
Témoignage direct : Quels pièges le plateau de publication Web3 Mirror a-t-il rencontrés ces deux dernières années ?
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Témoignage direct : Quels pièges le plateau de publication Web3 Mirror a-t-il rencontrés ces deux dernières années ?
Malgré ses difficultés, Mirror reste la plateforme de publication de contenu la plus performante sur le marché, grâce uniquement à la comparaison avec ses concurrents.
Ces deux dernières années, la plateforme de publication de contenu Mirror a oscillé continuellement sur son orientation stratégique : désaccords autour de la modération éditoriale, produit contre protocole, erreurs dans la tentative d'adoption massive.
Avec le départ de Graeme Boy, cofondateur de Mirror, en novembre 2022, puis celui officiel de Rafa (leader du DAO) en janvier 2023, les conflits internes au sein de l'équipe principale de Mirror concernant la direction produit sont arrivés à leur terme.
Au premier semestre 2022, de nombreuses grandes entreprises ainsi que plusieurs startups sont venues me consulter pour discuter de la création d'un concurrent à Mirror. Malheureusement, aucune n'a abouti. Bien que Mirror ait traversé bien des difficultés, il reste aujourd'hui le plus compétitif sur ce créneau précis, grâce surtout aux faiblesses de ses concurrents.
Récemment, lors d'un atelier organisé pendant un hackathon Lensfans, j'ai partagé divers pièges dans lesquels Mirror était tombé. Plusieurs amis ont ensuite manifesté leur intérêt par message privé. J'ai donc rassemblé ici mon expérience directe liée à Mirror.
1. Le conflit autour de la stratégie de modération éditoriale
Lors d'une enquête interne menée précédemment par Mirror, plusieurs orientations possibles ont été évaluées :
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Algorithme de recommandation ;
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Équipe professionnelle de modération éditoriale ;
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Le DAO Mirror gère la modération ;
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Tout le monde sur Web3 peut voter pour participer à la modération.
Début 2021, au lancement de Mirror, la stratégie choisie fut celle du $WRITE Race, c’est-à-dire l’option 4 (tout utilisateur Web3 pouvant voter). En août 2021, une distribution gratuite de jetons $WRITE a été effectuée auprès des votants. Puis, en octobre, le système de vote $WRITE Race a été arrêté.
Les principales raisons de cet arrêt étaient les suivantes :
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Corruption électorale et attaques Sybil très présentes ;
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L’équipe de Mirror, soucieuse de respecter la réglementation américaine, ne souhaitait jamais aborder directement le modèle économique lié au jeton $WRITE. Pourtant, inciter les gens à voter impliquait nécessairement d’utiliser $WRITE.
Fin 2021, l’option 3 (le DAO Mirror prend en charge la modération) est adoptée. Graeme Boy y apporte tout son soutien, tandis que Rafa fonde le DAO Mirror pour diriger cette initiative. Après six mois d'essai, les résultats se révèlent médiocres : les quelques centaines de grands influenceurs au sein du DAO Mirror n’ont guère le temps de voter activement. En pratique, la modération retombe entre les mains d’un petit cercle restreint, ce qui revient finalement à l’option 2 (équipe spécialisée).
En 2022, les deux cofondateurs Graeme Boy et Denis Nazarov s’opposent clairement sur la direction à prendre en matière de modération.
Prenons un exemple concret. Le jour du lancement officiel des writing NFT, Denis Nazarov publie un tweet explicatif. Je réponds en disant : « Grâce aux writing NFT, nous pouvons enfin relancer un système de votes sur Twitter ». Denis like mon message, mais Graeme Boy s’y oppose. Les deux cofondateurs échangent plusieurs messages sous ce tweet, qu’ils suppriment tous ensuite.

Après le départ de Graeme Boy, Denis Nazarov continue de promouvoir fortement les writing NFT, qui deviennent le principal moyen de modération sur Mirror.
2. Produit ou protocole ?
Sous la direction de Graeme Boy, l’équipe technique de Mirror souhaitait avant tout construire un protocole, pas un produit, idéalement avec une interface frontale développée par des tiers de l’écosystème. L’interface de Mirror était lamentable, certaines fonctionnalités basiques manquaient, des bogues évidents restaient non corrigés pendant des mois. Pendant que les utilisateurs se plaignaient de l’expérience utilisateur, l’équipe technique, enthousiaste à l’idée d’être parmi les premiers à soutenir OP comme couche 2, lançait frénétiquement divers petits projets expérimentaux autour des NFT, dont résultèrent notamment les writing NFT actuels.
À l’époque, Patrick, membre clé de l’équipe technique de Mirror, avait publié un article intitulé « Thoughts on DAO Tooling », où il affirmait que tout outil DAO réussi finissait inévitablement par devenir un protocole, déclenchant ainsi un vif débat. Peu après cette controverse, Patrick a quitté Mirror.
Construire un protocole nécessite un écosystème dynamique. Or, les développeurs participant à l’écosystème Mirror ne touchaient aucun revenu, beaucoup finançaient même eux-mêmes les coûts d’hébergement. Pendant ce temps, Mirror percevait tranquillement 2,5 % de frais sur chaîne. Le trésor du DAO Mirror contenait près d’un million de dollars (provenant des 2,5 % de frais générés par le produit Mirror), dont une partie était initialement prévue pour subventionner les développeurs de l’écosystème. En réalité, aucun paiement n’a jamais été effectué. Lorsque j’ai interrogé Rafa à ce sujet, il n’a pas nié que cela pouvait être lié à des craintes quant à la conformité américaine (car cet argent constituait techniquement un revenu d’une entreprise américaine).
Aujourd’hui, sous la direction de Denis Nazarov, Mirror semble progressivement revenir vers une approche centrée sur le produit.
3. Le piège de l’adoption massive
Fin 2021, Mirror a recruté Veronica Saron, ancienne responsable marketing de Pokémon Go, afin de constituer une équipe chargée de faire sortir Mirror de sa niche et tenter une adoption massive.
Veronica Saron est finalement partie discrètement. J’ai moi-même participé à ces efforts, avec un sentiment de frustration intense. Mirror n’avait ni résolu les barrières d’entrée élevées liées aux portefeuilles, ni pu rivaliser avec Substack ou Medium sur l’attrait financier, sans parler d’une interface éditoriale et d’utilisation particulièrement peu ergonomique. Qui d’autre que les natifs Web3 pourrait vouloir l’utiliser ?
Plus grave encore, tout au long de l’année 2022, Mirror n’a alloué aucune ressource pour corriger ces problèmes. L’adoption massive ne se gagne certainement pas uniquement par des dépenses massives en marketing.
4. L’équipe principale évite systématiquement le modèle économique par jeton
L’équipe principale de Mirror est extrêmement prudente vis-à-vis des questions de conformité américaine. Ce sujet a fait l’objet de nombreux débats houleux, que je ne détaillerai pas ici.
Le 3 avril 2022, j’ai publié un article intitulé « Thoughts on Mirror DAO », dans lequel j’exposais tous ces problèmes ainsi que des pistes de solutions, que j’ai envoyé à Rafa. À ce moment-là, l’équipe principale de Mirror s’était réunie à New York pour une discussion fermée. Rafa avait même bravé la pandémie pour venir depuis l’Allemagne. Ce jour-là, il m’a contacté pour me demander si je voulais présenter cet article lors de la réunion privée de l’équipe, car ces thèmes étaient précisément ceux qu’ils débattaient intensément.
Ayant moi-même fondé plusieurs startups, je connais bien les difficultés de l’entrepreneuriat, surtout en Web3, où idéalisme et réalisme entrent souvent en collision. Sur les choix stratégiques de Mirror, je soutiens personnellement Denis Nazarov. Quant à Graeme Boy, parti malheureusement, et à Rafa, je leur porte du respect : ce sont des idéalistes purs.
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