
Pakistan suit la stratégie nationale de réserve de Bitcoin, pourquoi les petits pays s'engagent-ils tous massivement ?
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Pakistan suit la stratégie nationale de réserve de Bitcoin, pourquoi les petits pays s'engagent-ils tous massivement ?
Les petits pays tentent de trouver leur place dans le système financier mondial grâce au bitcoin.
Rédaction : Luke, Mars Finance
Sur la scène financière mondiale, le bitcoin n'est plus seulement un « jouet » pour les investisseurs, mais devient progressivement une composante stratégique nationale. En mai 2025, un tableau intitulé « Pays détenant du bitcoin » circulait sur Internet, révélant les détentions mondiales : les États-Unis arrivent en tête avec 207 189 bitcoins, d'une valeur proche de 2,2 milliards de dollars ; suivis de près par la Chine avec 194 000 bitcoins ; des petits pays comme le Bhoutan et le Salvador figurent également au classement, détenant respectivement 13 029 et 6 089 bitcoins. Au total, les gouvernements détiennent 529 705 bitcoins, soit 2,522 % de l'offre totale. Pourtant, un nom absent de ce tableau a récemment suscité de vives discussions : le Pakistan. Ce pays d'Asie du Sud a annoncé la création d'une réserve stratégique nationale en bitcoin, promettant de « ne jamais vendre ». Cette initiative place non seulement le Pakistan au cœur de l'actualité crypto, mais soulève aussi une question : pourquoi de plus en plus de petits pays embrassent-ils ainsi le bitcoin ?

L’ambition bitcoin du Pakistan : de l’énergie à la réserve nationale
L’initiative bitcoin du Pakistan débute dans un contexte médiatique intense. En mai 2025, lors de la conférence « Bitcoin 2025 » à Las Vegas, Bilal Bin Saqib, conseiller spécial du gouvernement pakistanais pour les questions de blockchain et de cryptomonnaies, a annoncé que le Pakistan allait créer une réserve stratégique nationale en bitcoin et adopter une stratégie de détention à long terme, à l’image des États-Unis. L’inspiration est claire : les 207 189 bitcoins détenus par le gouvernement américain, d’une valeur d’environ 2,196 milliards de dollars, représentant 0,987 % de l’offre totale, sont devenus une référence pour de nombreux pays. Bien que l’échelle exacte des réserves pakistanaises n’ait pas encore été rendue publique, leurs ambitions sont évidentes.
La stratégie bitcoin du Pakistan va au-delà de la simple accumulation. Le gouvernement a également annoncé l’attribution de 2 000 mégawatts d’électricité excédentaire aux activités de minage de bitcoin et aux centres de données d’intelligence artificielle. Cette mesure cible directement un problème énergétique majeur : les centrales à charbon de Sahiwal et de Port Qasim fonctionnent actuellement à seulement 15 % de leur capacité, entraînant un gaspillage massif d’électricité. En exploitant ces ressources inutilisées via le minage, le Pakistan espère générer des revenus substantiels. À un prix actuel du bitcoin d’environ 106 000 dollars par unité, chaque bitcoin extrait représente un gain significatif. Par ailleurs, cette stratégie attire déjà l’attention d’investisseurs étrangers, plusieurs délégations de sociétés minières ayant été attirées grâce à des allégements fiscaux.
Parallèlement, le cadre réglementaire du Pakistan pour la gestion des actifs numériques se renforce rapidement. Le 22 mai 2025, l’Autorité pakistanaise des actifs numériques (PDAA) a été officiellement créée, chargée de superviser les échanges de cryptomonnaies, les applications DeFi et la tokenisation d’actifs, tout en promouvant l’utilisation de la blockchain dans les domaines administratifs, fonciers et financiers. Proposée par le Comité des cryptomonnaies du Pakistan, dont le conseiller est Changpeng Zhao, ancien PDG de Binance, la PDAA bénéficie d’une expertise internationale. Elle a aussi pour mission de promouvoir la tokenisation de la dette publique et de soutenir les start-ups Web3, visant à faire du Pakistan un hub crypto en Asie du Sud.
La base d’utilisateurs crypto du Pakistan est également impressionnante. D’ici 2025, elle devrait dépasser 27 millions d’utilisateurs, soit plus de 10 % de la population totale (247 millions). Ce chiffre reflète non seulement l’enthousiasme des jeunes pour les actifs numériques, mais offre aussi un soutien populaire fort à la politique crypto du gouvernement. De l’énergie aux politiques publiques, en passant par la base utilisateurs, la stratégie bitcoin du Pakistan avance selon plusieurs axes.
La frénésie bitcoin des petits pays : du Bhoutan au Salvador
Le Pakistan n’est pas isolé. À l’échelle mondiale, les petits pays explorent activement le bitcoin. Le Bhoutan, petit royaume himalayen, est devenu un « joueur caché » du minage grâce à ses abondantes ressources hydrauliques. Selon les dernières données, il détient 13 029 bitcoins, d’une valeur d’environ 138 millions de dollars, soit 0,062 % de l’offre totale. Ces bitcoins ont été accumulés par l’entreprise d’État Druk Holdings via le minage, profitant de coûts électriques très bas qui lui donnent un avantage concurrentiel.

Le Salvador est quant à lui un pionnier de la stratégie bitcoin. En 2021, ce pays d’Amérique centrale est devenu le premier au monde à adopter le bitcoin comme monnaie légale, et continue d’accroître ses réserves. En mai 2025, il détient 6 089 bitcoins, d’une valeur d’environ 64,53 millions de dollars, soit 0,029 % de l’offre totale. Son bénéfice non réalisé s’élève déjà à 357 millions de dollars, démontrant les retombées positives de la hausse des prix. Cependant, la voie du Salvador n’a pas été sans obstacles. En décembre 2024, le Fonds monétaire international (FMI) a conclu avec lui un accord de prêt de 1,4 milliard de dollars, exigeant de maintenir ses réserves inchangées et de modifier la « Loi sur le bitcoin » en supprimant l’obligation pour les entreprises privées d’accepter le bitcoin. Cette prudence du FMI illustre l’autre facette du bitcoin : une opportunité, mais aussi un risque financier potentiel.
La détention de bitcoin par l’Ukraine porte quant à elle les marques de la guerre. Pendant le conflit russo-ukrainien, celle-ci a collecté plus de 100 millions de dollars en dons cryptographiques, source importante de ses 46 351 bitcoins (d’une valeur d’environ 491 millions de dollars). Sa politique crypto relativement ouverte a attiré de nombreuses start-ups Web3, plaçant son détention parmi les plus élevées chez les petits pays, à 0,221 % de l’offre totale.
À titre de comparaison, les 66 bitcoins du Géorgie (d’une valeur d’environ 6,99 millions de dollars) semblent négligeables, probablement une détention symbolique issue de saisies initiales, sans stratégie nationale claire.
Pourquoi les petits pays adoptent-ils le bitcoin ? Une convergence économique et géopolitique
L’adoption du bitcoin par les petits pays résulte d’une combinaison de facteurs économiques, géopolitiques et technologiques. Premièrement, le bitcoin est perçu comme un outil de couverture contre les difficultés économiques. Beaucoup de petits pays font face à des réserves de change insuffisantes, à l’inflation ou à une dette élevée. Par exemple, la dette publique du Salvador dépasse 90 % de son PIB, tout comme celle du Pakistan. La volatilité des marchés traditionnels – baisses boursières, taux d’intérêt bas sur les obligations – pousse ces pays à considérer le bitcoin comme actif alternatif. Sa nature décentralisée le soustrait aux politiques monétaires nationales, offrant ainsi aux petits pays une voie vers une plus grande autonomie économique dans un système financier dominé par le dollar.
Deuxièmement, l’utilisation de l’énergie constitue un moteur direct de leur stratégie bitcoin. Le minage hydroélectrique au Bhoutan et l’attribution de 2 000 mégawatts au Pakistan relèvent de la même logique. De nombreux petits pays disposent d’énergies renouvelables sous-utilisées ou d’un surplus électrique. Le minage permet non seulement de monétiser ces ressources, mais aussi d’attirer des entreprises minières internationales et des sociétés technologiques. Si les centrales à charbon du Pakistan atteignaient une pleine charge via le minage, cela réduirait le gaspillage d’électricité et pourrait générer des recettes importantes en devises.
Ensuite, les politiques bitcoin deviennent un aimant pour les investissements étrangers. Dans le contexte de l’engouement mondial pour le Web3 et la blockchain, les petits pays attirent capital et start-ups grâce à des réglementations souples. L’écosystème crypto ukrainien a déjà vu naître plusieurs start-ups Web3, et la PDAA pakistanaise vise également à soutenir ces jeunes pousses. Cette stratégie stimule non seulement les investissements directs, mais favorise aussi le transfert technologique et la création d’emplois.
Enfin, les considérations géopolitiques jouent un rôle central. Dans un système financier international dominé par le dollar, les petits pays sont souvent en position de faiblesse. La décentralisation du bitcoin en fait une « arme financière » potentielle, leur permettant de gagner en influence sur la scène mondiale. Le Pakistan a clairement indiqué que sa stratégie s’inspire de celle des États-Unis, tandis que la politique de réserve américaine impulsée en 2025 par l’administration Trump encourage davantage de pays à l’imiter.
Comparaison entre grands et petits pays : des saisies à la détention stratégique
Contrairement aux petits pays, les grandes nations détiennent principalement du bitcoin issu de saisies judiciaires. Les 207 189 bitcoins des États-Unis proviennent surtout des actifs saisis par le FBI dans l’affaire Silk Road ; les 194 000 bitcoins chinois proviennent également de confiscations liées à des actifs illégaux ; les 61 000 bitcoins britanniques résultent eux aussi d’opérations policières. Pour ces grands pays, la détention de bitcoin ressemble davantage à un « gain fortuit » qu’à une stratégie délibérée.
Les petits pays, en revanche, accumulent volontiers du bitcoin via le minage ou des achats politiques. Les 13 029 bitcoins du Bhoutan proviennent du minage hydroélectrique, ceux du Salvador (6 089) sont le fruit d’une décision stratégique. Même si une partie des 46 351 bitcoins ukrainiens provient de dons, cela reflète une orientation proactive vers les cryptomonnaies. Bien que leur part globale soit modeste (2,522 %), leur signification stratégique est plus forte, visant à diversifier l’économie ou à se protéger contre les risques.
À noter que l’Allemagne a liquidé entièrement ses réserves de bitcoin (environ 50 000 unités) en 2024 pour rembourser sa dette, une démarche contrastant nettement avec la stratégie de détention à long terme des petits pays, illustrant ainsi une divergence des approches parmi les grandes nations.
Le regard du FMI face à la détermination des petits pays
Le chemin des petits pays vers le bitcoin n’est pas sans embûches, le FMI surveillant étroitement leurs initiatives. Le cas salvadorien est emblématique. En décembre 2024, le FMI a accordé un prêt de 1,4 milliard de dollars au Salvador à condition de maintenir ses réserves de bitcoin inchangées et de réviser sa « Loi sur le bitcoin », notamment en supprimant l’obligation pour les entreprises privées d’accepter la cryptomonnaie. Le FMI met en garde contre un risque accru d’endettement. Malgré tout, la bonne performance du Salvador dans ses réformes économiques lui a valu un nouveau versement de 120 millions de dollars.
La situation pakistanaise est plus prospective. La PDAA a été conçue dès le départ pour respecter les normes réglementaires du GAFI (groupe d’action financière), cherchant ainsi à obtenir une marge de manœuvre face au FMI. La politique crypto du Pakistan ne se limite pas à la réserve de bitcoin, mais inclut aussi une large utilisation de la blockchain dans les secteurs public et financier. Cette « stratégie intégrée » pourrait lui offrir plus de flexibilité dans les négociations avec le FMI.
La prudence du FMI reflète le caractère double du bitcoin : à la fois opportunité de transformation économique et menace potentielle pour la stabilité financière. Les petits pays doivent trouver un équilibre entre innovation et conformité.
Avantages et défis spécifiques du Pakistan
Comparé à d’autres petits pays, la stratégie bitcoin du Pakistan présente des particularités. D’abord, son dividende démographique et sa base d’utilisateurs crypto offrent un potentiel de marché étendu. Les 27 millions d’utilisateurs ne sont pas seulement des consommateurs, mais aussi des acteurs clés de l’innovation blockchain. Ensuite, ses ressources énergétiques et sa position géographique peuvent en faire un hub crypto régional en Asie du Sud. Le plan d’attribution de 2 000 mégawatts pourrait attirer des investissements miniers du Moyen-Orient et de Chine.
Cependant, les défis restent importants. L’infrastructure électrique du Pakistan est vieillissante, et ses projets au charbon pourraient subir des pressions environnementales. De plus, la volatilité du marché crypto menace la valeur de ses réserves. Le Salvador, bien qu’il ait réalisé un bénéfice non réalisé de 357 millions de dollars, a connu de fortes fluctuations. Plus crucial encore, le Pakistan doit avancer prudemment dans le cadre réglementaire du FMI pour éviter des conditions restrictives sur ses prêts.
Conclusion : le pari bitcoin des petits pays
La stratégie bitcoin du Pakistan incarne une tendance plus large : l’adoption de l’économie numérique par les petits pays. Du minage hydroélectrique au Bhoutan à l’expérience monétaire légale au Salvador, en passant par les dons de guerre en Ukraine, ces nations voient dans le bitcoin un espoir de renaissance économique. Il n’est pas seulement un actif, mais un point de convergence entre énergie, technologie et géopolitique. À travers le bitcoin, ces pays tentent de conquérir une place dans le système financier mondial.
Toutefois, ce pari comporte des risques. La volatilité du bitcoin, la pression réglementaire du FMI et les limites infrastructurelles pourraient compromettre leurs ambitions. Mais comme l’a déclaré Bilal Bin Saqib lors de la conférence « Bitcoin 2025 » : « Jadis incompris, désormais irrésistible. » Pour le Pakistan et tant d’autres petits pays, le bitcoin n’est pas seulement un actif, c’est une conviction : dans l’avenir de l’économie numérique, ils refusent d’être absents.
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