
Les validateurs de Solana face à un tournant : la fondation vise la décentralisation, la moitié des validateurs misent sur leur survie
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Les validateurs de Solana face à un tournant : la fondation vise la décentralisation, la moitié des validateurs misent sur leur survie
La Fondation Solana a lancé une nouvelle politique visant à renforcer l'indépendance des validateurs en réduisant leur dépendance à l'égard de la fondation.
Rédaction : Frank, PANews
Avec les ETF SOL que les institutions inscrivent à l'ordre du jour, l'écosystème Solana semble accélérer ses réformes en matière de gouvernance décentralisée. Le 23 avril, la Fondation Solana a lancé une nouvelle politique : pour chaque nouveau validateur ajouté au programme de délégation de la Fondation Solana (SFDP), trois validateurs existants seront retirés si ceux-ci remplissent deux conditions : avoir été éligibles à la délégation de la Fondation Solana sur le réseau principal depuis au moins 18 mois, et posséder moins de 1000 SOL de mise en gage provenant d’acteurs autres que la Fondation. Derrière ces mesures se cache une volonté d’accroître l’indépendance des validateurs en réduisant leur dépendance à l’égard de la fondation. Toutefois, le résultat final pourrait néanmoins être l’élimination progressive d’un grand nombre de petits et moyens nœuds.
Une restructuration des validateurs selon le principe « un entre, trois sortent »
La règle de remplacement « un entre, trois sortent » est l’élément le plus frappant de cette nouvelle politique. Concrètement, chaque fois qu’un nouveau validateur est ajouté au programme de délégation de la Fondation Solana (SFDP), trois validateurs actuels en sont exclus.
Les critères d’exclusion sont clairs et reposent sur deux conditions strictes. Premièrement, le validateur concerné doit avoir bénéficié de la délégation de la Fondation pendant au moins 18 mois. Deuxièmement, son volume total de mises en gage provenant d’acteurs externes à la Fondation doit être inférieur à 1000 SOL. Réunies, ces deux conditions ciblent précisément les validateurs qui, malgré leur participation prolongée au programme, n’ont pas su attirer suffisamment de soutien communautaire pour prouver leur autonomie économique.
À noter que cette politique est entrée en vigueur immédiatement après son annonce, ce qui témoigne de la volonté pressante de la Fondation Solana d’accélérer la décentralisation du réseau.

Environ la moitié des validateurs potentiellement affectés
D’après les données officielles, au 24 avril, 835 validateurs bénéficiaient de la délégation de la Fondation via le SFDP, représentant 62 % du nombre total de validateurs du réseau Solana. Le volume total de SOL délégué par ce biais s’élève à environ 40,5 millions de SOL, soit 10 % du volume total mis en gage sur le réseau.
Un rapport publié fin août 2024 par Helius indiquait que près de 51 % des validateurs avaient moins de 1000 SOL de mises en gage issues de sources extérieures. Si cette proportion reste stable, environ 686 validateurs seraient actuellement éligibles à l’exclusion. À l’avenir, ceux qui ne parviendront pas à attirer davantage de mises en gage risquent donc d’être contraints de quitter le réseau. L’ampleur de cet impact s’explique principalement par le fait que de nombreux validateurs dépendent entièrement du programme SFDP pour survivre.
Pour comprendre pourquoi le soutien de la Fondation est vital pour tant de validateurs, rappelons que le programme SFDP (Solana Foundation Delegation Program) constitue l’un des mécanismes centraux du soutien à l’écosystème Solana. Il a été conçu pour stimuler la croissance du réseau dans ses débuts, abaisser les barrières d’entrée pour les nouveaux validateurs, notamment en leur offrant une mise en gage initiale, permettant ainsi aux opérateurs disposant de faibles capitaux de participer à la validation et de percevoir des récompenses, ce qui favorise à la fois l’augmentation du nombre de validateurs et la sécurité globale du réseau.
Le SFDP soutient les validateurs selon plusieurs modalités :
1. Correspondance des mises (Stake Matching) : Ce mécanisme vise à inciter les validateurs à attirer des mises externes. La Fondation appariée 1:1 les mises provenant de tiers, jusqu’à un maximum de 100 000 SOL. Toutefois, ce mécanisme n’est pas illimité : dès lors qu’un validateur accumule plus de 1 million de SOL de mises externes, la Fondation cesse toute forme de délégation (y compris l’appariement et les délégations résiduelles).
2. Délégation résiduelle (Residual Delegation) : Après avoir satisfait toutes les demandes d’appariement éligibles, les SOL restants dans le pool SFDP sont répartis uniformément entre tous les autres validateurs éligibles. Selon une analyse de Helius, cette part représente actuellement environ 30 000 SOL par validateur. Cependant, la Fondation a indiqué que cette allocation devrait progressivement diminuer à mesure qu’elle orientera davantage de ressources vers des pools de mise gérés par la communauté.
3. Aide aux coûts de vote (Voting Cost Assistance) : L’exploitation d’un validateur Solana implique des frais continus liés aux transactions de vote, un coût non négligeable pour les nouveaux entrants ou les petits validateurs (environ 1,1 SOL par jour). Pour alléger ce fardeau initial, le SFDP propose une subvention temporaire. Pour tout nouveau validateur du réseau principal admissible, la Fondation prend en charge 100 % des frais de vote durant les 45 premières époques (environ 3 mois), puis réduit progressivement ce taux de 25 % tous les 45 époques, jusqu’à l’arrêt complet après 180 époques (environ 1 an).
Solana piégée dans un cercle vicieux : plus elle se reforme, plus elle se centralise ?
Comme estimé par Laine en 2024, un validateur a besoin d’au moins 3 500 SOL en mise pour couvrir ses frais de vote, sans compter le coût annuel du serveur, supérieur à 45 000 dollars américains. En d’autres termes, l’exclusion du programme SFDP condamnerait un grand nombre de petits validateurs à l’arrêt total de leurs activités.

Cela dit, deux conditions limitent heureusement l’application immédiate de cette politique : le validateur concerné doit avoir participé au SFDP depuis au moins 18 mois, et l’exclusion ne se produit que lorsque le SFDP ajoute un nouveau validateur. Cela laisse donc une période de transition aux validateurs éligibles.
D’un point de vue stratégique, cette initiative vise à réduire la dépendance des validateurs vis-à-vis de la Fondation Solana, à renforcer leur autonomie et le soutien communautaire, et à atténuer les critiques selon lesquelles la Fondation exercerait une influence excessive sur l’écosystème. Mais en anticipant les conséquences, si les validateurs exclus quittent le réseau sans être remplacés rapidement par un nombre suffisant — ou de qualité comparable — de nouveaux entrants, ou si ces nouveaux venus peinent eux aussi à survivre dans un environnement concurrentiel, alors le nombre total de validateurs pourrait diminuer, nuisant ainsi à la décentralisation.
Le 22 avril, Paul Atkins, nouveau président de la SEC américaine, a prêté serment. Ce responsable favorable aux cryptomonnaies devra examiner 72 demandes d’ETF liés aux cryptoactifs. Bien que beaucoup soient susceptibles d’être rejetées, l’ETF SOL, largement plébiscité, figure parmi les candidats les plus probables à l’approbation. D’après le calendrier actuel, les décisions finales sur l’approbation des ETF SOL interviendront majoritairement autour d’octobre 2025. Toutefois, comme Ethereum avant lui, Solana fait face à un obstacle majeur : son niveau insuffisant de décentralisation, qui pourrait conduire les autorités à le qualifier de titre financier. C’est probablement l’une des raisons principales poussant Solana à intensifier ses efforts en faveur de la décentralisation.
Par ailleurs, avec la reconnaissance croissante du réseau par les institutions, on assiste à l’arrivée de plus en plus de grands validateurs. Le 23 avril, SOL Strategies, cotée sur la Bourse canadienne de valeurs, a annoncé une levée de fonds pouvant atteindre 500 millions de dollars sous forme de billets convertibles, destinés spécifiquement à l’achat de SOL et à sa mise en gage sur ses propres nœuds validateurs. Le même jour, une autre société cotée américaine, DeFi Development Corporation, a annoncé porter sa position totale en SOL à 317 000 unités, avec l’intention de les conserver longtemps et de participer activement à la mise en gage pour générer des revenus.
En définitive, que ce soit le projet SIMD-0228 précédemment rejeté, la « nouvelle politique » actuelle de la Fondation Solana, ou encore l’afflux croissant d’institutions, le résultat direct semble toujours le même : les petits et moyens validateurs sont pénalisés, et les barrières d’entrée augmentent. Or, ce type d’évolution ne contribue guère à renforcer la décentralisation. Pour Solana, la véritable voie vers une décentralisation effective passerait peut-être moins par l’élimination des petits acteurs que par une baisse réelle des seuils d’entrée pour les validateurs.
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