Immortal Game : un échiquier Web3, une voie alternative ou un gâchis total ?
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Immortal Game : un échiquier Web3, une voie alternative ou un gâchis total ?
« Tu dois rester ouvert, si tu te fixes sur une seule idée, c’est la mort. »
Par aya, TechFlow
Sans que nous nous en rendions compte, la narration autour du GameFi a déjà traversé deux phases :
- La première phase a été lancée par le succès fulgurant d'Axie Infinity, marquant l'émergence de nombreux jeux manquant de profondeur ludique mais offrant des effets de richesse considérables : les Ponzi-Game. Des projets comme Raca ou Farmers World en sont des exemples typiques. Les jetons associés à ces jeux ont également attiré une grande attention sur le marché secondaire. Toutefois, avec le passage du marché haussier au marché baissier, ces projets éphémères ont progressivement perdu leur influence.
- Dans la deuxième phase, davantage d'éditeurs traditionnels et d'amateurs de jeux vidéo ont rejoint le secteur, cherchant à adapter des jeux classiques aux nouvelles dynamiques du monde crypto. Ils ont intégré des systèmes économiques tokenisés capables de stimuler fortement l'engagement des joueurs. Aujourd'hui, cette approche est devenue dominante : plutôt que de concevoir entièrement un nouveau jeu on-chain, modifier un jeu Web2 existant s'avère bien plus rentable, tant en termes de coûts que d'efficacité.
Mais que se passe-t-il si l'on applique cette transformation à un jeu ancestral comme les échecs ? C'est précisément ce qu'entreprend Immortal Game : transporter les échecs vers la blockchain, en y intégrant des éléments Web3 comme les NFT, permettant ainsi à un arbre ancien de produire de nouvelles pousses.
Ce qui change et ce qui reste dans les échecs on-chain
Sur le plan des règles de base, Immortal Game ne diffère guère des échecs traditionnels : 32 pièces au total, réparties en deux camps (blancs et noirs), chacun composé de 16 unités comprenant roi, dame, cavaliers, tours, fous et pions. Le joueur aux blancs commence, chaque camp joue alternativement une case après l'autre, jusqu’à la fin de la partie.
Cependant, une différence notable existe : les seize pièces classiques sont désormais divisées en deux catégories — les pièces « ordinaires » et les pièces spéciales appelées « Immortels ». En réalité, les « Immortels » sont des NFT représentant les pièces. Chaque joueur doit posséder au moins un NFT « Immortel » pour participer au jeu, et peut utiliser jusqu'à quatre « Immortels » pour remplacer des pièces standard. Contrairement aux échecs Web2 où chaque pièce occupe une position fixe, dans Immortal Game, un joueur peut placer son « Immortel » sur n’importe quelle case de la deuxième rangée. Par exemple, alors qu'une tour classique est limitée aux coins de la ligne, une tour « Immortel » peut être positionnée là où se trouvent normalement le roi ou la dame.

(Un exemple simple)
Outre cette innovation, Immortal Game intègre de nombreux éléments propres à la Web3. Chaque victoire permet au joueur de remporter des jetons GMT en récompense. De plus, chaque « Immortel » reçoit des missions spécifiques pendant les combats, classées en trois types : attaque, défense et mouvement. Par exemple, une mission pourrait consister à « gagner sans perdre votre fou/cavalier/tour/dame/X pions », ou encore à « déplacer une pièce 10 fois ». Si le joueur remporte la partie tout en accomplissant ces objectifs, il obtient une prime supplémentaire en jetons.
Les Immortels existent en quatre matériaux différents : marbre, ébène, ivoire et cristal. En termes de rareté, ils sont classés en quatre niveaux : brute (1 point), polie (5 points), œuvre d'art (15 points) et chef-d'œuvre (35 points). Plus la rareté est élevée, plus le score de l’« Immortel » est élevé.
En additionnant les points des différentes pièces, un joueur obtient un score total lui permettant de s'inscrire à des ligues correspondantes. Par exemple, une équipe composée de deux pièces polies et deux œuvres d'art (total : 40 points) peut participer à la Ligue des Maîtres Internationaux dont le seuil est de 40 points. Une autre équipe composée de deux brutes, une polie et un chef-d'œuvre (42 points) peut également y accéder. La récompense en jetons par combat est directement liée au niveau de la ligue.
Chaque ligue dispose également d’un classement hebdomadaire : à la fin de chaque semaine, les meilleurs joueurs reçoivent des primes en jetons ou en NFT « Immortels ».

Le score sert aussi à multiplier les gains.
Prenons un exemple : un joueur possède quatre NFT « Immortels », dont deux polis et deux œuvres d'art. S’il remporte une partie et accomplit une mission, il obtient une récompense de base (50 GMT) + une prime de mission (10 GMT).
Chaque type de pièce apporte un multiplicateur (poli : +5%, œuvre d'art : +10%, chef-d'œuvre : +15%), soit ici un coefficient total de 1,33 (1,05 × 1,05 × 1,1 × 1,1). Le gain final atteint donc environ 80 GMT.

Chaque « Immortel » ne peut être utilisé que dix fois par jour. Au-delà, si le joueur souhaite continuer à utiliser le même NFT, il devra payer des jetons pour le réparer prématurément. En outre, Immortal Game introduit un système d’expérience : chaque victoire rapporte non seulement des GMT, mais fait également gagner de l’XP aux « Immortels » utilisés. Une fois la jauge pleine, le joueur peut dépenser des jetons pour améliorer ses pièces. Un « Immortel » amélioré augmente la récompense en GMT pour les missions accomplies ou en réduit la difficulté. À certains niveaux, il débloque même une seconde mission, permettant ainsi de cumuler davantage de gains.
L’équipe derrière le projet
En réalité, le fondateur du projet, Thomas Zaepffel, n’est pas un joueur d’échecs professionnel. Il a travaillé comme analyste en fusions-acquisitions à la Deutsche Bank, et a également eu des expériences chez Vivendi, EDF et au sein du gouvernement français. Après avoir obtenu son diplôme universitaire en 2014, Thomas a fondé sa propre startup, Adot, qu’il a revendue deux ans plus tard à un groupe français pour 50 millions de dollars. Cette expérience l’a initié aux cryptomonnaies et a marqué le début de sa deuxième aventure entrepreneuriale.
Les autres membres de l’équipe disposent également d’une riche expérience dans Internet et la Web3. Le jeu compte par ailleurs plusieurs joueurs chevronnés parmi ses conseillers, comme Alexandre, classé parmi les 300 meilleurs joueurs européens de League of Legends. D’autres personnalités prestigieuses comme MVL (Maxime Vachier-Lagrave, champion du monde de blitz) et Vidit Gujrathi (cinquième meilleur joueur indien actuel) font également partie des conseillers du projet, apportant leurs précieux conseils pour le développement et l’amélioration du jeu.
Situation financière
Il y a quelques jours, Immortal Game a annoncé avoir levé 12 millions de dollars lors d’un tour de financement de série A, mené par TCG Crypto. Ce tour a également rassemblé plusieurs fonds de capital-risque, notamment Cassius, Greenfield One, Sparkle Ventures, Blockwall, Kraken Ventures et Spice Capital.
Plus tôt cette année, le projet avait déjà collecté 3,5 millions de dollars lors d’un tour de financement initial, co-dirigé par Cassius et Greenfield One, avec le soutien de GFC, Kraken Ventures, Moonfire, Kima Ventures, Blockwall et BlackPool DAO.
Dans son communiqué, Immortal Game a indiqué qu’il utilisera ces fonds pour accélérer le développement de son produit et étendre sa présence sur des marchés clés tels que l’Inde, les États-Unis et l’Europe.
Une autre possibilité pour le GameFi ?
Nous avons vu défiler de nombreuses narrations : du « course-to-earn » de StepN aux ambitions 3A de Big Time, chaque projet entrant dans l’univers des jeux Web3 fait tout son possible pour attirer de nouveaux joueurs avec davantage de mécaniques, des graphismes impressionnants et des modèles lucratifs — certes attractifs, mais souvent sujets à l’effondrement rapide. Immortal Game, en revanche, emprunte une voie différente, presque unique : préserver au maximum les règles originelles des échecs tout en y intégrant des NFT et des incitations tokenisées.
Les échecs, alliant compétitivité et divertissement, comptent un public immense. On estime que 600 millions à 1 milliard de personnes jouent aux échecs dans le monde. Autrement dit, parmi vos dix amis, au moins l’un d’eux a probablement déjà affronté un adversaire sur un échiquier. Ce jeu ancestral, vieux de 2000 ans, n’a jamais disparu — bien au contraire, il connaît même un regain de popularité récent. Depuis la sortie de la série Netflix *The Queen’s Gambit*, les échecs ont regagné les premières places des classements dans de nombreux pays. Des streamers comme Blitzstream, les sœurs Botez ou Hikaru ont accumulé des millions d’abonnés. Même xqc, le streamer le plus suivi sur Twitch, participe régulièrement à des parties, ponctuant ses coups de cris inimitables du genre « bing bang boom ».
Difficile de prédire quel avenir attend Immortal Game, qui intègre des mécanismes Web3 aux échecs. L’ajout du modèle « Win-to-earn » et d’un système de classement risque de stimuler puissamment l’instinct de compétition humain. Avec une base énorme de joueurs d’échecs potentiels, nationaux et internationaux, le jeu peut attirer beaucoup d’attention dès ses débuts. Grâce aux incitations tokenisées et à la participation massive, il pourrait rapidement générer du trafic et faire monter le prix de son jeton.
Toutefois, l’intégration de récompenses tokenisées complique le jeu, initialement basé sur la simple victoire. Des IA capables de battre des humains existent déjà. Les combats on-chain finiront-ils par se résumer à des bots s’affrontant entre eux ? Serait-il possible d’empêcher les tricheries via des protocoles ou le farmage mutuel de jetons ? Ce sont autant de questions cruciales auxquelles l’équipe doit répondre rapidement.
Par ailleurs, le modèle « Win-to-earn » a déjà été testé dans d'autres projets GameFi, avec des résultats mitigés. Si les jetons et les NFT ne servent qu’à « gagner », difficile d’éviter de reproduire les erreurs passées et de connaître le même sort que tant d’autres projets GameFi.
Quoi qu’il en soit, les « Immortels » ont déjà fait leur premier pas sur le champ de bataille Web3, offrant ainsi une nouvelle piste de réflexion au secteur du GameFi. Comme le dit si bien le personnage principal de *The Queen’s Gambit* :
« You’ve got to stay open, if you get locked into one idea, it’s death. » (Il faut garder l’esprit ouvert ; s’enfermer dans une seule idée, c’est la mort.)
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