution des anticipations, pas seulement les données brutes.
Comment les facteurs macro influencent-ils le marché crypto ?
Zheng@LUCIDA :
Comment appliquez-vous vos cadres d’analyse macro au marché crypto ? Ou encore, comment ces cadres guident-ils vos prises de position et vous aident-ils à générer des profits ?
HighFreedom :
Je pense que l’on peut envisager les gains selon trois angles :
Premièrement, gagner sur la tendance principale : identifier clairement la direction du marché, acheter au comptant et conserver sans trader fréquemment, en gardant patience.
Deuxièmement, gagner sur la volatilité : typiquement via le trading quantitatif, en exploitant les fluctuations du marché indépendamment de sa direction.
Troisièmement, gagner sur la liquidité : durant un marché haussier, injecter des fonds sur le marché et prêter à des traders pour obtenir des taux d’intérêt élevés.
Personnellement, je pense que les facteurs macro influencent principalement le marché crypto via deux leviers : la liquidité et le taux de pénétration. La liquidité détermine la quantité de fonds disponibles, tandis que le taux de pénétration correspond à la proportion allouée au Bitcoin et autres cryptos.
Sur le plan opérationnel, je privilégie le plein portefeuille au comptant pendant les marchés haussiers, en particulier sur des actifs majeurs comme le Bitcoin. C’est ce que j’appelle gagner sur la tendance principale.
En parallèle, j’utilise ponctuellement une partie des fonds pour prendre des positions longues en coin, mais j’évite les opérations fréquentes long/court en période haussière. L’essentiel est d’identifier les sommets et creux du marché, ce qui nécessite de croiser plusieurs sources d’information : coût minier, chaleur du marché, taux d’emprunt, frais de financement, etc.
Les performances du second semestre 2021 montrent que le pic du prix du Bitcoin suit successivement ceux du Nasdaq et de la liquidité en dollars. Cela indique que lorsque la liquidité atteint son sommet, les actifs risqués devraient se préparer à sortir. C’est pourquoi je surveille attentivement les indicateurs de liquidité pour détecter les phases de sommet ou de creux.
Je crois aussi à l’orthogonalité de l’information : rassembler des données variées pour former un jugement global du marché. Cette méthode améliore la précision des repères temporels et réduit les erreurs de trading. J’ajuste aussi mes stratégies de gestion des risques selon le contexte, afin de protéger mes investissements en cas de volatilité.
Vivienna :
Sur Twitter, j’ai recommandé un livre intitulé « Principles of Professional Speculation » de Victor Sperandeo, qui propose deux principes fondamentaux d’analyse et de prévision des marchés : premièrement, les mouvements de marché résultent des forces économiques fondamentales, influencées par les institutions politiques et les politiques publiques ; deuxièmement, l’état psychologique des participants détermine la manière et le moment des mouvements de prix.
L’analyse macro doit tenir compte de ces deux aspects. D’abord, comprendre les principes fondamentaux de l’économie et de la politique : indicateurs économiques, cycles production-consommation, comportements d’investissement et d’épargne, trajectoires technologiques. Ensuite, l’anticipation de l’état psychologique des marchés est encore plus utile pour guider les prises de position. L’analyse macro est souvent critiquée car trop axée sur les données économiques, au détriment des anticipations. Un bon trading exige non seulement d’analyser les données, mais surtout de comprendre comment les anticipations évoluent et comment se joue la confrontation des acteurs.
George Soros a souligné que l’histoire économique repose sur des mensonges erronés, non sur la vérité. La voie vers les gros profits passe par l’analyse des tendances fausses, en surfant dessus puis en sortant avant qu’elles ne s’effondrent. Cela illustre bien ces principes : pour repérer une fausse tendance, il faut d’abord savoir ce qui est juste. Par exemple, si un gouvernement adopte une politique de taux élevés en pleine récession, ou tente de stimuler l’économie via la politique monétaire, sans comprendre les mécanismes de transmission, on ne peut anticiper les conséquences ni sortir à temps.
Albert :
Concernant l’impact du cadre d’analyse macro sur le marché crypto et nos stratégies, je vais structurer ma réponse en plusieurs points :
Premièrement, depuis 2020, nous discutons d’une théorie ancienne : la chaîne de liquidité. Selon le risque, les différents actifs — matières premières, devises, actions — sont classés en chaîne. Au sommet se trouve la trésorerie, base de tous les actifs, quasi sans risque (sauf inflation). Si même la trésorerie devient risquée, c’est que le système financier mondial pourrait être en phase de réinitialisation.
Le deuxième niveau est celui des obligations, notamment les obligations d’État, actifs fixes traditionnellement perçus comme peu risqués. Le troisième niveau inclut les obligations d’entreprise et les actions, offrant des rendements relativement plus élevés. Viennent ensuite les matières premières, plus volatiles et risquées. Enfin, les cryptomonnaies, situées en bout de chaîne, sont les plus volatiles et les plus risquées.
Cette théorie explique aussi pourquoi, comme mentionné par HighFreedom, « le sommet du prix du Bitcoin suit successivement ceux du Nasdaq et de la liquidité en dollars ».
Lors d’un assouplissement, la liquidité touche d’abord le marché des changes, puis celui des obligations, ensuite les actions, les matières premières, et enfin les cryptos. À l’inverse, en cas de resserrement, le retrait se fait en sens inverse. Cet ordre d’entrée et de sortie influence fortement les marchés.
Nous utilisons ce cadre pour guider nos stratégies. Quand nous voyons la liquidité se libérer ou se restreindre, nous anticipons la réaction du marché et ajustons nos positions. Nous surveillons de près les taux interbancaires et les contrats à terme sur obligations, car ils réagissent en premier aux changements de politique. Puis nous analysons le marché des options, dont les prix reflètent les anticipations de volatilité future.
Nos stratégies reposent sur ces anticipations macro. Par exemple, en période de hausse des taux, l’humeur du marché est baissière : nous constituons des positions baissières quand la volatilité est basse. Nous adaptons aussi notre portefeuille d’options selon l’humeur du marché pour profiter du retour de la volatilité à la moyenne.
Notre stratégie repose sur le retour de la volatilité, surtout celle à court terme. La volatilité lointaine peut rester élevée longtemps sans revenir rapidement à la normale. Aussi, sur les échéances lointaines, nous sommes acheteurs, et grâce à une allocation croisée, nous capturons de la valeur. Notre stratégie combine options proches et lointaines pour tirer parti de leur différentiel de valeur.
La place du Bitcoin parmi les grandes classes d'actifs
Zheng@LUCIDA :
La prochaine question est plus légère, et nous y avons déjà indirectement répondu. Elle porte sur la place du Bitcoin parmi les actifs traditionnels. Je me souviens qu’en 2019, surtout au premier semestre, le Bitcoin était largement perçu comme un actif refuge. À l’époque, des crises géopolitiques avaient fait grimper l’or, entraînant avec lui le Bitcoin. Cette vision gagnait en crédibilité.
Mais avec le cycle haussier 2020-2021 puis la situation de 2022, le public a progressivement admis que le Bitcoin est un actif plus risqué que les actifs risqués traditionnels. Je voudrais savoir si vous partagez cette vision, ou si vous avez une autre description de la place du Bitcoin parmi les grands actifs.
HighFreedom :
Je trouve cette description assez juste. À court et moyen terme, le Bitcoin est indéniablement un actif plus risqué. Mais à long terme, je suis convaincu qu’il peut devenir un actif refuge. Actuellement, nous traversons une transition vers ce statut. Un actif refuge doit remplir plusieurs conditions — examinons si elles sont nécessaires :
Premièrement, une taille de marché importante : la capitalisation doit être suffisante pour permettre à de gros fonds d’entrer et sortir librement.
Deuxièmement, une volatilité réduite : bien que historiquement très volatile, le Bitcoin a vu sa volatilité fortement diminuer, atteignant ou même parfois inférieure à celle de l’or.
Troisièmement, une base d’investisseurs rationnelle et stable : à mesure que les participants passent des insiders aux institutions financières traditionnelles, plus rationnelles, le marché deviendra plus stable.
Quand ces conditions seront réunies, le Bitcoin pourra devenir un actif refuge mature, avec une grande capitalisation et une faible volatilité, similaire à l’or. Même en cas d’événements majeurs, l’impact sur son prix serait mineur.
Vivienna :
Je pense que l’appellation « or numérique » pour le Bitcoin est largement acceptée. La comparaison avec l’or repose sur une logique solide : offre limitée, rareté comparable à l’or, fonction de réserve de valeur et de moyen de paiement, très proche des caractéristiques de l’or.
Cependant, la fixation du prix de l’or est complexe. En période de guerre ou de forte aversion au risque, son caractère refuge est accentué. Si la liquidité de base n’est pas serrée mais que les tensions géopolitiques sont fortes, le Bitcoin pourrait suivre l’or, car l’émotion de sécurité domine. Dans ce cas, le prix du Bitcoin serait aussi influencé par ce sentiment.
Mais si la liquidité de base est insuffisante — par exemple en cas de récession économique aux États-Unis ou anticipation de récession — même un fort sentiment de sécurité ne stimulera pas les volumes. Cela explique pourquoi certains conflits géopolitiques violents n’ont pas eu d’effet notable sur d’autres marchés. Ici, c’est la liquidité fondamentale qui fixe le plancher des prix, et le Bitcoin se comporte davantage comme un actif risqué.
Ainsi, la corrélation entre prix de l’or et du Bitcoin dépend de la liquidité fondamentale du marché et de la perception du Bitcoin. La plupart du temps, le prix du Bitcoin suit étroitement celui du marché américain. En phase de contraction économique, désinvestissement et désendettement, le Bitcoin réagit en premier. En phase de reprise, il anticipe aussi l’investissement et la re-leveraging, avec une accélération plus marquée.
Les fonds d’investissement mondiaux limitent généralement leur exposition à l’or à moins de 5 %, car les facteurs influençant son prix sont très incertains. Bien que l’or ait des usages réels, il est surtout sensible à la spéculation et aux émotions, manquant d’analyse fondamentale. Cela rend difficile d’expliquer aux LP (partenaires limités) pourquoi investir dans l’or, hormis des prévisions subjectives sur la récession ou les risques — peu convaincantes.
Le Bitcoin rencontre le même problème : il est difficile de convaincre les sociétés de capital-investissement ou les LP d’allouer des fonds. L’or, bien qu’actif refuge, ne compense l’inflation qu’à long terme. Le Bitcoin pourrait connaître un destin similaire, avec un statut potentiel élevé, notamment avec l’augmentation de la difficulté minière.
Si davantage de gestionnaires traditionnels entrent dans l’investissement en Bitcoin, la part allouée pourrait converger vers celle de l’or.
Albert :
Du point de vue macro, l’or et le Bitcoin ont des attributs multiples : ils peuvent être à la fois actifs risqués et actifs refuge. Cela semble contradictoire, mais suit une logique interne.
D’abord, en période de crise, l’or et le Bitcoin servent tous deux de refuge. En cas de guerre ou de troubles, les transferts d’actifs sont limités, et la liquidité cherche des havres sûrs. Les investisseurs transfèrent vers des actifs facilement transfrontaliers, comme l’or ou le Bitcoin, ce qui fait bondir leurs prix.
Mais en période de stabilité, leurs attributs divergent. En raison de sa forte volatilité, le Bitcoin se comporte davantage comme un actif risqué. Son prix est corrélé aux actions, notamment à cause des outils de levier disponibles et de la diversité des participants, amplifiant sa volatilité.
En contexte stable, les investisseurs privilégient des portefeuilles stables, évitant les fortes fluctuations. Ils s’orientent donc vers des actifs traditionnels comme l’or ou d’autres matières premières. L’or, historiquement stable, est généralement limité à 5 % du portefeuille.
En outre, les prix de l’or et du Bitcoin dépendent aussi des anticipations. En période de liquidité abondante, les investisseurs cherchent des actifs plus rémunérateurs ; en cas de resserrement, ils reviennent vers les refuges traditionnels.
Enfin, le statut de refuge du Bitcoin et de l’or dépend aussi de l’environnement de marché et de la phase du cycle macroéconomique. Dans certaines circonstances, ils montrent des traits de refuge ; dans d’autres, ils apparaissent comme des actifs risqués.
Quels sont les leviers de l’analyse macro ?
Zheng@LUCIDA :
Passons maintenant à une autre question : lors de l’analyse macro, sur quelles sources de données vous appuyez-vous ? Collectez-vous vous-mêmes les données ? Utilisez-vous des outils d’analyse non conventionnels ? Avez-vous des sources exclusives à partager ?
HighFreedom :
J’ai écrit un peu de code sur TradingView pour créer un tableau de bord permettant de surveiller en continu la liquidité macro. Ces outils n’utilisent pas d’autres données que celles disponibles publiquement sur les sites de la Fed et du Trésor, mais je les ai intégrées dans une seule interface pour faciliter l’observation continue. En outre, je suis certains analystes sur Twitter, notamment un blogueur taïwanais qui agrège des données intéressantes, comme les taux d’emprunt sur différentes plateformes. Ces données reflètent les mouvements des gros acteurs et des petits, ainsi que leur séquence. Je les trouve très précieuses, mais je n’ai pas encore réussi à intégrer efficacement ses outils.
Je cherche aussi activement des données sur les obligations américaines, notamment les émissions nettes quotidiennes (émission brute moins remboursements) pour les obligations à court, moyen et long terme. Ces données sont cruciales pour comprendre la liquidité actuelle et future. Pour l’instant, je dois télécharger manuellement les données du site du Trésor et les traiter moi-même. Si vous connaissez de meilleures sources, merci de me contacter.
Albert :
Je voudrais compléter avec quelques sources de données macro que nous suivons. Étant donné que je me concentre sur les produits risqués, j’utilise des services comme Spotgamma Menthor Q, qui fournissent des données complètes sur les options actions américaines, obligations et autres produits.
Pour le marché américain, GR est un service intéressant, offrant des données en temps réel à un prix abordable. Pour des données plus approfondies, comme celles sur l’or ou le marché interbancaire, il faut souvent recourir à des sources internes.
Pour le marché crypto, je recommande vivement Amber Data Derivative, particulièrement complet sur les données options, avec un avantage évident. Ce fournisseur donne aussi accès en temps réel aux données des bourses comme CME.
Nous devons aussi surveiller les données de certaines bourses, notamment celles où les volumes institutionnels sont dominants, comme Deribit, où 80 % des volumes proviennent d’institutions et 20 % d’investisseurs professionnels. Ces données reflètent les anticipations au niveau institutionnel, influençant fortement le marché.
Des plateformes comme Bitfinex peuvent être vues comme le marché interbancaire du crypto : leurs taux d’emprunt à court terme reflètent le taux sans risque du marché, essentiel pour calculer la prime de risque crypto.
Les bourses réglementées comme Coinbase et leurs données de gros ordres sont aussi importantes, notamment les données de dark pool, susceptibles d’affecter le marché.
Globalement, bien que nous ayons accès à de nombreuses données, la décision finale repose sur notre capacité à gérer les risques. Notre objectif est d’éviter les pertes ou de réaliser de petits gains la plupart du temps, et de faire de gros profits dans de rares cas.
Révision et perspectives du cycle actuel
Zheng@LUCIDA :
Abordons enfin la dernière question : votre vision des marchés futurs.
Je commence par partager mon avis : le consensus général attend des baisses de taux par la Fed d’ici la fin de l’année ou l’année prochaine, générant une forte liquidité, ajoutées aux effets positifs du halving du Bitcoin. Beaucoup espèrent revivre le bull run de 2021. Pourtant, je suis extrêmement pessimiste face à cet optimisme collectif, car historiquement, les anticipations trop unanimes s’accompagnent souvent de risques importants.
Surtout concernant les fonds communs américains et autres investisseurs institutionnels : bien qu’ils soient des détenteurs à long terme, ils ajustent leurs décisions selon le contexte. Ils ne « poursuivent pas aveuglément les sommets ».
HighFreedom :
Mon avis est similaire. La vague principale a commencé en novembre dernier, surtout après le lancement des ETF spot en janvier, entraînant une forte volatilité. Au premier trimestre, liquidité et pénétration ont augmenté, mais surtout grâce aux petits investisseurs. Les institutions n’ont pas encore massivement rejoint le marché. Par exemple, 80 à 85 % des flux entrants dans les ETF spot proviennent de particuliers. Au deuxième trimestre, la liquidité a baissé, la pénétration stagnait. Pour les troisième et quatrième trimestres, j’espère que la liquidité restera stable, et que la pénétration progressera avec une participation accrue des institutions.
Je pense que les hausses ou baisses de taux n’ont pas d’effet immédiat sur la liquidité, mais modifient les anticipations futures. Ma question est : verrons-nous à nouveau un environnement de politique monétaire et budgétaire aussi accommodant qu’en 2021 ? Pour l’instant, cela semble peu probable. Je reste donc prudent, et j’espère éviter un excès d’optimisme.
À court terme, peu de changements majeurs. Les anticipations de liquidité prévoient 4 à 5 baisses de taux sur les 15 prochains mois, offrant une perspective stable. Mais la vraie libération de liquidité sera progressive, sans mouvement brutal. Sauf récession grave ou crise, un environnement aussi accommodant que précédemment est improbable.
Donc, sans récession sévère, cette baisse des taux sera probablement une « désescalade asymétrique ». Habituellement, les cycles sont symétriques : par exemple, passer d’un taux bas à un taux haut en un an, puis redescendre en un temps similaire. Cette fois, après une hausse brutale entre mars 2022 (0-0,25 %) et mai 2023 (5-5,25 %) en un peu plus d’un an, la baisse pourrait être lente et progressive.
Vivienna :
Ma conclusion est simple, proche de celle des autres. Entre juillet-août et la fin de l’année, la liquidité pourrait être peu favorable. Même en cas de baisse de taux, elle serait limitée à une seule, offrant une anticipation positive mais ne changeant pas fondamentalement la situation.
L’économie n’est pas en récession, la bourse pourrait continuer à monter. La vie quotidienne semble peu affectée, les salaires et dividendes alimentent l’épargne et la consommation. Mais si l’inflation persiste, cela pourrait alimenter des anticipations de stagflation. Si l’année prochaine les taux restent élevés, voire doivent remonter, et que le Trésor ne desserre pas sa politique, la liquidité pourrait devenir encore plus tendue. Pour le Bitcoin et les marchés dépendants de la liquidité, ce serait clairement mauvais.
Quant à l’espoir d’un afflux massif d’institutions, je le vois davantage comme un vœu pieux qu’une réalité. Avec une liquidité fondamentale faible, une compréhension insuffisante des cryptos et une forte volatilité, les institutions n’auront guère intérêt à s’exposer massivement. Cet espoir est trop idéaliste, la réalité risque de décevoir.
Albert :
Actuellement, les anticipations à court terme sont plutôt baissières, surtout pour le Bitcoin. Malgré une possible hausse de la volatilité en juillet liée à l’échéance des options, à long terme, le cycle d’allocation pourrait soutenir les prix. Toutefois, pour que le marché monte, deux facteurs sont nécessaires : une forte allocation institutionnelle et une amélioration du sentiment. Mais une hausse portée par l’humeur serait fragile, car coûts élevés et forte volatilité ne sont pas durables.
Je pense que la hausse sera progressive, car l’entrée des participants est un processus lent. L’usage des dérivés et du levier ne peut pas impulser le marché à court terme. Dans ce contexte, les actions des market makers pourraient devenir un facteur clé du prix. Les facteurs macro influencent peut-être surtout les comportements de couverture des market makers, plutôt que le prix directement. Cela rendrait le marché plus irrégulier, augmentant la difficulté pour les stratégies CTA.
Globalement, pas de krach ni de hausse rapide à court terme, mais un processus lent et prolongé. La liquidité ne subira pas de grands chocs, sauf récession grave. Les investisseurs doivent rester prudents, surveiller l’allocation institutionnelle et l’évolution du sentiment.
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