
Dans les affaires liées aux monnaies virtuelles, les preuves obtenues auprès des plateformes d'échange de monnaies virtuelles peuvent-elles être utilisées directement ?
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Dans les affaires liées aux monnaies virtuelles, les preuves obtenues auprès des plateformes d'échange de monnaies virtuelles peuvent-elles être utilisées directement ?
Cet article analyse la conformité des preuves obtenues auprès d'échanges de monnaies virtuelles et expose les principes de collecte des preuves.
Rédigé par : Maître Liu Zhengyao
Introduction
Avec la montée en popularité des monnaies virtuelles, les activités criminelles utilisant ces actifs – blanchiment d'argent, escroqueries, exploitation de casinos illégaux ou opérations non autorisées – se multiplient. Depuis une série de politiques réglementaires publiées par la Chine continentale en 2017 et 2021 visant spécifiquement les monnaies virtuelles, les plateformes locales d'échange ont été totalement interdites. Ainsi, les principales plateformes utilisées aujourd'hui par les utilisateurs chinois (Binance, OKX, Bybit, Bitget, HTX, etc.) exercent toutes leurs activités à l'étranger.
Cela pose un défi majeur aux autorités policières chinoises : bien que le crime ait lieu sur le territoire national ou que les victimes soient en Chine, les données cruciales – historiques de transactions, informations KYC (vérification d'identité), journaux de connexion – sont stockées sur des serveurs situés hors du pays. Les « données électroniques » obtenues par les services judiciaires via courrier électronique ou systèmes de police en ligne auprès d’échanges étrangers peuvent-elles réellement servir de preuve décisive devant un tribunal ?
L’auteur analyse cette problématique pratique sous l’angle d’un avocat de la défense, en s’appuyant sur le droit pénal chinois et ses interprétations judiciaires.
I. Situation actuelle : comment les autorités obtiennent-elles des preuves auprès des exchanges étrangers ?
Avant d’aborder la question de leur admissibilité, il convient d’examiner comment ces preuves électroniques sont collectées. Actuellement, les forces de l’ordre chinoises disposent de trois voies principales pour accéder aux données des plateformes étrangères, chacune ayant une valeur juridique différente :
(1) Assistance judiciaire internationale
Il s'agit de la méthode la plus officielle et conforme au droit international. Elle repose sur une demande transmise par le ministère chinois de la Justice aux autorités compétentes du pays ou territoire où est enregistré l'échange ou où se trouvent ses serveurs, conformément à un traité bilatéral d'assistance judiciaire. Toutefois, ce processus présente un inconvénient majeur : il est extrêmement complexe et long, pouvant durer de 6 mois à plusieurs années. Pour des affaires liées aux cryptomonnaies, où la situation évolue rapidement, un tel délai peut rendre toute enquête obsolète (par exemple, si la valeur d’une crypto-monnaie chute à zéro). En pratique, cette voie est rarement privilégiée.
(2) Coopération policière et « voie verte »
Grâce à des mécanismes tels qu’Interpol ou d'autres cadres de coopération policière internationale, les autorités peuvent obtenir plus rapidement des éléments probants auprès des plateformes concernées.
Toutefois, dans la pratique judiciaire, il est encore plus fréquent que les forces de l’ordre chinoises utilisent directement les mécanismes de « coopération avec les forces de l’ordre » mis en place par les exchanges eux-mêmes (comme Binance ou OKX).

(Image ci-dessus : système de soumission des demandes d'application de la loi sur le site web de Binance, source : site officiel de Binance)

(Image ci-dessus : guide des demandes d'intervention des forces de l'ordre sur le site web d'OKX, source : site officiel d'OKX)
Concrètement, un agent enquêteur peut s’authentifier sur le système de Binance (des cabinets ou avocats peuvent aussi s’y inscrire), puis envoyer une lettre officielle (copie scannée d'une décision d'enquête ou d'une notification de collecte de preuves). Après vérification par l’équipe de conformité de la plateforme, une réponse est envoyée par e-mail sous forme de fichier Excel ou PDF. OKX, quant à lui, reçoit les demandes par courrier électronique. Cette méthode constitue aujourd’hui la principale source de collecte de preuves dans la majorité des affaires liées aux cryptomonnaies.

(Image ci-dessus : page d'inscription à la plateforme de collecte de preuves de Binance, source : site officiel de Binance)

(Image ci-dessus : méthode de collecte de preuves sur la plateforme OKX, source : site officiel d'OKX)
(3) Extraction technique autonome et « inspection à distance »
C’est une méthode courante en pratique judiciaire. Lorsqu’un suspect est arrêté, les enquêteurs peuvent utiliser son téléphone ou son ordinateur saisi pour se connecter à son compte sur une plateforme d’échange, consulter directement ses historiques de transaction et d’envoi/retrait de cryptomonnaies, puis les exporter. Ces données sont souvent utilisées directement comme éléments de preuve.
Selon l'article 33 des « Règles sur la collecte des données électroniques dans les affaires pénales par les organes de sécurité publique » (ci-après appelées « Règles de 2019 ») publiées par le Ministère de la Sécurité Publique en 2019, cette méthode relève de l’« inspection à distance sur internet », consistant à extraire directement des données électroniques depuis un appareil contrôlé sur le territoire national, plutôt que d’obtenir directement des informations auprès d’une entité étrangère. Cependant, cela reste sujet à controverse sur le plan procédural (voir ci-dessous).
II. Controverse centrale : la légalité des preuves obtenues à l’étranger
Actuellement, lors de nos plaidoiries, nous mettons surtout l’accent sur la légalité et l’authenticité des pièces produites par l’accusation – notamment des fichiers Excel ou PDF envoyés directement par des exchanges étrangers de monnaies virtuelles via courrier électronique.

(Image ci-dessus : relevé de transactions d'un compte obtenu par la police après demande d'information adressée à Huobi dans une affaire liée aux monnaies virtuelles traitée par notre équipe)
(1) Base légale pour la collecte de preuves à l’étranger
Comme on le sait, des plateformes comme Binance, OKX ou Bybit sont généralement enregistrées ou opèrent effectivement dans des juridictions telles que les îles Caïmans, les Seychelles, Dubaï, Hong Kong ou Singapour. Comme mentionné précédemment, selon les procédures normales de collecte de données électroniques dans les affaires pénales, les autorités chinoises ne peuvent pas directement enquêter à l’étranger. En théorie, elles doivent passer par l’assistance judiciaire internationale. Or, en pratique, très peu recourent à cette voie. La plupart invoquent plutôt les dispositions du « Règlement sur la collecte, l'extraction et l'évaluation des données électroniques dans les affaires pénales » publié en 2016 par les « deux hautes instances et un ministère » (ci-après appelé « Règlement de 2016 ») ainsi que les « Règles de 2019 », qui permettent la « collecte en ligne » ou l’« inspection à distance » même pour des données stockées à l’étranger.
Ainsi, les services de police fondent leur action sur des interprétations judiciaires ou des règlements internes du Ministère de la Sécurité Publique. Toutefois, selon l'article 25 de la « Loi sur l'assistance judiciaire internationale en matière pénale », l'obtention de données électroniques situées à l'étranger doit obligatoirement passer par l'assistance judiciaire. Bien que connue des praticiens du droit pénal chinois, cette controverse est généralement considérée comme une simple irrégularité procédurale, difficile à transformer en argument décisif dans une affaire.
(2) L’impossibilité de prouver spontanément la « authenticité » et « intégrité » des données
Lorsque les autorités suivent le mécanisme de « coopération avec les forces de l’ordre », les plateformes renvoient généralement un simple fichier Excel ou PDF, sans aucune certification par un tiers, parfois sans signature numérique, et parfois même envoyé depuis une boîte mail personnelle d’un employé de l’échange.
En tant qu’avocat de la défense, on peut alors soulever plusieurs questions : comment prouver que le fichier n’a pas été altéré ? Comment attester qu’un e-mail personnel représente officiellement l’échange ? Comment garantir l’absence d’erreurs techniques dans la génération des données ?
En pratique, comme les employés des plateformes ne peuvent pas témoigner au tribunal, l’authenticité et l’intégrité de ces preuves restent souvent impossibles à vérifier.
(3) La légalité des plateformes étrangères est incertaine en Chine continentale
Selon l’avis conjoint publié le 24 septembre 2021 par dix départements nationaux (dont les « deux hautes instances et un ministère ») intitulé « Avis sur le renforcement de la prévention et de la gestion des risques liés à la spéculation sur les transactions de monnaies virtuelles », les plateformes étrangères de monnaies virtuelles ne doivent exercer aucune activité en Chine continentale, leurs opérations étant qualifiées d’« activités financières illégales ». Autrement dit, du point de vue réglementaire chinois, ces plateformes étrangères sont perçues comme des entités illégales. Il devient donc hautement contestable que des preuves collectées par les autorités chinoises auprès de telles entités illégales puissent être considérées comme légitimes.
III. Les tribunaux peuvent-ils utiliser ces preuves ?
Malgré ces imperfections, dans la pratique judiciaire actuelle, les cas où les tribunaux rejettent des preuves obtenues par les forces de l’ordre auprès d’échanges étrangers sont extrêmement rares. Même en présence de vices manifestes, ces éléments sont généralement admis après « rectification ». Lors de leur examen, les tribunaux suivent généralement la logique et les critères suivants :
(1) Distinction entre « preuve défectueuse » et « preuve illégale »
Les tribunaux considèrent généralement que l’obtention de preuves par e-mail auprès d’un exchange étranger, bien qu’elle ne suive pas rigoureusement les procédures d’assistance judiciaire, ne constitue pas une « preuve illégale » au sens d’une violation grave du droit pouvant compromettre l’équité judiciaire. Elle est plutôt classée comme une « preuve défectueuse », susceptible d’être corrigée ou justifiée, et donc pas automatiquement exclue.
(2) Corroboration par d’autres éléments de preuve
Les autorités policières ou le parquet les plus rigoureux adoptent certaines mesures pour renforcer la valeur probante des données électroniques obtenues directement auprès des exchanges étrangers :
Premièrement, enregistrer intégralement la communication par e-mail (envoi et réception), tout en effectuant un hachage (MD5 ou SHA-256) du contenu pour garantir son intégrité et prouver qu’il n’a pas été modifié ;
Deuxièmement, faire certifier la procédure par un notaire ou un tiers de confiance (par exemple via un enregistrement blockchain), afin de prouver que « cet e-mail provient bien de l’adresse officielle de l’exchange et n’a pas été altéré par les enquêteurs » ;
Troisièmement, joindre un rapport d’analyse produit par une entreprise chinoise spécialisée en sécurité blockchain. Bien que celle-ci ne puisse pas vérifier les données internes de l’exchange (comme les KYC), elle peut valider les données présentes sur la chaîne. Le raisonnement est le suivant : si les hachages des transferts figurant dans le fichier Excel correspondent à ceux consultables publiquement sur un explorateur blockchain, cela valide indirectement l’authenticité des données fournies par l’exchange ;
Quatrièmement, croiser les données de l’exchange avec d’autres preuves : aveux de l’accusé, conversations retrouvées sur un téléphone saisi, données locales mises en cache. Si plusieurs sources concordent, le tribunal les accepte généralement.

IV. Perspective de la défense : comment contester efficacement ?
Pour les personnes impliquées et leurs avocats, face aux preuves issues d’échanges étrangers présentées par l’accusation, il existe des moyens de riposte. Voici quelques points de contestation fréquents identifiés par Me Liu à partir de son expérience :
(1) Vérifier l’authenticité du KYC (problème d’appartenance du compte)
Les données KYC fournies par les plateformes (passeport ou carte d’identité) sont souvent statiques. La défense doit donc examiner si les informations KYC d’un compte incriminé n’ont pas été acquises par achat, ce qui signifierait que le titulaire du compte n’en est pas nécessairement l’utilisateur réel (à l’instar des nombreux cas d’achat de cartes bancaires). De plus, en comparant les adresses IP de connexion au compte avec les déplacements habituels du suspect, on peut indirectement évaluer si c’est bien lui qui utilisait réellement ce compte.
(2) Contester l’intégrité des données
Si le relevé du compte fourni comme preuve n’est qu’une capture d’écran imprimée ou une version papier d’un tableau Excel, et non le fichier électronique original, on ne peut pas prouver son unicité ni exclure toute modification. Certains procureurs vont jusqu’à présenter des relevés imprimés ou des conversations comme preuves documentaires – ce qui est totalement incorrect. Les avocats doivent y opposer une résistance ferme.
(3) Prendre en compte la particularité des stablecoins comme l’USDT
Les données provenant de Tether ou de portefeuilles décentralisés diffèrent fondamentalement de celles des exchanges centralisés (comme Binance). Les données sur la chaîne sont publiques et accessibles à tous. Si le parquet ne fournit que des graphiques de transfert blockchain sans pouvoir associer l’adresse à une personne via des informations d’identification réelles de l’exchange, la chaîne de preuves est brisée.
V. Conclusion
Pour répondre à la question : peut-on utiliser les preuves obtenues auprès d’échanges étrangers ? La réponse courte est : oui, mais sous conditions, et avec des possibilités de contestation technique. Plus précisément :
Premièrement, sur le plan de l’admissibilité : les tribunaux chinois n’excluent généralement pas les données d’échanges étrangers. Dès lors que les autorités peuvent prouver l’objectivité de la source (par exemple via des échanges de courriels certifiés), ces éléments sont admis.
Deuxièmement, sur le plan de la force probante : un simple fichier Excel d’un exchange a une faible valeur probante. Il faut construire une boucle fermée combinant « données sur la chaîne + données internes de l’exchange + données terminales du suspect + traçabilité des flux financiers ».
Troisièmement, tendance pratique : avec le renforcement de la conformité des grandes plateformes comme Binance ou OKX, les formats de données renvoyées deviennent de plus en plus standardisés (souvent dotés de signatures électroniques), ce qui rend plus difficile pour la défense de les attaquer sur la base de leur « authenticité formelle ».
Une recommandation :
Pour les enquêteurs : veillez à fixer solidement tout le processus de « demande-réponse » avec les exchanges étrangers (enregistrement audio/vidéo ou certification notariale), et envisagez de faire analyser les données blockchain par un expert afin de renforcer la preuve.
Pour les personnes impliquées et leurs avocats : concentrez-vous sur l’originalité des données électroniques (le fichier électronique original a-t-il été remis ?), l’identité (les valeurs de hachage correspondent-elles ?) et la pertinence (peut-on écarter la possibilité qu’un tiers ait utilisé le compte ?).
Dans les prochaines années, le duel entre technologie et droit continuera dans les affaires liées aux cryptomonnaies. L’utilisation des preuves étrangères contribuera à établir progressivement de nouvelles normes judiciaires.
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