
Le cours de l’action de Microsoft a chuté de 25 % au premier trimestre, enregistrant sa plus forte baisse depuis 2008 ; l’« anxiété liée aux coûts élevés de l’IA » pèse sur l’évaluation de ce géant dont la capitalisation boursière dépasse le millier de milliards de dollars.
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Le cours de l’action de Microsoft a chuté de 25 % au premier trimestre, enregistrant sa plus forte baisse depuis 2008 ; l’« anxiété liée aux coûts élevés de l’IA » pèse sur l’évaluation de ce géant dont la capitalisation boursière dépasse le millier de milliards de dollars.
Bien que la baisse ait été sévère, les notes attribuées par Wall Street à Microsoft restent fortement concentrées dans la fourchette « Acheter ».
Auteur : 🪽, TechFlow
Le cours de l’action Microsoft a chuté d’environ 25 % au premier trimestre, enregistrant ainsi sa plus mauvaise performance trimestrielle depuis la crise financière mondiale de 2008, et se classant au bas du classement des « Sept Merveilles » (Magnificent Seven). Malgré des investissements colossaux dans l’IA s’élevant à 146 milliards de dollars, l’adoption à grande échelle de Copilot tarde à se concrétiser (seulement 6 millions d’utilisateurs actifs quotidiens, soit moins d’un soixante-treizième de celle de ChatGPT), tandis que le litige relatif à l’accord d’exclusivité conclu avec OpenAI fragilise davantage encore la confiance des investisseurs. Le ratio cours/bénéfice anticipé s’est contracté à environ 20, son niveau le plus bas depuis 2016, tombant brièvement en dessous de celui de l’indice S&P 500.
Microsoft vient de traverser son trimestre le plus difficile depuis la crise financière mondiale de 2008.
Selon un reportage de CNBC daté du 31 mars, le cours de l’action Microsoft a reculé d’environ 25 % au premier trimestre 2026, passant d’un sommet annuel de 481 dollars à environ 356 dollars. À la clôture du 31 mars, il s’établissait à environ 365 dollars, contre un plus haut sur 52 semaines de 555,45 dollars. Cette baisse dépasse largement la chute d’environ 7 % enregistrée par le Nasdaq sur la même période et constitue la pire performance parmi les « Sept Merveilles », Nvidia n’ayant, quant à lui, perdu que 4,2 % sur la période.
Comme le rapporte Bloomberg, Microsoft se trouve précisément au carrefour de deux tendances perturbatrices pour le secteur technologique : d’une part, des investissements massifs dans les infrastructures IA ne génèrent pas encore de retours proportionnels sur le plan des revenus ; d’autre part, les investisseurs redoutent que des start-up spécialisées dans l’IA telles qu’Anthropic ou OpenAI développent des agents intelligents susceptibles de remplacer directement les produits Microsoft. Jonathan Cofsky, gérant de fonds chez Janus Henderson Investors, souligne que le marché craint que les clients ne contournent Microsoft pour s’adresser directement aux fournisseurs d’IA, ce qui mettrait sous pression la tarification et les marges bénéficiaires de ses activités centrales.
L’adoption de Copilot reste décevante : 6 millions d’utilisateurs actifs quotidiens contre 440 millions pour ChatGPT
La cause fondamentale de la chute du cours de l’action Microsoft réside dans le fossé béant entre les investissements massifs consentis dans l’IA et l’adoption effective de ses produits.
D’après les données de Sensor Tower citées par CNBC, le nombre d’utilisateurs actifs quotidiens de l’application Microsoft Copilot s’élevait à environ 6 millions en février 2026. Sur la même période, ChatGPT (OpenAI) comptait 440 millions d’utilisateurs actifs quotidiens, Gemini (Google) 82 millions, et même Claude (Anthropic) avait atteint 9 millions d’utilisateurs actifs quotidiens en mars. Au sein même de l’écosystème commercial Microsoft, seuls environ 3 % (soit environ 15 millions) des quelque 450 millions d’abonnés commerciaux à Microsoft 365 ont souscrit au service complémentaire Copilot.
Une enquête encore plus inquiétante menée par l’institut indépendant Recon Analytics auprès de plus de 150 000 utilisateurs américains payants d’outils d’IA révèle que la part de marché de Copilot est passée de 18,8 % en juillet 2025 à 11,5 % en janvier 2026, soit une contraction de 39 % en six mois. Plus significatif encore : lorsque les employés n’avaient accès qu’à Copilot, son taux d’adoption atteignait 68 % ; dès lors que ChatGPT était également disponible, ce taux chutait à 18 % ; et lorsqu’on ajoutait Gemini à la liste des options, la part des utilisateurs choisissant Copilot ne représentait plus que 8 %.
Microsoft a manifestement pris conscience de la gravité de la situation. Le 17 mars, le PDG Satya Nadella a annoncé une réorganisation complète de la direction de Copilot : Jacob Andreou, ancien cadre dirigeant de Snap, a été nommé vice-président exécutif chargé de Copilot, avec la responsabilité globale des versions grand public et professionnelle du produit ; Mustafa Suleyman, jusqu’alors en charge de Copilot, a été « libéré » de cette fonction afin de se concentrer sur le développement de modèles d’« intelligence super-intelligente ». Dans une note interne, Nadella a qualifié cette réorganisation de « passage d’une série de produits excellents à un système véritablement intégré ».
Toutefois, il demeure incertain que cette refonte organisationnelle suffise à restaurer la compétitivité du produit. Par ailleurs, Microsoft a lancé le 1er mai une nouvelle offre d’entreprise Microsoft 365 E7, tarifée 99 dollars par utilisateur et par mois, soit une hausse de 65 % par rapport à l’offre existante E5, et incluant pour la première fois Copilot directement dans le forfait d’entreprise central. Il s’agit du premier nouveau niveau tarifaire entreprise introduit par la société depuis dix ans.
Des investissements de 146 milliards de dollars, une expansion des capacités qui ne suit pas le rythme des dépenses
L’ampleur des dépenses de Microsoft dans les infrastructures IA suscite l’inquiétude sur les marchés.
Selon les estimations d’analystes compilées par Bloomberg, les dépenses en capital (incluant les baux) de Microsoft pour l’exercice 2026 (clos fin juin) devraient atteindre 146 milliards de dollars, soit une augmentation de 66 % par rapport aux 88 milliards de dollars de l’exercice 2025. Les analystes prévoient que ce montant atteindra 170 milliards de dollars en 2027, puis 191 milliards de dollars en 2028. Ces investissements visent principalement à étendre la puissance de calcul IA d’Azure et à soutenir le déploiement de Copilot au sein des suites de productivité.
Pourtant, les résultats du dernier trimestre révèlent un ralentissement sans précédent depuis plusieurs années de la croissance d’Azure. Des contraintes liées à la capacité des centres de données, des goulots d’étranglement dans l’approvisionnement électrique et des délais prolongés pour la livraison des équipements limitent encore la capacité d’Azure à répondre à la demande — une situation qui persiste en 2026. Les investisseurs doutent de plus en plus de la capacité de ces investissements colossaux à générer une croissance durable des revenus suffisante pour justifier la prime de valorisation dont Microsoft a bénéficié ces dernières années.
Les indicateurs de valorisation apportent déjà une réponse. Selon Bloomberg, le ratio cours/bénéfice anticipé de Microsoft s’est contracté à environ 20, son niveau le plus bas depuis juin 2016, tombant brièvement en dessous du multiple de valorisation de l’indice S&P 500 — une première depuis 2015. L’écart entre le cours de l’action et sa moyenne mobile sur 200 jours constitue le plus important depuis 2009. L’ensemble de la valorisation a été réinitialisé à son niveau antérieur à l’explosion de l’enthousiasme autour de l’IA déclenchée par ChatGPT à la fin 2022.
La fissure avec OpenAI s’élargit : un accord de 50 milliards de dollars avec Amazon déclenche une bataille juridique
Une autre source de pression pour Microsoft provient de la détérioration de ses relations avec OpenAI.
Le Financial Times a rapporté le 18 mars que Microsoft envisageait d’engager des poursuites judiciaires contre OpenAI et Amazon. Le point de friction porte sur l’accord de services infonuagiques d’environ 50 milliards de dollars conclu entre Amazon et OpenAI — accord qui désigne AWS comme « fournisseur infonuagique tiers exclusif » de la plateforme d’entreprise Frontier d’OpenAI. Microsoft considère que cet accord viole les clauses d’exclusivité liées à Azure stipulées dans son propre accord avec OpenAI.
OpenAI et Amazon rétorquent que Frontier repose sur un « environnement d’exécution avec état » (Stateful Runtime Environment), qui ne relève pas des « appels d’API sans état » couverts par la clause d’exclusivité de Microsoft, et qu’il ne constitue donc pas une violation du contrat. Une source bien informée sur la position de Microsoft a déclaré au Financial Times : « Si elles violent le contrat, nous les poursuivrons. Si Amazon et OpenAI misent sur la créativité de leurs avocats, nous pensons avoir de bonnes chances de l’emporter. »
Ce différend n’a pas encore débouché sur une action en justice formelle, les négociations se poursuivant. Toutefois, Microsoft a déjà mis en œuvre des mesures d’atténuation : la fonction Copilot Cowork, lancée le 9 mars, repose désormais sur le modèle Claude d’Anthropic plutôt que sur les produits d’OpenAI. Microsoft accélère également le développement de ses propres modèles de base MAI, tout en étendant son réseau de centres de données Fairwater et son accélérateur IA Maia 200, afin de réduire systématiquement sa dépendance vis-à-vis d’un unique fournisseur d’IA.
Les opinions de Wall Street divergent : les recommandations « Acheter » restent majoritaires, mais le consensus vacille
Bien que la chute du cours de l’action ait été sévère, les recommandations des analystes de Wall Street restent très majoritairement favorables. Selon Bloomberg, parmi les 67 analystes suivant Microsoft, 63 émettent une recommandation « Acheter », 3 une recommandation « Conserver » et 1 une recommandation « Vendre ». Le prix cible moyen sur 12 mois s’élève à 592 dollars, impliquant un potentiel de hausse supérieur à 64 % — le plus élevé jamais enregistré par Bloomberg depuis qu’il compile ces données en 2009.
Toutefois, des fissures commencent à apparaître sous ce consensus apparent. UBS a abaissé son objectif de cours de 600 à 510 dollars, estimant que la « narration » autour de Copilot « nécessite d’être améliorée » pour permettre une réévaluation de la valorisation. Ben Reitzes, analyste chez Melius Research, met en garde contre des perspectives de croissance limitées pour Azure et affirme sans détour que Microsoft doit « réparer Copilot ». Du côté plus optimiste, Tal Liani, analyste chez Bank of America, a récemment repris la couverture de Microsoft avec une recommandation « Acheter », arguant que la société bénéficie d’une « croissance durable sur plusieurs années » dans les domaines du cloud et de l’IA.
Jake Seltz, gérant de fonds chez Allspring Global Investments, considère quant à lui que l’action Microsoft présente « une très forte valeur à long terme », et que sa stratégie IA sera finalement validée ; la panique actuelle créerait ainsi une opportunité d’investissement.
Le prochain rapport financier de Microsoft est prévu pour le 28 avril. Dans un contexte marqué par une adoption continue de Copilot décevante, des relations tendues avec OpenAI et des investissements dans l’IA toujours en expansion, la question centrale que Nadella devra résoudre est simple : combien de temps faudra-t-il avant que les milliards de dollars engagés dans l’IA ne commencent à produire des retours tangibles ?
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