
Comment les stablecoins accélèrent-ils la dollarisation dans l'hémisphère sud ?
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Comment les stablecoins accélèrent-ils la dollarisation dans l'hémisphère sud ?
Ce virage vers la dollarisation, où les habitants préfèrent des actifs comme l'USDC à la monnaie fiduciaire, a des conséquences qui vont bien au-delà de la simple commodité financière.
Rédaction : ALEX TAPSCOTT
Traduction : TechFlow

Dans un monde aujourd'hui hautement interconnecté, les flux transfrontaliers de capitaux peuvent constituer à la fois une lifeline pour un pays ou bien un goulot d'étranglement. Depuis longtemps, le système financier mondial favorise les élites privilégiées, laissant de nombreux pays du Sud global confrontés à des inégalités économiques et aux troubles politiques qui en découlent. Toutefois, les technologies Web3 transforment cet ordre établi en contournant les infrastructures existantes grâce à de nouveaux outils d'inclusion financière et d'autonomisation économique. Les monnaies numériques telles que le bitcoin et l'USDC construisent des ponts et changent subtilement le quotidien des populations.
Réfléchissez-y : envoyer de l'argent du Nigeria au Ghana prend plus de temps et coûte plus cher que de conduire physiquement l'argent par la route. Pourquoi ? Parce que les virements traditionnels passent par New York et Londres avant de revenir en Afrique.
Des innovateurs comme Dickson Nsofor au Nigeria ont compris qu'une meilleure solution était nécessaire. Il y a quatre ans, Nsofor a fondé Korapay, une infrastructure de paiement panafricaine. Il considère la blockchain et les cryptomonnaies non pas comme des actifs spéculatifs, mais comme des moyens de transaction. Cette vision l’a poussé à créer une plateforme exploitant ces inventions Web3 pour les paiements transfrontaliers.
Aujourd’hui, Korapay est devenu la principale société nigériane de transferts d’entreprise à entreprise à l’international. Elle traite des milliards de dollars de paiements via le bitcoin, l’USDC et d'autres actifs cryptographiques, tout en réglant les transactions en monnaie fiduciaire traditionnelle. Ce qui est encore plus surprenant, c’est que de nombreuses multinationales utilisent les services de Korapay pour convertir des nairas nigérians en dollars américains sans même savoir qu’elles utilisent des cryptomonnaies ou des stablecoins. Cela montre que des innovateurs comme Nsofor sont en train de reconstruire les moteurs de la finance traditionnelle depuis les bases.
Pourquoi les stablecoins comme l’USDC sont-ils si populaires en Afrique ? La réponse réside dans un contexte plus large marqué par les écarts économiques, l’instabilité monétaire et le désir d’indépendance financière.
Prenons le cas du Nigeria, où plus de 40 % de la population a moins de 15 ans. Les jeunes perçoivent les cryptomonnaies comme un moyen de dépasser les limites de leur monnaie locale. Avec la progression de l'internet mobile, les travailleurs indépendants et les travailleurs précaires peuvent choisir d'être payés en actifs numériques dont la valeur se maintient mieux que celle de leurs monnaies locales soumises à l'inflation et à la dévaluation. Dans un entretien, Nsofor m'a confié que tous ses jeunes employés nigérians préfèrent être payés en USDC, USDT, voire en bitcoin plutôt qu’en naira nigérian, car ces actifs constituent une meilleure réserve de valeur, et pour les stablecoins, offrent aussi une plus grande utilité pratique.
Ce phénomène de dollarisation — la préférence des habitants pour des actifs comme l’USDC plutôt que pour les monnaies fiduciaires — dépasse largement la simple commodité financière. Il représente un changement profond dans les opportunités économiques : les individus peuvent désormais travailler pour des organisations natives du numérique, peu importe où elles se trouvent, et accumuler des richesses sous forme d’actifs numériques stables.
Il n’est pas clair si cette dollarisation des économies constitue un effet positif pour le monde. L’effondrement des monnaies locales sous l’effet de la dollarisation pourrait affaiblir davantage les gouvernements déjà fragiles dans les régions instables. Par exemple, la Banque centrale du Nigeria a adopté initialement une position hostile envers les cryptomonnaies, allant jusqu’à envisager une interdiction. Bien que ses dirigeants aient récemment suggéré la mise en place d’un cadre réglementaire pour les stablecoins et les jetons, les conséquences de cette évolution restent incertaines. L’année dernière, Reza Baqir, alors gouverneur de la banque centrale du Pakistan, a déclaré lors d’une réunion d’hommes d’affaires et de responsables gouvernementaux en Arabie saoudite que sa banque envisageait d’interdire totalement tous les actifs numériques, craignant que la dollarisation ne lui fasse perdre le contrôle sur sa monnaie et ses taux d’intérêt, et qu’il était prêt à prendre des mesures radicales. Toutefois, cette interdiction n’a jamais été appliquée, et Reza Baqir n’occupe plus ce poste.
Malgré ces obstacles, l’adoption des actifs numériques se poursuit. Même le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés utilise désormais la technologie blockchain pour distribuer de l’argent numérique dans des zones touchées par la guerre, comme l’Ukraine. Cela permet non seulement de protéger les fonds, mais souligne également l’attrait croissant des actifs numériques.
L’adoption des cryptomonnaies et de la technologie blockchain en Afrique et ailleurs n’est pas simplement une tendance financière : au départ, elle constitue une stratégie de survie, puis devient une plateforme de prospérité économique. Plus que tout, elle témoigne de la résilience humaine et de l’esprit d’innovation des populations du Sud global. Reconnaissons que le Web3 a le potentiel de créer un avenir financier plus inclusif et plus juste pour tous.
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