
Histoire du fork dur du Bitcoin : à la fois une scission et une croissance
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Histoire du fork dur du Bitcoin : à la fois une scission et une croissance
Un fork dur est une scission, mais une scission est aussi une forme de croissance, à la recherche d'opportunités sur des chemins différents.
Rédaction : ZT

Après avoir chuté depuis son sommet à 69 000 dollars, l'ensemble du marché des cryptomonnaies suit désormais le rythme du Bitcoin dans un hiver crypto qui dure depuis près de deux ans.
Alors que nous approchons de la halving du Bitcoin en 2023, beaucoup espèrent que le marché des cryptomonnaies connaîtra en 2024 une nouvelle bulle haussière menée par le Bitcoin, comme cela s’est produit lors des trois précédents cycles.
Cependant, l’histoire ne se répète jamais simplement. La courbe de développement du Bitcoin entre désormais dans une phase de croissance stabilisée et nécessite un nouveau catalyseur pour repartir à la hausse.

La quatrième halving du Bitcoin devrait avoir lieu en avril 2024[1]
La récompense accordée aux mineurs passera de 6,25 BTC actuels à 3,125 BTC par bloc extrait. Actuellement, selon les données de BTC.com, le seuil de rentabilité des principaux matériels miniers Bitcoin se situe entre 14 000 et 20 000 dollars. Après la halving, si la puissance de calcul reste stable et sans augmentation significative des frais de transaction, le prix du Bitcoin devra dépasser 40 000 dollars pour que les mineurs restent rentables et continuent d’assurer la sécurité du réseau.
Or, à chaque nouveau cycle haussier, l’ampleur de la hausse du Bitcoin diminue tandis que la puissance de calcul continue d’augmenter. Depuis 2018, le Bitcoin a sous-performé par rapport à de nombreuses grandes capitalisations américaines. Sa performance est proche de celle d’Amazon ou de Netflix, mais reste inférieure à Apple (x3) ou Tesla (x8).

Même en période de marché baissier, la puissance de calcul du Bitcoin continue d’augmenter

Évolution du cours après les trois précédentes halvings

À chaque halving successif, la hausse du prix du Bitcoin est inférieure à celle du cycle précédent
Dès les premières années suivant sa création, on s’est interrogé sur la manière de maintenir les mineurs dans le réseau après l’arrêt total de l’extraction de nouveaux bitcoins. Augmenter les frais de transaction n’est pas une solution viable ; seule une augmentation massive du volume des transactions peut assurer un revenu suffisant aux mineurs. C’est pourquoi les tentatives de mise à l’échelle du Bitcoin n’ont jamais cessé. Les hard forks du Bitcoin, considérés comme une voie vers « un meilleur Bitcoin », ont continué d’apparaître.

Historique des hard forks du Bitcoin
Un fork du Bitcoin est défini comme un changement dans le protocole du réseau Bitcoin ou comme « une situation où deux blocs ou plus partagent la même hauteur ». Un fork est généralement mis en œuvre pour ajouter de nouvelles fonctionnalités à la blockchain ou pour annuler les effets d’un piratage ou d’une erreur critique. Ce type d’événement modifie les règles du réseau, et un consensus est nécessaire pour le résoudre. À défaut, une division permanente apparaît, conduisant à un hard fork.
En fonction de leur cible et de leurs objectifs, les hard forks peuvent être classés en plusieurs catégories.
I. Hard fork du client Bitcoin
1. Bitcoin XT
Bitcoin XT est l’un des premiers hard forks célèbres du Bitcoin, lancé par Mike Hearn. Avant même le fork, Mike Hearn publie le 10 juin 2014 la BIP 64[2], proposant d’ajouter « une petite extension au protocole P2P permettant une recherche UTXO à partir d’un ensemble donné de points ». Le 27 décembre 2014, Hearn lance la version 0.10 du client XT, intégrant les modifications de la BIP 64.
En août 2015, Bitcoin XT adopte la BIP 101 publiée par Gavin Andresen, augmentant la limite de taille de bloc à 8 Mo, ce qui porte le TPS (transactions par seconde) à 24. Initialement, Bitcoin XT connaît un certain succès, avec entre 30 000 et 40 000 nœuds exécutant son logiciel à l’été 2015. Toutefois, quelques mois plus tard, le projet perd rapidement l’intérêt des utilisateurs et est progressivement abandonné.
2. Bitcoin Classic
Lorsque Bitcoin XT décline, certains membres de la communauté souhaitent toujours augmenter la taille des blocs. En réponse, un groupe de développeurs lance Bitcoin Classic au début de 2016. Contrairement à XT qui proposait une taille de bloc de 8 Mo, Classic vise une augmentation plus modeste à 2 Mo.
Comme Bitcoin XT, Bitcoin Classic suscite initialement un intérêt notable, comptant entre 27 000 et 200 000 nœuds actifs pendant plusieurs mois en 2016. Le projet existe encore aujourd’hui, soutenu activement par une poignée de développeurs.
3. Bitcoin Unlimited
Depuis son lancement au début 2016, Bitcoin Unlimited reste entouré de mystère. Ses développeurs publient du code sans préciser clairement quel type de fork il requiert. Ce projet se distingue en permettant aux mineurs de décider librement de la taille de leurs blocs, limitée à 16 Mo. Nœuds et mineurs définissent eux-mêmes les tailles maximales qu’ils acceptent. En novembre 2016, le projet évolue vers une solution transférant le contrôle des règles logicielles aux mains des mineurs et des nœuds. Cette complexité réglementaire empêche Bitcoin Unlimited de gagner une adoption significative.
II. Hard fork de la monnaie Bitcoin
Il s’agit du type de hard fork le plus fréquent : en changeant les règles du réseau tout en conservant l’historique des transactions antérieures à un certain moment, un nouveau réseau blockchain est créé.
Voici la liste chronologique (par date/bloc) des principaux hard forks ayant divisé le Bitcoin :
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BCH – Bitcoin Cash, bloc de fork : 478558, date : 1er août 2017, détenteurs de 1 BTC reçoivent 1 BCH
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BTG – Bitcoin Gold, bloc de fork : 491407, date : 24 octobre 2017, détenteurs de 1 BTC reçoivent 1 BTG
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BSV – Bitcoin SV, bloc de fork : 556766, date : 15 novembre 2018, détenteurs de 1 BCH reçoivent 1 BSV
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XEC, bloc de fork : 661648, date : 15 novembre 2020, détenteurs de 1 BCH reçoivent 1 XEC
1. Bitcoin Cash (BCH)
Le premier hard fork majeur du Bitcoin a eu lieu le 1er août 2017, donnant naissance à BCH. Initié par l’équipe de Bitcoin Unlimited et soutenu en coulisses par Bitmain, le plus grand fabricant mondial de matériel minier, ce fork a permis de créer de toutes pièces une cryptomonnaie devenue la quatrième capitalisation boursière du secteur.
BCH défend la voie du grossissement des blocs et supporte désormais des blocs allant jusqu’à 32 Mo. Il reste le hard fork le plus réussi du Bitcoin. En juin 2023, c’est la 28e cryptomonnaie par capitalisation boursière.
2. Bitcoin Satoshi Vision (BSV)
Le 16 novembre 2018, Craig Wright (CSW), homme d’affaires australien qui se revendique régulièrement comme étant Satoshi Nakamoto, lance un fork de BCH. Une chaîne nommée BSV (Bitcoin Satoshi Vision) voit ainsi le jour. Pour CSW, cette chaîne incarne la « vision originelle de Satoshi ».
À l’instar de la scission initiale de BCH depuis BTC, ce nouveau fork reflète une divergence idéologique au sein du camp BCH entre deux figures : Wu Jihan, partisan d’une évolution progressive, et CSW, qui prône une révolution radicale — adoptant directement des blocs géants de 128 Mo et verrouillant le client à la version 0.1, dite « époque de Satoshi ».
3. Bitcoin Gold (BTG)
BTG résulte d’un hard fork intervenu en octobre 2017. Il se distingue du Bitcoin par l’algorithme PoW exigé des mineurs. Ses créateurs visent à rétablir le minage via GPU, jugeant que le matériel minier était devenu trop spécialisé.
L’augmentation constante de la difficulté d’extraction du Bitcoin, combinée à l’émergence de circuits intégrés spécifiques (ASIC), a rendu presque impossible pour un particulier de participer au minage. Les partisans de BTG jugent que cela nuit à la sécurité décentralisée du réseau.
BTG introduit une fonction de pré-extraction, attribuant directement une partie des BTG à l’adresse de l’équipe fondatrice — une décision controversée. Pour de nombreux investisseurs, BTG est devenu un exemple emblématique d’un projet exploitant un hard fork pour spéculer et profiter des petits porteurs.
Depuis le 1er août 2017, date de la création de BCH comme premier hard fork historique du Bitcoin, les projets de ce type se sont multipliés. Rien qu’en décembre 2018, plus de dix forks du Bitcoin ont vu le jour. Selon https://forkdrop.io/, ce type de fork a généré pas moins de 78 variantes. Nombre d’entre elles sont le fruit de spéculateurs ou d’escrocs profitant du concept de fork pour tromper les investisseurs.

Jusqu’à 78 forks différents [4]
Outre ces deux catégories, il existe une troisième forme de hard fork expérimental destiné à tester des innovations pour le Bitcoin. On pourrait penser à Litecoin (LTC), mais à l’avenir, ce seront plutôt LayerTwoLabs, MainChain ou DriveChain dont on parlera.
Le hard fork expérimental prévu par LayerTwoLabs
Ce type de hard fork est une mesure d’urgence, comparable à la naissance de Monero ou d’Ethereum, ou encore au futur fork planifié par LayerTwoLabs.

L’équipe Bitcoin Core et l’écosystème BTC devenant de plus en plus conservateurs, et le problème du budget de sécurité du Bitcoin (premier article, deuxième article) étant crucial, toute modification majeure doit être traitée avec une extrême prudence. Ainsi, les mises à jour soft fork du Bitcoin interviennent tous les deux à trois ans. Des propositions fortement soutenues par la communauté, comme les BIP-300 et BIP-301, peinent à être mises en œuvre. Parallèlement, le problème de la fidélité des mineurs devient de plus en plus évident à l’approche de la halving. Des mesures doivent donc être accélérées. LayerTwoLabs prévoit donc un hard fork du Bitcoin cette année, à titre expérimental et provisoire, afin de chercher des solutions concrètes.
Mais le hard fork envisagé par LayerTwoLabs diffère de ceux de Monero ou d’Ethereum, qui ont lancé de nouvelles chaînes car leurs propositions n’avaient pas été acceptées par l’équipe Bitcoin Core. Ici, LayerTwoLabs souhaite utiliser le hard fork pour tester la faisabilité et l’efficacité de sa solution DriveChain, afin de convaincre l’équipe Bitcoin Core et les opposants d’adopter les BIP-300/301, d’étendre la capacité du réseau Bitcoin, et ainsi renforcer sa sécurité et son utilité à long terme.
Sentiment des mineurs concernant BIP300

BIP300 permet des sidechains décentralisées, telles que EthSide ou zSide, voire des sidechains à grands blocs. Cela rend l’évolution du BTC plus compétitive. Certains utilisateurs peuvent ne pas faire confiance à BIP300, le rendant inutile. De plus, les mineurs devront gérer l’ajout/suppression de sidechains, ce qui pourrait leur sembler fastidieux. Mais BIP300 ne semble pas nuire aux autres cas d’usage du BTC, il devrait donc être activé.
Sentiment des mineurs concernant le nouveau projet Drivechain
`BTCv25+BIP118/118/300/301/345=?`[5]

Sentiment des mineurs concernant BIP301

BMM (minage de fusion aveugle) améliore le minage de fusion en supprimant la nécessité pour les mineurs d’exécuter un logiciel alternatif. BIP301 peut être utilisé par des altcoins (ex. Namecoin) ou par des sidechains BIP300 (appelées « Drivechains »). Aucune objection technique sérieuse n’a été formulée contre BIP301. Le minage conjoint (MM) est utilisé sans interruption depuis plus de 10 ans. D’autre part, peu de commentaires techniques existent encore sur BIP301. Comme BIP301 ne nuit apparemment à aucun autre cas d’usage du BTC, son activation semble justifiée.
Le hard fork proposé par LayerTwoLabs diffère aussi de ceux de BCH/BSV. Ces derniers divergent de l’équipe Core sur la voie de la mise à l’échelle, nécessitant des modifications profondes du code de base du Bitcoin, avec un risque accru de centralisation future, nuisant potentiellement à la sécurité du réseau. En revanche, LayerTwoLabs défend une approche à petits blocs. La solution DriveChain ne requiert aucune modification du consensus Bitcoin, et la sécurité des sidechains n’affecte pas celle de la chaîne principale. Les critiques actuelles portent principalement sur la sécurité des actifs inter-chaînes et sur la garantie qu’un mineur centralisé ne trichera pas. Or, dans le mécanisme d’ancrage de BIP-300, tricher est à la fois une perte de temps et un acte immoral, facilement détectable et sanctionnable par les participants honnêtes.
Depuis des années, la communauté DriveChain, pilotée par Paul Sztorc, fiatjaf et d’autres, travaille activement à promouvoir et développer DriveChain. Elle a conçu une version optimisée du minage de fusion (BIP-301), imaginé sept sidechains aux fonctions variées, et rassemblé ressources humaines et techniques autour des mineurs et développeurs, s’apprêtant ainsi à explorer audacieusement l’avenir du Bitcoin.
Un hard fork, c’est à la fois une division… et une croissance
Un groupe où ne résonne qu’une seule voix est dangereux, et l’immobilisme a des conséquences insupportables. Un hard fork est une division, mais aussi une forme de croissance, une exploration de nouvelles voies. Le Bitcoin fait face depuis toujours à des dilemmes stratégiques. Pour ses partisans et passionnés, un hard fork expérimental est une recherche de solution, non une rupture.
Dans une certaine mesure, chaque nouveau fork du Bitcoin crée un terrain fertile pour le développement de la technologie blockchain et de l’ensemble du secteur crypto, qu’il soit porté par de vrais innovateurs ou par de simples opérations de communication spéculatives. En tant que projet crypto le plus populaire, le Bitcoin attire continuellement de nouvelles idées prometteuses basées sur son code source ouvert. Il a ainsi engendré de nombreuses cryptomonnaies innovantes, ainsi que l’émergence d’applications blockchain comme GameFi, NFT, DeFi, Metaverse, etc.
DriveChain propose une méthode simple, efficace et sécurisée pour intégrer ces cas d’usage au réseau Bitcoin et résoudre le problème fondamental de sécurité lié à la baisse des revenus des mineurs. LayerTwoLabs et sa communauté exploreront ses effets concrets.
Références
[1] La quatrième halving du Bitcoin aura lieu en avril 2024 : https://www.bitcoinblockhalf.com/
[2] Mike Hearn publie la BIP 64 le 10 juin 2014 : https://github.com/bitcoin/bips/blob/master/bip-0064.mediawiki
[3] En août 2015, Bitcoin XT adopte la BIP 101 publiée par Gavin Andresen : https://github.com/bitcoin/bips/blob/master/bip-0067.mediawiki
[4] Jusqu’à 78 forks différents : https://forkdrop.io/
[5] BTCv25+BIP118/118/300/301/345=?: https://github.com/LayerTwo-Labs
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