
Pakistan, du « frère PAK » au « frère blockchain » ?
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Pakistan, du « frère PAK » au « frère blockchain » ?
Le Pakistan, avec une population de plus de 240 millions d'habitants et une adoption croissante des paiements numériques, offre encore un fort potentiel de pénétration pour les cryptomonnaies.
Rédaction : Lian Shang Qishi Lu

I. Le pion traverse la rivière : les premières ambitions en cryptomonnaies du Pakistan
Le 12 décembre 2025, l’Autorité pakistanaise de régulation des actifs virtuels (PVARA) a délivré des « certificats sans objection » (No Objection Certificates, NOCs) à deux des plus grandes bourses mondiales de cryptomonnaies. Cette opération administrative discrète équivaut au mouvement d’un pion franchissant la rivière aux échecs chinois — un geste discret, mais une étape cruciale vers un objectif plus vaste. Cette initiative marque non seulement l’adhésion officielle du Pakistan aux technologies blockchain et cryptomonnaies, mais transmet également un message d’ambition au marché numérique mondial : le pays entend s’imposer dans cette compétition mondiale du numérique.
Ce « pion », cependant, possède une force bien supérieure à ce qu’il laisse paraître. Selon les données du ministère des Finances pakistanais, le pays compte déjà plus de 400 millions d’utilisateurs d’actifs numériques, avec un volume annuel d’échanges estimé à plus de 300 milliards de dollars américains. Une telle ampleur fait du Pakistan un acteur incontournable dans le domaine des actifs numériques, doté d’un potentiel considérable. Ces chiffres donnent à chacun de ses mouvements une importance particulière.
Longtemps surnommé « frère d’acier » par les internautes chinois, ce pays tente désormais de raconter, à travers le langage du blockchain et des cryptomonnaies, une histoire de renaissance économique sur l’échiquier global. Son « pion qui traverse la rivière » pourrait bien être le début captivant de cette histoire.
II. D’un engouement populaire à une stratégie nationale : l’histoire du Pakistan en cryptomonnaies
L’histoire des cryptomonnaies au Pakistan commence véritablement dans la rue. Ce boom n’est pas le fruit d’une impulsion étatique, mais plutôt une initiative spontanée des citoyens ordinaires. Selon l’indice mondial d’adoption des cryptomonnaies 2025 publié par Chainalysis, le Pakistan occupe désormais solidement la troisième place mondiale, juste derrière l’Inde et le Vietnam – grimpant de six places en seulement un an, passant de la neuvième position en 2024, devenant ainsi un véritable « cheval noir ».
Indice mondial d'adoption des cryptomonnaies 2025. Source : Chainalysis
Géopolitique et économie : les atouts cryptos du Pakistan
Avec une superficie de 880 000 km² et une population de 240 millions d’habitants, le Pakistan est le cinquième pays le plus peuplé du monde. Il borde l’Iran à l’ouest, l’Afghanistan au nord, est en tension prolongée avec l’Inde à l’est, et donne au sud sur la mer d’Oman, occupant une position stratégique extrêmement sensible. Plus important encore, il se trouve exactement au centre d’un « cercle de voisins favorables aux cryptomonnaies » :
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À l’ouest se trouve l’Iran, allié spirituel au Moyen-Orient du Salvador, qui a adopté le bitcoin comme monnaie légale (l’Iran n’a pas officiellement reconnu le bitcoin comme monnaie légale, mais a légalisé l’extraction dès 2019 pour contourner les sanctions) ;
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Au nord, l’Afghanistan (où les Talibans tolèrent tacitement les transactions en bitcoin pour les règlements transfrontaliers depuis leur prise de pouvoir) ;
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À l’est, l’Inde, leader mondial avec une masse considérable d’utilisateurs populaires.
Cet environnement géopolitique fait naturellement du Pakistan un point de convergence entre trois corridors cryptos : Asie centrale, Asie du Sud et golfe Persique.
Le Pakistan se trouve donc presque naturellement positionné comme un nœud central dans les flux financiers régionaux sur chaîne.
Pourquoi est-ce si important ? Parce que le Pakistan reçoit chaque année plus de 30 milliards de dollars de transferts d’ouvriers expatriés (cinquième rang mondial), dont les frais via les canaux traditionnels atteignent 7 à 12 %, tandis que l’utilisation de l’USDT ou du bitcoin coûte moins de 1 % et réduit le délai de transfert de plusieurs jours à quelques minutes. Examinons maintenant sa structure économique :
Ses piliers traditionnels sont le textile (60 % des exportations), l’agriculture (riz, coton) et les transferts d’expatriés.
Mais ces secteurs sont particulièrement sensibles à la dépréciation de la roupie pakistanaise — entre 2022 et 2025, la roupie a perdu plus de 110 % face au dollar américain.
Le taux de bancarisation n’est que de 27 % (encore plus faible chez les femmes), alors que celui des smartphones dépasse déjà 70 %. La jeunesse (moins de 30 ans représentant 70 % de la population) devient ainsi un « natif de la chaîne » naturel.

Pakistan et Salvador : comparaison multidimensionnelle
Le Salvador a mené une « expérience nationale » avec 6 millions d’habitants. Si le Pakistan réussissait, cela affecterait directement 240 millions de personnes — une échelle totalement différente. C’est dans ce contexte que Saqib, président de PVARA, a prononcé lors du Bitcoin MENA 2025 une phrase largement diffusée :
« Mon propos est simple », a-t-il dit. « Si le Salvador peut y arriver avec seulement 6 millions d’habitants, imaginez ce que le Pakistan, avec 40 fois plus de population, et étant l’une des forces numériques à croissance la plus rapide en Asie, pourrait accomplir ? »
Toutefois, derrière cet engouement, des inquiétudes persistent. En raison d’un manque chronique de régulation, les activités illégales, le blanchiment d’argent et les escroqueries surviennent fréquemment. Face à l’expansion croissante du marché, le gouvernement a finalement décidé d’agir.
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En février 2025, le Pakistan a officiellement créé la première autorité de régulation des actifs virtuels au monde utilisant l’intelligence artificielle (PVARA), accompagnée du lancement de la loi sur les actifs virtuels de 2025.
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En mai 2025, Saqib a annoncé que le pays préparait la constitution d’une réserve stratégique en bitcoin (BTC) et avançait vers une politique réglementaire plus favorable aux cryptomonnaies.
À partir de ce moment, la « fête populaire » des rues a commencé à entrer dans le champ stratégique national — l’objectif n’était plus d’interdire, mais de transformer cette troisième économie populaire sur chaîne mondiale en un moteur superpuissant, transparent, contrôlable, imposable et capable de générer des devises étrangères pour l’État.

La tokenisation des actifs nationaux : une expérience de renaissance économique par la mise en chaîne universelle
Si le bitcoin est le « nouveau moteur » de l’économie pakistanaise, alors la technologie blockchain en est la « nouvelle piste ». Le Pakistan tente une expérience économique d’envergure : la tokenisation d’actifs, pour un montant de 2 milliards de dollars.
La remise des « certificats sans objection » (NOCs) ne constitue pas simplement une autorisation d’accès au marché, mais aussi une coopération approfondie entre le gouvernement pakistanais et l’industrie mondiale du blockchain. Dans les accords-cadres signés avec les bourses agréées, le projet le plus remarquable est un plan de tokenisation des actifs : numériser, via la technologie blockchain, des actifs nationaux tels que les obligations souveraines, les bons du Trésor, le pétrole et le gaz naturel. Ce projet, évalué à 2 milliards de dollars, vise à transformer des actifs financiers traditionnels en actifs numériques négociables sur blockchain.

* Accord-cadre entre le Pakistan et Binance pour explorer la tokenisation de 2 milliards de dollars d'actifs nationaux.
En termes simples, la tokenisation consiste à convertir des actifs traditionnels nationaux pakistanais, tels que des obligations, des bons du Trésor ou des réserves de matières premières, en actifs numériques négociables sur blockchain. Grâce à cette tokenisation, le Pakistan pourrait non seulement améliorer la transparence de ses actifs, mais aussi attirer l’attention des capitaux internationaux. Ce modèle innovant pourrait devenir un levier majeur de relance économique, particulièrement crucial pour un pays aux réserves de change limitées. Cette tentative pourrait bien être la clé pour sortir de la crise économique.

Les objectifs du Pakistan sont clairs : combiner ses avantages traditionnels en ressources avec la technologie blockchain afin d’explorer une voie propre à la relance économique. Bien qu’il s’agisse d’une expérience audacieuse, son potentiel n’est pas négligeable. En cas de succès, elle pourrait devenir un puissant catalyseur de reprise économique et même offrir un modèle reproductible pour d’autres pays en développement.
III. Explorer un marché à croissance : opportunités chaudes et réflexions froides

Bilal bin Saqib, président de PVARA, Changpeng Zhao, cofondateur de Binance, Muhammad Aurangzeb, ministre des Finances, et Sunny Sun, conseiller de HTX (de gauche à droite). Source : PVARA
Avec l’amélioration progressive de son infrastructure réglementaire, le Pakistan tente de transformer l’engouement populaire pour les cryptomonnaies en une nouvelle dynamique pour la transformation économique nationale. Récemment, les autorités ont commencé à réguler les principales bourses mondiales de cryptomonnaies et ont déjà accordé des licences préliminaires à plusieurs plateformes de premier plan, leur permettant d’établir des filiales sur place.
Les plateformes ayant obtenu ces licences sont toutes des acteurs majeurs de l’industrie mondiale des cryptomonnaies, dominantes tant par leur taille que par leurs capacités technologiques. Ces dernières années, elles ont progressivement renforcé leur conformité réglementaire et obtenu des autorisations d’exploitation dans plusieurs pays. Leur entrée sur le marché pakistanais constitue une étape clé de leur stratégie d’expansion dans les marchés émergents.
Car la réalité est que le marché mondial Web3 a un besoin urgent de nouveaux utilisateurs en croissance.
Actuellement, le taux de pénétration des cryptomonnaies est déjà relativement élevé dans les marchés développés occidentaux. Les utilisateurs potentiels sont majoritairement déjà entrés, et ceux qui restent sont soit hésitants, soit fermement opposés. Cela signifie que, sur ces marchés matures, les bourses ne peuvent que se livrer une concurrence féroce pour des parts de marché existantes, avec un coût d’acquisition croissant et un espace de croissance de plus en plus limité.
Encore plus crucial : l’énorme base d’utilisateurs accumulée durant l’ère Web2 attend d’être « convertie ». Des milliards de personnes dans le monde continuent d’utiliser des services internet traditionnels, mais restent étrangères au blockchain et aux cryptomonnaies. Le Pakistan représente justement un cas typique — avec plus de 240 millions d’habitants, une acceptation croissante des paiements numériques, et un fort potentiel de croissance du taux de pénétration des cryptomonnaies.
Bien que le marché pakistanais offre un immense « potentiel de migration Web2 vers Web3 », tous les échanges ne sont pas convaincus par cette opportunité. Toutefois, pour ceux qui cherchent une croissance à long terme et l’ouverture de nouveaux marchés, ces marchés émergents constituent une composante essentielle de leur stratégie globale. Plutôt que de rivaliser dans des marchés développés saturés, mieux vaut prendre une longueur d’avance sur ces marchés émergents à fort potentiel de conversion. Là-bas, la valeur à long terme d’un utilisateur pakistanais n’ayant jamais utilisé de cryptomonnaies pourrait dépasser celle d’un utilisateur européen ou américain expérimenté, sautant constamment d’une plateforme à l’autre.
Conclusion : début de partie, coups mesurés

Sur l’échiquier vaste de l’économie numérique mondiale, le Pakistan fait son entrée avec la prudence du pion qui traverse la rivière. Ce coup, allant de la délivrance initiale de NOCs à l’exploration de collaborations potentielles en tokenisation d’actifs, de la planification d’une réserve stratégique en bitcoin à l’ajustement progressif du cadre réglementaire, n’active qu’une infime partie de sa force populaire locale, mais ouvre déjà des perspectives significatives pour le marché Web3 en croissance.
Pour les autres pays émergents confrontés à des transferts élevés, à la dépréciation monétaire et à un dividende démographique jeune, le Pakistan fournit un exemple prudent et réaliste : la blockchain n’est pas un privilège inaccessible des pays riches, mais un chemin potentiel de renaissance, exigeant exploration progressive, équilibre entre conformité et risques, et visant à créer un système contrôlable, imposable et générateur de devises étrangères. La confrontation entre régulation et innovation ne fait que commencer. L’expérience blockchain du Pakistan deviendra un cas d’étude à suivre attentivement.
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