
À 95 ans, Buffett a énoncé sept points : ce n’est pas encore le moment d’acheter à bas prix, et les armes nucléaires seront inévitablement utilisées.
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À 95 ans, Buffett a énoncé sept points : ce n’est pas encore le moment d’acheter à bas prix, et les armes nucléaires seront inévitablement utilisées.
Une personne qui abandonne le pouvoir reste davantage intéressée par l’avenir que par le passé.
Auteur : Curry, TechFlow
Hier, Warren Buffett a accordé une interview exclusive à la chaîne américaine CNBC (lien en anglais).
Il s’agit de sa première longue interview depuis qu’il a démissionné de ses fonctions de PDG de Berkshire Hathaway le 1er janvier 2026. À 95 ans, après avoir dirigé le groupe pendant soixante ans et transmis le flambeau à Greg Abel, il aurait pu choisir de ne plus s’exprimer publiquement.
Pourtant, il a parlé d’Apple, de la Réserve fédérale américaine (Fed), de Bill Gates et de Jeffrey Epstein, des armes nucléaires iraniennes, et a même annoncé la reprise de son déjeuner caritatif annuel, suspendu depuis quatre ans.
L’entretien regorge d’informations — examinons-les une par une.

I. Il est retourné au bureau dès son premier jour de retraite
Buffett affirme qu’il se rend toujours quotidiennement au bureau.
Chaque matin, avant l’ouverture des marchés, il téléphone à Mark Millard, directeur des actifs financiers de Berkshire, pour échanger sur l’actualité des marchés et discuter d’éventuelles opérations. Le bureau de Millard se trouve à environ six mètres du sien ; une fois la conversation terminée, ce dernier passe immédiatement aux actes. Lorsqu’on lui demande s’il a récemment effectué de nouvelles transactions, Buffett répond par l’affirmative, indiquant avoir réalisé un « tiny » (une très petite acquisition), sans toutefois préciser quel actif il a acheté.
Il trace cependant une ligne claire : il ne réalisera aucune opération d’investissement sans l’accord préalable d’Abel, qui reçoit chaque jour un récapitulatif complet des activités d’investissement.
Ce dispositif semble signifier que le pouvoir décisionnel final revient désormais au nouveau PDG. Mais on peut aussi y voir une autre réalité : à 95 ans, l’ancien patron est présent chaque jour, participe activement aux décisions et réalise des transactions, tandis que son successeur travaille à seulement six mètres de lui.
Dans cette interview, Buffett loue abondamment Abel, affirmant que ce dernier accomplit davantage de travail en une seule journée qu’il n’en faisait lui-même à son apogée hebdomadaire, et qu’il lui confierait volontiers la gestion de sa propre fortune plutôt que de la remettre à n’importe quel conseiller en investissement américain, aussi prestigieux soit-il.
Officiellement, il est donc retiré. Mais cette « retraite » ressemble davantage à une transition du poste de PDG à celui d’un observateur permanent assis juste à côté.
II. Il a vendu Apple trop tôt — mais n’en rachètera pas pour l’instant
Dans cet entretien, Buffett reconnaît ouvertement que Berkshire Hathaway a réduit trop tôt sa position sur Apple.
Ses mots exacts sont : « I sold it too soon. But, I bought it even sooner, so… » (« J’ai vendu trop tôt. Mais j’ai acheté encore plus tôt, donc… »)
Autrement dit : certes, il a vendu trop tôt, mais il avait acheté encore plus tôt — ce qui signifie qu’il a tout de même réalisé d’importants bénéfices. Selon ses propres déclarations, les profits avant impôts générés par cet investissement dans Apple dépassent 100 milliards de dollars américains.
Voici la chronologie : Berkshire a commencé à acquérir des actions Apple vers 2016, portant progressivement sa position à un sommet dépassant 170 milliards de dollars, ce qui en faisait alors la plus importante position individuelle de toute l’histoire du groupe.
Entre 2023 et 2024, Berkshire a réduit d’environ deux tiers sa participation dans Apple. Selon les documents déposés auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) à la fin de l’année dernière, Berkshire détenait environ 22,79 millions d’actions Apple, d’une valeur marchande estimée à environ 62 milliards de dollars, représentant encore 22,6 % de l’ensemble de son portefeuille — et demeurant ainsi sa plus grande position.
Buffett affirme qu’Apple est une entreprise meilleure que n’importe laquelle des sociétés entièrement détenues par Berkshire Hathaway.
Même si la société ferroviaire BNSF, filiale de Berkshire, a une capitalisation boursière supérieure à la valeur de la position Apple, celle-ci reste néanmoins la première position du portefeuille. Il qualifie également Tim Cook, PDG d’Apple, de « fantastic manager », ajoutant qu’il ignore comment ce dernier parvient à entretenir de bonnes relations avec tout le monde.
Lorsqu’on lui demande s’il envisage de réaugmenter sa position, Buffett répond de façon conditionnelle : cela n’est pas impossible — si le cours d’Apple tombait à un certain niveau, Berkshire procéderait à des achats massifs. Mais pas pour l’instant : « not in this market » (« pas dans le marché actuel »).
Apple a déjà perdu plus de 14 % depuis son plus haut de l’année, mais, aux yeux de Buffett, ce recul n’est pas suffisant pour justifier une nouvelle entrée.
III. « Trois fois 50 % de baisse ? Ce n’est rien comparé à cela »
Le marché américain n’a pas été particulièrement favorable cette année. Au moment de l’interview, le Dow Jones avait reculé d’environ 5 % sur l’année, le S&P 500 de près de 6 %, et le Nasdaq de près de 9 %. Apple, quant à lui, avait perdu plus de 14 % depuis son plus haut annuel.
La réaction de Buffett ? Aucune excitation particulière.
Il explique que, depuis qu’il a pris la tête de Berkshire Hathaway, le cours de l’action du groupe a connu au moins trois baisses supérieures à 50 %. Comparées à ces épisodes, les corrections actuelles ne sont rien.
Il ne manifeste d’ailleurs aucune intention d’intervenir massivement. Pour lui, le marché actuel est loin d’atteindre ces moments historiques « créateurs de grandes opportunités ».
En quelques phrases, il rassure tout en précisant clairement qu’il ne compte pas acheter massivement pour l’instant.
IV. L’objectif d’inflation devrait être zéro
Lorsqu’on lui demande si la Fed s’inquiète davantage aujourd’hui de l’inflation ou du chômage, Buffett ne prend pas position directement, mais formule une affirmation plus large : il souhaiterait que l’objectif d’inflation de la Fed soit zéro.
Son raisonnement est le suivant : dès lors qu’on tolère une inflation de 2 %, cet écart, composé sur le long terme, devient extrêmement significatif. Et pour le citoyen ordinaire, même s’il gagne 2 % d’intérêts sur ses dépôts, il doit payer l’impôt sur ces 2 % — ce qui signifie, en pratique, que son pouvoir d’achat diminue.
Buffett ajoute qu’il accorde plus d’importance à la position du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale et à la stabilité du système bancaire qu’aux données sur l’emploi.
Il rend hommage à Jerome Powell, président de la Fed, pour sa réaction déterminée face à la crise sanitaire de mars 2020, estimant qu’un retard de deux ou trois semaines aurait eu des conséquences désastreuses : « Une fois que les dominos commencent à tomber, ils s’effondrent plus vite que quiconque ne l’aurait imaginé. » Dans l’esprit de Buffett, Powell et Paul Volcker — ce dernier ayant maîtrisé l’inflation dans les années 1980 grâce à des hausses brutales des taux — sont les deux figures les plus respectables de l’histoire de la Fed.
Cela dit, il n’épargne pas non plus la critique à la Fed. Selon lui, fixer un objectif d’inflation à 2 % constitue une erreur fondamentale, car cela revient à dire implicitement à tout le monde que « épargner est moins intéressant que dépenser ».
V. Le déjeuner caritatif fait son retour
Ce qui a poussé Buffett à changer d’avis est le décès d’une personne.
Cecil Williams, fondateur de la fondation Glide, est décédé en 2024. Glide est une organisation caritative de San Francisco qui vient en aide aux personnes sans-abri. La première épouse de Buffett, Susan, y avait longtemps été bénévole. Depuis l’an 2000, Buffett organisait chaque année une vente aux enchères de la possibilité de déjeuner en sa compagnie, dont les recettes étaient intégralement reversées à Glide. Ce déjeuner a eu lieu pendant 22 ans, la dernière édition remontant à 2022, après laquelle Buffett avait annoncé qu’il ne le renouvellerait plus.

Photo : Cecil Williams, au centre
Toutefois, le décès de Cecil Williams l’a conduit à revoir sa décision. Buffett explique que, lorsqu’il est décédé, Cecil était convaincu que Glide ne devait pas disparaître.
Cette nouvelle édition du déjeuner caritatif adopte un format modifié.
Buffett n’y participera plus seul, mais sera accompagné de Stephen Curry, quadruple champion NBA, et de son épouse Ayesha Curry. La vente aux enchères débutera le 7 mai sur eBay, avec un prix de départ de 50 000 dollars américains. Le lauréat pourra inviter jusqu’à sept personnes et partager un déjeuner à Omaha le 24 juin avec les trois personnalités. Les recettes seront partagées à parts égales entre Glide et la fondation Eat. Learn. Play., créée par le couple Curry pour soutenir les jeunes d’Oakland.
La dernière enchère liée au secteur de la cryptomonnaie remonte à 2019, lorsque Justin Sun, fondateur de Tron, avait payé 4,57 millions de dollars américains. Par la suite, Buffett a fait don du bitcoin que Sun lui avait offert.
VI. Il ne parle plus à Bill Gates
Il s’agit de la première déclaration publique de Buffett sur Bill Gates depuis sa démission.
Il affirme qu’il n’a plus échangé avec Gates depuis la publication des documents liés à Jeffrey Epstein. Ses propos exacts sont : « I don’t want to be in a position where I know things … to be called as a witness. » (« Je ne veux pas me retrouver dans une situation où je serais amené à connaître certains faits… et à être convoqué comme témoin. ») Il ne souhaite ni savoir trop de choses, ni risquer d’être appelé à témoigner.
Les relations entre Buffett et Gates ont duré plusieurs décennies. Ensemble, ils ont lancé en 2010 « The Giving Pledge » (l’Engagement philanthropique), une initiative visant à inciter les plus grandes fortunes mondiales à promettre de consacrer la majeure partie de leur patrimoine à des causes caritatives. Depuis 2006, Buffett a déjà versé plus de 43 milliards de dollars américains à la Fondation Gates.
Quant aux relations entre Gates et Epstein, elles ont débuté en 2011 — soit trois ans après la condamnation d’Epstein en Floride pour infractions sexuelles, en 2008. Depuis la fin de l’année dernière, le ministère de la Justice américain et le Congrès ont publié de nombreux documents relatifs à cette affaire, notamment des courriels et des photos mettant en cause Gates et Epstein.
Comme l’a rapporté le Wall Street Journal, Gates s’est excusé auprès des employés de sa fondation en février 2026, reconnaissant avoir eu des relations avec Epstein, ainsi qu’une liaison extraconjugale. Il a accepté l’invitation du Comité de surveillance de la Chambre des représentants américaine à témoigner sur cette affaire, bien que la date de son audition ne soit pas encore fixée.
Lorsqu’on lui demande s’il considère toujours Gates comme un ami, le ton de Buffett est très mesuré. Il évoque brièvement leur collaboration autour de « The Giving Pledge », puis ajoute :
« Je pense qu’il n’est pas utile de parler davantage avant que toute la vérité ne soit établie. »
VII. Les armes nucléaires seront inévitablement utilisées, tôt ou tard
À la fin de l’interview, la conversation porte sur l’Iran.
Buffett rappelle que neuf États possèdent aujourd’hui l’arme nucléaire. Pendant la guerre froide, ils n’étaient que deux — les États-Unis et l’Union soviétique — et pourtant, le monde était déjà extrêmement tendu. À l’époque, toutefois, les décideurs des deux camps étaient, dans l’ensemble, rationnels. Aujourd’hui, la situation est radicalement différente.
Il mentionne particulièrement l’Iran et la Corée du Nord. Selon lui, le scénario le plus dangereux est celui où la personne détenant le « bouton nucléaire » est elle-même en fin de vie ou confrontée à une humiliation extrême. Dans de telles circonstances, nul ne peut prédire les décisions qu’elle pourrait prendre.
Lorsqu’on lui demande ce qu’il conseillerait, en tant que conseiller du président américain, concernant la question de l’enrichissement de l’uranium iranien, Buffett ne donne pas de recommandation concrète, mais prononce une phrase à la saveur fataliste : « Dans les cent prochaines années, voire les deux cents prochaines années, les armes nucléaires seront utilisées. Je ne sais pas exactement comment cela se produira, mais je considère cela comme une question de probabilité : plus le nombre d’États dotés de l’arme nucléaire augmente, plus la probabilité de son emploi augmente. »
Quant à savoir si l’Iran devrait ou non posséder l’arme nucléaire, il se contente de dire : « Si l’Iran obtient la bombe, la situation sera plus difficile qu’avant. »
Un homme de 95 ans, témoin de la fin de la Seconde Guerre mondiale, de toute la guerre froide, de la crise des missiles de Cuba et de la chute de l’URSS… laisse, à la fin de cet entretien, une réflexion profonde et troublante.
Cet entretien, d’une durée d’un peu plus d’une heure, couvre un large éventail de sujets.
Mais le détail qui a le plus frappé l’auteur de cet article est le suivant : à 95 ans, retraité depuis trois mois, Buffett n’a pas prononcé, face à la caméra, une seule phrase consacrée à « regarder en arrière » ou à « résumer sa vie ».
Toutes ses paroles portent sur l’avenir.
Faut-il ou non racheter Apple ? Comment la Fed devrait-elle fixer son objectif d’inflation ? Quelle sera l’évolution de la situation iranienne ? Comment organiser ce nouveau déjeuner caritatif ? La présentatrice Becky Quick, qui l’interviewait, lui a offert de multiples occasions de s’exprimer sur le passé — il n’en a saisi aucune.
Il est rare de voir une personne qui a officiellement transféré le pouvoir conserver un intérêt pour l’avenir supérieur à celui qu’elle porte sur le passé.
Le « gourou de la bourse » vieillit, mais reste probablement le « gourou de la bourse ». Simplement, il ne vote plus avec de l’argent — il vote désormais avec son jugement.
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