
Analyse de rapport : Goldman Sachs est optimiste concernant les activités de sous-traitance et les processeurs CPU d’Intel, mais pourquoi n’est-il pas optimiste concernant Intel lui-même ?
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Analyse de rapport : Goldman Sachs est optimiste concernant les activités de sous-traitance et les processeurs CPU d’Intel, mais pourquoi n’est-il pas optimiste concernant Intel lui-même ?
La sous-traitance et les processeurs centraux (CPU) pour serveurs constituent effectivement des points forts de croissance, mais ces opportunités ont déjà été intégrées par le marché.
Auteur : Rita
Introduction stratégique
Goldman Sachs a publié son premier rapport d’analyse sur Intel, attribuant une recommandation « neutre » et un objectif de cours à 12 mois fixé à 150 dollars (soit une hausse de 13,9 % par rapport au cours de référence de 131,65 dollars). Derrière ce jugement apparemment contradictoire se cache une logique d’investissement claire : bien que les activités de fabrication sous contrat (« foundry ») et les processeurs pour serveurs constituent effectivement des moteurs de croissance, ces opportunités ont déjà été intégrées dans les anticipations du marché. En comparaison, AMD, NVIDIA et Broadcom offrent aujourd’hui une meilleure visibilité et une valorisation plus attrayante.
Une contradiction contenue dans une recommandation « neutre »
Le fait qu’il s’agisse d’une première couverture avec une recommandation « neutre », plutôt que « à acheter », est en soi remarquable. Goldman Sachs ne déclare pas qu’Intel est en difficulté ; au contraire, elle identifie explicitement deux éléments positifs avérés.
Le premier concerne l’activité de fabrication sous contrat. Intel développe activement son activité externe de production de puces grâce à ses technologies avancées d’emballage (notamment la technologie EMIB), et Goldman Sachs anticipe un chiffre d’affaires de 11 milliards de dollars pour cette activité d’ici 2030 (scénario de base), passant ainsi de zéro à un niveau de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Il s’agit ici d’une croissance fondée sur des commandes réelles confirmées par les clients, et non d’un simple scénario spéculatif.
Le second concerne les processeurs pour serveurs. Portée par l’émergence de l’intelligence artificielle « agentic », la demande en puissance de calcul côté entreprise devrait continuer de croître. Grâce à la pérennité de son architecture x86 et aux coûts irrécupérables (« sunk costs ») liés à son écosystème client, Intel devrait maintenir un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 28 % jusqu’en 2030. Autrement dit, les revenus issus des processeurs pour serveurs devraient progresser, et non être mis sous pression.
Mais précisément parce que ces deux scénarios sont crédibles, ils ont déjà été intégrés dans le prix de l’action. Le cours actuel d’Intel reflète déjà ces attentes. Du point de vue de la rentabilité attendue pour 2030, un objectif de cours de 150 dollars établi sur la base d’un ratio Cours/Bénéfice (PER) de 21 implique que Goldman Sachs considère que le potentiel haussier à court terme est limité. Par ailleurs, AMD, NVIDIA et Broadcom affichent à la fois une plus grande stabilité de leur chaîne d’approvisionnement et une valorisation plus séduisante. Tel est donc le motif fondamental justifiant la recommandation « neutre », et non « à acheter ».
L’activité de fabrication sous contrat : un pari à cent milliards de dollars
L’histoire de la fabrication sous contrat chez Intel est limpide, mais l’enjeu ne réside pas tant dans l’ampleur de l’activité que dans ses coûts et sa compétitivité.
Les coûts liés aux technologies avancées d’emballage sont nettement inférieurs à ceux de la fabrication traditionnelle sur wafers. La technologie EMIB (Embedded Multi-die Interconnect Bridge) permet à Intel d’intégrer des puces pour ses clients sans avoir besoin de construire de nouvelles usines de fabrication. Cela constitue une bonne nouvelle pour les clients (coûts réduits, délais raccourcis) comme pour Intel (moindres dépenses en capital, marge brute élevée). Selon Goldman Sachs, la marge brute de cette activité pourrait dépasser 50 %, soit largement plus que la fourchette habituelle de 20 à 30 % observée dans la fabrication traditionnelle sur wafers.
La fenêtre d’opportunité pour l’activité de fabrication sous contrat externe s’ouvrira vers 2028. Bien que les procédés de 7 nanomètres et inférieurs d’Intel accusent un retard par rapport à ceux de TSMC, le contexte géopolitique en Amérique du Nord et en Europe incite de nombreux clients à accepter de payer davantage afin de diversifier leurs risques d’approvisionnement. Goldman Sachs prévoit que cette activité génèrera 11 milliards de dollars de revenus d’ici 2030, ce qui signifie que sa contribution à la marge brute globale d’Intel sera significative.
Cependant, cette trajectoire comporte un coût temporel. La croissance bénéficiaire pour 2027 et 2028 proviendra essentiellement des activités principales (CPU et GPU). L’impact commercial de l’activité de fabrication sous contrat ne se fera sentir qu’à partir de 2028. Ainsi, si vous espérez une performance exceptionnelle d’Intel au cours des 12 prochains mois, cette activité ne pourra pas y contribuer. C’est pourquoi Goldman Sachs adopte une position relativement prudente sur le cours actuel de l’action.
Une croissance de 28 % pour les CPU serveurs, mais des concurrents encore plus rapides
Les processeurs pour serveurs constituent le bastion historique d’Intel, et l’émergence de l’IA « agentic » redonne un nouvel élan à ce segment.
Contrairement à l’inférence classique issue des grands modèles linguistiques, l’IA « agentic » repose sur des interactions itératives fréquentes et des réponses en temps réel, ce qui accroît fortement les exigences en matière de performances CPU et de mémoire. Les entreprises ne peuvent donc pas se contenter d’accumuler des GPU : elles doivent aussi disposer de CPU performants. Intel dispose ici de deux atouts décisifs : la richesse et la maturité de l’écosystème x86, ainsi que la fidélité de ses clients professionnels et leur dépendance structurelle à son égard.
Goldman Sachs anticipe un TCAC de 28 % pour les CPU serveurs d’Intel jusqu’en 2030. Ce chiffre paraît satisfaisant, mais il est en réalité modeste dans le contexte du cycle actuel des puces IA. Le département Datacenter de NVIDIA connaît une croissance bien supérieure (une hausse annuelle de près de 200 % en 2024), tandis que Broadcom et AMD affichent également des taux de croissance plus élevés dans certains segments spécialisés.
Le problème central réside dans le point de départ de cette croissance : Intel part d’une base déjà très importante. L’activité CPU représente actuellement la principale source de revenus du groupe, et son potentiel de croissance est donc limité par l’expansion globale du marché des serveurs. En revanche, le plafond de croissance des GPU et autres puces liées à l’IA est nettement plus élevé. D’un point de vue des rendements relatifs, investir dans des fabricants de GPU ou de puces réseau pourrait donc offrir un meilleur retour espéré.


Pourquoi les pairs sont privilégiés par Goldman Sachs
Dans la couverture de Goldman Sachs portant sur les entreprises technologiques spécialisées dans les semi-conducteurs, AMD, NVIDIA et Broadcom bénéficient toutes d’une recommandation « à acheter ». Pourquoi Intel en est-il exclu ?
La raison fondamentale tient à la combinaison entre visibilité et adéquation entre valorisation et perspectives. La demande pour les datacenters de NVIDIA ne présente pratiquement aucun risque de baisse, et son potentiel de croissance reste considérable jusqu’en 2030. AMD dispose d’un calendrier produit plus ambitieux que celui d’Intel, aussi bien pour les CPU que pour les GPU. Broadcom, quant à lui, occupe une position stratégique clé dans le domaine des puces réseau, au cœur des principaux moteurs de croissance des grands datacenters. Ces entreprises affichent des perspectives de croissance plus élevées et des risques plus faibles.
Parallèlement, bien que l’histoire de la fabrication sous contrat d’Intel soit séduisante, sa validation commerciale prendra plus de temps. Des commandes concrètes seront visibles dès 2027, mais ce n’est qu’en 2030 que leur contribution à l’échelle industrielle sera pleinement perceptible. En revanche, la courbe de demande pour les fabricants de GPU est déjà validée : on ne discute plus désormais que de l’ampleur de la croissance, non de sa réalisation.
En termes de valorisation, le PER anticipé d’Intel pour 2028 s’élève à 21. Bien que les ratios de NVIDIA et de Broadcom soient plus élevés, leurs taux de croissance le sont également. Pour les investisseurs recherchant une croissance hautement prévisible, un ratio élevé associé à une forte croissance peut s’avérer plus rentable qu’un ratio modéré couplé à une croissance plus lente.
Le jugement sous-jacent à la recommandation « neutre » de Goldman Sachs
La recommandation « neutre » de Goldman Sachs traduit implicitement le jugement suivant : Intel ne devrait ni chuter, ni connaître une envolée spectaculaire. À moyen terme, le groupe sera freiné par la vigueur des puces grand public et par l’attrait spéculatif suscité par le cycle des puces IA. À long terme toutefois (sur une période de 3 à 5 ans), la contribution bénéficiaire de ses activités de fabrication sous contrat et de ses processeurs pour serveurs finira par se matérialiser, et la marge de progression vers l’objectif de 150 dollars sera alors vérifiée.
Les facteurs pouvant faire pencher la balance à la hausse sont notamment une attractivité client supérieure aux attentes pour l’activité de fabrication sous contrat, ou une meilleure résistance que prévu de la part d’Intel sur le marché des processeurs pour serveurs dans le cadre de la vague IA « agentic ». Les risques baissiers incluent un retard dans la mise en production des procédés avancés de fabrication sous contrat, ou une perte plus rapide que prévu de parts de marché face à AMD.
Les catalyseurs potentiels comprennent la confirmation trimestrielle des commandes de fabrication sous contrat, les performances du prochain processeur Xeon sur le marché, ainsi que la concrétisation effective de l’amélioration de la marge brute. Toutefois, aucun de ces catalyseurs ne produira d’effet immédiat. Pour les investisseurs exigeant des résultats rapides, Intel ne constitue donc probablement pas le choix optimal.
Conclusion
La logique de Goldman Sachs est limpide : Intel possède certes des récits convaincants, mais leur valeur a déjà été intégrée dans le cours. À une époque où ses concurrents proposent des taux de croissance plus élevés et une meilleure prévisibilité, Intel, dont la croissance est stable mais modérée, se retrouve naturellement relégué sur une liste d’observation plutôt que sur une liste d’achat.

Avertissement
Cet article constitue une synthèse et une analyse par TideResearch d’un rapport d’un cabinet de conseil indépendant. Les recommandations, objectifs de cours, prévisions de résultats et autres jugements cités ci-dessous reflètent exclusivement les opinions des analystes de Goldman Sachs, exprimant uniquement la position de leur institution, et ne représentent ni le point de vue de TideResearch ni une recommandation d’investissement.
Trois points importants doivent être retenus lors de la lecture : premièrement, l’objectif de cours correspond à une anticipation pour environ 12 mois, il s’agit donc d’une projection et non d’un engagement, susceptible d’être régulièrement ajustée en fonction des résultats publiés et de l’évolution du marché ; deuxièmement, les rapports d’analystes sont naturellement orientés à la hausse, et certains cabinets entretiennent des relations d’affaires avec les entreprises qu’ils couvrent, notamment dans le domaine de la banque d’investissement ; troisièmement, la valeur d’un rapport réside dans sa logique centrale et les hypothèses qui la sous-tendent, et non dans un objectif de cours isolé. Privilégiez l’analyse de la logique, pas seulement celle du chiffre.
Les marchés comportent des risques ; toute décision d’investissement doit être prise de façon autonome. Cet article ne doit en aucun cas servir de base à l’achat ou à la vente de titres quelconques.
Sources des données : Goldman Sachs Research (James Schneider et al., 25 juin 2026) · Rapports financiers déposés auprès de la SEC
TideResearch · Juin 2026
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